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UN MARI COLLANT

M"*' Dambrichet se rendait seule au bal chez le receveur général, chez le préfet. Léopold allait l'attendre à la porte. Puis il se lassa de faire les cent pas dans la rue et ce fut le cocher qui attendit Madame.

Enfin, un bruit sour.l circula dans la ville. On disait tout bas que M'^° Dambrichet avait un amant.

Un jeune Parisien, le baron de ***, montait à cheval avec elle tous les matins. Deux: ou trois officiers étaient, il est vrai, de la partie, mais le baron passait des après-midi tout entières à l'hôtel Dambrichet.

Puis, le baron repartit.

Ce fut alors un lieutenant de chasseurs, qui venait de Saint-Maixent à Poitiers pour voir M"" Dambrichet.

Et Léopold était toujours au cercle ou au Café du Commerce.

Christine finit par s'afficher avec un jeune homme qui était venu se fixer à Poitiers, où une tante lui avait laissé une petite maison et quelques hectares de terre, à peine deux mille francs de rente. Il se nommait Gustave de Périgny. Officier démissionnaire, il avait vécu dans un certain monde et, à l'assurance du militaire il joignait certaines traditions de la bonne société. ConQment arrivait-il à dépcnger vingt mille fr. par an? C'était un mystère. Les uns disaient

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qu'il trichait au jeu, les autres, Que M"° Dam- Lrichet avait venlu une partie de ses bijoux pour fournir au luxe de son amant.

Un malin, tout à coup, on apprit qu'elle e'tait morte des suites d'un refroidissement. Morte à vingt-huit ans, emporté en une nuit.

Dambrichet fut atterré. Il voulut suivre le cercueil de sa femme ; deux amis le soutenaient par les bras, et c'est à peine s'il pouvait mettre un pied devant l'autre. Jamais on ne vit une image plus complète de la douleur dans toute son épouvante.

Six mois se passèrent.

Un jour, Dambrichet se rendit chez Gustave de Périgny.

— Je ne vis plus, lui dit-il, je passe les journées et les nuits à regarder, à .toucher les objets qui lui appartenaient. Il y a un tiroir de son armoire à glace qui a conservé son odeur ; je ne l'ouvre que le dimanche ; je ferme les yeux... et je la respire ! ...

Périgny, très embarrassé, balbutiait quelques paroles de consolation.

— Je vous en prie, reprit Dambrichet, venez dîner avec moi.

— Mais, mon cher ami...

Ne me refusez pas, la solitude me tue.

Et il emmena Périgny.

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Après le dîner, ils étaient assis tous deux sur la terrasse, devant le salon, regardant les arbres, le gazon, les fleurs.

— J'ai trouvé toutes vos lettres, dit alors Dambrichet, et aussi un album sur lequel Christine notait ses impressions...

'Périgny avait tressailli.

— Oh ! je vous pardonne à tous deux ! continua Dambrichet avec tristesse. J'étais souvent absent, je l'abandonnais, n'aimant pas le monde. J'ai lu ce qu'elle pensait de vous... Elle vous aimait de toute son âme !

— Si vous saviez, dit Périgny, par quel concours de circonstances... Il n'y a eu de la faute de personne...

— Dites-moi... c'est dans ce salon, n'est-ce pas, qu'elle s'est donnée à vous pour la première fois?

— Mais...

— Ohl je vous en prie, dites-moi tout... où était-elle assise?

— Là... sur ce divan.

— Et alors ?

— Je m'étais rapproché d'elle, en causant... Je pris sa main qu'elle abandonna. Voyant qu'elle ne me repoussait pas, je me laissai tomber à ses genoux...

— Oui... oui... murmura Dambrichet.

Et il reprit :

— Elle devait être bien belle ! car elle ne s'est jamais donnée à moi qu'à contre-cœur, presque avec répugnance... Qu'elle devait être belle avec quelqu'un qu'elle aimait !

11 y eut un moment de silence.

— Voyons, reprit Dambrichet, dans quelques semaines c'est l'ouverture de la chasse ; venez passer la saison avec moi au château !

— Mais, mon cher monsieur Dambrichet...

— Et vous devez être gêné ? Eh bien 1 je ne puis plus gérer mes propriétés... je n'ai plus la tête à moi, j'ai besoin de quelqu'un... Vous aurez vingt mille francs par an pour diriger mes affaires... C'est dit, nous partons demain.

— Mais y songez-vous ?. . .

— Je vous en prie, ne me refusez pas, s'écria Dambrichet en versant des larmes.

Et se jetant au cou de Périgny, il ajouta en le serrant dans ses bras :

— Je ne veux pas que vous me quittiez... Vous êtes tout ce qui me reste d'elle !

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