‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 16 sur 67 · CYNÉGIRE · texte numérisé non relu

CYNÉGIRE

Et pourquoi cbanter Rome, aux peuples si fatale , S'égorgeant elle-même aux plaines de Pharsale? Pourquoi dire le sang par le sang apaisé?

Sous un trône abattu l'univers écrasé ?

Tant de combats sans but ; d'éphémères conquêtes , Aux yeux calmes du sage inutiles tempêtes ; Ytftes flots , dont les cieux nous semblent menacés , Et qu'un reflux sanglant a soudain efTacés !

Ah! que nos vers plutôt vantent le vrai courage. Triomphant des écueils et même du naufrage; Cherchant pour son pays la victoire ou la mort , Et toujours couronné par l'inflexible sort !

Le géant sans courage est l'égal du pygmée :

Trois cents Léonidas font une grande armée.

Sparte I cité de fer ^ Fef&oi des oppresseun. Ma lyre a célébré tes trois cents défenseurs. Méprisant comine toi la pompe orientale, ' Lia Yille de PaUas, ta sosur et u rivale , Unissait et l'olive et le myrte aux lauriers ; Souriait aux concerts de ses joyeux guerriers ; Enfin, modèle heureux "de grftce et de vaillance,

À l'antique univers mon\rait déjà la France. ^

Âthène alors , Athène y errante au sein des flots f

Comptait peu de soldats et beaucoup de héros :

Tous suivaient Thémistocle et le juste Aristide \

Tous écoutaient Eschyle et sa muse intrépide;

Car aux Grecs en péril , sur son luth inspiré ,

Il chantait le tyran vaincu , déshonoré ,

Et sa mère à grands cris déplorant sa ruine :

Marathon à son cœur révélait Salamine.

Il disait : « J'eus un frère, autre honneur de mon sang ,

» Et Marathon encor l'admire en frémissant.

a Pallas même excita ce nouveau Dipmède , ^

» Pour la gloire d' Athène et la terreur du Mède.

>■ n n'avait point la voix qui perce l'avenir ,

» Mais un cœur, mais un bras faits pour le conquérir ;

> Et le dieu des combats et le dieu de la. lyre

» Sauront rendre immortels Eschyle et Cynégire.

» Déjà foyait Datis , et déjà ses vaisseauxf

» D'une honteuse proue au loin fendaient les eaux :

» L'un d'eux , frappant Thétis d'uue main égarée,

» Accusait la lenteur du rapide Borée.

» Cynégire l'a vu : seul , prompt comme l'éclair ,

» Il s'élance , il traverse une orageuse mer:

» Et du géant ailé, que l'effroi précipite,

» Sa téméraire ;main veut arrêter la fuite.

« Insexulé ! direz-yous. Déliré glorieux !

(75) » Ah ! gardez d'insulter son nom yictorienx, > Lâches ! la valeur tente et la force décide ; » Hercule dut oser pour devenir Alcide.

» Le fer tranche la main du héros ; cependant

• L'autre main la remplace, et tomhe aussi ; sa dent » Mord enfin le vaisseau que sa fureur dévore :

» Désarmé de ses hras , le tronc combat encore, » Le navire s'échappe et l'emporte avec lui ; » Mais tel que Némésis /lorsque son jour a lui ,

• Il apparaît sans cesse au barbare qui tremble :

» Quittant rame et timon , nocher , pilote ensemble , a Vaisseau , tout s'engloutit sous l'Océan vengeur, ^^ynégire n'est plus f Cynégire est vainqueur. »

M. le comte Gàspuld de Poir8«.

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