LA JEUNE CATALANE
Soeur Camille , recevez-moi y Je veux vivre et m^mrir sous votre sainte loi.
Bien jeune et déjà seule, on me nomme Angeline ; Je pleure mes parens que je n'ai pu sauver ,
Et vous voyez une orphelirie Qui veut gagner le ciel , pour les y retrouver.
Esquif abandonné, je préviens le naufrage, *
A vos travaux sacrés je me voue à jamais.
Vous serablez redouter ma faiblesse et mon âge?
Je suis forte ... j'ai du courage :
J'ai vu mourir ma mère , et Gusman que j'aimais.
Avril se couronnait de ses fleurs les plus belles ,
Quand ma mère me dit un jour :
Gusman doit aux autels te donner son amour Lorsque le citronnier prendra ses fleurs nouvelles.
Elle ignorait , hélas ! qu'au sein de ces beaux lieux Un horrible fléau s'amassait sur nos têtes.
(77) Qu'il allait apparaître au m%eu de nos fêtes , Et qu'il déviât frapper ceux qu'on aimait le mieux.
Quel temps-pour votre hymen , dit ma mère alarmée^ Lorsque la piété, la douleur et l'orgueil Laissent passer la mort en silence et sans deuil , Lorsque l'église sainte, aux fidèles fermée , Repousse la prière et même IccercneiL
C'en est fait , et la fièvre inégale et brûlante Dans le môme tombeau va nous ensevelir.
Gusman la regardait ; il prend ma main tremblante , £t me dit : la vois«>tu pâlir ?
Le mal l'avait saisie au sein de sa famille , Et son bras défaillant semblait nous repousser , Et ses cris répétaient : qu'on éloigne ma fille l Je veux mourir sans l'embrasser. . !
Et moi , près de son lit , d'elle seule occupée, Profitant du désordre où flottait sa raison , Sur son front , sur ses mains j'essuyais le poison } C'est la première fois que je l'avais trompée.
Elle mourut sans moi je la vis expirer.
Et je l'aurais bientôt suivie Si Gusman ne m'eût dit : tu m'as donné ta vie , Gonserve-la pour moi C'était pour le pleurer!...
( 78 ) L'indomptable fléau nous atteignit ensemble!
Je m'écriai soudain : mon Dieu , je te bénis f Qu'au moins le tombeau nous rassemble !
Mais Dieu ne Toulut pas que nous fussions unis.
Quand le mal affaibli suspendit mon délire »
Gusman n'était pas là pour mon premier sourire , Et je demeurai seule enne lieu de douleion !
Nos citronniers pourtant avaient repris leurs fleurs.
Mon refuge est en vous , dans tos devoirs austères , O vous que ma patrie accueille avec transport ; Vous qui nous £q>portez , colombes salutaires , Le rameau consolant dans l'arcbe de la mort.
Des vierges sur mon front attachez la couronne , Et que vos saints travaux raniment ma langueur'; Seulement laissez-moi le nom de ma patronne , • Qui mit ce dessein dans mon cœur.
M. Al«x» Gtmuun.