‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 49 sur 67 · LA MISÈRE · texte numérisé non relu

LA MISÈRE

LA'Yue de la misère cause différentes sensations chez leshontmes. Les grands^ c'est-à-dire les riches , ne la voient qu'avec un dégoût extrême; il ne faut attendre d'eux qu'une pitié insolente^ que des dons, des politesses mille fois pires que des insultes.

Le marchand , si vous eïitrez dans son comptoir , ramassera précipitamment l'argent qui se trouve à terre y cette âme de boue confond le malheureux et le malhonnête liomme.

Quant au peuple, il vous traite selon son génie. L'infortuné rencontre en Alleihagne la vraie hospitalité; en Italie la bassesse , mais quelquefois des éclairs de sensibilité et de délicatesse ; en Espagne la morgue et la lâcheté, parfois aussi de la noblesse. Le peuple français , malgré sa barbarie, lorsqu'il s'assemble en masse , est le plus charitable , It plus sensible de tous envers le misérable, parce qu'il est sans contredit le moins avide d'or. Le désintéressement est une qualité que mes compatriotes possèdent éminem-

ment au-dessus des autres nations de l'Europe. L'argent n'est rien pour eux, pourvu qu'ils aient exactement la vie. En Hollande , le malheureux ne trouve que brutalité 5 en Angleterre, le peuple méprise souverainement l'infortime : mais autant les individus qui la 00919 os^t sont avides d'argent, autant ils sont généreui pris en corps. Au fait, )e ne opnnaîs p^ deux fàations plus antipathiques de fénie, de mœurs, deyices et de vertus, que les Anglais et les Français^ avec cette différence que les Anglais reconnaissent généreusement plusieurs qualités dans les Français , tandis que ceux-ci refusent toutes vertus aux autres.

M. le yioomte de CHA.txili7BEiA«D.

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