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Ah! malheur à celui que ton sourire engage h A peine eflleure-t-il la coupe du bonheur.
Ce zéphir n’est pas plus volage .
Que le souffle de tu. faveur. i
Moi , long-temps halotté dans l’Océan perfide ,
Enfin , grâce à Neptune, au rivage rendu , Dans'son temple j’ai suspendu Mouoç ement encore humilc.
Toul élail calmo autour île moi pendant que j’escaladais ces Ossas , ces Priions hérissés de rochers et d’oliviers antiques. Soudain le tonnerre, roulant et brisant son char parmi ces agrestes sommets, se multiplie d’échos en échos. Ce n’est pas 1 a foudre : c’est l’Anio enflé par les pluies , qui, se précipitant de gouffres en gouffres, tombe perpendiculairement dans un abîme au-dessous du temple deVesta,ctrejailliten tourbillonsdefumée liquide jusqu’aux colonnes de l’édifice. Rien déplus gracieux, de plus poétique que ce temple, dominant avec majesté le fracas et la fureur des flots écumans, comme une conscience vertueuse reste calme au milieu des tourmentes de la vie.
Par un sentier en spirale, baigné éternellement par la pluie ascendante de la cataracte, je descends vers la partie inférieure du précipice, appelée grotte de Neptune : là, le retentissement dos rochers creusés et minés par les flots , et le retentissement de ces mêmes flots toujours bondissans, remplissent l’àmc 4’ un P agréable terreur. Une foule de pigeons sauvages se plaisent à croiser jeur vol au milieu de la vapeur des ondes , et à se balancer sur ce bouillonnant abîme.
Ce n'est qu’après avoir été un quart d’heure la proie de ce spectacle , que j’aperçus près dp moi plusieurs beautés britanniques : elles étaient vêtues de blanc , et parées comme des reposoirs de Fête-Dieu ; bas de joie blancs à jour, et sou-
liers aussi petits que leurs pieds pouvaient le permettre. Avaient-elles pensé que. la grotte de Neptune exigeât une mise aussi élégante que te palais d’un lord? Quoi qu’il en soit, le dieu les traita sans galanterie , et dans peu d’instans elles furent aussi trempées que les mousses de ces lieux.
La plus grande partie de Tivoli est bâtie sur là rive gauche de l’Anio. Un pont de bois', suspendu sur la chute même du fleuve, conduit à larive droite. En suivant l’espace d’un mille la chaîne des montagnes qui s’arrondissent autour de la ville , et qui en sont séparées par une vallée ■ profonde où l’Anio a creusé son lit, on se trouvé en face des cascatelles qui s’élancent d’une plateforme élevée sur laquelle la ville se groupe d’une mauière aussi gracieuse que pittoresque.
Ces cascades, disposées en amphithéâtre dequatre étages , tombent les unes sur les autres avec bruit et vivacité ; mais comme on a les oreilles et les yeux encore tout remplis de la grande chutç, il semble que les cascatelles se déroulent paisiblement parmi les gazons , ainsi que de grands rubans blancs sur un tapis vert. C’est ici qu’on recueille avec délices toutes ses émotions ; ici , les regards saisissent l’ensemble et toutes les parties de Cet admirable paysage , où tout est varié, où tout est contrasté de manière à charmer â la fois les yeux et les pensées ; ici, la nature parle aux sens et à l’àme. Regardez ces Ion-
gués llles de cyprès qui s’avancent jusqu’à la naissance des cascatelles •• l’immobilité de leurs tiges j le silence de leurs rameaux , opposés au mouvement, au bruit des ondes qui s’élancent ; le deuil de leur feuillage ressortant au milieu de la tendre verdure de la prairie , vous invitent à la méditation. Ne semble-t-il pas , à la vue de ces arbres lugubres , que Ta mort soit venue planter ses enseignes au milieu de l’empire de la vie ? Dans ce site, tout m’entretient de la philosophie d’Horace : je crois lire sur l’écorce de ces cyprès les vers dans lesquels il interpelle l’ombre d’Archyta. J’évoque à mon tour l’om-’ bre du poëte , et je lui demande des inspirations pour exprimer en langue gauloise- sa belle ode sur Tivoli , et je trace , en présence des casca-* telles , les vers suivans :
Que d'autres chantent Rhode , Éphèse ou Mithylénc-, Ou d’une double mer Coryuthc souveraine,
Thèbes chère àBacchus , Delphe aimé d’Apollon ,
Ou desThcssaliens le fortuné vallon ;
Que d’autres , nuit et jour sollicitant leur verve Pour louer les remparts de la chaste Minerve,
Se couronnent le front du paisible olivier;
Que , célébrant d’Argos l’impétueux coursier,
De Mycèno vantant l’opulence et l’empire,
En l’honneur de Jtinon ils fatiguent leur lyre :
Ni Sparte et scs vertus , ni Laryssc et ses champs , N’excitent en mon cœur des transports si touchana Que les bois de Tibur aux ondoyantes cimes ,
Et l’Anio roulant d’abimes en abîmes ,
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Ditjitized
Et le* eaux d’Albunée épanchant leur trésor Au pied du vert pommier et de l’urbre aux fruits d’or. Ainsi que le Notus , précurseur des orages ,
Balayant devant lui les ténébreux nuages,
Revêt souvent le ciel d’une écharpe d’azur,
Chasse aussi le chagrin par {es flots d’un vin pur,
Plancus : suis ce conseil donné par la sagesse,
Soit que de ton Tibur tu goûtes l’ombre épaisse,
Soit que l’aigle t’entraîne aux camps de nos guerriers. Teucer, forcé de fuir son père et ses foyers ,
Do Bacchus sur son front ceignant le vert feuillage,
A ses tristes amis adressa ce langage :
« O vous qui partagez mes biens et mes revers !
« Compagnons , -laissons-nous porter dans l’univers « Où voudra le Destin , moins cruel que mon père.
« Apollon, dont la voix n’est jamais mensongère,
« Promet que sur un sol et vierge et plus fécond « Une autre Salamine élèvera son front.
« Rien n’ast désespéré pour la troupe intrépide « Dont Teucer est le chef , dont Touper est le guide :
« Par des maux bien plus grands nous fûmes éprouvés, . « Repreuez donc courage, ô mes amis! buvez ; a Dans le vin aujourd’hui noyez toutes vos peines: f
« Demain nous remontons sur les liquides plaines, » ■
lu* t -
Quelle est rapide , la fui,te des heure? , Iorsrqu’on est absorbé dans la contemplation d’unenature belle de sa beauté primitive ! Dans peu* d’instans la nuit va tirer son rideau sur fcet im-, posant et gracieux paysage. Déjà le disque dtr sojeil, touchant les flots de la mer Tyrrhenicnne, ’ borde d’une frange de pourpre de légers nuages blancs comme la neige. Déjà ses derniers rayons
glissent sur celle Rome qui m’apparaît à l’horizon ; sur cette Rome qui se prétend vivante , mais dont l’épitaphe est gravée sur ses' édifices modernes plus que sur les ruines de scs monumens anciens.