‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 39 sur 67 · SUR LA MORT D'UN JEUNE POÈTE · texte numérisé non relu

SUR LA MORT D'UN JEUNE POÈTE

De rhonrible Apennin osant tenter la cime ,

L'aiglon essaie un vol audacieux ; Il s'élance, un trait siffle... il tombe dans l'abîme En regrettant les cieux.

Aux bords du frais Cuistre 9 aux rives du Ménandre ,

On vit jadis ces cygnes accourir ; Leur voix devint flexible et leur chant pur et tendre : Puis on les vit mourir.

Ainsi quand le poète , en son jeune délire,

Va préluder à son premier accord , Le bruit harmonieux de sa naissante lyi e Semble éveiller la mort.

On croit voir du Cynthus quelque muse funèbre

Vers lui descendre une l3rre à la marn , S'écriant : Hâte-toi de devenir célèbre , Il n'est plus» temps demain.

Ou plutôt , dieu des vers , dieu cruel d^Aonie y

Peu de mortels , pour ton culte formés , Renferment dans leur cœur les foudres du génie Sans tomber consumés.

Apollon , qu'as-tu fait de la foule. idolâtre Dont la jeunesse appelle nos regrets ?

Et d'Orange et Bertin, Gilbert et Malfilàtre, Sont-ils morts sous tes traits ?

Millevoye , ^ la muse élégante et féconde ,

Subit comme eux ta parricide loi ; Et son jeune rival *f encore dans ce monde, N'est plus vivant pour toi.

n semble qu'alarmé ^e ces fatals exemples, Te maudissant et prévenant son sort , U a brisé son luth et déserté tes temples , Pour éviter la mort.

Tel on voit l'Alcyon bfttir son nid fragile

Et s'y bercer sur les flots inconstans ; Mais bientôt , efirayé , s'enfuir d'un vol agile , A l'aspect des autans.

^ M. Victorin F.

( i84) D'un poète naûsant, aujourd'hui m^me encore,

La mort finit les suaves concerts.

ApoÙon f n'est-ce plus an Pinde qu'on t'adore? Est-ce donc aux enfers?

Je l'avais inspiré ce &s de Bfoémosylie ;

r Son âme ardente exbàlait tour àtoor Et les brâlans transports d'une feryeur divine Et les sMipirs d'atnonr*

Sa muse aux longs regards , rêveuse, solîtiirey

Se prosternait aux autels de nos dieux , Et sur des tons nouveaux .redisait à la terre Des chants: faits peur les cieux.

Et toi^ belle OrphéHe, aânante infortunée»

Dont son trépas fit l'éteriKl malheur, Tu vis donc se flétrir sa heBe matinée Et son génie en âeui?!

Expirant dans tes bras , il espâràit encore

Tirer du luth des sons inattendus ; Tout à coup il s'éteint comme un doux météore , Qui brille et qui n'est plus.

M. X. B. DE SuifTxzrE.

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