CYNÉGIRE
Et pourquoi cbanter Rome, aux peuples si fatale , S'égorgeant elle-même aux plaines de Pharsale? Pourquoi dire le sang par le sang apaisé?
Sous un trône abattu l'univers écrasé ?
Tant de combats sans but ; d'éphémères conquêtes , Aux yeux calmes du sage inutiles tempêtes ; Ytftes flots , dont les cieux nous semblent menacés , Et qu'un reflux sanglant a soudain efTacés !
Ah! que nos vers plutôt vantent le vrai courage. Triomphant des écueils et même du naufrage; Cherchant pour son pays la victoire ou la mort , Et toujours couronné par l'inflexible sort !
Le géant sans courage est l'égal du pygmée :
Trois cents Léonidas font une grande armée.
Sparte I cité de fer ^ Fef&oi des oppresseun. Ma lyre a célébré tes trois cents défenseurs. Méprisant comine toi la pompe orientale, ' Lia Yille de PaUas, ta sosur et u rivale , Unissait et l'olive et le myrte aux lauriers ; Souriait aux concerts de ses joyeux guerriers ; Enfin, modèle heureux "de grftce et de vaillance,
À l'antique univers mon\rait déjà la France. ^
Âthène alors , Athène y errante au sein des flots f
Comptait peu de soldats et beaucoup de héros :
Tous suivaient Thémistocle et le juste Aristide \
Tous écoutaient Eschyle et sa muse intrépide;
Car aux Grecs en péril , sur son luth inspiré ,
Il chantait le tyran vaincu , déshonoré ,
Et sa mère à grands cris déplorant sa ruine :
Marathon à son cœur révélait Salamine.
Il disait : « J'eus un frère, autre honneur de mon sang ,
» Et Marathon encor l'admire en frémissant.
a Pallas même excita ce nouveau Dipmède , ^
» Pour la gloire d' Athène et la terreur du Mède.
>■ n n'avait point la voix qui perce l'avenir ,
» Mais un cœur, mais un bras faits pour le conquérir ;
> Et le dieu des combats et le dieu de la. lyre
» Sauront rendre immortels Eschyle et Cynégire.
» Déjà foyait Datis , et déjà ses vaisseauxf
» D'une honteuse proue au loin fendaient les eaux :
» L'un d'eux , frappant Thétis d'uue main égarée,
» Accusait la lenteur du rapide Borée.
» Cynégire l'a vu : seul , prompt comme l'éclair ,
» Il s'élance , il traverse une orageuse mer:
» Et du géant ailé, que l'effroi précipite,
» Sa téméraire ;main veut arrêter la fuite.
« Insexulé ! direz-yous. Déliré glorieux !
(75) » Ah ! gardez d'insulter son nom yictorienx, > Lâches ! la valeur tente et la force décide ; » Hercule dut oser pour devenir Alcide.
» Le fer tranche la main du héros ; cependant
• L'autre main la remplace, et tomhe aussi ; sa dent » Mord enfin le vaisseau que sa fureur dévore :
» Désarmé de ses hras , le tronc combat encore, » Le navire s'échappe et l'emporte avec lui ; » Mais tel que Némésis /lorsque son jour a lui ,
• Il apparaît sans cesse au barbare qui tremble :
» Quittant rame et timon , nocher , pilote ensemble , a Vaisseau , tout s'engloutit sous l'Océan vengeur, ^^ynégire n'est plus f Cynégire est vainqueur. »
M. le comte Gàspuld de Poir8«.
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