‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 19 sur 67 · MOÏSE SUR LE NIL · texte numérisé non relu

MOÏSE SUR LE NIL

En ce même temps la fille de Pliaraon Tint au fleuve pour se baigner, aocosipagnée ée ses filles , qui marchaient le long da bord de l*eaa.

(J?ar. cA, a,'!;. 5.)

« Mbs sœurs, Ponde est plus fraîche aux premiers feux du jour, •Venez : le moissonneur repose en son séjour;

»La rÎTe est solitaire encore; » Memphis élève à peine un murmure confus ; » Et nos chastes plaisirs , sous ces bosquets touffus ,

» N'ont d'autres témoins que l'aurore.

» Au palais de mon père on Toit briUerJes arts ;•

» Mais ces bords pleins de fleurs charment plus mes regards

•Qu'un bassin d*or ou de porphyre :

» Ces chants aëriens sont mes concerts chéris ; • Je préfère aux parfums qu'on brûle en nos lambris

« Le soufle embaumé du zéphire.

» Venes : l'onde est si calme et le ciel est si pur ! » Laissez sur ces buissons flotter les plis d'azur

• De Tos ceintures transparentes; «Détachez ma couronne et ces voiles jaloui ; » Car je veux aujourd'b^ folâtrer avec vous

» Au sein des vagues murmurantes.

» Hâtons-nous... Mais parmi les brouillards du matio , » Que vois-j^? Regardez à l'horizon lointain.. t

» Ne craignez rien , filles timides :

» C'est sans doute , par Tonde entraîné vers les mers , » Le tronc d'un vieux palmier qui , du fond des désecta ,

» Vient visiter les pyramides.

» Que dis-je ! si j'en crois mes regards indécis , » C'est la barque d'Hermès ou la conque d'Isis

» Que pousse une brise légère.

M Mais non , c'est un esquif où , dans un doux repos y »> J'aperçois un enfant qui dort au siein des flots ,

» Comme on dort au sein de sa mère.

• Il sommeille ; et de loin y à voir 5on lil^flottant ,

» On croirait voir voguer sur le fleuve inconstant «

» Le nid d'une blanche colombe.

«Dans sa couche enfantine il erre au gré du vent ; » L'eau le balanee, il dort> et le gouffre mouvant

m Semble le bercer dans sa tombe.

» Il s'éveille : accQurez, 6 vierges de Mamphis!

• U crie.... Âh ! quelle mère a pii livrer son fils

(98) « Au caprice des flots mobiles ?

» Il tend les bras ; les eaux grondent de toute paH.

• Hélas ! contre la mort il n*a d'autre rempart

» Qu'un berceau de roseaux fragiles.

» Sauvons-le...G'est peut-être un enfant disraël.

• Mon père les proscrit : mon père est bien cruel

» De proscrire ainsi l'innocence ! » Faible enfant! ses malheurs ont ému mon amour ; » Je yeux être sa mère : il me deyra le jour ,

» S'il ne me doit pas la naissance. »

Ainsi parlait Iphis , Fespoîr d'un roi puissant , Alors qu'aux bords du Nil son cortège innocent

Suivait sa course vagabonde ; Et ces jeunes beautés <ju'elle effaçait encor y Quand la fille des rois quittait ses yoiles d'or ,

Croyaient voir la fille de l'onde *,

Sous ses pieds délicats déjà le flot frémit.

Tremblante , la pitié yers l'enfant qui gémit

La guidé en sa marche craintive ; Elle a saisi Fesquif ; fière de ce doux poids , L'orgueil sur son beau front , pour la première fois ,

Se mêle à la pudeur naïve.

* Les Égyptiens , comme les Grecs et les Tyrieus, croyaient la déesse de la beauté née de Téciime des mers.

(99) Bientôt divisant Tonde et brisant les roseaux , Elle apporte à pas lents l'enfiint sanvé des eanx

Sur le bord de Tarène humide; £t ses soeurs tour à tour an front du nonveau-né , Offrant leur doux sourire à son œil étonné ,

Déposaient un baiser timide.

Accours , toi qui , de loin , dans un doute eruel. Suivais des yeux ton fils * sur qm veillait le ciel ;

Viens ici comme une étrangère ; Ne crains rien : en pressant Moïse entre tes bras , Tes pleurs et tes transports ne te trahiront pas y

Car Iphis n'est pas encor mère.

Alors f tandis qu'heureuse et d'un pas triomphant La vierge au roi farouche amenait Fhiimble enfant

Baigné des larmes maternelles , On entendait en chœur, dans les cieux étoiles , Les anges , devant Dieu de lenr ailes voilés ,

Monter les lyres étemelles.

« Ne gémis plus , Jacob , sur la terre d*exil ;

»Ne mêle plus tes pleurs aux flots impurs du Nil :

* La Bible dit que la mère de Moise laÎMa sa fille au bord du fleuve pour veiller sur le berceau ; l'auteur a cru pouvoir supposer, pour rendre l'action plus rapide, que la mère était testée elle-m^e pour remplir ce triste devoir.

( loo ) » Le Jourdain Ta t'onyrlr se$ riyes ; » Le jour enfin appioche où Ten les champs promis » Gessen ▼erra s'enfmr , malgré leurs ennemis , » Les tribus si long-temps captives.

>• Sotts les traits d'un enfant délaissé sur les flots , M C'est Télu du Sina ; c'est le roi des fléaux ,

» Qu'une vierge sauve de l'onde.

» Mortels , vous dont l'orgueil méconnaît TÉtemel. » Fléchissez : un berceau va sauver Israël;

> Un berceau doit sauver le monde. »

M. T. M. Hugo.

( loi )

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