UN MARI COLLANT
de perles, une voix jeune et caressante qui avait la douceur des harpes éoliennes.
Léopold Dambrichet n'était ni beau ni laid. Le teint colore', le nez un peu grand et légèrement de travers, de taille moyenne, se dandinant en marchant, grand amateur de chapeaux mous et de chemises de couleur, fumant la pipe au café et au cercle; somme toute, un type moyen de richard de province. Très bon, très charitable, doué d'une dose suffisante de bon sens, il eût fait le bonheur d'une femme qui aurait partagé ses goûts. Mais, la première fois qu'il aperçut Christine Draawig, Léopold Dambrichet éprouva un tel trouble qu'il ne put dormir la nuit. Le lendemain était un dimanche : il alla à la messe et, tant que dura le service divin, ses yeux restèrent attachés sur cette étrange fille du Nord qui avait reçu, dès le berceau, les baisers du soleil de Gascogne.
Dambrichet avait quinze ans de plus que M^^" Draawig, mais sa fortune était de plusieurs millions. Le père Dambrichet avait été l'un des plus grands propriétaires du Département, et Léopold avait doublé sa fortune par des constructions sur des terrains autrefois sans valeur et plus tard annexés à la ville.
^jme Draawig représenta à sa fille tous les avantages de cette union. C'était la fortune pour
toute la famille ; ses frères trouveraient des emplois dans les relations de M. Dambrichet, ellemême aurait une vieillesse heureuse.
A l'époque où nous vivons, la beauté n'est qu'un avantage secondaire. C'est du côté de M. Dambrichet qu'était le sacrifice.
Enfm, le mariage fut décidé.
Quand on signa le contrat, M"''' Draawig déposa sur la table traditionnelle trente mille fr. ■ — la dot de sa fille. Dambrichet prit la liasse et la remit à sa belle-mère en la priant d'accepter cette somme pour ses deux fils. Et ce ne fut pas sans attendrissement que M™^ Draawig entendit le passage du contrat par 'lequel M. Dambrichet reconnaissait un million à sa femme.
A l'église, on remarqua que M"^ Christine Draawig avait les yeux rouges, et on en conclut qu'elle avait passé la nuit à pleurer.
Pendant trois ans, le ménage Dambrichet fut un ménage comme les autres. Deux mois à Paris, trois mois à la campagne, le reste du temps à Poitiers. Un jour de réception par semaine; quatre bals par hiver, la grande vie de province.
Pas d'enfant, c'était le grand chagrin de Léopold, qui, peu à peu, avait repris ses anciennes habitudes de cercle et de café. Il aimait à causer avec les cultivateurs, avec les marchands de bœufs . Le monde lui portait sur les nerfs.