‹ Tablettes napolitainesChapitre 14 sur 37 · ÉRUPTION DU VÉSUVE · texte numérisé non relu

ÉRUPTION DU VÉSUVE

Sed horrlficis jultà tonat JEtn» ruinis,

InterilàiiH(ue airam prommpit ad JEibmr* BiUieai , Turbine fumantem piceo et candeote favillA ; .AttoUlqHe globos flanoiariuii , et aidera lambit. loterdùm scopalo» avuUaque viicera oaonlis Erigit eruclans , iiquefaclaqne saxa sub auras Cum gemilu glomeral, fundoque emiestnat iino*

Hous sommes bien ici , faisons-y trois tentes :

une pour vous, une pour Moïse, l'autre pour Slie.

< EVAIIOII.E.

Gomme s*il avait voulu saluer l'arrivée du monarque des frimas, le Vésuve entra en éruption au solstice de rfaiiver, en 1820.

Quelle bonne fortune pour un voyageur ! 11 y a des expressions capables de donner une idée des grandes scènes de la nature , telles que la cataracte du Niagara et les glacières

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de la Suisse ; une plume habile peut transporter le lecteur sous la voûte liquide d'un lac qui se précipite du sommet d'un mont, ou sur la surface immobile d'une mer glacée ; mais le génie du langage lui-même serait frappé d'impuissance à l'aspect d'une immense montagne en travail du génie de la destiiiction , entr'ouvrant de toutes parts ses flancs pour donner naissance à des fleuves de laves bouillonnantes , lançant de sa cime jusqu'aux nues une gerbe permanente de flammes et une grêle de rochers gros comme des promontoires, rouges comme le fer battu sur l'enclume, et accompagnant ces terribles phénomènes d'une voûl tantôt douloureuse , tantôt menaçante , prés de laquelle la voix de la foudre ressemble à la dernière vibration du son d'une cloche.

A ses convulsions , à ses gémissemens , on croirait cette montagne vivante. Lorsque je la sentis frissonner sous mes pas , je frissonnai moi-même d'une agitation nerveuse

inconnue. J^étais accompagné de M. Irisson, Jeune parisien d'un cœur et d'un esprit droits, d'une franchise un peu rude , d'un enthousiasme ardent pour les beautés de Tordre physique et moral. C'était la premièi*e fois que je le voyais; nous nous saluâmes avec indiifisrence. Arrivés aux pieds du Vésuve , nous édiangeons quelques paroles réservées; au milieu de la montagne , la conversation s'anime; au sommet, nous étions amis , tant les merveilles de la nature établissent une rapide €X)mmunication entre les individus homogènes ! Ailleurs, nous nous serions observés long-temps avant de nous connaître; mais dans ce lieu magique , lorsque Ton voit à ses pieds des torrens de feu ^ sur sa tête une pluie de rochers ardens, autour de soi une atmosphère enflanunée, \e ne sais quelle étinceDe électrique vous remue tout entier; on éprouve un invincible besoin de dépouil^ 1er l'homme factice , pour montrer ses pensées , ses sentimens à nu. L'éruption de l'âme

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répond à.FérCiption du volcam Vous tous-^ dévots , alchiniisles , saint pontife , douz La Mennais, onctueux Frayssinous, n'allez pas au sommet du Vésuve , sa flamme fonderait votre masque. Jésus-Christ se transfigura sur une montagne , mais vous , .en tout opposés à lui , votre transfiguration cesierait.

M. Irisson fut d'avis de ne pas gaspiller notre temps à visiter Termite du Vésuve, qui s'est embusqué à mi:côte de la montagnç poi^r rançonner les voyageurs, leur débiter des niaiseries , et leur faire coucher leur nom sur un grand livre aussi crasseux que véridique , car il met eu relief la petite vanité des signataires. Encore si c'eût été un capucin , nous ne l'aurions pas dédaigné ^ qui dit moine , dit un animal plus ou moins curieux à observer ; mais l'ermite du Vésuve est tout bonnement un laïque qui , après avoir été long-temps courtier des âmes du purgatoire et des courtisanes, a obtenu, moyennant une redevance annuelle , la capucinièje du

yésuTe avec les droits , profits et privilèges qui y sont attachés. Ce spéculateur, sadiani combien est puissante sur la multitude l'étiquette du sac, s'est enveloppé. d'un froc, coifië d'un capuchon, et parce qu'il est moins qu'un honuue , il se donne pour un tnpine* Notre éruption vésuvienne ,.bien éloignée de ressembler à celle qui fît périr Pline, en> sevelit Herculanum et Fompéi, était en quelque sorte une éruption d'amateurs* Les ro> chers vomis par le cratère n'avaient -guère que cinq ou six pieds cubes ; après les avoir vus tomber près de nous , bondir et rouler, nous courrions après pour les mesurer et nous chauffisr à leurs masses rouges et incandescentes. Les laves qui sillonnaient la montagne étaient seulement larges de trente à quarante pieds; ici elles formaient des ilôts, là des deltas, et à chacune de leurs sources eUes représentaient des éruptions en miniature. Les matières fendues s'amoneelant, lançaient à de petites hauteurs des .i^iibstances légèi*es et

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îgiiîfin*iiies : c$$ flooo&s de Usa retombaient q«ielqiiefois <ur nos habits, et nous les se^ oouîoiift comme on seooue des flocons de neige. Tous ces petits crAtèi^es soupirant d^nnocens brandons, offraient un spectade gracieux à côté du spectade imposant de la grande bouche volcanique, qui vomissait les entrailles de la montagne et dont la langue enflunmée, après ê^ètrt dafdée impétueuse dans Fair, s'inclinait ensuite mollement, comme pour léober les nuages.

En extase devant œ tableau , |e m'écriai :

c'est ici que le créateur de f univers se révèle ; passons la nuit sur cette montagne , enivitmanous de la plus sublime des oontemplations !

« N'est-ce pas votre avis, milord ? dis-je à un Irlandais, notre compagnon, dont je n'ai pas encore parlé et pour cauae, et qui, ^gmatiquement assis sur on roc, esquissait au crayon des objets inesquissables. Passe k nuit sur k montagne I répond l'insulaire; ôk! no :

le souper! et mes bottes! » et il me montrait

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SSL diaussure , dont le cuir était un peu raccomi par les cendres chaudes sur lesquelles nous marchions. Le malheureux, être préoccupé de ses bottes et de son heefsteek! tant de matérialité me glaça. Partons, dis -je à M. Irisson , cet homme est capable de mettre un éteignoir sur le (lambeau du Vésuve. Nous descendîmes la crête du mont avec quelque difficulté, nos conducteurs n'avaient pas osé nous y suivre.

Adieu, noble montagne, tu m'as fait connaître au plus haut degré le délire de l'enthousiasme et les voluptés de la terreur.

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Ne fugite hospitium ; ocTe ignorala Lktinofl Saturai geotem , haud vinclo née legibus ■quatn , Sponte soft, veterisque dei m nore teneolem.

yiKGix.B.

Les Latin* sont fameux par l%Mpita1ité :

Enfans du fieux Saturne, en eus l'hnmanitrf N'est pas le fruit des lois ; leur bont^ volontaire Suit da leur premier Dieu l'exemple héréditoire.

DBI.II.X.B.

Est-ce depuis Tabolition du culte de Saturne en Italie, que cette contrée a cessé d'être hospitalière? Gomment un dieu de la fable avait-il plus d'influence sur le cœui* des mortels que n'en a aujourd'hui un dieu catholique? celui-ci ne prescrit-il pas l'hospitalité , l'amour du prochain, la charité, etc.? oui , mais il ne les recommande que comme des vertus , d'autres religions les ordonnent oomme des devoirs.

Le catholicisme mel la morale en précepte, le paganisme la mettait en action ; le premier divinise la bienfaisance, le second Thumanise. Le culte de Mahomet lui-même est, en réalité, beaucoup plus charitable que le culte de Rome ; car Tislamisme exige de tous ses sectateurs le vingtième de leurs revenus pour les pauvres ; faute de remplir à la lettre cette obligation , on n'entre pas dans le paradis de Mahomet. Point de houris pour les hommes insensibles aux maux de leurs semblables.

Mais rharpagon le plus renforcé, dont le cœur a toujours été , durant sa vie , bardé dW triple airain , se fait assurer le parvis catholique au moyen d*une somme qu'il lègue, lit articula mords, à Téglise romaine*

Les religions de l'antiquité n'admettaient pas toute» ces transactions par lesquelles le prêtre se met subUlonent à la place de Dieu et à la pkceda pauvre. L'évangile, repoussant aussi cea fictions frauduleuses, recommande l'hospitalité , de la manière la phis

formelle , dans le tableau du dernier repat de Jésus-Christ : œ fils de Thotikme , rompant le pain avec ses disciples , prononce ces su^ Uimes paroles : « mangez ^ ceci est mon n corps ; répétez soui^eni ceHe action en » mémoire de moi^ » C'est comme s'il avait dit : ce pain , fruit du labeur de rbomme, oe pain qui 9 étant destiné à se convertir en sa substance, peut être considéré comme son corps; ce pain, il doit le partager en tout temps , en tous lieux , avec son semblable, pour resserrer avec lui lès liens de la fraternité» Jamais législateur ne peignit par une image aussi vive le charme inexprimable de l'hospitalité , et n'en prescrivit la pratique en des termes aussi touchans. La phrase du Christ est elliptique , \e le sais ; mais les ellipses de sentiment sont bien vite saisies par tous les cœurs bien nés. O divine allégorie , quel travestissement l'on t'a fait subir î Si , en vertu de ce qu'elle ordonne , je demande rhospitabté à un ministre des autels , il me

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présentera pour toute nourriture , quoi?..»

je n'ose le dire, tant son procédé est audacieux, absurde et dérisoire!

Interprété par le papisme , le code divin s'étonne d'enseigner toutes les inepties , d'au^ toriser et d'absoudre tous les crimes. Ce papisme, qui n'a pas su dessécher les marais pontins , dessèche en Italie tous les esprits et tons les cœurs : nulle hospitalité ni à Florence, ni à Rome , ni à Naples. Dans ce dernier pays surtQut on dirait que les habitans redoutent les épanchemens , suite ordinaire des banquets. Un étranger avec les plus belles lettres de recommandation n'est point invité par eux à partager le repas de faipille.

J'ai demandé quelques explications sur ce sujet à un jeune Napolitain qui se croit de lesprit parcequ'il s'est érigé en frondeur de son pays, u J'en rougis poiu* mes concitoyens, m'a^-il répondu; mais mon amour de la vérité me force d'avouc^r que notre .civilisation est bien anûérée .sou& je rapport en

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question. Toute notre obligeante urbanité envers les étrsmgers consiste en fastidieux complimens. Quand un Napolitain vous a protesté de sa servitude , il croit avoir atteint le necplus ultra de la politesse ; vous invitet-il à passer un quart d'heure dans sa loge au spectacle? il pense avoir acquitté la meilleure lettre de recommandation et être libéré envers vous. — Qu'entendez -vous par un quart d'heure dans sa loge , le spectacle ne dure-t-il pas trois heures? — Il est vrai , mais comme il a fait la même invitation à dix ou quinze autres personnes, il faut qu'un invité fasse place à l'autre, car la loge ne peut contenir que^ deux pu trois survenans. — Je présume du moins que, dans les maisons aisées , il y a un couvert pour le cc»npatriote ami particulier du maître du k>gis ? — Chez les Napolitains, l'amitié est plus métaphysique, jamais nous ne la représenterons avec une fourchette à la main. Les prêtres d'Isis eussent admis à leurs mystères un non - initié plus

go HOlPITALITé.

fadlement que nous, n'admettons ehex nous à rheure des repas un indivicki quelconque :

k domestique du logis dit, avec un air sententîeux : ils vont manger; le Napolitain le phis intime de la maison s'en retourne gra- Tement; mais si le laqua» s'écrie, ils mangent^ mangiannù) le visiteur s'enfuit comme un diable devant l'eau bénite , ou comme si on

le menaçait de le mettre à la broche. — L'avarice est-elle la cause de cette singularité? — L'avarice y a sa part, mais plus encore la honte , et un certain respect humain : Les Napolitains n'ont pas encore fait une loi sur la propreté, la, constitution nouvdle n'en dit pas un mot : le hnge de tabl^ne se change pas tous les jours, en outre on rougirait de fkire connaître la parcimonie de ses repas , lorsqu'on ébranle la rue de T(4ède avec un pompeux équipage* On veu^, avant tout, • sacrifier à l'autel de la vanité ; mais la fortune le plus souvent ne suffit pas pour faire dîner les chevaux et leurs maîtres.

-7- Je De m'étonne plus de l'immense quantité de voitures qui encombrent les rues de Naples. — Toutefois vous trouverez encore 4ans la grande Grèce des vestiges de l'hospitalité antique. — C'est ce que je vérifierai

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