‹ Tablettes napolitainesChapitre 23 sur 37 · OPÉRA · texte numérisé non relu

OPÉRA

Il faut se rendre à ce palais magit{ue Où les beaux yers , la danse et la musique.

L'art de tromper les yeux par les couleurs , L'art plus heureux de séduire les oceurs , O» cent plaisirs font un plaisir unit^ue.

VOLTAIRB.

Ces vers sont surtout applicables au^tHéâtre de S*-Charles à Naples ; c'est vraiment un palais Hiagiqiif : lichesSe, élégance, immensité 9 magni%:ence , il réunit tous les avantages : au parterre , oii la foule circule avec facilité , chaque spectateur est assis dans un large fauteuil à bras qui , portant le numéro du billet d'entrée, garantit le possesseur de toute usurpation.

Lorsque les six rangs de . loges sont illuminés , il n'est pas de parures féminines dont

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réclat ne pâlisse devant d*inncanbrabLes *bougies i*éfléchies et multipliées dans les cristaux, l'argent et ïor, qui, prodigués partout, se disputent Tomement du théâtre. Les beautés qui vont au spectaèle pour étaler leurs toilettes, sont entiérementdésappointées, tant ailes sont éclipsées par la somptuosité de la salle. Les élégantes parisiennes seraient obligées de faire provision d'une bonne dose de philosophie.

Au premier coup d'archet de l'orchestre, un silence subit et presque religieux règne ^ans tout ce vaste édifice* Toutes les sensations suspendues ailleurs se rassemblent dans l'organe de l'ouïe. Si ce peuple ador^ût le dieu de la musique , il ne pourrait honorer son temple par un plus dévot recueillement.

Combien, sous ce rappc«t, les églises doivent être jalouses de l'opéra !

Ce n'est pas en vain que les îles des Sjrè»

nés sont situées à l'entrée du golfe de Naples : l'influence de ces divinités mélodieuses se fait

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puîwamineiit sentir ; un instant suflSt pour apprécier Fempire tyrannique que les son»

exercent sur les Napolitains. Le plaisir de l'esprit n'est rien pour eux comparé aux plaisirs de l'oreille, qui reçoit des impressions immédiates , profondes et durables.

Du moins si la musique, qui, avec tous les beaux-arts, .doit concourir, en développant las facultés intellectuelles 'des peuples, à perfectionner leur civilisation et à consolider leur existence politique ; si la musique, au lieu de passionner de petites émotions , d'ébranler de petites fibres voluptueuses , réveillait dans les cœurs les sentimens les plus honorables à l'homme , la haine courageuse centre l'oppression , l'amour de la liberté , le dévouement à la patrie , elle acquerrait un caractère imposant de grandeur, de noblesse, qui électriserait les âmes en leur inspirant une plus haute opinion d'elles-mêmes. TeUe n'est pas l'influence musicale sur les mœurs des Napolitains. Vainement leur territoire s'en- *

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orgueîllit des beaux moBumenside l*arclûtecture des Dorîens, dont ils prétendent tirer leur origine , ils ont perdu jus<{u'à la traditipn de cette harmonie dorienne^. pleine de nerf et de majesté, qui, lorsqu'il fallait marcher au combat, retrempait le courage de la nation , et ranimait àde nouveaux exploits par le récit de ses exploits passés.

A Naples, vous n'entendez aucun deces chants patriotiques qui font frémir de terreur les oreilles des tyrans , et palpiter d'ivresse tous les cœurs généreux : la musique douce et sensuelle comme Tair de ce climat fortuné, s'appliquant, par une mélodie habilement graduée, à nuancer les désirs, à remplir les cœurs d'inquiétudes amoureuses, rappelle celle de la molle lonie, dont les habitans ne purent défendre leur liberté contre les Perses. Puissent le» Napolitains ne pas avoir ce nouveau rapport avec les Ioniens I Mais on doit craindre que les accens langoureux , les sons efféminés de la musique n'é-

nervent de plus en plus une nation où , s'il faut en croire plusieurs de ses membres, les âmes sans vigueur, sans caractère, ne sont distinguées que par les diiSerens degrés de leur pusillanimité.

BAtS^ ACADEMIE DES NOBLES.

Si l'on chante très-bien à Naples, on y danse fort mal: les artistes et les amateurs sont également dépourvus de grâce et de légèreté ; aucun n'est initié slu% mystères de l'art de Terpsichore ; j'en juge par les ballets de l'opéra et par les bals de la viUe. Le plus distingué de ces bals est sans contredit celui qui s'appelle V académie des nobles^ il a lieu une fois par semaine. Pour y être admis, les Napolitains doivent faire preuve de noblesse, et les étrangers doivent être présentés par les ambassadeurs respectifs de leur na* tion, lesquek se font garans que leurs veines «ont pures de tout sang roturier. Je me ré-

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jouissais de voir danser tous les quartiers de la ville ; f avais compté sur du plaisir, je fîis désappointé : je cherchais de jolies femmes , on me montra des princesses et des marquises. Elles ine dédommageront par leurs grâces quand elles danseront. Juste ciel ! imaginez de grandes pincettes habillées en femmes qu*on ferait danser avec Aes cordes , vous aurez une idée de la souplesse , du moelleux, des mouvemens et de la position des pieds des nobles parthénopéennes.

Les danseurs étaient à peu près de la même force : (c Attendez un peu, me dit un assistant, vous aller les voir valser; les contredanses françaises ne s^accordent pas avec le génie de la nation : bientôt chaque danseur se saisit de sa dame comme s*il eût voulu la jeter par les fenêtres. Les bras gauches de chaque couple sont fortement tendus comme ceux des lutteurs au ceste. Ils font cinq ou six tours du salon en courant, puis s'arrêtent, puis recommencent. Non, les sauvages de

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