‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 48 sur 67 · LES ENFANS DANS LE BOIS · texte numérisé non relu

LES ENFANS DANS LE BOIS

BAUULDE IMITEE DE h*AXQLÀlS *.

Mes amis , le jour tombe , et sa luem* expire ; Déjà dans nos Talions le firoid est rigoureux. Mon foyer vous appelle ; entrez , je yais vous dire De deux pauvres enfans le destin malheureux.

La cité de Norfolk vit jadis la vieillesse D'un gentilhomme intègre et fidèle à l'honneur. n avait de grands biens , mais toute sa richesse Était le &uit heureux d'un honnête lalipnr.

Sa femme Tadoraît; la mort/qile rien ne touche , Hélas ! vint de leurs jours éteindre le flambeau ; Et comme ib n'avaient eu jusqu'alors qu'une couche, Ils devaient sommeiller dans le même tombeau.

* Il n*y a pas , en Angleterre , un livre à l'osage de la jeunesse où rhistoire des Enfans dans le bois ne soit racontée en ▼ers on en prose. Le traducteur a essayé de rendre la naïveté du texte original ; mais il est loin de croire avoir réussi; c'est surtout dans le naïf que se fait sentir la différence des langties comme celle des moMirs.

Deux enfans demeuraient , fruit de leur mariage ; L'un , garçon de six ans , plein d'âme et de bonté; L'autre, petite fille à peu près du même âge» Et modèle de grâce autant que de beauté.

Us laissaient à ce fils le toit béi^taire ;

A leur fille une dot pour trouver un mari ;

Mais» s'ils mouraient , leur onde était seul légataire ,

D'après le dernier vœu de ce père chéri

Frère ! dit le Inourant d'une voix affaiblie , Conduis ces orphelins à la maison des champs , Je te les recommande;, à toi seul je confie Le soin de dérober leur jeunesse aux médians.

Qu'ils retrouyent en toi l'amitié paternelle^ Afin que le Seigneur te protège toujours ; Et ne leur sois jamais un tuteur infidèle , Car tu yoisy notre vie est de bien peu de jours.'

Ami ! dit à son tour la mère infortunée , Comme un ange du ciel vous veillerez sur eux. Et, dans ce doux espoir, déjà plus résignée, La mourante en pleurant les embrassa tous deux.

Ah ! répondit le frère , en quittant cette vie , Épargnez-vous du moins des chagrins superflus. Vos enfans sont les miens ; que le ciel me châtie Si je leur fais du mal quand vous ne serez plus I t

A p«îne eat des ëpoui sonné la dernière heure , Qu'à ces pauvres enfans , doux objets de pitié , Il donna sa maison pour nouvelle demeure , £t leur montra d'abord une tendre amitié.

L'un et l'autre , aux vertus formés par la nature , Laissaient voir tmbon cœur , même au sein de leurs jeux. Souvent le rouge-gorge au temps de la froidure , Languissant, dut la vie à leurs soins généreux.

Mais l'avare tuteur, convoitant leurs richesses , Osa bientôt formerdes projets inhumains.

Bientôt, à force d'or, à force de promesses , Le perfide contre eux arma deux assassins.

Un soir , à son épouse il dit d'un air tranquille, Qu'à la pointe du jour, conduits par des amis, . Les jeunes orphelins se rendraient à là ville. Où lui-même autrefois fit élever ses fils.

Les deux pauvres enfans , remplis d'impatience, Partirent tout joyeux de se voir à cheval; £t près de leur» bourreaux , qui man^ient en silence 9 Us babillaient sans crainte et sans penser à mal.

Leur naïf entretien, leur gaité,.leur folie.

De l'un dç ces brigands attendrirent le cœur ; Mais l'autre n'aspirait qu'à leur ôter la vie, l)ans l'espoir des trésors promis par le tutem*.

( a6i ) Comme il allait frapper , le moins impitoyable AcGomrt , se précipite ao«deTaiit de ses coups , Et d'une proiqpte mort punit ce miséraUe , Tandis que les enfons tremblaient à ses genoux.

Puis, les menant tous deux au fond d*unbois sauvage , £t pour les égarer suivant de longs détours , Attendez-moi , dit -il : au plus prochain village , £nfans , je vais pour vous réclamer du secours

Des noms les plus touchans alors chacun le nomme : Chacun s'alarme et pleure en le voyant partir. Maîs;^ hélas I jamais plus ils ne revirent l'homme Qui leur avût promis de bientôt revenir.

£n se donnant la main tout le jour ils errèrent , Cherchant sur les buissons de quoi tromper leur faim ; Et lorsque vint la nuit, tremblans, ils s'arrêtèrent, Poussant de faibles cris et demandant du pain.

« Mais le vent se joua de leur plainte innocente. Couchés l'un près de l'autre , immobiles» glacés , Us moururent enfin à l'aurore naissante, Comme deux passereaux que leur mère a laissés.

On ignora long-temps leur funeste aventure ; Le rouge-gorge seul , cherchant ses bienfaiteurs , Les aperçut tous deux privés de sépulture , Et , triste, lés couvrit de feuilles et de fleurs.

Bientôt le ciel punit ce tuteur exécrable ; Des fantômes afireux hantèrent sa maison.

Messagère de mcMrt , dans les champs du coupahlv, La foudre tous les ans dévora la moisson.

Pour lui plus de bonheur : en de gras pâturages Il yit périr la fleur d'nv immense troupeau ; £t ses deux fils , partis pour de lointains rivages , Au sein des vastes mers trouvèrent leur tombeau.

Lui-même enfin, maudit de toute la nature, Privé de biens , d'honneur , ainsi que d'héritiers , Mourut , plein de remords , dans la prison obscure Où l'avaient enfermé d'avides créanciers.

Pour le vil scélérat , dont le lâche artifice Avait trop bien servi de coupables desseins , Souillé d'un "nouveau crime et conduit au soj^^Hce, Il avoua la mort àea pauvres orphelins.

Ainsi tous les forfaits reçurent leur salaire ! Vous donc , méchans tuteurs d'enfàns naïfs et doux , Gardez-vous d'oublier qu'un Dieu leur sert de père , £t de ce Dieu vengeur redoutez le courroux.

* II. Edmond GuLàcrD.

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