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RÈGLES DU GENRE ROMANTIQUE

A peine récolier qui fait sa réthorique

Trouve encor parmi nous quelque charme au classique;

Mais , lorsqu'il a quitté Virgile et son pédant ,

U se forme bientôt un goût indépendant ;

Le genre romantique élève ses pensées.

Par Racine et Boileau trop long-temps rabaissées.

Son âme est attentive aux leçons du désert ;

Il goûte du torrent le sublime concert ,

Et du vague idéal cherchant la quintessence ,

Du battant de la porte il chérit l'éloquence.

Les brigands de la grotte et ceux du vieux donjon

De préceptes touchans vont orner sa raison.

Quel charme séducteur se gUsse dans ses veines ,

Quand il entend le bruit des verrous et des chaînes !

Quand le cier|;e funèbre , à ses yeux allumé ,

Est porté par im mort que Ton croit inhumé !

A tant de voluptés son cœur ne peut sufGre ,

£t d'un doux cauchemar il sent Theureux délire.

Oui , je veux , m'animant aux accens des beffrois , Du Romantique pur vous enseigner les lois :

(3) Au milieu des forêts , des rocs et des racines , Montrez-moi vos héros , cachez vos héroïnes ; Que , sa quenouille en main , la vieille du hameau Soit toujours Tomement d'un chef-^d'œuvre nouveau ; Que l'ermite s*y montre avec sa harhe hlanche , Traversant le torrent sur une étroite planche ; Qu'il sache le passé hieii moins que l'avenir , Et qu'il ait deux grands bras toujours prêts à bénir.

Chantez la tour lugubre , asile du rebelle , Et son coq de fer-blanc , sa seule sentinelle , Et les barreaux de fer , et la corde du puits , Et les souris trottant sur les créneaux déti^uits. Un héros entre-t-il dans ce gfte ? Il importe De compter , avec soin , tous les clous de la porte. Je veux qu'un avocat , devant un tribunal , Paisse offrir votre écrit comme un procès- verbal.

Décrivez lentement le brin d'herbe qui pousse : Souvent le romantique est caché sous la mousse ; Mais , quand vous l'y cherchez , faites que le poignard Dans la main d'un bandit se montre à mon regard. La mousse et les brigands , par un heureux mélange , De grâce et de terreur feront un doux échange.

De vos héros souvent dépeignez les habits ,

£t jusques aux charbons dont leurs nez sont noircis.

es héros grecs avaient des poignards et des haches. Mais point de pistolets ni de longues moustaches. Une lanterne sourde en leur tremblante main N'éclairait pas pour eux un coupable chemin.

Cessez donc de vanter les siècles homériques.

Et qui n'admirerait ces bandits romantiques

Qui , lassés du poignard et saisissant le luth ,

Chantent y comme Garât, Tamour et Belzébuth !

Que j'aime à voir errer ce fun^re vampire ,

Qui ne peut respirer si sa belle n'expire ! •

J'admire, en le voyant tapi dans un tombeau ,

Sa grimace sublime et son bec de corbeau.

« Ponctuez fortement » , s'écriait un grand homftie :

Les points ont fait valoir maint livre qu'on renomme.

Un auteur de nos jours réussit de tout point y

S'il joint au vague heureux l'éloquence du point.

De l'exclamation que le signe sublime

Termine chaque mot , décore chaque rime !

De ce point redoublé qui ne sait le pouvoir ! !

En lui semble caché le grand art d'émouvoir.

On a vu maint auteur ( quel effort de génie t! ! )

Arhier de trente points un vers de comédie ;

Et sous leurs traits puissans, qui savent tout dompter,

Froudoyer le lecteur qui ne peut les compter !!!!!!!

Surtout n'oubliez pas le beffroi solitaire , Qui tinte de lui-même au fond du monastère.

Faites voir im succube affublé d'un linceul y Perché sur une table, et pérorant tout seul.

Faites gémir ces voix d'ilne triste victime , Qui font tourner les vins dans la cave du crime. Que j'entende les vents , ious d'antiques lambris , Siffler comme Boileau , s'il jugeait vos écrits.

M,J. P. Bais.

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