‹ Tablettes napolitaines (volume 2)Chapitre 35 sur 61 · I 1 6 / ÉTRANGE COMMERCE · texte numérisé non relu

I 1 6 / ÉTRANGE COMMERCE

débarqua dans le port de Bari , ville célèbre par son commerce avec les Dalmates et les Levantins, plus célèbre par Fexcommunication que le pape Urbain II y lança contre l'église grecque, en punition de ce quelle refusait à la seconde personne de la Trinité la faculté d'engendrer la troisième. Loin de moi la pensée de refuser à Urbain II des éloges mérités pour son zèle en faveur de la procession du Sl-Esprit et de la faculté génératrice du Fils de Dieu. Mais pourquoi n'a-t-il pas étendu sa sollicitude jusqu'aux fils des hommes, s'il avait séparé du giron de l'église tous les Napolitains qui mutilent leurs enfans ; il aurait anéanti cette coutume atroce avant qu'elle ne se fût incorporée avec les mœurs de ce peuple.

Malgré ma tendresse respectueuse pour la papauté , je suis forcé d'avouer qu'elle a puissamment contribué à propager la castration en peuplant ses orchestres catholiques des victimes de cet art inhumain. Le saint

excommunié cet infâme abus qu'après Tavoir rendu indéracinable. Bien plus: l'église de Rome permet aux castrats de recevoir les ordres : un être qui est moins qu'un homme est-il donc encore bon à faire un prêtre? Le pape infaillible dit oui, je me garderai bien de dire non. Toutefois, afin de se conformer aux canons du deuxième concile de Nicée, un eunuque-prêtre est obligé, avant de consacrer l'hostie , de mettre dans sa poche ce qui lui manque ailleurs. Mais le monachisme n'a jamais voulu se prêter à ce système de compensation. Tout individu, pour devenir moine ou gris ou blanc ou noir ou pie , soit chaus soit déchaux , doit être homme au grand complet ; on ne transige pas avec cette obligation. La soutane peut quelquefois se trouver prise au dépourvu, le froc jamais.

Quoique le crime de la castration soit presque devenu une mode , la nature , dont le cœur des mères est le dernier retranche-

ment , se révolte de temps en temps con cette barbarie. Il arriva pendant mon séjour à Naples une scène fort tragique à ce sujet.

Un menuisier demeurant al largo del Castelloy ayant manifesté devant sa femme l'intention de faire un musico de leur fils unique, éprouva de la part de la mère une vive opposition. Attendez au moins, lui disait-elle , que S*- Janvier m'accorde un second enfant. Je n'ai que celui-ci , je l'ai nourri de mon lait ; il est d'une santé trop délicate pour supporter l'opération. Pourquoi nous priver de notre unique enfant? Le menuisier se laisse fléchir en apparence par les larmes de sa femme ; il la rassure. Mais dès ce moment elle ne quitte plus son fils ; quand elle ne le tient pas dans ses bras , elle le suit des yeux et le couve en quelque sorte de ses regards. Les liaisons de son mari avec un chapelain de la cathédrale entretiennent sa solli citude maternelle .

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