‹ Tablettes napolitainesChapitre 22 sur 37 · SOMNOLENCE DÉVOTES · texte numérisé non relu

SOMNOLENCE DÉVOTES

Certain païen chez lai gardait un dieu de bois , De ces dieux 4|ui sont sourds, bien qu'ayant des oreilles. Le païen cependant s'en promettait merveilles. Il lui coûtait autant que trois :

Ce n'était que yœux et qu'offrandes , Sacrifices de bœufs couronnés de guirlandes ; A la fin se fâchant de n'en obtenii- rien , Il vous prend un leviei-, met en pièces lldote.

iik FONTAINI:*

M. DE Lacépëde fait une descriptioii fort curieuse du grand serpent d'Afrique appelé le Dei^in. Ce monstre, terreur des f<»*étfi qu'il dépeuple , tantôt bondissant de rage , tantôt immobile de langueur, passe de la frénésie à Tengourdissement , tel est le caractère du fanatisme napolitain: quelquefois

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le peuple s^agglomère autour du simulacre d'un saint ; il le prie avec chaleur pour en obtenir telle ou telle grâce : les chants , les cierges, rien n*est épargné. Le saint fait-il la sourde oreiQe , la multitude le provoque par des quolibets, puis Finjurie, puis le menace, puis le lapide; dès que sa statue est brisée, chaque iconoclaste en ramasse un fragment, Temporte en triomphe en hurlant de joie. Mais le repentir succédant tout à coup à Temportement , le dévot furieux se frappe la poitrine, pleure et adore le débris de son idole. Les intervalles entre les accès de cette fièvre chaude religieuse sont remplis par une espèce d*indiffîrence et de léthargie «dévotes ; c'est la sieste de la superstition.

Cette exécution illégale a lieu rarement dans les grandes villes du royaume; mais dans les petites , surtout en Sicile , on peut s'en procurer souvent le spectacle.

Le hasard m'a plus d'une fois présenté

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l'occasion de remarquer l*insouciance napolitaine pour les pratiques religieuses.

Je visitais Téglbe de S^Paul, la plus intéressante de Naples , érigée sur les ruines d'un magnifique temple dédié à Castor et PoUux, par Tarsus, afBranchi de Tibère; je dirai , dût-on me reprocher cette petite digression, que la façade du temple, composée de huit colonnes corinthiennes cannelées, très-élevées, soutenant im splendide entablement et plusieurs statues, fîit renversée par le tremblement de terre arrivé en 1688. Deux colonnes seulement résistèrent à la destruction ; elles furent conservées lorsqu'on reconstruisit l'église de S*-Paul , et elles sont aux deux côtés de la grande porte d'entrée. Il est impossible de regarder sans une admiration mêlée de respect ces deux nobles colonnes corinthiennes qui, comme deux rochers vainqueurs des flots en courroux , sont restées seules intactes et debout au milieu 4e l'océan des âges ; il semble que le vieux Saturne, malgré sa fu-

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reur destructive , les ait épargnées par égard pour les deux frères d'Hélène.

Les deux statues des illustres Gémeaux

$ont,à demi enchâssées dans le mur de Téglise ;

malgré leur mutilation , on peut facilement

apprécier le beau style et la vigueur de la

sculpture; on lit une mauvais inscripticm

latine dont le sens est que la main victorieuse

de S^-Paul a renversé les deux fils de Léda ;

et, pour donner plus d'énergie à oelte fine

épigramme , on a fxniché sur le côté les torses

des Tyndarides« S*-Paul, qui se souvenait

d'avoir été renversé sur le grand chemin de

Damas , n'a pas été peu satisfait de prendre sa

revanche sur Castor et Pollux*

Ce petit accident arrivé à l'apôtre est représenté avec beaucoup de talent dans un vaste tableau qui occupe une des parois de la sacristie ; et, pour complétei* les chutes, on a peint en regard Simon le magicien faisant avec S^-Pierre assaut ée tours de force , et tombant des airs comme un autre Icare , en

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présence de rempereur Néron , qui semble fort réjoui de toutes cea espiègleries. Cette sacristie 9 ces tableaux me firent apercevoir que je n'avais encore attaché mes regards que sur les vestiges du temple païen, en négligeant réglise durétienne; je rentrai pour réparer cet oubli. Après avoir examiné le dioeur, éclatant de dorures et de peinture»

k fresque du plus mauvais goût, et passé en revue les autels et tout le mobilier sacré, je m^occupai des immeubles ; |e vis plusieurs prêtres, les uns assis, causant entr'eux et lisant les gazettes , comme si Féglise eût été un cabinet de lecture , les autres se promejiant et regardant les femmes qui entraient et sortaient. N'étant point encore familiarisé avec la manière leste dont on se comporte à Rome dans la maison du seigneur, j'étais trèç-mal édifié ; mais bientôt ma surprise fut à son comble en jetant les yeux sur les tribunaux de la pénitence, 6k quelques vieilles fenunes s'accusaient des péchés qu'elles ne

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pouvaient plus comiaettre. Les confessioiinauz n'étant point fermés conune en France, et laissant exposés au grand jour les confesseurs et les pénitens , |e pouvais facilement observer les mouvemens de leurs physionomies : il y avait une volubilité dans les mâchoires des confessans, en opposition avec Fair distrait des confesseurs , dont les oreilles et les yeux, écoutaient et regardaient toutes autres personnes que cdles agenouillées à leurs pieds. Bientôt ces hommes de Dieu firent signe d'une main à leurs patiens de suspendre Ténumération de leurs péchés , et de l'autre main ils invitèrent à s'approcher quelques individus désœuvrés de leur connaissance, avec lesquels ils Uèrent de longues conversations. Je me sentis tout scandalisé ; je fus sur le point de m'écner :

Hé quoi I Matkan , d*an prêtre est-ce là le langage ?

Les pénitens, malgré la grâce concomitante , devaient dans cette situation perplexe

mettre en fuite la contrition suffisante et le pouvoir prochain de Fattrition. Enfin les confesseurs reprirent en sous -œuvre leurs pénitens, qui durent ajouter à toutes leurs peccadilles celle de Timpatience. Si j'avais été moins ferme catholique, il y aurait eu de quoi me dégoûter de la confession.

J'étais livré aux plus tristes réflexions sur l'indifférence religieuse, sur le laisser-aller sacerdotal avec lesquels soht traités Jésus et Marie , lorsqu'une espèce de diacre , un aspirantà la prêtrise me proposa de m'introduire dans la chapelle de St-Cajetan^ qui contient la dépouille mortellede ce saint, et de St- André d'Ai^elUno* C'était la première fois que ces noms sacrés frappaient mes oreilles. Je demandai au diacre si ces saints étaient de nouvelle date et de la dernière promotion papale : il me répondit avec amertume et un sourire de pitié que S*-Cajetan et S*-André d'Âvellino n'étaient point des saints nouveaux ,

mais bien de l'ancien régime, et que, les

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apdtres exceptés, ib ne redoutaient le parallèle avec aucun saint du paradis. J'appris en outre que ces Inenhenreux étaient d'autant plus honorés à Naples qu'ils étaient du cru du pays ; je veux le croire , car le royaume des deux peut être l'apanage des pauvres de courage comme il l'est des pauvres d'esprit.

Je fis du diacre mes excuses de inon ignorance ; je lui promis de ne jurer désormais que par S*-André d'Av^no , et je me signai en entrant dans sa chapelle* Là je vis rangés sur des gradins une centaine de petits Goffi*es couverts de velours rouge brodés d'or, renfermant les reliques de cent martyrs ; je demandai à contempler ces vénérables restes, mais je ne pus les voir qu'avec les yeux de la foi.

Afin de connaître toutes les merveilles du lieu, je visitai le couvent des tbéatins, attenant à l'église S'-Paul; ces moines sont tous nobles et des plus hautes familles de Naples.

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Je demandai à Tun d^eux quel était le nombre des frères? ti^ente-neuf, i^pondiMl.

Je trouvai que c'était pkis que suffisant ; il interpréta dans un sens opposé rexpression de ma physionomie : « hélas! ajouta-t-il, naguères nous étions Soixante- dix -huit. — Rassurez-vous, mon révérend père, vous recouvrerez votre ancien éclat. — De quelle manière, je vous prie?— La providence vient de vous donner une constitution .... n A ce mot le moine porta la main à son chapelet comme un soldat à ses armes ; toute sa figure entra en révolution , ses sourcils se gonflèrent, son front fut labouré par de nombreux sillons , Il me sembla que tout son poil se hérissait, u La constitution ! » reprit-il avec un soupir étouffé et un affireux sourire ; <( c'est précisément ce qui nous déconstitue ; que pouvons-nous espérer lorsque tous les principes sont méconnus? » (Pour lui les vrais, les seuls bons principes étaient ceux en vertu desquels existait son couvent. ) Alprs

ye pris un accent trèMinnné et je prétendis prouver à l'énfroqué personnage, que les députés du parlement national n'avaient en vue que la prcMpérité des moines , attendu que sans lei moines il ne pouvait exînèr ai )>on gouvernement, ni bonheur pour les peuples. Le théatin tat cbanné de mes Ikhis ■entimens et de ma dialectique ; son front s'aplanit peu à peu ; puis secouant doucement la tête : h vous vous flattez , mon cher monsieur, dit-il. — Cela se peut , mon révérend père , mais j'ai confiance en celui qui a créé l'univers et les moines. » Je n'iAsistai plus, car il m'aurait proposé de reioplir le vide d'une des cellules de son monastare.

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