PORTRAIT PHYSIQUE BU NAPOLITAIN
Les Napolitains ont les h'aits beaux* et réguliers , mais t^mes , brunù par le «oleil ; leur physionomie ^froide, intérieure, plutôt africaine qu'européenne , fait un triste conù*aste avec l'aspect si riant , si libéral de la nature. Le sourire , oe don réservé à l'homme à l'exclusion de tous les autres animaux,' n'épanouissant jamais ni leurs joues ni leurs lèvres , se reproduit artificieUament aux ooins
de» yeiix , et lioime à levn YÎfagcss au lieu é'wim leiale de Inenveillanoe et ck^grâœ, ie ne sais ^ud air de dissÛBulalioii et de Anfaetë*
Plus k Napolitain écooiciiDiie les pensées, plus il prodigue les mots : sa viracilé coMste dansdes gestes multipliés, dans des prefsctûons de br^ pareilles à cdles qu'emploient les né" grès pour subrenir k la disette de leur id&wie. Le nègre ne pouvant s'adresser aux oreilles , parie aux yeux ; là mobilité des musdes de sa face est en harmonie avec les mouvemens de ses membres. La face du Napolitain reste immobile et impassible au milieu de fagîtation de toute sa personne. L'un s'efforce de mettre, pour ainsi dire, ses sentimiens en relief; l'autre s*applique à les faire rentrer en lui-même.
Le pnfltoier regarde directement les yeux de son interlocuteur en lui ouvrant les siens oh étincelle son âme ; le second ne jette qu'un regard oblique vers les pieds de celui à qui il parle , et soh œil est tellement voilé , qu'il
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semble comme les oiseaux posséder deux paupières , dont la phis ténue toujours abaissée, s'interpose entre Tobseryateur et lui.
Aussi ses pruneUes vacillantes , incertaines , produisent, quand on veut y lire, l'e&t d'une eau trouble , et impriment à son visage un caractère de crainte et de servilité. Avec une taille élevée et des membi^ bien proportionnés, il a une démarche moUe, efféminée, les jarrets fléchissans, les épaules un peu arrondies , la tête basse : on dirait qu'il n'ose regarder le ciel , tant il est confus d'être environné des merveilles de la nature. Ouvre-t-il la bouche , c'est pour vous prodiguer les complimens les plus fastidieux, les plus xlégoûtantes protestations de dévouement ; il ' pousse rhumiiité jusqu'à l'humiliation. Vous seriez tenté dç lui dire alors : Eh I malheureux, n'as-tu pour être poli que les secours de la bassesse?
Doiton revenir des fôcheuses impressions qui de prime-abord indisposent contre ce
DE HAPLSS.
peuple? Est-il indigne du beau pays oîi il vit? En serait-il un exotique habitant? Ce sont des questions faciles à résoudre , pour peu qu'on étudie son. histoire et qu'on observe ses mœui's actuelles , ses usages , sa civilisation et sa conduite politique.
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'GËTTAtORI,
MADONNA, PULICIMELLO.
Il eut l'emploi ^ui certes n'eit pas minée , El qu'à le eour , où tout m peint «n beeu , Nous appelons être l'ami du prince; Meis qu'à la viUe, etaurtout en {iroviiioe, Itea gens grossiers ont nommé
Tel e^t ici l'emploi de noif e sainte religion^ <pû , pomv^ son * diTin fondîdeur , semble être des^ée à toutes les mortiiiGatioos. Les femmes empruntent son yoile pour dissimuler leurs intrigues; çlle^ assignent des rendezvous à leurs amans danrles édifiées consacrés à Jésus, à Marie, etc, , auprès du confes^ siùttnal à gauche en entrarU* U n'y a qu'up pas de la place où se cc«nmet le péché à celle où il s'absout. L'amour se sert d'une horloge toute mystique : Theure est indiquée en langage religieux.
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Vous me trouverez , mon. ami , dit la Napolitaine , quand sonnera Vai^^Maria, à régHse de S^Pierre , dans la chapelle de la mère des pécheurs. Nous resterons ensemble jusqu'à Van^lus* Ainsi les temples du Seigneur , qui jadis , par d'indévots Français , étaient changés en écuries , subissent ici une pire métamorphose. Les bêtes , soumises au seul instinct , ne peuvent outrager la Divinité; mais que des êtres doués de raison choisissent des lieux consacres 'aut plus pures émanations de Tâme , pour se livrer au délire des sen^ , voilà ce qui doit révolter le moraliste.
A mon arrivée dans cette ville , le hasard me fit faire la connaissance d'un jeune Saler-, nitain ; il se plaisait à me conduire dans les sites les phis pittoresques des environs de Naples : il me quittait toujours à la naissance du crépuscule, en prétextant des affaires indispensables. Un soir, ayant eu la curiosité de le suivre , je le vis entrer dans une église..
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Le lendemain , je le complimentai %r sa dévotion j il rougit : — Pourquoi rougir? lui dis-je , vous avez peur du diable , il n'y a pas de mal à cela. Indigné d'être taxé d'une faiblesse d'esprit , il m'avoue un vice du cœur. Que d'hommes ressemblent à mon Salemitain! — Bien loin d'avoir peur du diable, répond-il, nous sommes les meilleurs amis du monde. Allons ! je vais vous confier mon secret , ne me trahissez pas : je n'ai jamais pu aimer une femme, mais j'aime les femmes, et je leur fais la chasse à Naples , comme dan& mes bois de Salerne je fais la chasse aux lapins. — J'entends , vous êtes un Lovelace ; mais quel rapport a cette vocation avec vos fréquentes stations dans les églises? — C'est dans ces lieux que toutes les femmes viennent nouer leurs intrigues. Je m'^nbusque au coin d'un bénitier ou derrière les ailes d'un ange , et dès que j'ai reconnu madame la comtesse Fal.., ou madame la marquise Hor..., ou toute autre, j'écris un petit billet à la délinquante,
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et jeraernaDde le fvix de ma dûcféficHiif — JVIais yoas courez le risque d*a:VX)ir les br^ rompus par les amam de ces dames. — > Ofa{ nullement) une f^mme n'expose; jamais celui qu'elle aime. — Save2i-vous:bien que votue conduite éloignera de vous tous les honnêtes gens? capter les faveurs d'une femme est excusable; les arraçber^ c'est uneil&chçté!
— Ab! quel raisonnement peu ortbodoxe !
écoutez le mien : employer la ruse,, l'artifice des protestations d'amour éternel y pour détourner une faible créature de ses devoi|rs conjugaux et maternels, voilà une manœuvre odieuse; mais trouver une beauté toute séduite, et prélever un tribut éphémère sur sa fragilité , c'est ramasser une parcelle du verre qu'un autre a brisé. — Vous êtes trop jésuite pour moi , M. le Salernitain ; j'oublierai votre confidence, oubliez que vous m'avez connu. Et je lui tournai les talons/ Â peine avais-je fait vingt pas, que je me repentis de l'avoir ainsi congédié; j'aurais
MADOVA) P17I*ICIHBLLO. , a5
da,iiiedis-je, déooodre et ne^pas rompre avec cet homme ; 3 pourrait m'êti^e utile dans mes études de mœurs. Tant l'intérêt personnel est prompt à contrôler un bon mouvement !
A Naptes , ks fenumes , lors€[u'eUes se rendent visite , ajoutent à leurs salutations des baisers pleins de réserve et de froidetir, qui effleurent à peine Fépiderlne de leurs joues ; mais les hommes , partout où ils se renoan* rent, ailx cérémonies funèbres on nuptiales, aux spectacles, aux promenades, dans les boutiques des mardiands d'orviétan et les salons des ministres , se jettent dans les bras Tun de l'autre avec vivacité, avec verve, et se couvrent la bouche de baisers redoublés.
Vous les croiriez des amis intimes qui se retrouvent après une longue absence, ce sont des gens qui ne se sont parlé qu'une ou deux fois; qui, le dos toinrné, deviennent aussi étrangers que fe pape et le grand lama» Se connaissen(>ik un peu? ils se méprisent à coup sâr, et se haïssent peut«tre.
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Les Grecs S9 saluaient par le baiser, comme on le voit dans Homère; ont-ilgtransmis cet usage aux Napolitains , qui se prétendent leurs descendans? Que les savans décident eette question ; pour moi, je ne puis faire aucun rapprochement entre les héros des Thermopyles et ceux des Abruzzes*
La lâcheté de Tesprit est sœur de l'autre lâcheté, aussi les Napolitains sont-ils les plus superstitiétR des Italiens, c'est-à-dire des hommes ; ils portent au cou , aux doigts , à leurs chaînes de montres , des talismans pour se préserver de Finfluence pernicieuse de ceux à qui ils attribuent le pouvoir de jeter des sorts : ils appellent ces individus Gettatori* Leurs amulettes Sont faites de morceaux de corail taillés en corne ; ils les touchent à l'instant qu'ils aperçoivent des Gettatori» Les moines sont de ce nombre ; ils jugent la renconti-e de la gent porte-froc, comme du plu$ mauvais augure, et du plus loin qu'ils la découvrent^ ib dirigent contre elle toute la muette
MADONA, PULICXKELLO. ^J
artillerie de leurs talismans. Cette opinion est au nombre des mille et une oppositions entre les mœurs de Naples et celles de Rome. Dans la yille sainte , on croit que le moine le plus crasseux porte bonheur à la Maison devant, laquelle il passe , et c'est à qui lui baisera le froc et les mains. Les boutiques de bijoutiers sont remplies d'objets contre les Sortilèges ; c'est une grande brandie de l'indus* trie nationale.
Les anciens multipliaient partout l'effigie du dieu des jardins , les Napolitains prodiguent plus encore lés images de la Viergie et de Fenfant Jésus ; les rues , les restaurans, les cafés en sont tapissés. On les voit au théâtre desmarionnettes, dans les escaliers des maisons, où elles sont environnées d'étranges offrandes, et dans les beux de k plus dégoûtante prostitution.
Le peuple de Naples a. condamné la Sain ter Vierge à présider à tous les actes de sa vie. Sous ^n portrait brûlent des lampes dont lliuile empeste Fatmosphére.
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J'ai yu des feffimes tremper leurs doigb dans cette sainte^ampôule comme dans Feau bénite.
Gomment Rome, qui a déployé un génie «si fécond , si infventif dans le éoHe des images, s'est-elle laissé surpasser par Naples? car je n'ai TU aucun Romain ni Romaine faire le signe de croix ayec de l'huile de poisson, brûlant sous le nez d'une Sainte* Espérons que cette édifiante coutume se naturalisera bientôt sur les bords du Tibre. Cette innovation cadrerait parfaitement avec les merveilles du règne de Léon XII* D'aillem^s le s^cre de Charles X, qui a valu tant 'd'argent au clergé , doit faire prévaloir la dévotion accommodée à l'huile , sur toutes les autres préparations. Tout coQy>i|8tible n*a-t-il pas drmt de bourgeoisie à Rome?
Naples avait jadis une grande renommée dans les sciences et dans les lettres ; Cicéron et Sénèque l'appellent la mère, des études.
Aujourd'hui les gens éclairés y sontfortjrares.
MADOKHA, PHLIGIIIBCLO. ^ 29
Le gouvernement a sei raisons pour cknier ie peuple dans ^ignorance : 5*il csbnnaissait ses droits, il ne tarderait pas à les rédamer ; on lui donne des reliques au lieu de li vtes , des mir^ des au lieu d'instruction. Id^es thaumalxirges sont toujours en exercice. Les Romains semblent des esprits forts^^omparés aux Na* politains. Les premiers demandent encore du pain et des spectacles ^ les seconds ne reclament que du macaroni et des miracles*
PuUcicello , devenu roi ,. se voyant privé de macaroni , comme d'un aliment trop vulgaire , dit en patois napolitain : momo me sprencepo : « dans le moment, je quitte la royauté. » Ce Pulicicello imite dans ses rôles un paysan calabrois lourdement spirituel, qui débite d'un ton grotesque les propos les plus effirontés et les plus graveleux ; il excite la plus 'bruyante hilarité parmi les spectateurs. Ceux-d vont de Pulicieello au prédicateur, et du prédicateur à Pulicicello ; voilà comme ils partagent leur temps.
30 GETTATORI, MADOVU^y PO LICIHELLO.
Les prêtres sont innombrables à Naples ; ils lèvent mille contributions sur la crédulité populaire. La superstition est pour eux un feu sacré qu'ils ont soin d'alimenter sans cess6« Les cerV^aux fins vivent des cerveaux faibles; c'est la règle.
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