‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 40 sur 67 · L'APOSTAT · texte numérisé non relu

L'APOSTAT

> J'ai déjà parconni la cité tout entière ; Sans saToir oà je vais , je traîne ma • misère. Le jour baisse , la nuit vient finir les travaux ; O nnit , quand viendras-tu finir aussi mes maux ?

> Mais du haut de réglise antique Résonne Fairain balancé , Et je vois , sous le saint portique , Accourir un peuple empressé.

Approchons: qu'au moins je comtemple Ces chrétiens , que l'on dit' heureux.

Du seuil humide et ténébreux Mon œil pénètre dans le temple.

* Pentrevote , il me semble f.à travers- les vitraux , Des cierges de l'autel la tremblante lumière; L'orgue aux tristes sonpirs gémit sous les arceaux , Et la voûte redit la plaintive prière.

» Hélas ! qu'est devenu le temps Où , durant ces cérémonies , Enfant y je mêlais de doux chants A ces pieuses harmonies ?

Dans quel recueillement heureux Je priais auprès de ma mère !

Ainsi qu'une vapeur légère , Mon âme montait vers les deux.

m Depuis... mais est-U yrai? n'est-ce point un Tain rêve ? Quoi ! j'ai pu de m» mère abandonner le Dieu ! Et c'«st moi que yoilà, quand mon destin s'achève , Assis y vieux criminel, aux portes du saint lieu!

> Si j'entrais !. .. si dans la poussière ,, Devant l'autel où Dieu m'attend ^ J'allais, victime volontaire.

Abaisser un front pénitent; Peut-être cette plaie ardente.,' Ce feu cuisant de la douleur Soudain se calmerait , Seigneur , A ta parole consolante.

» Ah ! plein de cet espoir je franchis ces d^rés ; Encore un pas , je suis sous les lambris sacrés ; Mais écoutons : ces chants partis du sanctuaire Ne m'annoncent-ils pas l'Éternel irrité?

J\ semble que pour moi l'accent de sa colèrç Par mille voix soit répété :

« Qu'il approche , l'impie !

9 Qu'il vienne de sa vie

» Rendre compte au Seigneur ; *

p Qu'il pleure ses beaux jours , voilà le jour vengeur ;

a II sera comme Therbe

» Que de la tour suiperbe

>» Arrache l'aquilon , M Et ^e foule , en passant , le pâtre du vallon. »

A ces chants, l'apostat, loin du sacrée portique , S'enfuit , en murmurant le terrible cantique ; n porte aux lieux déserts ses pas retentissans , Et croit entendre encor les psaumes menaçans.

Lorsque le jour douteux lutte avec la nuit sombre , Si vous voyez jamais, près de vous, comme une ombre , Se glisser en silence un homme 'aux cheveux blancs , Qui jette autour de lui de longs regards tremblans. Chrétiens, c'est l'apostat : ah ! plaignez sa misère ; Et ne l'oubliez pas le soir à la prière

M. A. S. Saiitt-Vamiiy..

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