DES AMES DU PURGATOIRE
Krgo exeroeotnr parai*, v«t«ruaiq«« mdl«>BBi Supplicia expeDdunt. Alia pancluntur inanes SospeiiMi ad Tentoi : aliis gub gnrgit* yasto Infeotum etttilor scelas , aut ezuritur igni ; Quisque tuos patimar inanes ; mincie per amplum MitUniur Kljsîum et penci btU anra tenemuc.
VlHO.
De ces âmes alors oommenceiit les tortures ;
Ijes unes dans les eattx vont laver leurs sonillurea ;
Les antres s'eparer dans des brasiers ardens,
Kt d'autres dans les airs sont les jouets des vents :
Knfin cfaaoun revient , sans remords et sans vices ,
De ces bois inaocois habiter les délices;
Mais cet heorcux séjour a peu de citoyens.
Trad. dt Dklixxs.
En méditant ces vers de Virgile, on se demande comment le catholicisme s'est avisé » tard d'instituer lé purgatoire. Jusqu'au treizième siècle, la cour de Rome n'accordait que deux chances à la grand^loterie de l'éternité : le paradis et l'enfer. Encore fal-
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lait^il avoir un quine pour gagner le premier conformément à l'évangile et à Virgile, qui s'accordent sur le petit nombre des élus.
PoMci lœta arva tenemus. Les prêtres catholiques sentaient la nécessité de respecter ces deux grandes autmtés, et celles de David et de la SybiUe : teste Daifid cum Sybillâ.
Les païens entendant la voix de leurs anciennes connaissances, la sybiUe, Virgile, etc., entraient dans le nouveau culte, comme des oiseaux dans un filet où les appelle un de leurs semblables ; c'est , en terme de fauconnerie , la chasse à la pipée. -
L'enfer, sans amendement y origine de /a mort sans phrase '^ avait encore l'avantage de terrifier des esprits trop accoutumés à transiger avec i'Aveme. Mille craintes pour une espérance, voilà la base de toute bonne cosmogonie. De là l'extrême rigueur de Pëglise, pendant les douze premiers sièdes. En s'appropriant l'enfer, le paradis (ou jardin )
> Mot d'un conventionnel.
DIT PURGÂTOIBE. 4?
des Grecs, eHe repoussa leurs limbes et leur purgatoire. Mais obsédés par les rédanaiatîons des mètres , auxquelles il répugnait de Toir leurs enfahs, feute de baptême, tomber de leurs flancis dans les feux éterneb, les papes laissèrent entrevoir le séjour des limbfes destiné aux pouponà. Les femmes furent toujours n détouées aux prêtres , que eeux^d devaient, par reconnaissance , faire quelque chose pour èlie^.
Toutefois régUsë ne se prononça jamais sur les limbes , qui contrarient son principe fondamental : hors de ti^lîse point de setluL Le purgatoire , loin d'entraîner le même inconvénient, présentait au génie fiscal du vicaire apostolitpe te moyen d'asseoir un de ses impôts indirects les plus productifs, impôt devenu nécessaire au luxe de la cour de B.ome.
En conséquence, les moines, ces escarmoucheurs de l'armée papale, reçoivent leurs in* structions : ils s'escriment en faveur du purgatoire sur les divers points de la chrétienté*
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Bientôt Fun d'eux a une révélation où d^ âmes environnées de flammes lui demandent des prièrés>,' fovLC accélérer la fin de leurs supplices. Voilà L*idée du purgatoire enracinée dans les esprits : et le moyen de résister à une révélation!
Les dioses ainsi élaborées par ses prédécesseurs, Innocent III, au commencement du treizième siècle, met la dernière ipain à l'œuvre : il érige la doctrine du purgatoire en article de foi ; lui-même exploite ce dogme, en recevant de Jean -sans -terre cinq cents marcs d'or, pour délivrer des flammes pur^ gatoriales l'âme excommuniée d'un parent de ce prince.
Cette branche d'industrie catholique a toujours été en s'améliorant ; mais entre tous les royaumes de la chrétienté, c'est celui de Naples où elle porte les fruits les plus abondans.
En France , le clergé a un tarif de prières, de messes , de bougies avec lesquelles il
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soulage les âmes des morts; mais la fa^ mille Janot ne donne pas d'argent à Téglise pour délivrer du purgatoire les âmes de la famille Jobart. Pendez-vous ^ prêtres français, espagnols et romains! vous êtes surpassés en génie fiscal par vos confrères na* politains.
Il y a en France la régie des tabacs; à Naples , le clergé met en régie les âmes du purgatoire; il les afferme à un fermier général , qui a des sous-fermiers , qui ont des légions de subalternes, qui ont sous eux des nuées de moines , moinesses , artisans, lazzaroni , qui vont quêtant dans les rues de Naples , à toutes les heures du jour, per le anime delpurgatorio. Chaque quêteur, armé d'une longue perche, au bout de laquelle est suspendue une poche de cuir bouilli, atteint^ à de grandes distances, les individus passant dans les rues , ou prenant Fair aux fenêtres; aucun n'en réchappe. Au mo-' ment où vous êtes le moins sur vos gardes,
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la boune de cuir, sur laqaefie 66nt peints des individus dans les flahimeé, vous passé sous le nez, et une voix lamentable vous crie : per le ardnie del purgatorio*
Pour mon compte, j'ai été trente fois dsLui un jour tiré de mes rêveries par cette pieuse interpellation. Quand je crus avoir suffisamment payé mon contingent , je m'abstins de l'ofiBrande ; j'entendis autour de moi ces paroles : il faut l'excuser^ c'est un Aranger* J'observai alors que , parmi les nationaux , aucune personne ne se dispensait de don^ ner, ne fât-ce qu'un grain * et de baiser ensuite les âmes et les flammes, tant est profondément enracinée l'opinion générale que rien ne porte malheur comme un refus d'assister les âmes du purgatoire.
Le clergé , qui a semé cette croyance dans les esprits, l'entretient avec adresse. Une iausse couche, un procès perdu, une jambe
> Petite pièce de U valeur d'un centime et demi.
DU PUBGATOIBB. 5l
cassée, rinfidélité d'un amant, tout cela s'explique par Foubli des âmes du purgatoire ; il est utile au salut de satisfaire à toutes les demandes d'argent que fait l'église; mais si TOUS refusez les âmes du purgatoire, attendez-YOus à tous les désappointemens , à tous les coups d'épingle de l'adversi^ pendant votre vie, sans préjudice de ce qui vous attend après la mort. Ainsi raisonne la bonne pppulatîpn napolitaine. Oui , oell^ defr carrefours et des cabarets? Ajoutez celle des salons*
Je m'avisai un jour de plaisanter chez M. le marquis Gar.... , sur les âmes du purgatoire, qui ne cessaient de me poursuivre dans les rues de Naples; je demandai le remède à cette obsession* Ppint de réponse, la société entière pâlit. Je ine mis alors à calculer le produit de cet impôt sacerdotal , il s'élevait à {dus d'un million annuel. J'ajoutai qu'avec une tdle somme on entretiendrait plusieurs hôpitaux, étabbssemens dont la
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viUe était dépourvue. Les malades et les infiiTues , dit sèchement uue vieille baromie , sont bien moins à plaindre que les âmes du purgato^e; et 'il est des réflexions qui ne manquent jamais de porter malheur. En effet, je oie couchai avec une fièvre qui dura plusieurs jours. Quel triomphe pour la
vieille baronne , si elle en a été informée*
On m'a conté qu'un jeune Français, après avoir épuisé vainement, auprès d'une dame napolitaine, tout son vt)eabulaire de séduction , s'avisa, en désespoir de cause , de la solliciter au nom des âmes du purgatoire ; il n'avait d'autre intention que de se dédommager de son peu de succès par une plaisanterie. A son grand étonnement; le visage de la dame devint moins sévère ; elle connaissait le danger de refuser une si pieuse requête. Elle hésite; lui i^prend com*age, resserre le blocus de la place , dont il allait lever le siège, et, avec le renfort des âmes du purgatoire , il la força à -capituler.
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Les ppédicateurs napolitains prennent souvent pour texte de leurs serinons les douleurs des âmes du purgatoire : )*ai entendu un de ces Bourdalouçs faire rage sur cette matière; Tauditoire était nombreux:
d'abord il épuisa les figures de niétorique propres à frapper Timagination , surtout la prosopopée ; il interpellait les âmes du purgatoire, qui faisaient elles-mêmes le récit de leurs tourmens ; puis , se tournant vers ses auditeurs, il leur disait : c*est votre frère, c'est votre mère, c'est votre enfant dont vous avez entendu la voix. Je remarquai qu'il ne disait jamais , c'est votre mari , c'est votre femme ; il avait ses raisons, et maniait habilement les esprits. Le succès répondit à son talent oratoire ; il fit une abondante récoRe et reçut la rançon de beaucoup d'âmes , qui furent, sans doute, délivrées le jour même, car le révérend père paraissait tout réjoui.
Quelquefois l'homme d église appelle à
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son aide des moyens encore plus dramatiques : il fait partir derrière l'autel des fusées qui représentent les âmes s'âançant du purgatoire vers le paradis ; mais pour faire jouer ce feu â! artifice, il faut des spectateurs choisis.
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