‹ Tablettes chronologiques de l'histoire universelle, sacrée et profane, ecclésiastique et civile (volume 2)Chapitre 10 sur 270 · DE LA CHRONOLOGIE · texte numérisé non relu

DE LA CHRONOLOGIE

De ses parties et de ses principes.

JL/A chronologie est Part d'arranger les événemens historiques selonJ'ordre des temps où ils sont arrivés; ce qui souvent souffre des difficultés. Tous ceux qui lisent ou qui étudient , ne sont point appelés à se jeter dans ces discussions toujours épineuses , et qui laissent à Pesprit une sécheresse peu satisfaisante ; mais tous peuvent et doivent savoir que la science de la chronologie , ou des temps , est composée de jours , de mois et d'années,, et que toutes ces parties n'ont pas toujours été les mêmes dans l'antiquité , comme elles ne sont pas encore aujourd'hui les mêmes chez tous les peuples.

La manière de compter les jours n'étoit pas anciennement la même : les Juifs commençoient le jour par le soir, et le finissoient le lendemain à pareille heure ; c'étoit une suite de ces paroles de la Genèse, Chap. i.Exvesperè et rnanè facîus est dies primus. Ils ont conservé le même usage , et commencent encore le Sabbat le Vendredi après midi, et il dure jusqu'au soir du Samedi.

L'église a imité les anciens Juifs, et conserve toujours le même usage , puisque les grandes fêtes commencent la veille par ce qui se nomme les premières vêpres ; mais dans l'usage de la vie civile , le jour va depuis un minuit jusqu'à l'autre.

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4 Idée de la Chronologie.

Le véritable jour se divisoit en quatre parties égales , savoir : prime qui commencent à six heures du matin, tierce à Jneuf heures, sexte à miàï et none à trois heures. Ces quatre parties étoient précédées d'une station , à laquelle on a donné le nom de matines, comme on a donné celui de vêpres ou de soirée au temps qui les suit. Cette pratique s'est conservée dans l'église , mais il n'y a d'ailleurs quç deux différentes divisions du jour. Les uns le partagent en deux fois douze heures ; c'esf ce qui ce pratique en France et dans presque tous les états de l'Europe : au lieu que d'autres donnent au jour entier vingt- quatre heures continues ; c'est ce que l'on a fait à Rome. En voilà assez pour les jours.

Les mois ont eu moins de variations que les jours ; presque toutes les nations ont réglé les mois sur le cours de la lune , qu'ils ont cherché à réunir avec le cours du soleil par une augmentation qui se faisoit à la fin de l'année , et quelquefois au bout de trois ans , dont il se formoit un treizième mois. Ainsi les Juifs qui comptoient leurs mois de 30 et de 29 jours alternativement , ajoutoient au bout de trois ans un treizième mois de 29 jours. Les Athéniens ont suivi la même méthode. Les Macédoniens et quelques peuples d'Asie donnoient à leurs mois 30 et 31 jours; ainsi les douze formoient une année de 365 jours. Les Chrétiens d'Alexandrie et d'Ethiopie faisoient tous leurs mois de 30 jours, auxquels ils ajoutoient cinq jours à la fin des années communes , et six pour les années bissextiles : les Perses et les Arméniens faisoient la même chose. Mais aujourd'hui les Turcs et les Arabes ne donnent à leurs mois que 29 et 30 jours, ce qui ne fait que 3 54 jours pour les douze mois qui font le cours de leur année: aussi le commencement de cette année n'est pas fixe , et erre dans les différentes saisons de l'année , au lieu que les anciens Romains, et après eux les Chrétiens ont fixé leurs mois à 30 et 31 jours, dont il se forme une année de 365 , et quelquefois de 366 jours à cause du bissextile, ou du jour ajouté en Février, après celui que les Romains appelaient Sexto ( Calendas Martii ) , qui répond à notre 24 de Février.

Les années ont eu un sort à-peu-près égal : les Juifs la cornmençoient au mois de Mars, les Athéniens au mois de Juin, les Macédoniens au 24 Septembre, les Chrétiens d'Egypte et d'Ethiopie su 29 ou au 30 Août, les Perses et les Arméniens au n Août;

Idée de la Chronologie. 5

mais presque tous les Chrétiens occidentaux la commencent maintenant au premier Janvier.

Tels sont les premiers élémens de la chronologie. Mais doit-on étudier cette science pour se mettre à lire l'Histoire? A Dieu ne plaise que je donne un pareil conseil : il suffit seulement d'adopter quelques-uns des derniers chronologistes , c'est-à-dire, de ceux qui ont exactement discuté cette matière. C'est dans ce rang que je mets le père Ferai/, l'un des plus savans hommes de la compagnie de Jésus. Ussérius , archevêque d'Armach en Irlande, au milieu du I7me. siècle , est aujourd'hui le plus suivi : il ne diffère du père Pétau que d'une vingtaine d'années. La différence du père de Tournemine de la même compagnie , est plus considérable , et va jusqu'à 886 ans , parce qu'il suit le texte hébreu samaritain ancien, et qu'il allonge le temps que les Israélites ont passé en Egypte. L'église grecque adopte la supputation des Septante , et compte jusqu'à la naissance de J. C. 5508 ans. L'église latine ne s'y oppose pas : car si elle suit dans la Vulgate les années du texte hébreu ordinaire , elle insinue dans son martyrologe le nombre des années conformément aux Septante. Par-là l'église nous fait sagement connoître que ses enfans sont destinés à être Chrétiens , et à croire la doctrine qu'elle leur enseigne , et non à être des chronologistes qui se perdent dans la supputation des temps.

Il conviendroit donc de suivre ou Ussérius , ou le père de Tour* nemine : l'abbé Lenglet donne l'une et l'autre supputation dans les tables chronologiques qui sont à la tête du troisième volume de sa Méthode pour étudier l'Histoire; mais toutes ces différences ne regardent que les anciens temps, c'est-à-dire, ceux qui se sont écoulés depuis la création du monde jusqu'à la première année de l'ère vulgaire,qui est en usage dans toutes les communions chrétiennes de l'Eur rope , à l'exception des Grecs. Lenglet s'accorde avec Ussérius et le savant évêque de Meaux, dès que pour l'Histoire sainte on est parvenu au temps de l'établissement du royaume d'Athènes suivant les Marbres de Paros ou d'Arondel : il date , pour ces deux natures d'histoires, parles années avant J, C. Comme c'est un point fixe dans l'Histoire , il peut servir à régler l'ancienne chronologie , en remontant; comme il sert de règle pour la chro* nologie moderne , en descendant.

6 Idée de la Chronologie.

Nous ne voulons pas néanmoins nous dispenser de donner les points fixes qui servent de base â toute la chronologie* avec la manière d*en assurer la certitude ; cette certitude est appuyée sur l'un de ces trois principes ; ou l'époque des villes , ou le consentement des historiens contemporains , ou enfin des preuves astronomiques.

La fondation de la ville de Rome servira d'exemple pour le premier de ces trois principes ; c'est ainsi que les historiens latins datent la plupart des grands événemens.

Par le second principe , c'est-à-dire , par le consentement des écrivains contemporains ou réputés tels , on sait de même que Cyrus commence à régner sur l'Asie antérieure la première année de l'Olympiade LXI , 536 avant l'ère vulgaire: on sait encore qu'Alexandre meurt à Babylone la première année de l'Olympiade CXIV ; ce qui revient à l'an 324 avant l'ère chrétienne.

Enfin, la preuve astronomique d'un événement se tire des «clipses ; et cette preuve est la plus certaine des trois. C'est ainsi que l'on sait l'année que commença la fameuse guerre du Péloponèse, où il arriva une grande éclipse de soleil : ce fut l'an 431 avant l'ère chrétienne.

Donnons à présent les faits principaux de l'Histoire qui sont caractérisés et fixés , pour ainsi dire , à des années certaines.

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