‹ Tablettes napolitainesChapitre 12 sur 37 · I<B8 FEMMES · texte numérisé non relu

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dirait que la nature , fatiguée d'avoir versé tous les dons extérieurs sur les habitantes du Tibre, a voulu se reposer au pied du Vésuve.

La Parthénopéenne est-elle donc dépourvue de tous charmes? gardez-vous de le croire. De son œil jaillissent tant de flammes , chacun de ses traits brille d'une telle animation, que son visage exerce une grande puissance attractive, dont on éprouve Teffet sans en deviner la cause. Quand le langage aura des termes pour peindre ce genre de prestige, indépendant de la beauté , de la gentillesse et de la grâce , je dirai d'oii vient cette espèce de fascination qui place le carquois de Tamour sur les épaules de la Napolitaine; ce sphinx féminin offire encore d'autres énigmes aux amateurs. Gomment est-il plongé, même en hiver, dans un air tiède, embaumé des plus voluptueuses émanations , sans être dominé par de vagues désirs ? Gomment sur un *sol volcanique, au milieu de la fièvre continuelle desélémens, n'est-il pas entraîné.

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subjugué par ses sens 1 enfin, avec des veines toujours en ébuilition, avec un système nerveux pétri d'étincelles électriques, pourquoi la vésu vienne, loin de s'enflammer au moindre contact, tient-dle ses passions en bride mieux qu'aucune autre européenne. Pourquoi? parce qu'il en est de l'amour comme d'un coursier : plus, celui-ci a d'énergie, de vigueur, moins il se laisse emporter à la fougue de ses élans , plus il a de force d'arrêt ; ne cherchez pas une autre explication de la conduite des Napolitaines* Combien de professeurs de séduction , de roués émérites sont mystifiés par de jeunes filles à peine sorties de l'adolescence ! Voyez ces Attalantes se lancer intrépides dans la carrière des passions ; elles dévorent l'espace. Le séducteur ne se sent pas de joie; il va toucher au but proposé : déjà il sourit au précipice masqué par des fleurs où va tomber son aimable coureuse, quand celle-ci s'arrête tout court sur le bord de l'abîme.

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Mais lorsque la Napolitaine ne redoute ni pour sa réputation , ni pour sa fortune , les conséquences d'une liaison amoureuse, elles'y voue tout entière : sa passion s'enivre de tout ce que le délire de Tiniaginaticmpeut ajouter au délire des senst Quelquefois elle choisit les sites les plu9 pittoresqujîs, pour en faire un trône à sçs amours et rendre U nature jalouse; quelquefois eOe aime à s'environner de scènes de terreur, soit qu'elle veuille connaître si l'ardeur de son amant l'emporte sur la crainte , soit qu'elle trouve dans le voisinage d'un péril on assaisonnement à la volupté.

La jeune comtesse SL , femme d'un

vieillard sicilien, s'était liée insensiblement avec un lord anglais, qui réunissait à une figure distinguée un esprit très-sémillant, pour les bords de la Tamise ; c'est dire qu'il faisait de l'amour une science exacte , dans laquelle il procédait méthodiquement par des axiomes et des corollaires. A voir son

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air gra^e, sententieux et démonstratenr , on aurait pu «rbiré qu'il doaoait à sa maîtresse une ieçon de mathéttiatiques.

Tout idtiemin ôonduit au coeur d'une femme : la jeune oomtesse fait les plus tendres a^eux à son saint-preux britannique,' qui, raisonnant toujours par induction, lui prouve qu'elle doit confirmer ses douces paroles par de plus doux efFeU ; il sollicite un rendezvckis. La solennité sentimentale du solliciteur déconcertait beaucoup l'impétueuse Napolitaine. Enfin , prenant son parti : si letieu,lui dit-elle, n'était pas de votre goût? — Quel qu'il soxl, il deviendra pour moi up temple. — Eh bien ! milord , au cratère du Vésuve. — Mais , madame, le Vésuve menace d'une éruption.— Raison de plus. — Pensée donc que.... — Pourquoi penser!

sentir suffit. — C'est compromettre votre vie. — Deux vrais amans réunissent dans une heure un siède de délices. — Partons, s'écrie l'Anglais. Arrivés au sommet de la

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monVigne, qui vomissait des tourbillons de feu , l'insulaire se sentit tout électrisé par l'enthousiasme de sa maatresse ; et celle-ci , associant toujours la feligion à l'amour , lui dit avec transport : Tu es un autre Moïse , au SDmmet d'un autre Sinaï, et c'est au milieu des flammes que je te donne mes

lois.

. La pudeur est une plante exotique qui n|a pas encore été naturalisée à Naples : les jeunes personnes, bien loin de rougir comme en Angleterre , en entendant parler d'une culotte ou d'un gilet un peu long , appellent tout par son nom ; il n'est pas de nudité qui puisse leur faire baisser les yeux ; elles aiment et connaissent l'anatomie , et se font rendre compte de tout par leurs amis, et même par leurs parens. Pour éviter les causes, elles veulent connaître tous les résultats ; elles sont conséquentes. Si vous vous servez d'une périphrase, d'une expression figurée, pour exprimer une pensée un peu graveleuse»

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elles TOUS intenx>iDpent et vous obligent de bannir tous les tropes et de lever tous les voiles du- discours*

Je causais un soir avec une jeune personne qui a reçu la meilleure éducation pour Napies; elle est musicienne et parle assez bien le français. Nous faisions ensemble la critique du costume d'une dame anglaise qui se trouvait en face de nous : eUe me demanda ce que je trouvais de plus singulier dans son babillement. — C'est, répondis-je, ces deux petites pointes avec lesquelles elle rend saillans les pôles de ses deux demi-globes ; peu satisfaite de la métaphore, elle insiste pour savoir comment on appelle vulgairement ces objets en France : je réponds , et je demande à mon tour la dénomination italienne : mon Dieu, dit-elle, je l'ai oubliée ! Elle se frotte un instant le front en cherchant le mot technique; puis tout à coup se levant, elle s'approche de sa mère , lui parle à l 'oreille, et revient en triomphe m'apporter le terme qui l'avait fuie.

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Ainsi la pudeur, cette virginité du langage, rinnocence, la candeur, ces virginités de la pensée, les filles perdent toutes les virginités, excepté celle qui doit les garantir de la maternité. Rien de |>lus rare à Naples qu'une fille qui fasse un enfant : en mettant leurs amans dans le paradis terrestre, c'est là le fruit de l'arbre de la science qu'il leur est défendu de toucher. On a beau appeler le diable à son aide , le diable perd son temps et il est obligé de baisser pavillon devant des enfans de seize ans, qui possèdent une théorie expérimentale transcendante.

Si vous êtes riche, dit la jeune Napolitaine à son amant, il faut m'épouser pour me posséder ; si vous n'êtes pas riche , attendez que je sois mariée avec un autre. Tel est le résultat de la négociation.

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