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premier coup-d'œil , un naturaliste eut été fort erabaiTassé de pi^ciser à quelle espèce il appartenait , s'il n'avait vu auprès de lui les insignes de sa puissance , sa houlette et sa cornemuse.
£n suivant au milieu des champs de myrtes le cours du Silarus, nous le traversâmes •bientôt sur un pont aussi long que celui dléna, à Paris. 11 me sembla que j'avais passé le Rubicon de la Mythologie. Si l'Egypte fut le premier asile des dieux d'Homère , la plaine de Pestum en est le second ; partout on a détruit leurs temples , ou on les a convertis en édifices rivaux ; partout on a débap tisé les lieux qui portaient leur nom. A Athènes, le Parthénon tombe en ruines sous la main oppressive des en fans de Mahomet; Thésée ne reconnaît plus son temple, et Cythère s'indigne du nom de Cérigo.
Mais la plaine immense où domina jadis la ville de Neptune, la belle Posidonie, est remplie de la majesté des dieux qu'a dé-
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trônes rinoonstance humaine. Au milieu de ces fleurs dont Gybèle orne son sein , parmi ces bosquets de myrtes et de rosiers , on croit Inspirer un parfum d*antiquité. Les divinités du vieil Olympe, Diane, Junon, Minerve aux yeux bleus , le Dieu du Trident et les nymphes maritimes se sont comme retranchés dans cette partie de la Grande- Grèce ; ib défendent sur cette terre poétique leur poétique existence, et la main du pontife romain n'a pu effacer leurs noms des arbres de ces forêts , des rochers de ces iles , et du front de ces promontoires.
Quelque dévot que l'on soit, il est difficile, après avoir passé le Silarus, de ne pas prendre des sentimens un peu payens. J'étais tout surpris de trouver attiédie mon admiration pour Saint-Janvier. Je demandai à mon Anglais s'il avait un calendrier, pour me remémorer les saints du Paradis ; il me rit au nez, d'un air hérétique; il semblait qu'il fût possédé de toutes les divinités du
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paganisine, ce qui est avoir le diaUe au corps , car c'est le seul emploi que les poètes chrétiens daignent donner aux habitans de l'Olympe. Les dieux et les rois détrônés ne sont pas bons à grand chose , et peu de ces derniers pourraient être maîtres d'école comme Denis qui donnait des férules à Co« rinthe, pour n'en pas perdre l'habitude.
J'étais loin de porter envie aux têtes couronnées , tant les beautés de ces lieux me donnaient de jouissances ; tant je sentais , aui doux rayons d'un soleil vivifiant, éclore dans mon ame d'idées et d'émotions nouvelles !
Mais voilà qu'au loin des masses monu- * mentales se présentent à nos regards , imposantes comme les pyramides égyptiennes* Nous découvrons nos têtes , et nous saluons trente siècles supportés par le temple de Nep tune resté intact et dans sa beauté primitive au milieu des ruines de Festum.
Le voile du lointain se levant par degrés au-dessus du temple de Cérès et d'un autre
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noble édifice , nous découTre une forêt de colonnes qui dans la vaste solitude de cette plaine pi*ésente un . tableau d'une ordon* nance tellement magique que Timagination croit éprouver une vision fabuleuse. — Wallons pas plus avant, s'écria Fhabitant des rives de la Tamise, j'entends crier mes entrailles à jeun , il faut les apaiser avant de nous approcher de ces beaux monumens, pour que rien ne trouble notre extase. — Peut-on s'occuper de semblables besoins sur la terre classique de la poésie? — On le peut; je prouve, Homère à la main, que les repas sont poétiques. Ulysse se met à table d^s presque tous les chants de l'Odyssée , il déjeûne légèrement chez Eole , s'enivre dans le palais dé Circé , <^ne chez les Phéaciens et soupe chez Ëumée.
Il n'y avait rien à répliquer ; nous prenons des informations , on nous indique la seule auberge de ces vallons enchantés. C'est une hutte de bois et de terre glaise. Là on nous
3oo rBSTuii.
offre pour nous restaurer, une galette noire et lourde comme du plomb. L'Anglais j porte ses dents affamées , sans pouvoir Tentainer.
C'est le serpent et la lime. Voyant son air désappointé , recourons, lui dis-je , à la providence que j*ai dans ma poche.
— Quelle providence?
— - La lettre de recoHunandation de M. Galdi , pour son ami M. Belelli.
N'oublions pas que nous sommes ici dans la Grande-Grèce , oii jadis Thospitalité n'était pas une vertu , mais un devoir. Nous nous dirigeons alors vers le château de M. Belelli , distant d'une demi lieue. Nouvelle décoo* venue ! personne au logis , hormis une vieiHe femme qui, d'une voix cassée, nous apprend que son maître est malade à Capaccio , village situé , comme le nid d'un aigle , sur une montagne qui borde Thorison. Que faire, m'écriai-je , de la lettre que M. Galdi , président du parlement, a écrite à M. Belelli?
«*- Je vais la porter à son adresse, dit un
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homme grand , sec, d'un aspect farouche, qui s'avance vers nous , le bonnet à la main.
— Et qui étes-vous ?
— Carbonaro.
— Que demandez-vous pour votre peine?
— L'honneur de servir le très-illustre président Galdi.
Il prend la lettre et part comme un éclair.
L'Anglais et moi pétrifiés d'étonnement , admirons la puissance qu'exerce dans cette contrée déserte , le nom d'un homme ver tueux et patriote. Cette puissance agissant sur nous-mêmes , impose silence aux cris de nos entrailles à jeun. Après trois heures d'attente, des torches allumées sillonnant les ténèbres dans noire direction , annoncent le résultat de notre message. Bientôt arrivent , chargés de vivres, trois mulets conduits par trois domestiques ; l'un d'eux me remet une lettre de son maître , lettre vraiment digne des anciens Grecs , bienfaiteurs de cette contrée, par leurs lumières et leur philanthropie.
Soa PB8TU1I.
M. BelelU regrettait , disait-il , que le vais état de sa santé le privât de Favantage de me faire lui-même les honneurs de sa maison ; il me priait d*en user comme de la mienne , souhaitant qne je la trouvasse assez agréable, pour y demeurer le plus long-temps possible. En un mot , cette lettre , toute empreinte de cordialité et de franchise , était de nature à mettre à Taise les commensaux les plus scrupuleux.
En un instant nous voilà installés dans une maison , bdle , vaste , décorée avec autant de goût que de magnificence, et si fraîchement construite , qu'elle semblait âevée au milieu de cette oonti'ée déserte , par la bavette d'une fée. Bientôt les exhalaisons aromatiques des fourneaux culinaires chatouillent notre odorat et nous annoncent un excellent souper. Nous nous asseyons à une table servie d'une manière délicate et copieuse. Jamais gastronomes ne firent disparaître leurs mets avec plus de rapidité et
j'aurais besoin d*un ami ^ui m'aidât à supporter le poids de mon ravissement.
Le mouvement actuel de mon existence ressemble tantôt à la douce agitation d'un ruisseau limpide, glissant parmi des fleurs; et tantôt au tourbillon des flots de la mer entassant montagnes sur montagnes , pour s'élever au ciel. Ici mon esprit épuré de toutes les fumées d'orgueil, de vanité et d'ambition, s'épanouit et se prosterne en présence de la nature et de la vénérable antiquité.
Non, je ne suis point la dupe d'tm enthousiasme éphémère; quand je vivrais mille ans, mille ans je me souviendrais des sentimens qui m'animent, et de cette surabondance de vie morale qui remplit , pour ainsi dire, toutes les puissances de mon ame. Je l'ai dit , je suis dans le lieu le plus poétique de l'univers : ici sont mariées la Grèce et l'Italie, leurs beaux-arts, leurs grands hommes , leurs fictions , leurs merveilles et les merveilles de . la nature ; ici
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je vois la poésie «ous tous ses aspects : poésie de souTepirs , poésie Tivante dans les lieui et dans les monumens*
C'est ici la Grande-Grèce qui fut gouveiv née pendant trois siècles par les sages lois de Pylfaagore.
De hautes montagnes bizarrement amon* oeléea comme les vagues en courroux, formées par des diainons détachés de la grande cbatoe des Apenoins , embrassent plus des trois cjuarts de la plaine immense oà est situé Pestum. Le reste de la vallée est baigné par la mer tyrrhénienne , sur laquelle s'élèvent au loin 111e de Caprée et vis-à-vis une petite lie à laquelle la syrène Leuoosia donna son nom ; ainsi la tyrannie , et la séduction qui est aussi une tyrannie sont , pour ainsi dire en regard. Le golfe de Pestum est formé par les promontoires de Minerve et d'Énipée, et derrière £nipée est le Cap Paiinurc*
vj novembre i8»o.
Aujourd'hui, 37 novembre , f ai fait une
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nouvelle excursion à Pestum. Je suis parti à dix heures du matin de la maison de campagne de M. Belelli ; après avoir achevé de faire le tour des murailles de la ville , je suis venu me reposer dans le petit temple qui est à trois cents pas de la porte septentrionale. A quel Dieu ou à quelle déesse était dédié ce monument? Les érudits ont beaucoup con.
troyersé cette question. Généralement, on le croit élevé en Thonneur de Cérès. Pour moi , qui ne suis pas un érudit , je présume qu*il dut être sous Tinvocation de Vénus . Le principal motif de ma croyance est , qu'il serait inoui qu une ville qui a été plus de deux siècles la résidence des Sybarites, de ces peu* pies dont la volupté était la principale étude , n*eût pas un temple dédié à la mère des Amours , et quel lieu pouvait plaire davan> tage à la fille de Fonde? les myrtes couvrent la terre de toutes parts ; la ix>se , sa fleur favorite, s'épanouissait deux fois l'an dans la riante plaine de Posidonie oîi règne un étef-
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nel printemps ; la mer qui fut son berceau rivalise d'azur avec le ciel , et baigne de ses flots amoureux cette terre féconde ; enfin son cher Enée vogua sur cette mer, lorsqu'il vint aborder en Italie/ Je ne me trompe pas, deux moineaux que j'aperçois sur le chapiteau de cette colonne , me confirment dans mon opinion , et je m'en tiens à ce présage.
Combien de jeunes beautés grecques sont venues faire leurs offrandes à la déesse I
Avant le coucher du soleil je me hâte de gagner le grand temple : m'y voici. Comme le cœur bat en entrant sous ces portiques \ les ombres des colonnes se prolongent , les unes dans l'intérieur du temple , les autres dans la plaine. Un vent frais agite les herbes sauvages , et des milliers de petites fleurs odoriférantes qui croissent dans l'intérieur de l'édifice. Quels habiles architectes ont donné à ces masses colossales une expression d'élégance et de légèreté ? Bien loin d'affaisser la terre , il semble qu'elles vont s'en détacher.
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Que d'harmonie dans toutes les parties de ce monument ! quel sentiment des beaux-arts a présidé à cette exécution! la simplicité qui règne dans les ouvrages de la nature a dessiné tous ces profils, tous ces contours; aussi, plus Tœil les considère , plus il est avide de les considérer. C'est la vue intérieure, c'est la vue de l'ame qui ne peut se rassasier de ce divin aspect. Ce temple a une physionomie religieuse qui agrandit la pensée. On dépouille toutes les petites passions au seuil du péristyle; on n'aperçoit plus que comme des infiniment petits toutes les jouissances des grandes villes. Qu'est-ce qu'un ministre d'état vu de l'intérieur du grand temple de Pestum?... Ici je sens tout mon être attiré par les charmes de la nature. Ces montagnes , cette mer, ce beau ciel , ce soleil qui achève sa lumineuse carrière, il semble que toutes ces merveilles entrent dans ce temple , tant il est vaste, tant sa situation est magique.
Quel contraste avec nos églises, où l'on craint de laisser pénétrer l'air ! 27
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Que j*aime à entendre retentir mes pas sur ces larges paTes où ont tant de fois retenti les pas des Grecs. J'ai beau hâter ma marche, mon imagination bondit au loin devant moi ; ici elle rencontre de graves philosophes de récole de Pjthagore, développant son ingénieux système de la métempsycose , tandis que des beautés Sybarites cherchent k les distraire en attachant sur eux des regards oîi brillent tous les charmes, excepté ceux de Tinnocence. Mais voici le grand prêtre; le silence remplit le temple; un taureau couronné de fleurs le suit, le front tourné vers la mer; il est immolé à Neptune. 11 y a vingtcinq siècles que ces choses se sont passées dans cet édifice encore aujourd'hui presqu'intact; chacune de ces colonnes supporte un siècle.
Que de révolutions ont changé la face du monde depuis la fondation de ce temple ! lui seul n*a point changé; il a résisté aux secousses d'une terre toujours en convulsions, aux efforts conjurés du vent , de la foudre et du
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temps: c*est ainsi qu'une ame forte reste inébranlable au choc des adversités.
Le soleil vient de disparaître derrière les îles des Syrènes; le crépuscule enveloppe d'un crêpe de pourpre le temple de Neptune; et moi j'étais plongé dans un abime de méditations : soudain je crus voir se soulever sur une des pierres voisines de l'autel , le fantôme de l'antiquité.
Une chose étonnante et qui excite une surprise toujours nouvelle , c'est que le temple s'agrandit lorsqu'on s'en éloigne; il prend même une physionomie plus imposante et on ne perd rien de la correction du dessin. Je me suis convaincu que la plus grande difHculté , pour un architecte , est de choisir le site de son édifice afin de ménager cette perspective aérienne qui donne à la structure du monument les proportions les plus imposantes et les plus poétiques , et fait jouir des détails et de l'ensemble. Le temple de Neptune sem« ble avoir été créé par le dieu du goût.
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- Ce temple a survécu au dieu auquel il fut élevé. Le paganisme a des temples et n'a plus de dieux. En dira-t-on bientôt autant des temples modernes ?
Aujourd'hui, a8 novembre, je me suis promené sur les remparts de Pestum et j'en ai acbevé le contour, qui forme un hexagone îrrégulier dont les côtés ont environ deux milles et demi d'étendue. Lés murs de la partie orientale de la ville existent plus d'à moitié , et en plusieurs endroits ils ont environ 3o pieds d'élévation. La partie orientale, haute de 45 pieds, est intacte et présente plusieurs sculptures presqu'effacées par le temps : l'une ressemble à un dauphin, l'autre à une syrène , emblèmes du commerce et de la navigation. Six tours plus ou moins en ruines, placées sur chacun des côtés de l'hexagone des murailles, paraissent d*une structure moins robuste que les murs qu'elles sont destinées à protéger, elles sont probablement d'une date moins ancienne ; la tour
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méridionale' est la mieux conservée : j y ai trouvé un petit outil en bronze ressemblant aux petites cuillers dont nous nous servons pour prendre le sel. Ma présence a mis en fuite un rouge-gorge; cet oiseau parait affectionner les ruines; j'en ai vu un assez grand nombre à Pestum , ainsi que des éperviers et un aigle de petite espèce. Tout le contour des murs extérieurs est bordé de plantes parasites , de ronces et de beaucoup d'arbustes sauvages ; à l'exemple des Sarrasins, ils semblent vouloir assiéger et détruire ce qui reste de ces murailles grecques. C'est une chose remarquable que cette ligue des plantes de toutes espèces contre les ouvrages des hommes.
, Je suis dans ce moment placé sur l'extrémité du mur oriental de Pestum ; c'est le point le plus pittoresque pour comtempler les restes de cette cité qui o£fre les monumens grecs les mieux conservés de l'univers* Â mes pieds ,* je vois le laboureur Lucanien prome-
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ner la hene dans ud vaste diamp où jadk étaient alignées de b^es rues; ià.^e croisait la fouk agitée par mille intérêts divers ; ces hofles sauvages mugissent peut-être dans la place où tonna l'orateur patriote appelant ses coBcitojens au secours de leurs foyers ; des charlatans de toutes couleurs amusaient le peuple dans cette prairie où le pâtre coiiduit ses tranquilles brebis.
Quatre maisons, quelques cabanes , scmt disséminées dans, l'enceinte de Pestum ; (m aimerait mieux que le sol de cette ville grecque fut vierge de ces modernes constructions, ils font une fausse note dans l'harmome antique qui me frappe de toutes parts ; toutefois ces maisons et ces huttes se sont écartées avec respect du t^aple de Neptune , de Vénus et de la basilique , la terre même est inculte à l'en tour de ces monumens, et présente toutes les livrées ^e l'état sauvage.
Ces diefs-d'œuvre des beaux-arts de l'antiquité ressortent davantage au miUeu de
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Faridité qui règne dans une grande étendue.
G)mme aucune trace d'êtres vivans ne paraît préside ces nobles édifices, il semble qu'ils Tiennent, pour ainsi dire, de sortir tout pompeux , tout imposans de noblesse et de grâce du sein même de la terre , comme Minenre du cerveau de Jupiter.
Le grand temple de Neptune est situé Ters le milieu de Tenceinte de la ville, il toucbe à la basilique ; ces demeures des dieux sont restées debout, quand les maisons des bommes ont disparu sous l'herbe : c'est ainsi que de valeureux guerriers sont debout au milieu de la foule étendue morte autour d'eux. A travers cette foule de colonnes qui soutiennent ces grands chefs-d'œuvre d'architecture , je vois briller la mer de toute la splendeur d'un beau soleil qui descend majestueusement dans ses flots. Mon œil embrasse toutes les parties de ce majestueux tableau, et après avoir laissé en*er longtemps mes regaitls sur les décorations for-
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mées par les main» de la nature , je les attache sur les ouvrages des honnnes. De la drconférence de cette scène imposante je ramène mon attention vers le centre : j'ai quitté Paris pour venir visiter la Grande Grèce et les ruines de Pestum , je suis assis sur les hautes murailles de cette antique cité, j'aime à reposer ma fragilité sur ces énormes quartiers de pierre qui ont été placés sans ciment les uns sur les autres avant la fondation de Rome ; un épais gazon croît sur ces murs qui ont résisté à tant d'assauts. Ce gazon est émaillé de marguerites et de petites fleurs blanches qui exhalent leur parfum sous les pieds du curieux qui est ainsi distrait de sa méditation. Cest ainsi que la vertu foulée aux pieds répond souvent par des bienfaits aux outrages de ses oppresseurs.
Les mors de Pestum sont d'une grande largeur , deux voitures pourraient y passer de front ; ils sont presqu'intacts à l'orient.
J'ai cherché vainement, je l'avoue, les
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roses si célébrées par Virgile ^ Properce , et qui donnaient deux moissons par an ; je n'en ai point trouvé , mais j*ai vu les campagnes couvertes de beaucoup de fleurs des champs, et rien ne serait si facile que d'avoir des roses, pour peu qu'on plantât des rosiers.
La mer qui battait les murs de la ville, du temps des Sybarites, s'est retirée à 600 toises, il semble que Neptune qui envahit des contrées entières ait voulu respecter la ville où domine encore si majestueusement le temple élevé en son honneur. Le soleil va disparaître derrière l'ile de Leucosia, ses rayons vont mourir sur le double océan de la mer et de la plaine de Pestum dont les montagnes ressemblent à des vagues que la terre dans ses grandes secousses a fait sortir de son sein.
Je vais quitter ces beaux lieux pour y revenir demain.
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J'ai parcouru aujourd'hui le mont Capaccio, où se retirèrent les Sybarites 7 il borde
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la plaine de Peitum et il est en face de la ▼ille grecque. J'écris maintenant appujé sur les débris de l'autel du grand temple.
Adieu ! ville des Donens , des Sybarites , des Lucaniens et des Romains! vous aves laissé dans mon ame des traces ineffaçables* Adieu ! temple de Neptune dans lequel je Tiens méditer pour la dernieDe fois! puisses-tu compter encore autant de siècles d'extstenoe qu^il s'en est écoulé depuis ta fondation.
Salut f pompeuse colonnade que la terre et le ciel ont respectée! Salut!
Fiir.
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