A MES FLEURS
Chanson.
Vous qui, dans un temps plus tranquille, Me donniez des plaisirs si doux, Ornements de mon simple asile, Mes fleurs, que me demandez-vous?
.. Autrefois, par une onde pure.
Du soleil combattaut les traits, J'aimais à réparer l'injure Qu'il as'ait fuite à vos attraits.
Hélas ! pourquoi vouloir encore Rappeler de si doux moments?
Zaïs qui les faisait éclore.
Zaïs a trahi ses serments !
Enfants de la riante Flore, Nos destins sont peu différents; Vous n'aurez brillé qu'une aurore.
Je meurs au printemps de mes ans!
Je vous fais grâce de Sélima ou V Abandon^ mais je tiens à ce que vous connaissiez :
LE (illENIEK 24 O
, l'amant malheureux Romance.
Plaignez le sort d'un berger trop sincère, Aimant d^amour mais n'ayant aucun bien; Ne peut offrir à sa jeune bergère Que son troupeau, sa houlette et son chien.
Qui donne tout, que peut-ii davantage ? Cœur généreux n'en demande pas tant.
Mais l'intérêt veut plus grand apanage ; Pour un peu d'or, Lise change d'amant.
L'aube du jour me retrouve au bocage, Où dès le soir je vais cacher mes pleurs. Ne peux sortir de mon tendre servage.
Tout m'y retient, tout, jusqu'à mes douleurs.
C'est bien en vain qu'appelle la sagesse. Celui qu'Amour enchaîne sous sa loi, 0 vous, amants, qui blâmez ma faiblesse, Vous n'aimez point, si n'aimez comme moi !
La vignette du Troubadour représentait un jeune homme avec des bottes à revers, qui jouait de la guitare, assis sur un rociier.
Au fond, son cheval^ dont la bride était passée à une branche d'arbre, semblait prendre plaisir à écouter un peu de musique.
Avec les livraisons du Troubadour se trouvaient entassés des volumes la plupart dépareillés ; Walter Scott et Fenimore Cooper, traduits par Defaucoupret, Atala^ Bené, le Dernier des Abencerages et des tas de romans : Almeïda ou V enfant (les tombeaux^ Agathe ou le Petit vieillard de Calais, par Victor Ducange ; un roman en quatre volumes intitulé: Aventures d'un jeune Espagnol, puis Cécilia ou les Mémoires d'une institutrice ; la Citerne mystérieuse ou les brigands de la forêt. J'ai pourtant lu tout cela !
Le deuxième grenier était d'un abord moins facile. Des cordes le traversaient, destinées à étendre le linge déménage. 11 y avait des encombrements de barreaux de chaises, de vieux tabourets d'acajou d'où le crin sortait, d'anneaux de verre pour faire glisser.les rideaux, et puis des tringles, des vieux paniers, une pendule d'albâtre avec un buste de Minerve dont il ne restait qu'une moitié, lin encrier de bronze sans godets, un petit fauteuil d'enfant et un berceau d'osier. Dans une caisse en bois, des clous, des pitons, une tenaille, un marteau, des boites en fer-blanc ayant contenu des conserves, un tire-bouchon cassé, que sais-je?...
LE GRENIER 247
Une poutre traversait le plafond. C'est sur celte poutre que se tenait généralement Minouche, les pattes pliées sous le ventre et les yeux à demifermés.
Au fond, quelques douzaines de paquets de sarments. C'est là qu'on venait chercher les brindilles pour faire une flambée. L'omelette et les crêpes ee dorent bien mieux à la flamme du sarment qu'à celle du bois ordinaire. Les sarments ont été témoins de bien des luttes.
A la campagne, on a le gazon. Un grenier, s'il ne s'y trouve un sommier avarié ou une vieille paillasse, est un endroit des plus inhospitaliers. La chambre de la bonne est surveillée ; les dames de la maison viennent tour à tour faire une petite ronde et voir ce qui se passe. On risque d't'lre surpris. Tandis que, au grenier, on peut facilement dissimuler. On a l'air de chercher quelque chose, les prétextes ne manquent pas.
Sarments, doux sarments, tombeau de la vertu des bonnes, hâtez-vous ie reparaître aux ceps ravagés par le funeste phylloxéra i Sans vous, sarments moelleux, souples comme les ressorts des tapissiers parisiens, c'en est fait de l'amour naïf, des baisers printaniers sous les tuiles chauffés par le grand soleil du Midi.
Julie, le sein soulevé, était assise sur un sarment, quand, serrant la main de l'élève de rhétorique qui appuyait ses lèvres sur les siennes, elle disait
d'uno voix frémissanle: « Vous m'aimerez toujours, n'est-ce pas?... »
Et le vinaigre, montait au cerveau des jeunes amoureux qui, pour la première fois tous les deux, venaient d'obéir à la nature.
Pauvre Julie î elle fut renvoyée trois jours après, parce qu'elle avait laissé brûler le bœuf à la mode !