‹ Tablettes romaines, contenant des faits, des anecdotes et des observations sur les moeurs, les usages, les ceremonies, le gouvernement de Rome. Par un francais qui a recemmement sejourne dans cette villeChapitre 42 sur 45 · MONT SACRÉ · texte numérisé non relu

MONT SACRÉ

Le premier jour de l’hiver , j’étais au sommet du Vésuve : me voici sur le Mont Sacré , à la naissance du printemps. Là , mes yeux u’out rencontré qu’une nature frappée de stérilité et couverte de tous les vestiges de la destruction : ici, la nature brille émaillée de fleurs ; et, couché parmi leurs parfums , je me plais à rêver sur les grandes catastrophes dont ce point du globe fut le théâtre. C’est ici que l’indignation populaire fit une éruption plus violente que celles qui déchirent les entraillesdu volcan de Naples; ici , les passions humaines , comme les laves du Vésuve, surmontant tous les obstacles , renversèrent les remparts du despotisme oligarchique. Royic , par l’exil des Tarquins , avait conquis la liberté au profit des patriciens : ici, par laciéatiou du tribunal , elle la conquit au profit du peuple.

C’est en frappant cette montagne du pied que Siciuius Bcllutus en fit sortir tout armé ce pouvoir destiné à protéger les droits du peuple , mais qui, trop fortement constitué^ ébranla souvent l’édifice qu’il devait soutenir.

Dans la suite , sous les empereurs , je vois éë même pouvoir passer dans leurs mains sous la dénomination de puissance tribunitîenne, titré sans lequel ils n’étaient pas réputés tyrans légitimes.

Ainsi , un instrument de sécurité pour le peuple devint , dans la suite , l’instrument de sort oppression , de même que le soc nourricier qui sillonne. les plaines est métamorphosé en glaive homicide par les guerres civiles.

Il me semble que les murmures de l’Anio qui baigne les pieds du Mont Sacré , mariés aux murmures des vents qui agitent ces bruyères sauvages , apportent à mon oreille les accens des premiers tribuns du peuple , lorsqu’ils répondirent aux harangues des députés du sénat. Je crois t’entendre aussi , Menennius Agrippa , toi qui sus , par une rugéuieusc allégorie , calmer les flots orageux d’un peuple révolté , et qui élevas le modeste apologue à la hauteur de la plus sublime éloquence. Le peuple, déjà façonné au joug , allait s’y soumettre encorq, si ses défenseurs n’eussent opposé images à images , en déroulant aux yeux de la multitude le tableau de ses malheurs passés , gages de peit malheurs à venir. Alors fut créé ce fameux veto par lequel le peuple paralysait l’action du sénat, et dont les rois se servent aujourd’hui contre les peuples , comme d’un Palladium du despotisme.

Tu frémis , Coriolan , et tu lanças un regard

farouche sur celte montagne , lorsque tu sortis de Rome proscrit par les tribuns du peuple. Tu invoquas Némésis , eu lui promettant des autels sur le sommet du Mont Sacré;

Ce furent aussi des cris de vengeance que vinrent faire éclater en ces lieux le peuple et l’armée , lorsque le Forum vit la mort tragique de Virginie. Les décemvirs en pâlirent, et ils comprirent que leur tyrannie allait trouver son tombeau près de ce berceau de la liberté. Le peuple redemanda et obtint ses tribuns dans le même endroit où il les avait élus pôur la première fois. Ainsi la mort de deux femmes délivra deux fois Rome de ses tyrans.

Quel espace entre moi et tous ces événemens ! Le Mont Sacré lui-même , abaissé par le poids des siècles , n’est plus aujourd’hui qu’une hum* ble colline autour de laquelle apparaissent çà et là des tombeaux en ruine, qui , couverts d’un toit de paille , ressemblent à des ruches d’abeilles. En face de moi s’élève le monument appelé mausolée d’Agrippa. Le pâtre en chef en a fait sa demeure ; les pâtres subalternes se sont logés dans des tombes anonymes. C’est là qu’ils mangent , dorment et se multiplient. Ces êtres insoucians prennent leurs ébats parmi les cendres des consuls romains : ils conspirent pour la vie dans l’empire de la mort.

La plaine qui s’étend au pied du Mont de la Liberté sourit aux regards et respire la fraîcheur

et l’espérance. La verdure des pâturages est coupée par des lignes blanches* de troupeaux de brebis , et par les sinuosités de l’Anio qui semble , à force de replis , vouloir remonter vers sa source et regretter les bois et les montagnes de Tivoli ; tandis que des milliers d’alouettes s’é- .. lèvent en gazouillant au-dessus du Mont Sacré , et vont , au haut des airs , dorer leurs ailes aux premiers rayons du soleil levant.

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