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DU GENRE ROMANTIQUE

Quelques écrivains qui neseraient peut-être ^ ni classiques à défaut d'études, ni romantiques à défaut d'iûiagination^ ont jugé à propos de se rattacher à la cause des classiques , qui avait d'ailleurs, comme on sait, grand besoin de cet auxiliaire , et se soat précipités dans la balance incertaine, pourlaplus grande gloire d'Âristotë. Â.insi les bonnes lettres sont encore sauvées pour quelque temps , et il n'y a pas de si petit journaliste qui n'ait contribué à ce grand événement, de sa petite faconde. On n'a oublié qu'une chose dans la discussion, c'est de définir les mots^ et cela arrive quelquefois dans des discussions plus importantes, même à Paris.

Il est absurde de supposer qu'il y ait une guerre d'école à école entre les classiques et les romantiques. Il est même absurde de distinguer les classiques des romantiques , c'est-à-dire les hommes de génie de ce qu'on appelle les deux écoles , autrement que par la distance des temps^

(7) la différence des localités et du langage , l'influence de la religion , des lois , des mœurs , et surtout celle des souvenirs nationaux, qui com-' posent en grande partie la poésie d'un peuple. Eschyle a été ce qu'il devait être à Athènes , et Shakespeara ce qu'il devait être à Londres.

Répétons ici le mot tant de fois répété : la littérature est r expression de la société. Joignons-y cet axiome , qui ne paraît pas moins évident : la poésie est l'expression des passions et de la naticrey et convenons que le romantique pourrait bien n'être autre chose que le classique des modernes^ c'est-à-dire l'expression d'une société nouvelle , qui n'est ni celle des Grecs, ni celle des Romains.

Le développement des lumières, favorisé par l'impulsio^ du christianisme , par les ingénieux travaux des moines et par la découverte de l'imprimerie , avait fait entrer cette société nouvelle en possession de tout l'héritage littéraire de la société ancieniÂe. Bartagée dejs doubles avantages de l'érudition et du génie ^ elle était libre de choisir entre ses propres in&piratiojos , et celles des âges que nous avons depuis surnommés classique». L'Angleterre, presque toute sau-

(8) tâge, et divisée du monde entier comme atc temps d'Horace^ la pieuse Allemagne , passionnément fidèle aux traditions religieuses et historiques des aïeux 5 l'Espagne, moins éblouissante encore des riches inrentions des Maures que de l'éclat de ses tournois , du succès de s€;s entreprises et de retendue de ses découvertes , osèrent avoir une poésie. . . L'Italie ^ qui avait conservé le dépôt des études antiques et qui en recueillait les premiers fruits , ne fut pas moins téméraire. Le Dante descendit dans les enfers , sur les pas de Virgile; mais il ne se crut point obligé de parler la langue de son maître , poète henreux d'un âge heureux. Il fit passer dans la divine comédie tout le désordre, toute la terreur des guerres civiles et des tempêtes politiques ^ si fréquentes dans ces républiques d'nn jour , désastreuses héritières de l'empire éternel. La France^ déterminée par je ne sais quel penchant qui pourrait caractériser une sorte d'esprit natio-^ nal, abdiqua généreusement ses richesses; elle s'en tint à une servile imitation. Déterminés par je ne sais quel «utre penchant que je ne qualifierai pas , les critiques en litre qui règlent chez nous les destinées de la littérature proi^oncè-

(9) reiit qae Vimitation était le goût , et que le goût était le génie. Enfin j comme pour justifier leur audace , il arriva des hommes admirables qui se soumirent à ces lois à force de naïveté , qui se jouèrent de ces entraves à force de talent; qui égalèrent , qui surpassèrent les anciens ; et l'imitation devint une muse.

Il n'est personne qui ne remarque en effet que les modèles de notre littérature se sont conformés en tout aux modèles des littératures antérieures, et cette conformité s'est étendue jusqu'au choix des sujets. On dirait que nos poètes, découragés par la pauvreté de notre histoire et de nos croyances ^ n'ont trouvé m la religion des Druides assez solennelle , ni les annales des Mérovingiens assez tragiques , ni les superstitions de nos ancêtres assez vagues et assez terribles , ni le nom d'Ësus , de Bélénus et d'Irminsul assez harmonieux. Le peuple qui avait eu à gémir deux siècles auparavant sur la mort de Jeanne-d'Arc, sa miraculeuse libératrice , alla pleurer le sacrifice d'Iphigéme en Aulide im^ molée*y et une Qour presque contemporaine d'Henri iv^ récemment assassiné, n'eut de larmes

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que pour la famille de Pélops et pour celle de Labdacus.

On n'a jamais songé à contester l'ëlévatioii du génie de Racine et la perfection de ses Vers; mais à la langue près y Racine n'est pas un poète national ; c'est un poète grec, un poète hébreu , qui a la touchante éloquence d'Euripide , la majesté sublime d'Isaïe. Je trouve tout en lui, excepté ce que le cœur d'un Français demande à son poète, 1? chant de la patrie , avec les nobles traditions de ftos chroniques et les mensonges enchanteurs de nos fables. Schiller né en France aurait pu être fort inférieur à Racine , et je serais désespéré de croire le contraire; mais il donnait du moins à la littérature française je ne sais quel lustre d'indépendance et d'originalité qui la distinguait parmi les écoles littéraires , et il est vrai de dire que Racine n'a fait qu'attacher un fleuron éclatant de plus à la couronne classique des Grecs.

Un homme de beaucoup de talent avançait dernièrement, 'dans un ouvrage remarquable *, que ce désordre de la dii*ection littéraire des

* Les Fastes de l'anarchie , par M. de Jouffroi.

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