‹ Tablettes napolitainesChapitre 17 sur 37 · ENTRE NAPLES ET ROME · texte numérisé non relu

ENTRE NAPLES ET ROME

. . . . O jour! ioar e&écnUe , Jour àe deuil, où l'acier dans une main coupable Oaa... quoi t je n'ai pas arrêté ses efforts. MaUiearease Héloïse, ah 1 que faisaîs~je alors? Mes cris , mon désespoir, les larmes d'une amante Auraient. .. Rien n'altendrk leur rage frémissante ; Ils ne m'écoutent point : le sang coule, ah ! cruels ! Quoi mes cris, quoi mes pleurs panilront criminels I Quoi, je ne puis me plaindre en mon malheur fuoeste! Nos plaisirs sont détruits : ma rougeur dit le reste.

QvELLEs affaires conimercîales peuvent faire deux villes sans manufactures , sans industrie? vous ne le devineriez jamais. Naples mutile les vivans , Rome mutile les morts , et les résultats de cette double opération sont la base de leur commerce réciproque ; en d^autres termes, la ville de S^Janvier exporte pour la ville de S*-Pierre tous les castrats

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nécessaires à la chapelje du pape et aux divers théâtres de l'opéra, ou ib remplissent les rôles de femmes , et la ville de S^-Pierre exporte pour la ville de S* -Janvier de nombreuses reliques, en paiement des castrats qu'elle a reçus. La balance de ces divers comptes s'établît , seloi^ la coutume , par des Uvres tenus en partie double.

L'entrepreneur en chef des castrations "à Naples correspond directement avec le confesseur du papfe , seul dispensateur des relicpies romaines. Us se font connaître les be-, soins réciproques de leurs concitoyens, et les envois des diverses marchandises ontlieud'après un tarif établi conscieusement de part et d'autre.

Voici comment j'ai découvert ce genre de trafic, qui n'a encore été signalé par aucun voyageur : Je visitais la cathédrale de Naples, accompagné d'un sacristain qui m'en faisait remarquer ]fis richesses ; il n'avait garde d'omettre rénumération desreUques. u Voici, me

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dit-ilf un tabernacle doré qui renferme, une inestimable relique de S*« - Catherine de Sienne ; c'est celui de ses doigts qui fut honoré de l'anneau nuptial lorsqu'elle épousa Jésu»-Quist en présence de bons témoins , comme chacun sait. — Je ne conteste pas ce fait, très-révérend sacristain ; mais je nie que le tabernacle contienne^ le doigt de l'il* lustre épousée, attendu que je l'ai vu à Rome dans l'égUse de S*«-Marie-Majeure. Me soutiendrez - vous que le doigt annulaire de S^*-Catherine est en même temps à Rome et à Naples? Votre supercherie me ferait presque douter du mariage en question. — Douter ! répond le porte-croix en pâlissant ; douter, ce serait risquer votre salut* Retenez votre doute, monsieur, et je vous dirai comme quoi la Providence a conduit ici le bienheureux doigt de S^^-Catherine.

A l'époque de la sainte entreprise des Pazzi sur les Médicis , un des conjurés déroba pi|BUsement ce doigt dans la cathédrale de Sienne ,

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afin qu'il lui donnât le courage nécessaire à Taccomplissement de son dessein. Il se trouva bien de cette dévote précaution ; car après avoir. donné un coup de poignard efficace, il échappa seul , par miracle , au carnage des conjurés. Arrivé à Rome, il remit le précieux doigt de S^^-Catherine au cardinal neveu, qui s*en servit d'abord pour lui donner Tabsolution, puis le déposa entre les mains dti conservateur général des reliques. Depuis longtemps la cathédrale de Naples désirait posséder ce saint doigt ; nous avons offert en échange le meilleur musido du chœur, le confesseur du saint-père a accepté le marché. — Ainsi, voilà Rome dépourvue de tout reUque de S*«-Catherine de Sienne? — Pardonnez-moi, elle a remplacé ce doigt par un autre. — Oui ; mais ce doigt n'a pas porté Tanneau de Jésus ; sait-on du moins à quel usage il a servi ? — Oh ! dit le sacristain, ce nouveau doigt aura été sanctifié d'une roanièi'e quelconque. »

Le royaume de Naples envoyât-il des eunu-

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ques par milliers dans la yille sainte , ceHe-ci aurait toujours des reliques à donner en échange , attendu qu'elle en possède des mines inépuisables. Les catacombes recèlent soixante -dix mille martyrs, et le puits de S^-Prudenziana^ plus de trois mille ; outre ce riche capital, il y a encore des fonds de réserve dans tous les cayeaux des églises.

Tous ces trésors cadavéreux sont l'objet de la jalousie des Napolitains , qui s'évertuent à en acquérir de semblables. II y a dans cette ville des amateurs usuriers qui prêtent de l'argent- à la petite semaine sur de bonnes reliques dont l'authenticité est dament constatée. Ainsi les Egyptiens mettaient en gage chez leurs créanciers les momies de leurs parens.

Les habitans du Vésuve ont emprunté bien d'autres usager zmx habitans des rive3 du Nil ; j'aurai plus d'une fois l'occasion de faire de tels ràpprochemens. Le premier eunuque qui parut à Naples était égyptien ; il

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débarqfua dans le port de Bari , ville célèbre par son commerce avec les Dalmates et les Levantins , plus célèbre par Fexoommunication que le pape Urbain II y lança^contre réglise grecque, ^n punition de ce qu'elle refcsait à la seconde personne de la Trinité la faculté d'engendrer la troisième. Loin de moi la pensée de refuser à Urbain II des éloges mérités pour son zèle en faveur de la procession du S*»£sprit et de la faculté génératrice du Fils de Dieu. Mais pourquoi n'a-t-il pas étendu sa sollicitude jusqu'aux filf des hommes , s'il avait séparé du giron de l'église tous les Napolitains qui mutilent leurs enfans ; il aurait anéanti cette coutume atroce avant qu'elle ne se fut incorporée avec les mœurs de ce peuple.

Malgré ma tendresse respectueuse pour la papauté , je suis forcé d'avouer qu'elle a puissamment contribué à propager la castration en peuplant ses orchestres catholiques des victimes de cet art inhumain. Le saint-

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siège n'a excommunié cet infâme abus qu'après l^'avoir rendu indéracinable. Bien plus : régfôe de Rome permet aux castrats de re- . eevoir les ordres : un être qui est moins qu'un homniè est-il donc encore bon à faire un prêtre? Le pape infaillible dit oui, je me garderai bien de dire non. Toutefois, afin de se conformer aux canons du deuxième concile de Nicée, un eunuque-prêtre est obligé, avant de consacrer Fhostie , de mettre dans sa poche ce qui lui manque ailleurs. Mais le monachisme n'a jamais voulu se prêter à ce système de compensation. Tout individu, pour devenir moine ou gris ou blanc ou noir ou pie , soit chaus soit déchaux , doit être homme au grand complet ; on ne transige pas avec cette obligation. La soutane peut quelquefois se trouver prise audépourvu, le froc jamais.

Quoique le crime de la castration soit presque devenu une mode , la nature , dont le cœur des mères est le dernier retranche-

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ment , se révolte de temps en temps contre cette barbarie. Il arriva pendant mon séjour à Naples une scène fort tragique à ce sujet.

Un menuisier demeurant al largo del Castelloj ayant manifesté devant sa femme rintention de faire un musico de leur fils unique , éprouva de la part de la mère une vive opposition. Attendez 9xl moins , lui disait*elle , que S^Janvier m'accorde un second enflnt. Je n'ai que celui-ci , je Tai nourri de mon lait ; il est d'une santé trop délicate pour supporter l'opération. Pourquoi nous priver de notre unique enfant? Le menuisier se laisse fléchir en apparence par les larmes de sa femme ; il la rassure. Mais dès ce moment elle ne quitte plus son fils ; quand elle ne le tient pas dans ses bras , elle le suit des yeux et le couve en quelque soi*te de ses regards. Les liaisons de son mari avec un chapelain de la cathédrale entretiennent sa sollicitude maternelle.

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Un matin , en se réveillant, elle ne trouve plus s<m fib dans son berceau. Un affreux soupçon opprime sa pensée ; ette court échevelée , à demi*vêtue , sur les traces du. ravisseur. L'instinct matemeLla dirige : elle arrive hors d*haleine chez un opérateur en vogue; elle voit...... quel spectacle pour

l*œil d'une mère ! elle voit son fils étendu et garrotté, et près de lui l'instrument mutilateur encore tout sanglant. Pousser un cri d'entrailles , saisir le fer, le plonger dans -le cœur de son mari, tout cela fiit prompt comme sa douleur; elle tombe alors ^ sans connaissance , une fièvre dévorante la saisit ; dans son délire elle demande son fib, on le lui présente pâle , les traits altérés par l'horrible mutilation : ce n'est pas celui-là ! s'éerie-t-elle^i Elle meurt enfin, heureuse d'échapper ainsi à des tourmens que la nature , moins cruelle que les hommes , n'avait point destinés au cœur d'une mère.

Quand on pense que des peuples civilisés,

laO iTRANGB COMÏfEHCE EVTBB HAPLB8 BT ROME. '

des peuples qui prétendent professer la seul^ religion agréable à Dieu , sont capables d'un tel excès de barbarie , on est fon^ d'avouer que fe culte romain a le privilège de Y;otivertii* rhomme en un tigre-dévot bipède plu»

féroce que le tigre à quatre pieds.

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