DIORAMA
apparaît menaçante , comme si Tibère l'habitait encore. Cette île aride, inhospitalière, de tous côtés hérissée par la nature, de rochers perpendiculaires touchant aux nues, était certes en harmonie avec le cœur du monstre couronné qui , inaccessible comme elle, la choisit pour y méditer ses vengeances, et y cacher ses immondes voluptés. Caprée, à plus de vingt milles du rivage , semble le toucher, et son aspect formidable poursuivant l'œil de l'observateur, offre un rapport frappant avec l'inévitable tyrannie qui, à toutes les distances, menace toujours de nous écraser.
A droite, le mont Pausilippe se courbe en croissant et s'allonge dans le golfe de Naples : au delà s'élève Tîle de Procida , contrastant par sa surface plane , le luxe de sa végétation et sa riante culture, avec la montueuse île d'Ischia sa voisine, dont le volcan , endormi maintenant, ne l'était pas au temps de Virgile, qui représente le géant
Typhée accablé sous le poids de la montagne et exhalant sa fureur par le soupirail. Le plus beau titre de noblesse d'Ischia et de Procida est d'avoir été citées par le poète latin , et de retentir dans ses vers , au bruit des rochers jetés par les Romains dans le golfe des Baies , pour servir de fondement à leurs palais1. Cette Baies, si célèbre dans les annales de la dissolution romaine, et qui, selon l'expression des auteurs du temps, métamorphosait toutes les Pénélopes en Hé lènes , aujourd'hui veuve de tant de somptueux édifices , en présente à peine quelques vestiges reconquis par les flots.
Un morne et lugubre silence habite ces ri-
1 .Telle aux rives Je Baie , antique enfant d'Eubée , Dans le golfe de Cunie avec fracas tombée , Une masse de roc qu'unit un dur ciment, Ebranle au loin la rive en son noir fondement : Inarirae en frémit , et du géant Typhée Presse d'un nouveau poids la poitrine étouffée; L'air en tremble, la mer craint un second chaos Et de son vieux limon noircit au loin les flots.
Delille,