‹ Tablettes romaines, contenant des faits, des anecdotes et des observations sur les moeurs, les usages, les ceremonies, le gouvernement de Rome. Par un francais qui a recemmement sejourne dans cette villeChapitre 16 sur 45 · CAMUCCINI · texte numérisé non relu

CAMUCCINI

Cet artiste passe pour le premier des peintres vivans de l’Italie. J’avais vu à Naples , dans le palais du Roi , deux de ses tableaux de trèsgrande dimension, l’ftn représentant la Mort de César, l’autre la Mort de Virginie. L’ordonnance du premier est très-belle ; les conjurés sont bien groupés autour de César; la partie historique est traitée avec beaucoup d’exaotitude. On remarque dans la physionomie et le maintien de. Cicéron un caractère d’irrésolution et une expression incertaine : il semble qu’il attende le résultat pour donner ou non son approbation. Il est assis dans sa chaise curule, sur un plan élevé d’ou il domine la sanglante exé-

cution : sa pensée plonge dans l'avenir, et on s’aperçoit qu’ri calcule les suites de cft grand événement pour lui-même , et ensuite pour la république. César, représenté au moment qu’il prononce le tu quoque, est appuyé sur un genou , et son bras s’étend paternellement vers Brutus.

Je reprocherai au peintre d’avoir donné à César une attitude trop théâtrale : il se dessine en tombant, comme on ordonnait aux gladiateurs de le faire. Son manteau est drapé avec un art qui tient de la recherche; et certes, s’il est une circonstance où les plis d’un vêtement doivent être dérangés , c’est, bien celle dont il s’agit. L’expression de la figure de Brutus est ♦ •*' plus étudiée que naturelle. Enfin , pour dire toute ma pensée sur ce tableau , il représente à merveille des acteurs jouant la Mort de César.

Le tableau de V irginic est très-inférieur au ► i premier. Il semble que cette jeune fille soit morte, depuis vingt-quatre heures, tant elle est livide , et pourtant elle reçoit à l’instant le coup * mortel. Ses formes sont trop athlétiques. On cherche sur la physionomie du décemvir la passion déçue au moment où elle croit saisir sa proie, la rage du despotisme obligé de se soumettre à un despotisme plus impérieux, celui du Destin. Au lieu de ces diverses expressions } on . ne trouve que des traits en contraction ; et , s’il n’était pas sur sou tribunal , on pourrait croire

que c'est un honnête spectateur qui s’indigne à la vue de cette affreuse et cruelle catastrophe. Ainsi , en partant de Naples , j’avais déjà plus qu ébauché mon opinion sur M. Camucciui :

j’étais très-impatient de le vçir lui-même et de visiter son atelier.

11 est impossible d’avoir des manières plus polies , d être plus complaisant. Sa maison est un petit musée : le meilleur goût a présidé au choix et à l’assortiment des tableaux qu’on y admire; ils sont presque tous des grands maîtres. Ici c’est un enfant qui pose une couronne d’olivier sur une tête de mort : cette allégorie, pleine de justesse , réunit la beauté du coloris à l’exactitude et à la séyérité du dessin. Là c’est un Christ sur la croix :.on peut dire que ce tableau exprime à la fois et la mort et l’ascension du Fils de l’homme, tant ses membres déchirés par la torture et son visage plein de douceur ont de tendance vers les cieux.

Les explications pleines de clarté , les observations fines et délicates de M. Camuccini , tout annonce un homme que le goût a fait entrer dans le sanctuaire des beaux-arts. De sa maison je suis allé à son atelier : il est rempli de tableaux commencés et achevés ; plusieurs se font regarder avec intérêt. Toutefois , malgré l’envie que j’avais d’admirer, je n’ai pu me défendre de faire des observations critiques.

L « Voilà mes joyaux ! », dit Cornélie, fille du

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Grand Scipion , en montrant ses enfans à une damc'romaincqui étalait devatrt elle sesdiamaps. Certes, voilà un sujet de tableau choisi avec un discernement exquis ; mais l’exécution m’en parait bien faible. Où est le noble dédain ? où sont la satisfaction et l’orgueil maternels de la mère des Gracches ? où est l’ambition des honneurs, l’enthousiasme de la liberté qui déjà doit animer la figure de Tibérius ? où est le feu de ses regards, décelant une âme impatiente d’être encore emprisonnée dans des membres adolesceus? -Tout cela sans doute existait dans la pensée de M. Camuccini ; mais il ne l’a pas mis sur la toile.

Voici un tableau de chevalet , représentant . Scipion qui triomphe de sa passion pour une jeune et charmante captive , et la rend à ses parens, dans toute la pureté de sa beauté virginale. Le peintre a presque annulé la belle action du consul, tant il lui a donné une physionomie froide et impassible. Il a l’air de dire : « Je ne « m’eu soucie guère ; j’en trouverai mille plus « jolies qu’elle. »

M. Camuccini ne se laisse pas assez entraîner par «on inspiration : il s’attache trop à la partie technique de son art ; il se défie trop de luimême. Son pinceau compassé, à force de chercher le talent, semble oublier le génie. Ainsi, le plus grand reproche que mérite ce peintre cé-

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lèbrc est d’avoir un excès de modestie : c’est un défaut dont sc corrigent aisémeïit les artistes.

L’Italie, sous le rapport de la peinture, vit ■ de sa gloire passée plus que de sa gloire présente ; et ce n’est pas une hérésie de dire que les peintres français du troisième rang peuvent être comparés aux premiers peintres italiens.

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