‹ Tablettes napolitaines (volume 2)Chapitre 34 sur 61 · ÉTRANGE COMMERCE · texte numérisé non relu

ÉTRANGE COMMERCE

nécessaires à la chapelle du pape et aux divers théâtres de Topera, ou ils remplissent les rôles de femmes , et la ville de Sl-Pierre exporte pour la ville de S^Janvier de nombreuses reliques, en paiement des castrats qu'elle a reçus. La balance de ces divers comptes s'établit, selon la coutume , par des livres tenus en partie double.

L'entrepreneur en chef des castrations à Naples correspond directement avec le confesseur du pape , seul dispensateur des reliques romaines. Ils se font connaître les besoins réciproques de leurs concitoyens, et les envois des diverses marchandises ont lieu d'après un tarif établi conscieusement de part et d'autre.

Voici comment j'ai découvert ce genre de trafic, qui n'a encore été signalé par aucun voyageur : Je visitais la cathédrale de Naples, accompagné d'un sacristain qui m'en faisait remarquer les richesses; il n'avait garde d'omettre lenumération des reliques. « Voici, me

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it-il, un tabernacle doré qui renferme une inestimable relique de Ste - Catherine de Sienne ; c'est celui de ses doigts qui fut honoré de l'anneau nuptial lorsqu'elle épousa Jésus-Christ en présence de bons témoins , comme chacun sait. — Je ne conteste pas ce fait , très-révérend sacristain ; mais je nie que le tabernacle contienne le doigt de l'illustre épousée, attendu que je l'ai vu à Rome dans l'église de Ste-Marie-Majeure. Me soutiendrez - vous que le doigt annulaire de Ste-Catherine est en même temps à Rome et à Naples? Votre supercherie me ferait presque douter du mariage en question. — Douter ! répond le porte-croix en pâlissant ; douter, ce serait risquer votre salut. Retenez votre doute, monsieur, et je vous dirai comme quoi la Providence a conduit ici le bienheureux doigt de Ste-Catherine.

A l'époque de la sainte entreprise des Pazzi sur les Médicis , un des conjurés déroba pieusement ce doigt dans la cathédrale de Sienne ,

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afin qu'il lui donnât le courage nécessaire à l'accomplissement de son dessein. Il se trouva bien de cette dévote précaution ; car après avoir donné un coup de poignard efficace , il échappa seul , par miracle , au carnage des conjurés. Arrivé à Rome, il remit le précieux doigt de S te- Catherine au cardinal neveu, qui s'en servit d'abord pour lui donner l'absolution , puis le déposa entre les mains du conservateur général des reliques. Depuis longtemps la cathédrale de Naples désirait posséder ce saint doigt ; nous avons offert en échange le meilleur musico du chœur, le confesseur du saint-père a accepté le marché.- — Ainsi, voilà Rome dépourvue de tout relique de StR-Catherine de Sienne ? — Pardonnez-moi , elle a remplacé ce doigt par un autre. — Oui ; mais ce doigt n'a pas porté l'anneau de Jésus ; sait-on du moins à quel usage il a servi ? — Oh ! dit le sacristain, ce nouveau doigt aura été sanctifié d'une manière quelconque. » Le royaume de Naples envoyât-il des eunu-

f par milliers dans la ville sainte , celle-ci aurait toujours des reliques à donner en échange , attendu qu'elle en possède des mines inépuisables. Les catacombes recèlent soixante -dix mille martyrs, et le puits de Sla-Prudenziana, plus de trois mille ; outre ce riche capital , il y a encore des fonds de réserve dans tous les caveaux des églises. Tous ces trésors cadavéreux sont l'objet de la jalousie des Napolitains, qui s'évertuent à en acquérir de semblables. Il y a dans cette ville des amateurs usuriers qui prêtent de l'argent à la petite semaine sur de bonnes, reliques dont l'authenticité est dûment constatée. Ainsi les Égyptiens mettaient en gage chez leurs créanciers les momies de leurs parens. /

Les habitans du Vésuve ont emprunté bien d'autres usages aux habitans des rives du Nil ; j'aurai plus d'une fois l'occasion de faire de tels rapprochemens. Le premier eunuque qui parut à Naples était égyptien ; il

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