OPÉRA
nervent de plus en plus une nation où , s'il faut en croire plusieurs de ses membres , les âmes sans vigueur, sans caractère , ne sont distinguées que par les differens degrés de leur pusillanimité,
BALS p ACADÉMIE DES NOBLES.
Si Ton chante très-bien à Naples, on y danse fort mal : les artistes et les amateurs sont également dépourvus de grâce et de légèreté ; aucun n'est initié aux mystères de l'art de Terpsichore; j'en juge par les ballets de l'opéra et par les bals de la ville. Le plus distingué de ces bals est sans contredit celui qui s'appelle Y académie des nobles; il a lieu une fois par semaine. Pour y être admis, les Napolitains doivent faire preuve de noblesse , et les étrangers doivent être présentés par les ambassadeurs respectifs de leur nation, lesquels se font garans que leurs veines sont pures de tout sang roturier. Je me ré-
i58 - j OPÉRA.
jouissais de voir danser tous les quartiers de la ville ; j'avais compté sur du plaisir, je fus désappointé : je cherchais de jolies femmes , on me montra des princesses et des marquises. Elles me dédommageront par leurs grâces quand elles danseront. Juste ciel ! imaginez de grandes pincettes habillées en femmes qu'on ferait danser avec des cordes , vous aurez une idée de la souplesse , du moelleux des mouvemens et de la position des pieds des nobles parthénopéennes.
Les danseurs étaient à peu près de la même force : « Attendez un peu , me dit un assistant, vous aller les voir valser; les contredanses françaises ne s'accordent pas avec le génie de la nation : bientôt chaque danseur se saisit de sa dame comme s'il eût voulu la jeter par les fenêtres. Les bras gauches de chaque couple sont fortement tendus comme ceux des lutteurs au ceste. Ils font cinq ou six tours du salon en courant, puis s'arrêtent, puis recommencent. Non, les sauvages de
l'Amérique ne dansent pas d'un air plus hagard autour des prisonniers qu'ils vont égorger. Voilà ce qu'on appelle valser. Certes , ce n'est pas aux bals des Napolitains que les passions doivent s'enflammer ; il me semble , au contraire , que ce serait un puissant spécifique pour en guérir.
Cette ignorance de la danse contraste avec la voluptueuse température ( le climat est le meilleur maître de danse ) i et avec le perfectionnement de la musique : quand les accens sont passionnés , les mouvemens doivent l'être aussi; car la danse est la pantomime de l'amour. Enfin , l'origine des Napolitains , qui descendent des Grecs, ajoute encore à ce contraste. Horace a dit : « La jeune fille, » méditant la séduction, assouplit tous ses » membres aux voluptueux mouvemens de » la danse ionienne. » Mesdames les Napolitaines, méditez un peu plus la séduction quand vous apprenez à danser !
Je n'eus pas lieu d'être satisfait de ma
i6o opéra.
première soirée aux bals des nobles. Ai-je été plus heureux aux bals suivans ? non : à peine ai-je pu compter trois ou quatre femmes médiocrement jolies; plusieurs étaient insignifiantes , et beaucoup étaient tellement laides , que je demandai si , comme on donne des dispenses pour manger des œufs pendant le carême , le pape avait accordé des dispenses pour la laideur, à la noblesse féminine de la ville de Naples.
vw WV WWW' wv wv wv vw wv wv www www wv