LE ROI DES AULNES
iLÉGIB.
Qui passe donc si tard à travers la vallée?
Cest un vieux châtelain qui , sur un coursier noir ,
Un enfant dans ses bras, suit la route isolée.
n se plaint de la nuit qui voile sou manoir;
Et YenîxBt (ah ! pourquoi troubler ces cosurs novices?)
Se rappelle en tremblant ces récits fabuleux
Qu'aux lueqrs de la lampe , au vague effroi propices ,
Le soir , près des foyers , racontent les nourrices.
Il croit voir... il a vu , sous le bois. nébuleux , Un de ces vains esprits » de ces antiques gnomes. Qui , railleurs et cruels , doux et flatteurs fantômes , Se plaisent à troubler le songe des pasteurs : Soit qu'ils poussent leur rire à de courts intervalles , S'attacbent aux longs crins des errantes cavales ^ Ou prêtent à la nuit des rayons imposteurs.
Voilant de tous ses pas les rians artifices ,
Le monstre , au bord des précipices ,
Marche , sans les courber , sur la cime des fleurs , Et de sa robe aux sept couleurs
D a déployé les caprices.
A Tenfant qu'il attire il ouvre un frais chemiii; Fait briller sa couronne et sourit ; dans sa main Flotte le blanc troène et les nénuphars jaunes. « Mon père , dit Tenfant , vois-tu le roi des aulx^s? — Mon fils, sous mon manteau pourquoi cacher ta peur? Du ruisseau qui nous suit c'est la blanche vapeur. — J'entends ses sœurs courir et murmurer ensemble.... — C'est la brise du soir sous le bouleau qui tremblé : Rassure-toi , mon fils , contre un effroi trompeur. — Qui frémit dans les bois ? — ^Le ramier qui s'éveille, -^11 me parlé!... entends-tu sa voix à mon oreille :
« Viens , bel enfant, j'ai des bijoux ,
i Du sable d'or , de blancs cailloux; ■ Ma mère de nos airs t'apprendra les cadences; » Je sais de jolis jeux , tu verras dans nos champs
» Les chœurs variés par nos danses ,
« Je t'endormirai par mes chants. »
Mon père î aux bordsdes eaux vois-tu U-bas sa mère?...
— Mon fils , mon cher enfant , vaine et triste chimère :
C'est le tronc du vieux saule et ses rameaux penchans. »
-«Bel enfant, à mes vœux docile,
» Je sers de guide à tes pas égarés.
•Pour toi mes sœurs vont , d'une main agile,
•Tresser des festons bigarres ; » Regarde , que de fleurs au bord du lac tranquille !
» Pourquoi ces craintes, ces déiai«?
» Vien5 , ta place est dans mon palais ,
» Me résister est inutile ! • — «Mon père !. .. il m'a saisi, je souffre. .. ah ! sauve-moi !» Le châtelain frissonne : etTenfant , plein d'effroi , Se serre sur son cœur et demeure immobile.
Mais le vieux châtelain , pressant son coursier n * ( Et l'enfant dans ses bras ) , regagne son manoir. Voilà les hautes tours et la porte propice.
Le pont mouvant s'abaisse , il entre ; et la nourrie o Apporte sur le seuil un vacillant flambeau.
Le père avec tendresse écarte son manteau.
« Soyez donc plus discrète ; il m'a durant là route , Isaure , entretenu des es|irits qu'il redoute ; Il criait dans mes bras, mais maintenant il dort; Reprenez votre enfant. — Oh ! dit-elle , il est mort ! ■ M. H. De Ljltouchb.