‹ Tableu des guerres de le Révolution, de 1792-1815Chapitre 14 sur 79 · EXPÉDITION D*ÉGYPTE · texte numérisé non relu

EXPÉDITION D*ÉGYPTE

iR'pnrl tlo la floltc (19 mai 1798).— Prise de Malle (1 a juîp). — D’Alexandrie (a de

Ralmiüiiieli (to), — IKr Cliobràkit (1 3).— Ualailledes Pyraraid»^ (a 1).— Occupation dii ('.lire (a5), — (Umd>at de Salaliii'h (11 amti).~li.ilaille ii.ixale d’AI>oiir|ir (a et 3 aoûi). — Expédition dans Je Fitiüuiu (a5 aoù*). — Dataillc de Sedmenl (7 oetoljie). — RévoUo du Caire 1).

L’Autriche dévora son ressentiinent et l’on sc livra sans crainte d une tlivorsion contincMitaie aux projets contre l’-Augleterre.

On avait résolu de débarquer en Irlande, maïs les opprêts n'élaicnt pas encore terminés lorsque llouaparic partit pour une expédition dont il avait donné l’idée et dont les conséquences embrassaient le monde cn> lier. La Turquie, vieille et fidèle alliée de la France, inarcbait à grands pas vers sa ruine. Les Russes lui avaient enlevé récemment le littoral nord de la mer Noire; l’Égypte, asservie à la inilicc des RIainclucks , était dans un état constant d'insubordination. En Syrie , un de ces empires éphémères qui s’élèvent et disparaissent en Orient, venait de braver sa puissance. Il n’existait plus, niais les populations hostiles u’attendaient qu’un étendard pour se rallier contre la Turquie.

On voulut, ou la régénérer ut lui donner assez de nerf pour tourner la coalition, de manière à tenir en échec les cours de Vienne et de Pétersbourg, ou compléter sa ruine et la remplacer par un gouvernement nouveau dévoué à la république. On voulut prendre pied en Orient , menacer les établisscmens anglais de l’Inde, enfin rappeler à la vie le commerce de la Méditerranée.

Ces grandes conceptions, que les plus hardis ministres du temps passé eussent rejetées comme chimériques, trouvèrent à peine quelques contradicteurs. L’armée d'Italie reçut la mission de gagner l’Egypte, qui n’ap- ;

partenait plus que de nom aux Ottomans et de l’enlever aux Mamelucks. t

Le secret étant la condition première du succès de l’entreprise, il était impossible de la concerter avec le divan. On donna l’ordre à un négociateur renommé (M. de Tallcyrand) de partir pour Constantinople, peu après la Hotte, pour demander au sultan le renouvellement des anciens traités avec '

la France, eu lui offrant, comme gage de cette alliance , l’Égypte et l’Orient soumis , et l’appui de légions partout victorieuses.

Les troupes, sous le nom d’aile gauche de l’armée d’Angleterre, sc rapprochèrent des côtes. On nolisa ôm transports à Toulon, à Gênes, à Civita-Vccchia , à Bastia. On réunit jiour les convoyer 1 3 vaisseaux de haut bord et 90 bûtimens de guerre , montés par 1 0,000 hommes d’équipage et commandés par le contre-amiral Brueys.

L’Europe voyait avec surprise la marine française, après tant de désastres, se déployer si inenaçnntc. IaI destination de cet armement était soigneusement cachée. On savait que des ingénieurs, dessavans, des artistes , des boinmes do lettres devaient être embarqués , et l'on s’épuisait en conjectures sur le but de ces immenses préparatifs. l-ics suppositions s’arrêtaient aux lies Britanniques, au Portugal, et les escadres anglaises, négligeant la Mediterranée, sillonnaient l’Océan pour veiller aux points vulnérables. Cependant Bonaparte arriva à Toulon oîi sc trouvaient le vaisseau amiral et la plus forte division. A la vue du théâtre de ses premières armes , à la vue des vétérans d’Arcole qui le saluèrent de

leurs acclamations , à la vue de cette flotte majestueuse qui allait le conduire à de nouvelles destinées, il dut pressentir sa grandeur future. Les vents contraires le retinrent quelques jours : enfln le 19 mai, près de 3oo transports et les bâtiniens d’escorte se déployèrent par un temps magniflque. Dès le soir on avait gagné la haute mer ; on devait rallier les autres convois dans les eaux de la Sicile et relâcher à Malte.

L’armée entière, forte de 36, 000 hommes, formait cinq divisions d’infanterie sous Klehcr, Desaix , Bon , Dugua , Rcgnier , plus un corps de cavalerie commandé par Murat. Berthicr avait repris son poste à l’état-major. Caffarelli-Dufalga dirigeait le génie, Domniartin l’artillerie, les généraux Menou , Alexandre Dumas , Yauhois étaient attachés au quartier-général. Enfin, des savaiis et des artistes au nombre desquels brillaient Monge, Bertholet, Fourrier , Denon, faisaient partie de l’expédition.

On devait en passant prendre possession de l’îlc de Malte; on se présenta devant la place le 10 juin. Le grand-maître refusa l’entrée du port et se mit sous les armes. Il avait, autour de lui, 4oo chevaliers, un régiment de 600 iiommes et les milices levées sur une population de 100,000 âmes, très peu affectionnée à ses maîtres. On jeta quelques colonnes à terre, on culbuta les troupes de l’ordre. Mais la forteresse pouvait braver long-temps les efforts de l’armée et les instans étaient précieux. On négocia; Bonaparte intimida, séduisit le grand-maître et réussit à lui faire signer une capitulation. Félicitons-nous, dit Caffarelli , en franchissant ces remparts célèbres, félicitons-nous de ce qu’il s’es l trouvé dans la place quelqu’un pour nous en ouvrir les portes ! Huit jours suffirent pour organiser l’Ile dont Vauhois fut nommé gouverneur. Iæ flotte reprit le large le I9juin et arriva le premier juillet dans la rade d’Alexandrie. La population en. lière était armée; elle avait reçu l’éveil. L’escadre de Nelson, qui nu bruit du départ de Toulon, s’était élancée sur la Méditerranée , impatiente d’atteindre la flotte, avait touché terre en donnant avis de l'approche des Français. Malgré la mer houleuse, on fit aussitôt des dispositions pour saisir le port , avant le retour de l’amiral , que l’on s’attendait, d’un moment à l’autre , à voir reparaître.

Pendant ces apprêts, on signale une voile à l’horizon. O fortune! s’écria le général en chef, me refuseras-tu quelques heures ! Mais la fortune était loin de sc montrer sévère. On reconnut le pavillon français et l’on continua le mouvement. Menou débarqua quelques bataillons à une lieue et demie d’Alexandrie. Pendant la nuit, Kléber, Bon, Bonaparte suivirent : 3 à l\ooo hommes se réunirent sur la plage, et marchèrent à l'assaut. C’était un vigoureux coup de main : les Turcs sont intrépides derrière des murailles. Il fallait enlever brusquement les portes ou se

iTMgncr à une. longue résislance. On eu vint à bout. Accueillie par dos Iiuricincns horribles et une vive fusillade, la troupe emporta dVIan trois entrées de la ville et déblaya le rempart. Alors Icsliabilans sc soutuirciit /

et reçurent les l'rançais qui s’annoncèrent comme alliés du Sultan, venus pour délivrer le pays du joug des Mamclucks.

Celle milice renommée était réellement le seul ennemi qu’on eût à combattre; elle sc composait alors de •7 à 8000 cavaliers d’une bravoure ;» toute épreuve. Malgré la présence d’un pacha nomme par le sultan , elle possédait le pays et avait des chefs ou beys qui, souverains indépendans, chacun dans sa province, reconnaissaient cependant une sorte de suprématie à deux d'entre eux. Ibrahim cl Mourad. IjC premier avait une grande réputation de prudeuco, de capacité administrative; le second I

était cclèbi'c par son courage, sou coiip-d’œil, scs succès à la guerre.

Celui-ci venait à la rencontre de rarmée, à la tète de sa formidable cavalerie, des milices turques et des Arabes du désert. 1

On sait que l’Égypte n’est qu’une étroite cl longue vallée resserrée par deux chaînes de colliues qui, à droite et à gauche du Nil, maixjucnt les limites du désert. Un peu au-dessous du Caire le fleuve se divise, et scs bras, reçus par de nombreux canaux, fertilisent une plus vaste étendue de terrain. On sc rend ordinairement d’Alexandrie au Caire, en remontant le Nil par la rive gauche; mais le chemin longe d’abord la mer, il est ensuite resserré par le lacd’Edkou, puis par le désert. Cette disposition des localités ofl're des chances de résistance, mais les combinaisons de Ilonapartc ne laissèrent point aux beys la faculté d’en tirer parti.

Il calma facilement Alexandrie, en sc bornant à saisir les propriétés des IMainclucks; les fonctionnaires turcs et arabes restèrent en place et téinoignèrcnl «les dispositions les plus pacifiques. Cependant l’armée entière opéra son débarquement; les transports entrèrent dans le port, trop peu profond pour recevoir les bâlimens de haut bord, qui poussèrent jusqu’à la rade d’Abouqir. Kléber, qui avait reçu une légère blessure, fut nommé gouverneur «rAlexandrie, et les corps d’expédition, formés en «leux colonnt's, sc portèrent en avant. I.a principale, sous les oriires de Desaix, pointa droit à Datnanliour sur le Nil, à travers le désert; l’autre suivit la roule ordinaire et sc rendit à Iloselte, pour ouvrir le fleuve à une flottille qui devait remonter le cours : toul«*s deux curent ordre de sc réunir à Rainnanich. ,

Cette marche était hardie; on bravait une chaleur brûlante, la soif, i

des snhifs dévorans, et les insultes des Arabes; mais on tournait les diffi- ;

culli’s de la route, où les ennemis auraient pu trouver le plus de moyens «le «léfeusc, et l’on allait .sc coiuamtrer avant eux ilans la vallée du Ntl.

Après lieux jours de fatigues et de souffrances inouïes, que la troupe

supporta avec une admirable constance, on parvint aux rives du fleuve, où l’on s’arrêta quelques heures avant de pousser jusqu’à Rahmanich. Là, Di'saix se heurta contre une avant-garde de 800 Mamciucks qui comincneait à dcbouclicr. Pour la première fois, on vit ces guerriers célèbres dont les armes étincelantes, le riche costume, les superbes montures frappèrent de surprise les soldats républicains; à la suite d’un court ciigagciiient, on les replia sur Cbobràkit où se formait le corps de bataille. Cependant la flottille et les autres divisions rejoignirent : l’armée s’ébranla, en remontant le Nil, à la recherche de l’ennemi. Elle le trouva rangé en bataille à Cbobràkit. INIonrad-Bcy, avec 4noo Mamelucks et une nuée do Turcs et d’Arabes s’apprêtait à lui disputer le passage.

Uu des traits du génie de Bonaparte était sa promptitude à vaincre des diflicultés nouvelles par de nouvelles combinaisons. L' .Apennin , les gorges du Tyrol, les marais d’Arcole, les fleuves de l’Italie, la plaine de Mantoue étaient remplis du souvenir des éclats soudains que la nécessité du moment faisait jaillir de cette tête puissante. Il conçut, avec le même à-propos, la tactique qu’il devait opposer au courage impétueux de ses adversaires.

11 forme ses divisions en carrés longs sur quatre files de profondeur, qui SC flanquent mutuellement, l’artillerie aux angles et dans les intervalles. Mourad ordonne la charge, mais ses braves cavaliers se brisent contre une inébranlable barrière de baïonnettes ; le feu croisé de l’artillerie achève de les éloigner du champ de bataille. .Alors les carrés, jusque-là immobiles, s’élancent au pas de charge et s’emparent du camp de Chobràkit.

Los Mamelucks perdirent 600 hommes, les Français une centaine. Dans la même journée, la flottlle qui devait mesurer sa marche sur celle de la troupe, fut entraînée au loin par les vents. Engagée au milieu des bàlimcns turcs, elle courut de grands dangers; mais elle réussit à se débarrasser d’une attaque très vive et à prendre part au succès général; dans le combat, les savaus payèrent vaillamment de leur personne.

Mourad pressentit qu’il ne pourrait arrêter les vainqueurs qu’eu déployant toutes ses ressources, et il se hâta de regagner le Caire. Bonaparte s’avança sans autre obstacle que la difficulté des approvisionnemeus et les attaques continuelles des cavaliersarabcs, qui voltigeaient sur les flancs des colonnes de marche, massacrant sans pitié tout ce qui s’en écartait. On murmurait, mais on tourna le coude que faisait le Nil à Wardan, et bientôt on s’établit entre le fleuve et le canal Joseph; on trouva des vivres, on sentit l’approche d’un évènement décisif, alors toutes les fatigues, toutes les souffrances furent encore une fois oubliées.

liC ai juillet, au lever du soleil, on reconnut l’armée ennemie; l’on

apiTçut, à gauche, les dûmes, les minarets du Caire, et dans le lointain, à l’hoi'izou, les pyramides. C’est lii que, par l'cfret d’une inurclie habile, le sort de l’Egypte allait être décidé en une seule journée. A l’aspect de cette ville du merveilles, de ces immenses inunumens d'une civilisation inconnue, les âmes s’exaltèrent, l’armée entière battit des mains, et le général en chef, tuniuurs prompt à s’emparer des émotions qu’il voyait naître, parcourut les rangs en prononçant ces mots dignes d’un tel champ de bataille : « Soldats! songe/ que du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemplent. »

Ix's heys ignoraient profondément la guerre; ils n’avaient point fait éclairer la marche des Français, et l’on ne sait sur quelle conjecture ils s’attendaient à être attaqués par les deux rives. Leurs mesures prises, au milieu d’une confusion extrême, se ressentaient d’ailleurs du mépris que leur inspiraient les Européens. Ils avaient divisé leurs forces en deux arim'os que liaient entre elles une nombreuse flottille. Mourad, à la droite du fleuve, avait renfermé dans Emhabeh ao,ooo fantassins, couverts de qucU[ues retranchemens informes , et défendus par Zju pièces de grosso artillerie. 3ooo Arabes gardaient Cizeh, petite ville fermée d’une enceinte, et Gooo Mainelucks avec leurs fellahs (suivaus), rangés le long du Nil, étal)Iissaient la communication entre les deux positions. C'était l’armée occidentale forte d’environ 4U|O00 hommes; Ibrahim et le pacha, à la tête de quel(|ites ManielucIvS, des spahis, des janissaires, formant l'armée orientale (i5 àao,ouo), couvraient les remparts du Caire.

A l’approche des Français, un corps de cavalerie sortit d’I'ànhabeh et cbargc'a l’avant-garde ; mais il fut replié par un feu de file en laissant quelques morts. lionapartc lit aiissitcit les apprêts de l’attaque. 11 avait reconnu les retranchemens d’Enibahch qui n’étaient point de nature à résister à son infanterie. Il s’était aperçu que les canons du camp, montés sur dcsaflilts Axes, n’en pourraient sortir. Il no lui en fallut pas davantage pour arrêter ses dispositions. Comme à Chobrâkit , ses divisions se formèrent en carré ; mais au lieu d’attendre les charges de l’ennemi, elles s’avancèrent semblables à de vastes tours qu’un art puissant aurait rendues mobiles. I.cs trois premières, la gauche appuyée au Nil, manœuvrèrent pour entourer Embabeh (le général en chef marchait avec celle de droite); les deux autres, Desaix et Reynier , se portèrent , parallèlement au fleuve sur le front des Mamelucks , dénotant le projet de défiler devant eux , hors de la portée du canon et de leur interdire la retraite sur la Haute- Egypto, Celte combinaison surprit d’abord Mourad; mais il vit aussitôt le péril, il comprit que ces forteresses vivantes allaient peser sur lui , le serrer, le presser contre le Nil et mettre fin à la guerre en le rejetant sur la Syrie. Du même coup- d’œil il reconnut ce qu’il avait à faire. Saisis-

sant ses Mamelucks il s’c^auça contre Desaix résolu d’arrêter à tous prix un mouvement si décisif. Sa détermination soudaine compromit un moment le succès de l’armée. I-es rangs de Desaix rompus par le terrain laissaient des ouvertures, mais la tête des Mamelucks arriva peu nombreuse. Ou la contint, ou gagna (|ucl(jucs minutes <jui suflircnt pour rectifier le carré, et leur masse éclioua contre la fermeté de l’infanterie. Ces cavaliers, si brillans, si intrépides, n’avaient aucune idée des manœuvres européennes. Ils chargèrent en désordre; les uns , entraînés par l’instinct do leurs chevaux, voltigeaient autour des carrés, cherchant à faire brèche ; d’autres poussaient jusqu’à la pointe des baïonnetteset se faisaient tuer à bout portant; on en vit pleins de rage se brisant contre ces terribles murailles de fer, tourner leurs chevaux agiles, les cabrer ctse laisser glisser sur la tête des imperturbables fantassins. Vain dévoûment! Ils mouraient sans ébranler leurs adversaires aguerris. Enfin la troupe entière, courant de Desaix à Reynier et de Reynier à Desaix, écrasée par la mitraille et la mousqueterie s’enfuit en désordre. Quelques-uns se rejetèrent sur le camp; Mourad jugeant que tout était perdu conduisit le reste à Gizch.

Tel est l’ascendant des nations occidentales : une charge de cavalerie manquée livra l’Egypte à Bonaparte , et la milice des Mamelucks , noble reste des institutions du moyen âge , comparable de tous points aux chevaliers de cette époque, s’évanouit en un instant devant des fantassins recrutés depuis 4 à 5 ans dans les villages de France.

A peine dégage de leur attaque, Desaix poursuivit Mourad et ne tarda pas à prendre possession de Gizch. Cependant Bonaparte jeta le carré où il s’était placé entre le camp et les Mamelucks, en s’appuyant au Nil , et les divisions Bon et Menou donnèrent l'assaut des rctrauchcmcns qui furent enlevés en un clin-d’œil. La défaite des Mamelucks , le désordre do ceux qui avait été ramenés dans Embabeh, avaient découragé l’infanterie; clic UC tira pas aoo coups de canon, tout s’enfuit, les uns par la route de Gizeh,où Bonaparte leur barra le passage; les autres en traversant le Nil; un grand nombre périt dans les Ilots.

De son côté l’armée oiâentalc, en voyant le combat engagé sur la rive droite, s’était mise en prière. Les plus généreux montèrent sur des bateaux pour prendre part à l’action, mais à leur arrivée elle était décidée; ils rejoignirent Ibrahim, et les Français tournant les canons du camp contre leur flottille, l’incendièrent. Aussitôt Ibrahim, le pacha, les janissaires, évacuèrent la ville par la route de Syrie. Après leur départ les Arabes, la populace, se livrèrent aux plus graves excès.

Toute l’armée occidentale avait disparu , abandonnant canons, bagages, et les tentes du camp. Mourad s’échappa dans le Faïoum avec 3ouo Ma-

172 GL'EKRES DE LA KÉVOLLTlüX.

mcliicks ; plus de 10,000 Musulmans avaient péri ; du côté desl’i’aneais la

perte en tués et blessés ne s’éleva pas à 3oo liomnics.

Le soir Bonaparte porta le quartier-général h Gizeh. le lendemain, au point du jour, il fit prendre les îles qui partagent le Nil eu plusieurs bras. On s’en empara sans peine, et l’on n’attendit plus (|uc la flottille pour transporter l’armée sur l’autre rive, et brusquer l’attaque du Caire. Mais la flottille était retenue par le défaut d’eau. On ignorait ce qu’était devenue l'armée orientale; on craignait de lui donner le temps de se reconnaître et d’être forcé de livrer une seconde bataille; mais elle était déjà dispersée. Cependant le pillage du Caire continuait, on dévastait, on incendiait les palais des beys. Les ulémas et les scheieks, consternés, envoyèrent une députation au camp pour demander merci et secours. EnGn le a5 dans l'après-midi , Bonaparte fit sou entrée au Caire avec un petit nombre de troupes; scs proclamations, la discipline sévère observée par les soldats, leur soin de payer ebèrement des provisions dont on croyait qu’il allait s’emparer , rassurèrent les babitaus. Bientôt cette grande ville reprit son aspect accoutumé.

Maître de la capitale de l’Égypte, le général en chef prit des mesures propres à assurer la soumission du pays; secondé d’ailleurs par les préjugés populaires qui enebaînaient le sort des provinces à celui de la métropole. I^a division Desai.x s’établit dans un camp retranché, au-dessous de Cizeb, pour contenir Mourad. Des colonnes mobiles se répandirent, aux environs du Caire, pour réprimer les excursions des Arabes. Trois détacbemens marchèrent sur Mansourah, Damiette et Suez; Kléber fit scs efforts pour maintenir la communication entre Alexandrie et le Nil; enfin Bonaparte se mit eu devoir de rejeter Ibrahim au-delà du désert qui sépare l’Egypte de la .Syrie.

Le bey s’était d’abord arrêté à Belbcis, mais on trouva la position évacue^; A Salbieli, le général en chef en .s’avançant en reconnaissance avec son état-major, et trois cents cavaliers, se heurta contre 4oo Mamelucks qui couvraient l’arrière-garde ennemie. Les Français n’hésitèrent pas à charger; aoo hommes se jetèrent tête baissée sur ces redoutables adversaires qui, loin de plier, les enveloppèrent. Le combat ne fut plus dès-lors qu’une mêlée. L’escorte de Bonaparte, les généraux, les aidcs-dccamp, lui-même, mirent l’épée à la main. Leur exemple exalta les soldats et, dans les engagemens où le courage individuel fut substitué à la tactique, la victoire leur resta fidèle. Ibrahim, s’enfonçant dans le désert, ne tard.i pas à franchir la frontière de l’Asie.

L’e.xpédition d’Egypte se présentait sous de lirillans auspices; il'habiles combinaisons et nue bataille décisive avaient livré à l’armée la capitale cl divisé les forces des Mamclucks. Ibrahim vidait le pays,

CAMPAGNE DE 17f)H.

et Mourad , reJuit à rinaclion, se tenait sur la défensive. Cependant la Porte ne s’etait pas encore prononcée, elle éludait de répondre aux envoyés du général en chef, et le négociateur qui devait justifier l'invasion, ne s’était point rendu à Constantinople. L’Angleterre profita de son absence. Elle était trop alarmée de voir la France prendre pied au centre du commerce du monde pour ne point s’efforcer de porter le divan à la guerre. Ses instances, les menaces de la Russie ébranlaient déjà le sultan , lorscpie survint un évènement qui fit cesser les indécisions.

Après le débarquement, la plus grande partie de l’escorte s’était mise en sûreté dans le port d’Alexandrie. Kleber était la , et l’on pouvait compter sur lui pour repousser toute espèce d’agression. Dix-sept bàtimens de haut bord avaient seuls gagné la pleine mer, et Bonaparte les pressait de mouiller dans un des ports de la république. Mais l’amiral, soit désir de livrer bataille, soit qu’après l’avoir jugée inévitable, il eût voulu choisir le lieu du combat, était resté dans la rude d’.Abouqlr. Scs vaisseaux embossés a une courte distance du rivage, dont il se croyait séparé par des bas-fonds, étaient rangés, sur une ligne de trois lieues, dans l’ordre suivant , en commençant par la gauche que flanquait l’île d’Abouqir.

Le Guerrier , q[\ canons; /c Con<iuérant , la Sérieuse, frégate de 36; le Spar/iale , 74; V Atinilon , 74; le Peuple Souverain, 74; le franklin, 80; l'Orient, vaisseau amiral, 120; le Tonnant, 80; r Heureux, 74; le Mercure, 74; le Guillaume Tell, 80; le Généreux, 80; le Timolènn, 80; la Diane, frégate de 4°; 1'^ Justice, 4o ; V A rtémisc, 36.

Le 2 août, a 4 heures après midi, l’escadre anglaise parut, forte de 1 5 voiles. Brueys fit aussitôt ses apprêts , mais le vent du nord , qui règne presque constamment sur la côte d’Egypte, soufflait avec une telle violence, que l’attaque s’ouvrit avant que toutes les batteries fussent découvertes. Nelson , par une manœuvre familière à Bonaparte, porta la masse de ses forces contre une des extrémités , contre la gauche de son adversaire ;il avait fait sonder le rivage, il savait qu’entre Brueys et l’île il pouvait faire passer ses vaisseaux. Son escadre formt^ en deux colonnes s’avança des deux côtés du Guerrier ; à 6 heures le feu commença; les huit premiers vaisseaux français, au moyen de celte attaque de flanc, se trouvèrent assaillis à-la-fois par bâbord, et tribord, et tous n’étaient pas en mesure de riposter. Dans le même temps un des bâtimens anglais en se plaçant hardiment entre l'Orient et le Tonnant coupa la ligne. Ce début eut des conséquences décisives. Au boutde troislicurcs k Guerrier et le Conquérant étaient pris, la Sérieuse coulée à fond.

Cependant Briieys comptait encore saisir la victoire; sa droite était intacte; il espérait au point du jour la faire donner avec succès cl, il sc disposait à entretenir le combat durant toute la nuit, lorsqu’il fut atteint d’une blc.ssurc mortfdle. Il venait d’expirer quand le feu sc déclara à bord I

de l’Orient. Malgré les efforts de l’équipage il fut impossible de s’en rendre maître, et vers lo beurcs le bâtiment sauta sans que cette explosion terrible ralentît l’action qui se prolongea jusqu’au milieu du jour suivant. Mais les officiers français, entourés, isolés, ne sc battaient pins ,

que pour sauver riionneur du pavillon. Les uns sc firent tuer, les autres brûlèrent leurs bâlimens et se jctèrentii la côte. Nelson captura /e /’/•««klin, le Spartiate, le Tonnant, le Peuple Souverain et le Conqncrnvt; quatre voiles de la droite, échappées à cet effroyable désastre, se réfugièrent à Malte; le reste fut incendié ou détruit. En apprenant le résultat de cette fatale journée, llonapartc s’écria; « Nous n’avons plus de et llollc! bébicn, il faut rester dans ces contréesou en sortir grands comme j

a les anciens. » Il pressentait que la Porto ne pourrait plus résister auit suggestions de l’Angleterre ; avant tpi’cllc fût prête, il allait tenter la con- |

quête de l’Orient. i

Son premier soin fut d’organiser et de soumettre entièrement le pays, llavait déjà institué au Caire un divan composé de sept sclicicks, chargé principalement de s’interposer entre les hahitans et l’armée conquérante.

Un aga des janissaires veillait à la |)olicc du Caire et un intendant-général , auquel était attaché un agent français , avait jiour mission de percevoir les impôts publics et les revenus des Manielucks, qui étaient séquestrés au profit de la république.

Pendant l’excursion contre Ibrahim, des rasscmhleinens d’Arabes avaient enlevé Damanhour , Mansoura, et resserré Kleber dans Alexandrie. Ils disparurent à l’approche de quelques bataillons ; mais il impor- j

tait de mettre fin à ces mouvcniens qu’encourageaient Mourad et les scheicks indépendans de Mcnzaleh. On prépara contre eux deux expédi- i

lions. Desaix fil scs dispositions pour combattre lo bey; Vial réussit à joindre un peu plus tard le schcick. Battu à la tête de ses bandes (octobre) |

celui-ci fut enlevé et conduit au Caire où Bonaparte eut l’air d’en faire un allié fidèle. Il n’en fut pas ainsi de Mourad. Après la journée des Pyramides, il s’était réfugié dans le Faïoum, province formée par un élai'- i

gissemeut de la vallée du Nil, entre le (âaire et la petite Oasis. DesJtix sortit du camp de Girch , à la tête de 3ooo combattaus, pour le réduire.

Les Manielucks s’étaient renforcés de quelques milliers d’Arabes; l’armée du bey s’élevait environ à 12,000 hommes. Il était en outre servi par la population , jiar les localités. L’inondation étendue, des chemins cachés par les eaux à scs adversaires, lui jierniettaicnt de leur dérober ses

marches et contre -marches. Mais Desaix ne se laissa surpasser ni en vigilance, ni en activité. S’appuyant au Nil, il établit à Bcnisoiiîf le centre de scs opérations et il réussit à déconcerter les manœuvres de l’ennemi. Lorsr[ue enfin, le fleuve fut rentre dans son lit,Mourad se décida à offrir la bataille, sur le coteau de Sedmeiit. Il formait deux lignes : d’abord, la cavalerie composée de (\ooo Mainclucks et 2000 Arabes; puis, ’] à 8000 hommes d’infanterie couverts d’un retrauclieiiient.

Desaix n’hésita pas à ordonner l’attaque. Ijorscpie Mourad vit en inotiveincnl le formidable carré , il lança toute sa cavalerie et le fit envelopper. C’en était fait de la division française si ses rangs eussent fléchi. Mais elle soutint Icchocavccintrépidité. Le liey, désespérant de la rompre, rassembla sa troupe, la groupa en une seule masse et se précipita sur un même front, üu l’attendit à bout portant, on l’accueillit avec un feu terrible, ou le força de reculer. Il revint plusieurs fois à la charge, mais h chaque tentative une fusillade incurtnèiv l’arrêtait et le faisait plier, il prit enfin une habile résolution. Il se mit à l’écart et démasqua Une batterie de 8 pièces disposées sur le retranchement. I.c canon ne tarda pas à faire brèche dans la muraille d'hommes que la cavalerie ne pouvait ébranler. Mourad épiait le moment d’y pénétrer; mais Desaix, parmi de ces élans que l’on ne peut trop admirer, échappa à une destruction certaine et saisit la victoire. 11 fait battre la charge, il court aux retranchemens, il enlève la funeste batterie et la tournccoiitrc les Mamelucks, qui n’ont point le temps de s’opposer à cette attaque aussi l'apide que la foudre. I>cs Arabes se dispersent et Mourad, affaibli de 4oo Mamelucks, s’enfuit dans le désert.

Celte défaite fut loin de l’abattre. A un mois de là ayant encore soulevé les Arabes, il chercha, mais sans succès, à surprendre la garnison française de Médinet ; battu dans cette rencontre, il renonça au l’aioum pour porter la guerre dans la Haute-Egypte où Desaix se disposa à le poursuivre.

Durant celte expédition Bonaparte fortifia l’Egypte. Il fit construire un fort à Salhiéh ; il mit Falchcik et Belbcis à l’abri d’un coup de main. De plus, il essaya d’établir des intelligences avec l’Arabie et il étendit sesrclations jusqu’à l’Inde ou le sultan de Mysore tenait tête aux armées anglaises. Cependant la guerre n’absorbait pas tous scs instans. Par son habileté à se concilier lesscheicks et les ulémas, par son attention à veiller à la justice, à satisfaire aux exigences des préjugés et des croyances, il ne SC montra pas moins habile à fonder un empire qu’à en faire la conquête. Parmi scs créations on ne peut omettre celle de l'institut d’Egypte qui déposa, dans ce berceau de fautiijuc civilisation, le germe des sciences et des arts modernes qui devaient le rappeler à la vie.

Sur ces entrefaites, on apprit au Caire (juc la Porte allait déclarer la guerre aux Français ; cet évènement donnait une autre face à l’expédition. Ijc sultan, comme successeur des califes, est encore le commandeur des croyans, et sa décision devait soulever tout ce qui nourrissait des idées fanatiques, a Le chef des Musulmans, disait-on dans les mosquées, s’é* «tant déclaré contre les Français, on ne doit plus les traiter que comme « des chiens d’infidèles qu’il est méritoire d’exterminer. »

Ces propos se répandirent , la fermentation alla toujours croissant, et le a I octobre des rasscmbicmens sc formèrent. Leur nombre leur inspira de l’audace; riiôpital , la maison de CafTarelli , l’institut furent insultés; plusieurs Français périrent, le tumulte devint effrayant. Le commandant de place Dupuis prit quelques troupes et marcha aux insurgés; mais son escorte, trop faible, fut culbutce et ce malheureux général massacré. A ces nouvelles , Bonaparte monte à cheval et fait battre la générale ; toute l’armée prend les armes ; l’artillerie se met en batterie , dans les rues principales, et le combat s’engage. 11 dura deux jours, au bout desquels les révoltés traqués partout , renfermés dans une mosquée , crièrent merci. Bonaparte pardonna et sa clémence, appuyée de quelques exemples sévères, assura pour long-temps la tranquillité du pays.

Ex[>ücljtîon d'irlandc (du 4 au «7 aodl).— Capitulation d'Ifuinbort (S soplcmbrc). — Dbpcrûon de rcscaürc de Dresi (la octobre).

Pendant que l’Orient était le théâtre de ces grandes scènes, l’expédition d’Irlande échouait. Depuis la première invasion infructueusement tentée par Hoche en Irlande, cette malheureuse contrée s’était insurgée. I>es révoltés, vaincus en bataille rangée, soutenaient encore une guerre de partisans : mais lord Cornwallis, à la tête d'une aiaucc de 60,000

[)o^Ie

hÉM

hommes de milices et de troupes réglées, les comlialtait avec succès, lorsque le directoire Ht les apprêts d’uue seconde expédition. Elle se composait de deux escadres réunies à Rochefort et à Brest portant 5 à 6ooo hommes sous les généraux Humbert , Hardy et Ménage. La première appareilla le 4 3oût et jeta sans obstacles sur la côte occidentale iioo hommes et Humbert. Ce général souleva toute la province de Coniiaught; puis, renforcé de quchjucs milliers d’Irlandais, il osa marcher sur Dublin ; mais, entouré par l’armée anglaise, il fut battu, abandonné par les insurgés et forcé de capituler. Huit jours après , l’escadre de Brest, composée d’un vaisseau de ligne et de huit frégates, partit commandée par Bompart. Ccl officier perdit beaucoup de temps pour éviter les croisières ennemies, et à son arrivée sur les côtes d'Irlande, il fut attaqué et battu par des forces supérieures. Il perdit 7 voiles et la majeure partie des troupes de débarquement.

expédition de h.vples.

Invasion des Elats-Rumains par les Ttapolltains [aC novembre). — Oceupalionde Home (19). — Balaille de Civila Caslcllana (4 décembre). — Combat d'OIriculi (9). — Reprise de Rome ( 1 5). — Prises de Ciïilella dcl Tronlo (4 décembre]. — De Pescara (a4). — De Ceprano (17).— De Caélc (3o). — Attaque de Capoue (3 janvier 1799). — Armistice de Capoue (ii). — Insurrection des Lauaroni (■4, 16]. — Combat devant Naples (ao). — Prise de Naples (a3).

Aux coups dirigés contre elle, l’Angleterre ripostait en suscitant h la république de nouveaux ennemis. Après la victoire d’Abouqir, Nelson conduisit sa flotte à Naples où, malgré les traités avec la France, on l’accucillit en triomphe. Sa présence monta toutes les têtes, et Ferdinand, irrité, effrayé du voisinage d’un état devenu démocratique, se laissa entraîaer à marcher sur Rome. Il leva une année de 60,000 hommes.

17» GUERRES DE Lk RÉVOLUTION.

L’Aiilriche, l’cmigration lui prêtèrent des ofRciers-génêraux et, pour les commander en chef, Mark, devenu depuis si fameux. '

Quel que fût le succès , rAngletcrrc arrivait à son but : si les Napolitains réussissaient à dégager le patrimoine de Saint-Pierre, les hésitations de Vienne et de Pétersbourg devaient cesser ; s’ils succombaient, l’Autriche était forcée d’intervenir, sous peine de renoncer pour jamais à l’Italie.

Mack était fécond en projets où il ne tenait pas assez compte de la valeur de ses adversaires. Sans être troublé par les souvenirs de Turcoing, il présenta aux conseils de Ferdinand de vastes combinaisons oü il s’agis- ,

sait encore d’anéantir l’armée française. On devait soulever le Piémont pour paralyser la Cisalpine; ou devait jeter 7 à 8000 Napolitains en Toscane pour occuper les débouchés des États-Romains; on devait s’avancer avec le reste de l’armée par toutes les routes à-la-fois, de manière à envelopper les corps cantonnés dans la nouvelle république. Depuis le départ de Bertbier, ils étaient commandés par Cbampionnct, qui avait été obligé defournir un renfort à la garnison des îles Ioniennes et à qui il ne restait pas plus de 1 3 à i/|,ooo hommes. «

La réserve et les parcs ( a à 3ooo), sous Rey, étaient à Ancône. En avant de cette place jn.squ’au Tronto , la gauche ('a à 3ooo) commandée par Dubesme, était stationnée dans Fermo, Ascoli et les autres villes du littoral. Lemoine, avec le centre (2 à 3ooo), gardait Terni et Rieti. Enfin la droite (üooo), sous Macdonald, ayant à ses ordres les brigades Maurice Mathieu, Rcllermann fils , et Rniazewitz occupait Rome et se déployait jusqu’à la frontière napolitaine. Ainsi la petite armée de Championnet était échelonnée par faibles détacbemens depuis Terracine jusqu’à Ancône , et il n’était pas invraisemblable qu’en menaçant à-la-fois 1

son centre et ses ailes, on réussît à l’cnipècher de .se concentrer, à la détruire par des atta(|ucs partielles , enfin à pousser ses débris sur des 1

routes interceptées.

Ix plan de Mack fut adopté; Nelson s’empressa d’offrir scs vaisseaux au déiacbemcnt de Livourne ; tous les ressorts de la diplomatie furent mis im jeu pour délcrmincr le roi de Sardaigne à se déclarer; enfin Ferdinand voulut marcher avec l’expédition. L’idée générale semblait si bien conçue, on doutait si peu de la victoire, qu’on ne songea guère aux détails et l’on ne chercha pas le véritable point d’attaque.

Plusieurs routes conduisent de Naples aux États-Romains, toutes partent de Capoue pour aboutir ; celle au nord de l’Apennin à Ascoli ; celle ^

du revers méridional à Rome, et celle de la crête à Rieti et Terni, ticlto dernière est tracée jusqu’à Aquila sur le versant septentrional , mais à quelques lieues de la ville, entre la Pcscara et IcVelino, elle traverse

l’nirtc fnlminniito pour dcsccntJrc dans le bassin du Tibre. A ret endroit, le territoire napolitain forme un saillant sur celui de Rome, et la frontière n’est plus qu’à une couric dislanec de la chaussée d’Ancône par laquelle les corps fram^ais coininuniquaient entreeux.il est facile de voir que la colonne principale eût dû se foi iner à Aquila où elle pouvait masquer sa force et delà déboueber vivement sur Terni , point de j,onclionde la route d’Ancône. Ce simple mouvement eût suffi pour disloquer Cliampionnet et assurer le succès de la campagne.

Mais Mack voulait ménager à Ferdinand le triomphe d’une entrée à Rome. Dans ce dessein puérile , il dirigea en personne 3o à 40jOOO hommes sur sa capitale. Deux colonnes secondaires , fortes chacune de 10,000 hommes, marclièrcnt sur Rieti et Ascoli.

Invasion l^.lals-Kûmam» (74 novembre), -^Ocrupalion de Home (ig).

IjC général en chef franchit la frotitièrc à Isola, G’prano et Terracine, puis il s’avança par toutes les routes en se liant avec son centre, au moyeu de deux détachemens destinés à côtoyer le lac de Celano pôur gagner Rivoli et prendre position à Monte-Rotondo ; mais il marcha si lentement que Champion net put, sans perdre un seul homme, replier ses cantonnemens et évacuer Rome , en laissant dans le château Saint-Ange 7 à 800 hommes de garnison. La retraite s’opéra sur Civita-Castellana où la droite s’établit , et surTerni où se transporta le quartier-général.

Cependant, au nord et sur la crête de l’Apennin, les Napolitains abordèrent les Français. La droite occupa d’abord Ascoli; mais les généraux républicains, après avoir concentre dans Fermo leurs détachemens épars, reprirent victorieusement l’attaque et déblayèrent toute la rive gaudie du Tronto. Le centre , débouchant sur Rieti , replia jusqu’à Terni les

avant-postes de I^cnioinc, et engagea le combat dans I étroite vallée qui entoure cette ville eu clicrchaiit à couper lu route d’Âncône. Le général français, accablé par le nombre, soutenait le eboe avec désavantage lorsqu’un régiment delà réserve, arrivant par Spoleto, lui rendit l’olTensive; il repoussa les assaillans jusqu’au Yelino et leur enleva, au passage de celle rivière, aooo hommes outre leur artillerie.

Le lendemain, le roi de Naples entra dans Rome en conquérant. Aussitôt il rappela le souverain pontife et installa un gouvernciiicnt provisoire. Mais déjà les plans desnu général étaient singulièrement altérés. I.es attaques accessoires venaient d’écbouer et les diversions lointaines, sur lesquelles il avait compté, lui écbappaient. 1a: Piémont avait été occupé militairement par les divisions de la Lombardie, et dès-lors il était aisé de prévoir que les détaebemeus françai.n, s’étendant jusqu’en Toscane, paralyseraient le corps débarqué à Livourne.

Cependant Mack était à la tête de 4o,ooo hommes en présence de 10,000 Français. La supériorité du nombre lui fit encore illusion, et, après quelques jours perdus à faire au cliâtcau Saint-Ange d’inutiles sommations, il sortit de Rome pour porter tout sou effort contre la droite, forte de 6ooo combattans. Macdonald l’avait établie dans une admirable position. C'est un triangle formé parle Tibre, la Treia et une chaîne de collines qui longe la route de Florence. I.æs deux premiers côtés ne sont accessibles que par les ponts de Civita-Castellaua et de Borghetto. 1a: troisième, entrecoupé de plusieurs ravins, ne laisse point de développement à l’attaque et peut être défendu à peu de frais.

Mack avait assez de monde pour investir cette forteresse naturelle et la prendre d’assaut; au centre deux colonnes, chacune de 7 à 8000 hommes, furent chargées d’y pénétrer en attaquant Civita Castellana, l’une à revers par Nepi, l’autre de front par Rignano. La droite (7 à 8000) passa le Tibre à Ponzano pour couper par la rive gauche la route de Terni. J^a gauche (a colonnes 14 à iG,ooo hommes) prolongea sa marche par la route de Florence dans le but de descendre vers le Tibre par les intervalles des ravins et de se lier avec la droite.

La division française n’avait qu’un moyen de se dégager du réseau qui allait l’envelopper, c’était de mettre en déroute l’armée napolitaine. Elle n’y manqua pas. A Nepi, Kcllermann , qui défendait le défilé avec deux bataillons et trois escadrons, accueillit rudement une des colonnes du centre, la jeta à demi détruite sur Monle-Rosi et, sans lui laisser le temps de reprendre ses rangs , la poursuivit et la dispersa. A Rignano l’autre colonne se heurta contre un régiment d’infanterie qui se replia jusqu’au pont de la Treia. Elle sc croyait victorieuse, mais, au bord de la rivière, une fusillade terrible lui ôta le désir de forcer le passage et

ISl

elle lâcha pied. La droite , au bruit de ces désastres, se h.àta de repasser le Tibre sans brûler une amorce. La gauche ne fut pas plus heureuse : à peine avait-elle fait deniUtour, pour se porter en deux corps sur Borghetto et Orte, qu’elle fut assaillie, rompue et culbutée par Kiiiazcwllz et Maurice Mathieu.

Mack, déconcerté par cet échec inouï, s’avisa de remplir l’intervalle qui séparait Macdonald de Championnet. Mais il était trop tard , on avait inspiré aux soldats français trop de mépris pour attendre quelque résultat des meilleures manœuvres.

G à 7000 hommes, sons le général émigré Roger do Damas, restèrent en observation devant Civila-Castcllana. Iæ gros de l’arméa, |)assant le Tibre , prit position à Cantalupo, se mit en communication avec la colonne d’Aquila et plaça à Calvi une avant-garde de 8 à 10,000 hommes commandés par le général autrichien Metsch.

Cantalupo est situé près d’un chemin de traverse qui conduit directement de Rome à Terni en longeant une cliainc de collines , dont le point culminant est à peu de distance de Cnivi, 011 l'on commande les vallées du Tibre et de la Nura. Metsch devait se fortifier dans le village, s’étendre peu-à-peu jusqu’au Tibre et bloquer Macdonald .Le corps de bataille attendait le succès de cette opération pour se porter contre Cbampionnet.

Magliano fut d'abord occupé , et tandis que Macdonald le dégageait, 3 à 4000 hommes marchèrent sur Otricoli, y surprirent un faible poste et s’y établirent ; mais à ce moment toute la division française s’ébranlait pour déjouer le dessein des généraux ennemis. Kcllcrmann seul restait sans bouger à Civita-Castcllana. Macdonald était déjà rentré dans Magliano lorsque Maurice Mathieu, a la tête de i 5 à 1800 hommes, entreprit résolument l’attaque d’Otricoli. Il s’y jeta tête baissée, enleva aooo hommes et rcpous.sa le reste en désordre sur Calvi. .Sans s’arrêter, il les poursuit l’épée dans les reins, et arrive au pied des retranchemens. Dans le même temps Macdonald, accourant de Magliano avec une poignée d’hommes, aborde à revers cette position qui renferme encore 4ooo lommes, outre les débris d’Otrieoli. On les somme de déposer les armes; iprès quelques pourparlers, ils se rendent prisonniers.

L’avant-garde napolitaine avait disparu; d’un autre côté Lemoine, iprès avoir chassé de Rieli et Civila-Ducale la colonne d’Aquila, serabatait par sa droite au-delà du Turano sur les environs de Rome. Mack, lyant lieu a sou tour de craindre d’être enveloppé, commença à battre ;n retraite.

«■ Pendant ce temps Championnet avec Rey, Maurice Mathieu, Macdo-

lald, s’élancèrent dcTcriii, Calvi, Magliano, et convergèrent sur Cantalupo;

162 GULUIIKS DE l.A KÉVOLUTION

puis, trouvant le camp livaciii*, ils poussèrent jusqu’à Uoino uîi il entrée rcut sur les pas des arrière-gardes napolilaiues. ,

Comme ils prenaient position dans la ville, une colonne se pnlscnla à la porte de Florence. C’était Roger de Damas qui, se trouvant séparé de Mack, voulait obtenir la permission de le rejoindre; elle lui fut refusée, et il se retira sur Worta où l’on courut rntlaquer. Il fut rompu et , au moment oîi 11 duTchait à gagner la côte, K.cll('rmaun , déboucliant de Rouciglionc, le rencontra vers ïoscanella, le mena battant jusqu’à Orbitello et ne lui laissa la faculté de s’embarquer qu’en l’obligeant d’abandonner son artillerie.

Du côté de l’Adriatique, Dulicsmo , après avoir enlevé la forteresse de Civitella-del-Tronto, dispersa l'extrême droite ennemie. Enfin , le détachement de Livourne resta dans la plus complète inaction. L’expédition était manquée sur tous les points, les débris de l’armée napolitaine se retiraient en désordre aux cris d’indignation de l’Europe absolutiste. Championnet prit alors une résolution audacieuse qui , à défaut d’autres exploits, suffirait pour carai:tériser cette bi'illante époque. Malgré les pluies de la saison , malgré l’insurrection des campagnes qui éclatait sur scs pas, malgré les forteresses <|ui barraient toutes les routes, il poussa scs colonnes à la conquête de Isaples.

Dulie.sme et Lemoine (à à Guoo) reçurent l’ordre de se porter en avant l’un par Pescara , l’autre par .\(|uila et Po|)oli ; de traverser Venafi o et de rejoindre sur les bords du Volturno Macdonald et Rey (7 à 8000) qui s’élancèrent à la poursuite de rarmée fugitive. Kellermanu resta en arrière pour pacifier la Campagne de Rome et réduire Viterbe qui s’était insurgée.

Mack, laissant de fortes arrière-gardes à Ceprano, Fondi et Itri pour défendre le passage de Garigliano , rallia le gros de ses troupes sous le canon de Capoue. Un n’bésita pas à l’attacpier. Macdonald prit la route de Veroli; Rey celle de Terracine; ■Maurice IMatliieu marcha surCeprano. I.es deux derniers éprouvèrent seuls une légèrm'ésistance. Les Napolitains prétendirent disputer l’entrée de Ceprano. àlatbieu les culbuta, pénétra pêle-mêle avec eux dans la place, força le pont du Garigliano et fit sa jonction dans San-Gcrmano avec Macdonald qui , ayant passé sans obstacles à Isola, avait fait fuir les postes ennemis en les prenant à revers.

Sans attendre Rey, (’.bampionnet marcha contre une place forte soutenue par 35,000 hommes. C’était enfin trop de témérité. Capoue, située au-delà du Volturno, a une enceinte régulière revêtue, et , en outre, les troupes napolitaines s’étaient couvertes d’un retranchement garni d’artillerie. On s’y porta, on s’en rendit maître, on prit les canons, mais les remparts de la forteresse arrêtèrent cet élan et, après avoir perdu 3oo

boinnuts, on renon^'a à les emporter jusqu’à la réunion de l’arniéc entière. £lle no tarda pas à se trouver en ligne.

Key , après avoir refoulé dansGaëte les troupes de Fondi et d’Itrl, sc laisse aller au désir d’insulter cette place, l’une des plus fortes de l’Italie. Il mit en batterie un seul obusier dont le feu frappa la garnison d’une telle terreur, que le gouverneur se trouva trop heureux d’obtenir une capitulation. l\ooo prisonniers j ao,ooo fusils , de l’artillerie et un équipage de pont furent le prix de cet étrange coup de main.

Jley arriva le premier sous Capoue; après lui vint Kellcrmann qui avait dispersé les révoltés de Viterbe. Restaient en arrière Lemoine et Dubesme retardés l’un et l’autre plutôt par les pluies et les bandes insurgées que par les places et les troupes de ligne. En effet Dubesme était entré dans l’eseura à la première sommation. Ijcinoinc s’était emparé d’Âquila,ct les colonnes napolitaines n’avaient, tour-à-tour, fait volte-face que pour essuyer encore un échec en voulant s’opposer à la jonction des deux corps frau(;ais. Ceux-ci s’avancèrent par Sulmona et, lorsque leur avant-garde fut signalée au général en chef, il se mita menacer plus sérieusement Ciipoue.

Cependant on apprit que les insurgés avaient détruit sur les derrières de 1' année les ponts du Garigliano, que le grand parc était incendié, ((UC le corps de Livourne allait prendre terre près de Gaëte sur la ligne de retraite de l’armée. Ces circonstances décidèrent Cbampionnet à écouler les propositions de Mack cpii , déjà deux fois , avait demandé à capituler. Une convention fut signée en vertu de laquelle les hostilités cessèrent ; Capoue fut livrée aux Français, et la capitale frappée d’une contribution de huit millions. 1..CS Napolitains se retirèrent sur la rive gaucho lies Regi-Lagiii.

Ce traité, mal accueilli du directoire qui rappela Championnet pour lui .substituer Macdonald, excita la fureur des Lazzaroni. Déjà le roi, appréciant ses troupes à leur juste valeur , s’était réfugié en Sicile avec sa cour et ses troupes; et depuis lors une fermentation sourde agitait la populace de Naples. A la nouvelle de la capitulation de Capoue, aux premiers apprêts delà levée de la contribution de guerre, elle fit entendre le cri de trahison , elle sc souleva tout entière , elle arracha les armes aux indignes soldats de Mack, et menaçant la vie du malheureux général qu’ils avaient si mal secondé, elle le força d’aller demander un asile aux généraux français.

Championnet venait de réorganiser son armée pour en former deux colonnes , l’une à droite de la route de Naples sur les Regi-Lagni , l’autre échelonnée d’Acerra à Bénévent. 11 avait en outre une réserve à Casertc et une brigade à Bénévent. Les Lazzaroni ne tardèrent pas à se répandre

hors de la ville. Aux cris de: Vive saint Janvier! Vive Jésus-Clisist! Mort aux Français! ils se ruèrent sur la route de Capoiic et attaquèrent les avant-postes de la division de droite. Cette violation de l’armistice autorisant la reprise des hostilités , l’armée se mit en mouvement par Aversa et Acerra.

Ja première colonne sc heurta contre les bandes insurgées qui osaient tenir la campagne. Elle n’eut qu’à sc déployer pour les disperser et prendre leurs canons. L’autre parvint sans obstacles jusqu’à la porte de Naples; là , elle fut accueillie par un feu si violent qu’elle commençait à reculer lorsque l’ennemi, démasquant une batterie de i a pièces , fit voirque la retraite serait plus meurtrière que le combat. On sc résolut donc à enlever les canons , ce qui fut exécuté en un clin-d’œil. La résistance cessa et l’on sc rendit maître de l’entrée de la ville. liCs deux journées suivantes furent employées à en compléter l’investissement et à élever de formidables batteries. Pendant ce temps, les partisans des Français et les bourgeois, menacés du pillage, de l’incendie, sc disposèrent à seconder l’attaque et à prendre les châteaux forts.

Le troisième jour , l’action s’engagea sur tous les points. Les Lazzaroni, abandonnés à eux-mêmes, inquiétés par les bourgeois, sc défendirent avec rage; mais poursuivis de rue eu rue, canoniiés par les forts, ils finirent par déposer les armes; la promesse de respecter saint Janvier et quelques distributions d’argent les curent bientôt apaisés.

La victoire de Championnet entraîna la proclamation de la république parthénopéenne ; presque toutes les villes suivirent l'impulsion de la capi- > taie; mais dans la Pouilleetdans les Calabres, la population des campagnes

s’insurgea tout entière. Deux colonnes marchèrent contre elle, et les ré- • sistanccs n’étaient pas encore surmontées lorsque la guerre , étant deve-

nue générale, les hostilités s’ouvrirent en Lombardie.

OPÉRATIOHS EW OBIENT.

EtpcJiiion danstcSaîd ( septcmbre).~Bataine de Samanliout (a3 janvier X799).~Conquéle du SaïJ.— Prise de Qûscir (février, mars, avril). — ExpéditioD de Syrie (6 février 1799).— Prise d'F.UArich (9].^Be Kan-Iounes (a4).~Dc Jaffa (7 mars}.— Siège d'Acrc (ao).— Premier assaut

(a8). - Combat de Naxarcth (S avril) Bataille du mont Tabor (16).— L'a.ssaut d’Acre (7 mai).—

Levée du siège (17).— Rentrée au Caire (19 juin). — DcliarquemeDt des Turcs (1 1 juillel). — Bataille d'Abouqir (aS). — Départ de Bonaparte (la toât).— Attaque de Suez, Qoieir , Damiette («9 octobre).— Convention d'El-Arich (a5 janvier 1800). — Bataille d'Héliopolis (10 mars). — Soumission du Caire (a;).— Mort de Ktcl>er(i4 juin). — Bataille de Canopc (ai mars x8oi}.— Capitulation du Caire (a8 juillet).— D’Alexandrie (^7 seplemlm*).

G^pendant Desaix fit la conquête de la Ilautc-Égypte (Saïd); les beys des Mameluks cédèrent à sa rare valeur , et les Arabes , frappés de sou noble caractère, lui décernèrent le nom de Sultan-Juste.

Chassé du Faioum, Mourad se retira près des ruines de Thèbes pour attendre un renfort d’Arabes de la Mecque et rallier à sa cause les beys delà haute vallée du Nil, jusque-là scs rivaux. Ces chefs étendaient leur pouvoir sur la route deQoseir, la grande Oasis et la vallée d’Esneli; mais c’était surtout du dehors que des nombreux renforts pouvaient arriver, et Qoscir étant le seul port qui établisse la communication entre l’Arabie et la Haute-Egypte, Thèbes, où aboutissent les chemins de Qoscir au Nil , était la clef des opérations.

Desaix avait résolu de s’y porter. Sa petite armée, renforcée de 1 5oo hommes, que Davout lui avait amenés du Caire, comptait 4 à 5uoo combaUans ; mais obligé de se ralentir pour ne point abandonner sa flottille , dont les vents contrariaient la marche , il fut prévenu par son adversaire.

Mourad ayant réuni toutes scs ressources, crut pouvoir reprendre 1 at-

GUERR£S DE LA RÉVOLUTIOK.

taquo. Au sortir de Saiiianliout , il se heurta contre les Français qui formèrent trois carrés , riufunteric aux ailes, la cavalerie au centre. Le hey essaya d’abord de les entamer; son infanterie profilant d’un canal à sec se *

glissa près d’eux en tiraillant ; mais, avant que son feu eût atleint un seul homme, Desaix lança sur elle un escadron cl quelques compagnies d’élite qui la dispersèrent et s’emparèrent de Samanhout. Alors le combat devint général; l’ennemi chercha tout à-la-fois à rompre les carrés et à re- ‘

piemlre le village, mais il échoua sur tous les points. Enfin la cavalerie française à son tour s’ébranla pour charger les Mamelucks qui n’attendirent |)as le choc. Beys et scbeicks arabes s’enfoncèrent dans les vallées de Qoseir, d’Akmin et d’Esneh. Mourad seul resta sur les bords du Nil.

Desaix ne négligea rien pour éloigner un chef si eiilreprenant ; il le poursuivit sans relâche en prenant position tour-à-toiir à Thèbes , Esneh et Aeouan. Il le rejeta enfin hors de l’Egypte, s’empara de l’ile de Philœ '

et |)lanta le drapeau français sur les rochers d’où tombent les cataractes j

du Nil.

Ainsi, la victoire de Samanhout livra la Haute-Egypte comme celle de Sedment avait livi é leFaïoum. Les beys, coupés les uns des autres, furent réduits au rdic de chefs de partisans;uéanmoins i! continuèrent la guerre avec une infatigable activité. Ia;urs efforts, désormais, tendaient à se réunir, comme ceux des généraux français à les tenir séparés. Malgré leur parfaite connaissance du terrain, il ne purent réussir à une jonction ■

comjriète , et dans toutes les rencontres ils furent battus. i

Mourad s’enfonçant dans le désert, par la rive droite du Nil, chercha I

à gagner Siout dont les siens venaient de s’emparer. Desaix courut sur i

ses pas, l’atteignit à Louqsor, dispersa sa troupe elle rejeta au-tlclà du I

fleuve accompagné seulement de i5o cavaliers. Sa déroute entraîna celle j

des partis d’Esueh qui, se portant à sa rencontre, furent assaillis et culbutés par les vaimjucurs. Les succès de Desaix furent cette fois chèrement achetés; en se concentrant, il avait laissé à découvert sa flottille que les Aralx’s surprirent et brûlèrent en faisant prisonniers les équipages. i

Les Français, outrés de cette audace, ne tardèrent pas à en tirer une éclatante vengeance. Ils marchèrent sur Benoutoùles Arabes s’élaient retranchés avec leur capture, les anéantirent et délivrèrent les prisonniers. Puis, pour mettre fin à ces inouvemens «ju’cncourageait la communication avec l’Arabie, Desaix poussa juseju’h la mer Ilouge. Les beys se réunirent pour ^

l’arrêter à Bir-el-Bar; il leur passa sur le corps, les dispersa dans le désert et s’empara de Qoscir. Ce dernier coup détruisit les espérances de Mourad.

Renonçant à la Haute-Egypte, il traversa de sa personne les Oasis et le Faïoum pour se rendre dans le Delta, tandis (|ue les détachemens de Birel-Bar, suivant son mouvement sur l’autre rive, gaguèrent par le désert

l'Oasis (lo Scbabiar. Leur but était de se joindre au pacha de Rliodes dont la prochaine arrivée leur était annoncée. Ils pensaient entraîner avec eux la masse des Arabes; mais il se heurtèrent presque seuls contre les troupes que Boiiaparle avait mises en mouvement, pour s’opposer au débarquement de l'armée tur(|ue. Moiirad, battu près des lacs de Natroùn, revint sur ses pas, cl la eolouue de la rive droite fut dispersée à Scbabiar.

I.a Porte s’était décidée à la guerre, et le pacha d’ Acre avait été chargé d’envahir l’Egypte; mais llonaparic s’était préparé à prévenir l’attaque et à la porter lui-ntême eu Syrie. Vers la (in de l’hiver, pendant que Desaix poussait devant lui les débris de Mourad , l’armée d’expédition ouvrait sa marche. Elle se composait de quatro divisions d’infanterie : Reynier commandait ravant-gardc(aiGo), Klebcr(3349),I.ainncs (a(ja4)» Bon (^449)» le corps de bataille : Murat la cavalerie (800), ce qui faisait, avec les troupes d’artillerie, génie, guides et dromadaires (aaiS), en tout 12,890.

Ce fut avec moins de i3,ooo hommes que Bonaparte s’enfonça sans hésitation dans les sables qui séparent l’Afrique de l’.Asic. Il n’avait point, comme .Vlexanclrc, une (lotte pour soutenir et approvisionner ses troupes; mais à peu de distance de l’Egypte , il comptait sur de vaillans alliés. Les montagnes de la Palestine, les bords du Jourdain, le Liban, sont habités par des peuplades chréliciiucs toujours prêtes à courir aux armes.Lu s’appuyant sur elles, le précédent pacha' d’Acre s’était rendu indépendant de la Porte; mais sa famille désunie n’avait point hérité de son pouvoir, et son successeur , dont le nom se mêle d’une manière funeste à l’iiistoirc de l’expédition, Achmet-Pacha-el-l)jezzar, sans être très soumis au sultan, était fidèle à la fui musuhnunc et tournait contre les chrétiens l'activité d’un caractère féroce. Cet homme sanguinaire avait répondu aux ouvertures du général en chef en faisant mettre à mort ses émissaires et en donnant asile à Ibrahim-Bey.

C’était lui que l’on eherchail d’abord. La capitale de son pachalick était le premier but de l’armée. Pour y arriver, il faut traverser le désert, juiis longer la côte en passant par El-Arieh, Kan-Iounes, Caza, Jaffa et Haïfa. Ces places ont peu d’importance , les avant-postes du pacha ne pouvaient s’eu faire des points d’appui assez imposans pour arrêter les Français. C’était donc un siège que l’on allait faire , un siège précédé de quelques coups de main. La dilliculté de la route ne permettant pas de transporter par terre le matériel , une (lottille le conduisait droit à Acre pendant que les troupes s’avancaient en côtoyant le rivage de la mer.

Acre une fois pris, Bonaparte avait dessein de soulever les populations chrétiennes soutenues parla terreur qu'inspirait Djezzar, de déboucher a leur tête au-delà du Liban et de s’emparer de Damas, centre de la domi-

GUERRES DE LA RÉVOLUTION, nation turque en Syrie. La campagne récente de l’armée égyptienne a justifié ces projets, et l’on sait maintenant que la prise d’Acre eût con- ,

duit les Français sous les murs de Constantinople.

El-Arich , Kan-Iouncs , Gaza furent occupés sans grande résistance ; mais Jaffa ferma scs portes, on l’investit, on l'enleva d’assaut, on la livra au pillage. Neuf jours après, l’avant-garde chassa de Haïfa un détache- j

ment de Mamciucks , et l’armée commença à se déployer autour de la place où les destinées de l’Asie étaient renfermées.

Comme on l’investissait, les équipages de siège, qui suivaient par mer le mouvement général, furent enlevés par la croisière du commodore anglais Sidney Smith, et Bonaparte eut' la douleur de voir ses canons augmenter l’armement de la place. Malgré cet échec, il se hâta de faire ouvrir i

la tranchée en couvrant ses opérations par des détachemens postés à Safed et Nazareth pour éclairer les débouchés du Liban et les routes de j

Damas.

Acre s’élève sur un promontoire lié au continent par une étroite langue de terre. Ce court intervalle était comblé par des travaux que les *

moyens de siège ordinaires eussent bientôt surmontés. Le cinquième jour de la tranchée, les pièces de campagne dont on fit usage à défaut de '

grosse artillerie, firent brèche, en peu d’heures, dans une tour carrée qui dominait le rempart, et Bonaparte plein d’espoir ordonna l’assaut. L’infan- I

tcric prit les armes, et quinze sapeurs, pour reconnaître la brèche, se glis- i

sèrent hors de la tranchée. A peine avaient-ils fait quelques pas qu’un I

large fossé à revêtement en pierres les arrêta tout court. L’attaque fut )

suspendue : il fallut faire jouer la mine pour démolir la contrescarpe et s’avancer jusqu’à la brècheau milieu des débris. Malgré le feu de la place, on se mit à creuser un puits de mine que l’on crut achevé en trois jours, l.’explosion renversa en effet un pan du mur extérieur, mais il en restait encore huit pieds. Néanmoins, une trentaine d’hommes se précipitèrent dans le fossé, le traversèrent, plantèrent une échelle au pied de la tour et montèrent à l’assaut, tandis que deux bataillons s’ébranlèrent pour les soutenir.

Il y eut alors une de ces complications fatales qui disposent souvent du succès. A la vue des échelles on crut dans la ville que tout était perdu; les Turcs s’enfuirent au port, Djozzar lui-même au milieu du tumulte s’embarqua. De leur côté, les assaillans perdirent l’officier qui les commandait, ils s’effrayèrent, ils revinrent sur leurs pas , ils firent rebrousser chemin à l’infanterie comme elle allait descendre la contrescarpe. Un momcntencore la colonne engagée dans le fossé eût continuéà se porter en avant; on se fût aperçu de la slupeurdontlcs ennemis étaient frappés et l’on eût saisi l’occasion qui ne se retrouva plus. Telles sont les chances de la

KLEBER ( Jean-Bapliste),

Ne à Stmboarg en 17S4 « gcuêral de dirUmn à rarmee de U Vendée. — Céaérftl en chef de r«rméc d'Égj)>te.— Mortaa Caire le 14 juin 1800.

BaUülle d’BélîopoUa ( 20 mars 1600.)

CAMPAGNE DE 1798. m

guerre : la moi t d'uu seul officier suffit pour sauver Acre et pour dooncr un autre cours à la fortune de Bonaparte.

Sur ces entrefaites , de nombreux rasseinblcinens furent signalés à Nabloiis et sur les bords du lac de Tubaricli. Junot, à la tête de 5oo hommes, poussant une reconnaissance en avant de Nazarelli , se lieurla contre 3ooo Turcs. Il soutint vaillamment le clioc et resta maître du champ de bataille. Kléber accourut le renforcer avec aooo baïonnettes; leurs troupes réunies eurent, contre 7 à 8000 ennemis, un second engagement où la victoire ne fut pas douteuse. Cependant le nombre croissant des ennemis indiquait une entreprise sérieuse. C’était eu effet le pacliade Damas, Abdallah, qui se dirigeait le loiïg du Jourdain ù la tête de 35 à /(0, 000 hommes. A ces nouvelles, Bonaparte se détacha du siège avec la division Bon qu’il conduisit à Nazareth. Il reconnut que le projet des Turcs était de se concentrer à Nablous, au sommet des montagnes de la Palestine, et de déboucher sur la côte sur sa ligne de retraite. Dans leur marche, ils lui prêtaient le flanc , et il se mit en mesure de les rompre avant de leur laisser atteindre le lieu de rendez-vous.

Tandis qu’ils descendaient en pleine confiance la rive droite du Jourdain , il envoya Murat à Safed sur leurs derrières avec ordre de s’emparer du pont de Jacob. Lui-même sortit de Nazareth pour prendre position sur le mont Tabor. Lu couronnant cette hauteur, il aper^-ut dans la plaine RIeber aux prises avec toute l’armée turque.

Ce brave général avait entrepris de surprendre le camp d’Abdullah ; mais le pacha, prévenu à temps, s’élait mis sous les armes et avait commencé l’attaque. Depuis six heures, 1 ù 3ooo Français, comme d’ordinaire formés en carré, contenaient une nuée de cavaliers et se défendaient intrépidement, couverts par un rempart de eadavres. A cette vue , Bonaparte partagea sa division en deux carrés qu’il dirigea de manière à enfermer l’ennemi dans un vaste triangle. Les soldats de Klcbcr, reconnaissant ces dispositions , firent entendre un cri de victoire. Bientôt les trois carrés vomirent un épouvantable feu et portèrent dans tous les sens de profondes atteintes à l’armée turque ; en un clin-d’œii , elle se débanda, laissant sur le champ de bataille, son camp, scs bagages et un immense butin. Jjc plus grand nombre s’enfuit par la roule de Damas et SC fit écraser au pont de Jacob par le détachement de Murat , d’autres s’échappèrent en passant le Jourdain au-dessous du lacet en s’enfonçant dans le désert.

Une victoire si complète, si décisive, désorganisait pour long-temps Abdallah. "Klebcr resta dans la vallée du Jourdain pour le surveiller , et Bonaparte se rabattit sur la ville assiégée. Depuis son départ 011 avait continué à employer la mine pour faire sauter la contrescarpe et la tour

du rempart. On avait repoussé les sorties de Djezzar, on avait démoli les créneaux et démonté les batteries. Ce.s diverses circonstances sont le prélude ordinaire de la réduction d’une place. Mais Acre renfermait un émigré français officier du génie. Ancien condisciple de lîonaparte, Philippcaux rivalisa dignement avec lui dans le siège où il perdit la vie. Il imagina d’opposer aux Français des lignes de contre-approche. On se livrait donc de part et d’autre une guerre souterraine dont le prix était la célèbre tour. La fortune paraissait se déclarer contre les Turcs, quoique les travaux ne fussent pas encore acbevé.s, lorsque des voiles furent signalées. Elles portaient 12,000 hommes de nouvelles troupes envoyées par le pacha de Rhodes au secoui-s de Djezzar. Il leur fallait au moins six heures pour débarquer et Bonaparte résolut de brusquer l’assaut.

On se loge sur le rempart; on descend dans la place; aoo hommes fraient le chemin à la division Ijannes qui les suit ; le combat s’engage dans la ville avec un vif acharnement; mais les Français étaient épuisés de fatigues et des troupes fraîcln's survenues du port firent pencher contre eux la balance. Lannes fut repoussé et les Turcs prirent ii discrétion son aventureuse avant-garde.

Cependant on était resté maître de la brèche ; après deux jours de repos, Bonaparte essaya encore de dépasser le rempart , mais toutes les chances étaient désonnais contre lui. L’opiniâtreté si connue des Turcs lorsqu’ils défendent des retranchemens , redoubla après le succès. Ils avaient reçu un puissant renfort et l’armée de siège s’affaiblissait chaque jour. Pour comble de malheur, la peste se déclara dans le camp français. Le général en chef ordonna enfin de lever le siège. Il partit en jetant un coup-d’œil de regret sur l’Asie dont il espérait changer la face; mais la flotte réunie â Rhodes annonçait un prochain débarquement , il était indispensable de rentrer en Égypte. Si l’expédition de Syrie n’avait point eu l’immense résultat que Bonaparte s’était promis, il avait du moins abattu l’orgueil des pachas d’Acre et du Damas qui ne songèrent point à l’inquiéter. Sa retraite s’opéra sans obstacle , et un mois après son départ d’Acrc il fit sa rentrée au Caire.

Cette grande ville était restée calme pendant sa longue .absence. Une police active et le soin qu’il prit d’agir sans cesse sur l’imagination mobile de ses habilans la tinrent en respect. Tantôt on suspendait solcnncllo ment au minaret des mosquées les drapeaux cidevés à El-Arich, à Gaza; tantôt, on publiait en style oriental les bulletins de l’armée d’expédition, étrange prélude des bulletins de la grande armée. Voici dans quels termes la prise de Jaffa fut annoncx'e :

«Au nom de Dieu miséricordieux, clément, très saint, maître du « monde, qui fait de sa propriété ce qu’il veut, qui dispose de la victoire.

«Voici le rdcit des grâces que Dieu Tr^s-Haut a accord«ics à la répu- « blique française; aussi nous nous sommes emparé de Jaffa en Syrie.

«Djezzar avait l’inlention de se rendre en Egypte, la demeure des pau- « vres, avec les brigands arabes. Mais les decrets de Dieu détruisent les « ruses des hommes. Il voulait faire couler le sang , selon son usage bar- « bare, à cause de son orgueil et des mauvais principes qu’il a reçus des «Mamelucks et de son peu d’esprit ; il n’a pas pensé que tout vient de « Dieu.

« Le a6 de ramazan, l’armée française cerna Jaffa. IjC 27 , le général «en chef fît faire des fossés, parce qu’il vit que la ville était garnie de * canons et renfermait beaucoup de monde. Le ag, le fossé était d’environ a 100 pieds de longueur. Le général en chef fit placer les canons, les mor- « tiers et des batteries du côté de la mer pour arrêter ceux qui voudraient « sortir.

O Le jeudi, dernier jour de ramazan, le général en chef eut pitié des « habitans de Jaffa, il fit sommer le gouverneur. Pour toute réponse, « on arrêta l’envoyé , contre toutes les lois de la guerre et de Mahomet.

R A l’instant, la colère de Bonaparte éclata, il fit tirer le canon et les «bombes. En peu d’instans, le canon de Jaffa fut démonté. A midi, la « muraille avait une brèche. On donna l'assaut et en moins d’une heure a les Français curent pris la ville et les forts. Les deux armées commencéa rentà se battre. I.es Français furent vainqneurs; le pillage dura toute la «nuit. Le vendredi, le général eut compassion des Egyptiens qui se « trouvaient à Jaffa. Pauvre.s et riches , il leur accorda le pardon et les « fit retourner avec honneur dans leur pays. Il en agit de même à l’egard « de ceux de Damas et d’Alep.

■ Dans le combat pins de 4000 hommes de Djeizar furent tués par la « fusillade et l'arme blanche. Les Français perdirent peu de monde. Il y « eut peu de blessés, ils pénétrèrent par le chemin du pont sans être vus. « O adorateurs de Dieu ! Soumettez-vous à ses décrets , ne vous opposez « pas à sa volonté , observez scs commandemens. Sachez que le monde « est sa propriété et qu’il le donne à qui il veut. Sur ce, le salut et la mi- « séricorde de Dieu. »

Ces fêtes, ces récits frappaient d’admiration la population du Caire où nul ne songeait à se soustraire au pouvoir du Grand des Français, du stdtan £l-Kebir (le feu).

Cependant la Basse-Egypte fut troublée par l’imposture d’un Arabe qui descendit du désert escorté de quelques centaines de fanatiques et se donna pour l’ange EI-Mohndy, qui, selon le koran, se porte au secours des fidèles aux époques de grandes calamités. Cette multitude s’empara de Damanhour, et le bruit des miracles de l’ange q>ii pronKttait de préserver

srs adhdrcns de l’alteiiite des balles s étant répandu , il eut bientôt réuni des milliers d’bommes. Une division marcha contre lui et dispersa sa troupe; on le prit et il fut passé par les armes.

Aussitôt de retour, Bonaparte fit fortifier les points accessibles de la côte. Junot avait pris position à El-Arich pour observer Ibrahim et Djezzar ; d'autres détacbemens se mirent en garde contre les incursions des Mamelucks. Ce furent ces mouvemens qui arrêlèrent Mourad et le chassèrent delà Basse-Egypte. On dit que dans sa fuite il vint, à peine escorte, jusqu’aux Pyramides. Monté sur la plus élevée, il passa une journé-e entière à contempler le théâtre de sa gloire déchue. On l’aperçut, on avertit le général en chef qui sortit à la hâte , espérant le saisir, mais il eut le temps de s’échapper et de gagner le Faïoum.

Bonaparte était préparé à tout évènement lorsqu'il apprit que la flotte turque avait paru devant Alexandrie, que le pacha de Rhodes avec 1 5,ooo hommes avait pris terre, et que le fort d’Abouqir avait été investi et enlevé.

Au lieu de suivre ce premier succès , les Turcs se fortifiaient autour d’Abouqir, soit pour attendre le secours que Mourad leur avait promis, soit pour recevoir la bataille. Elle ne tarda pas à leur être livrée. Bonaparte accourut du Caire à Alexandrie avec deux divisions d’infanterie et la cavalerie. Scs colonnes d’attaque furent promptement formées et mises en mouvement.

Le front de l'armée ennemie était couvert par deux lignes non continues de rclrancbemens occupant dans toute sa largeur la presqu’île d’Abouqir. La première ligne tirait sa force de deux redoutes placées à scs extrémités, tandis qu’à la seconde, le principal ouvrage occupait le centre. Cette disposition ne manquait pas d’habileté ; mais le pacha, n’ayant point de retraite, s’était mis dans l’alternative de vaincre ou d’être anéanti. Bonaparte Gt ses apprêts de manière à frapper des coups rapides et décisifs, à triompher de l’obstination de ses adversaires, derrière des rctranchemens dont il venait de faire une si funeste expérience, enfin à leur ôter la faculté de se rembarquer.

L’armée française slavança en trois colonnes : à droite Lannes, à gauche Lanusse, et entre eux la cavalerie de Murat. Le feu se soutint quelque temps sur toute la ligne; mais enfin Murat enfonça le centre que rien ne couvrait. Scs escadrons passant derrière les redoutes coupèrent la retraite aux troupes qu’au moment même l’infanterie faisait plier. Il y eut alors une horrible confusion : la plupart des Turcs se jetèrent à la mer et périrent dans les flots.

La première ligne détruite , restait à enlever la seconde ; Lannes sc chargea de donner l’assaut de la redoute , et Murat, prenant sa place à

droite, de culbuter l’infanterie qui la soutenait. Après une vive résistance, l’ennemi fut rompu ; on sauta dans les retranebemens; on parvint au milieu des centres du paclia, on le fit prisonnier avec tout son ctaUmn* jor. Il ne restait de son armée que /|000 hommes qui se renfermèrent dans le château et sc rendirent après huit jours de bombardement.

La journée d'Aboukir fut le dernier exploit de Bonaparte en Orient. L’Europe entière avait pris les armes. Depuis quatre mois elle était partout triomphante ; les désastres de la patrie rappelaient le vainqueur d’Arcole. Il quitta l’Égypte après avoir désigné Rlebcr pour le remplacer au commandement en chef.

Avant de passer au récit de la campagne de i ^99 , nous croyons devoir terminer d’une manière sommaire ce qui est rtdalif à l’Orient. Le commandement de Klebcr appartient à un nouvel ordre d’évèiiemcns. Il s’agissait de se maintenir en Égypte, sans recrutement et sans secours, contre les efforts de la Porte et de rAnglcterrc.

grand-vizir réunissait une armée; des partis occupaient Gazait; la flotte turc[ue tenait la mer, prête à jeter des troupes vers les bouches du Nil ; enfin des bâtimens anglais menaçaient Suez et Qoseir,

L’année française avait essuyé des pertes; néanmoins sa position était bonne : Suez et Qoseir la couvraient sur la mer Rouge. El-Arich et Catich fermaient le désert du côté de l’Asie et des batteries étaient placées aux points abordables du littoral de la Méditerranée. Intérieurement Mourad était encore à la tête de ses Maniclucks. Ce chef infatigable exerçait une grande influence sur la population , qui sc prêtait partout à masquer scs marches; mais la crainte que lui inspirait le grand-vizir surpassait l’aversion qu’il ressentait pour les Français. A son approche il cessa d’agir en ennemi.

Sur ces entrefaites, les coalisés sc montrèrent sur plusieurs points. Suez et Qoseir, attaqués par les Anglais, résistèrent victorieusement, et 8000 janissaires, débarqués à Damiette, assaillis tête baissée par un millier d’hommes , perdirent 3ooo des leurs et se hâtèrent de regagner leurs vaisseaux.

Pendant ces démonstrations dont le but était de diviser la défense , le grand-viûr s’échelonna sur la frontière de la Syrie. Kleber,qui avait continué les communications que Bonaparte avait ouvertes avec le divan, se laissa entraîner dans une fâcheuse négociation pendant laquelle on lui prit Ël'Arick et qui se termina par la convention conclue sous le nom de ce fort. L’armée française, abandonnant l’Égypte, consentait à sc replier sur Rosette, Alexandrie, Aboukir pour être transportée en Europe avec tous les honneurs de la guerre. Déjà scs garnisons avaient év.acuéCatich, Salehieh et Balbeis; déjî» Rlebcr se préparait à sortir du Caire et à rc|)as-

fier le NU, lorfiqu’il fut informé que les Anglais se refusaient à l’exécution

du traité et demandaient que l’armée française déposât les armes.

On ne répond à de telles insolences que par la victoire, s’écrie le géué* ral! bientôt U est disposé à combattre. G:pendant le grand-vizir s’approche du Caire à la tête de 80,000 hommes. Ibrahim - Bcy et ses Marnelucks en font partie. Djezzar a refusé de les suivre. Mourad a traversé le désert et s’est rapproché des évenomens plutôt pour ou être témoin que pour y prendre part. L’avant-garde turque s’est retranchée dans les ruines d’Uéiiopolis el l’armée s’étend jusqu’au Nil , quand Klcbcr, ayant laissé 3000 hommes à la garde du Caire, déboucha de la ville avec 10,000 combattans et se porta au-devant de scs nombrcu.x ennemis.

Cotte héroïque poignée d’hommes enveloppe, rompt, sabre l’avantgarde; après quoi, elle se précipite on masse sur le corps de bataille et lui porte un si rude coup qu’il ne peut s’en remettre. Les Turcs se dispersent, comme ces armées de la Bible que frappe l’ange exterminateur, abandonnant leurs canons et leurs immenses bagages.

Cependant Ibrahim , à la tête d’une nuée d’infanterie et de cavalerie irrégulières , s’était dirigé sur le Caire ; il s’était môme heurté contre Klcbcr, mais le général français n’avait point voulu, pour contrarier son mouvement , le distraire de l’attaque principale. Il était donc 01111% dans la ville pendant la bataille et l’avait soulevée.

La garnison , réfugiée dans la citadelle et les forts, tint bon. Â mesure que la déroute du grand-vizir rendit quelques troupes disponibles , elles se port^enl à son secours ; mais Klcbcr n’abandonna la poursuite des vaincus qu’après avoir enlevé à Belbeis leur arrière-garde et vu au-delà de Salchieh leurs débris s’enfoncer en désordre dans le désert. U se rabattit alors sur la capitale qui était toujours en pleine insurrection et qui SG défendit avec fureur; il la soumit toutefois, apres en avoir forcé l’entrée sur tous les points.

Que pouvait-il craindre désormais? Sa petite armée, prise entre 80,000 combattans et une population soulevée de a à 3oo,ooo âmes, sortait victorieuse de ce double péril; la dispersion des forces du 'grand-vizir, la perte de son matériel mettaient celui-ci pour long-temps hors d’état de rien entreprendre. Mourad, frappé d’admiration à la vue de tant d’iiabi* leté et d’audace , traitait avec les Français; enfin la levée des contributions de guerre, que la révolte du Caire avait autorisée, avait ramené l’abondance dans les camps. On savait ejue Bonaparte s’était emparé de la direction des affaires ; cet immense évènement, en donnant un nouveau nerf à l’armée, achevait de disposer les habitans à une entière soumission. Kleber ne songea plus qu’à conserver l’Égypte; il donna à Mourad le commandement de Saïde , puis il sc recruta dans le pays ; il enrôla le«

noirs que Bonaparte avait deniaadés en Ethiopie et les escAves «itra se» mains devinrent de bons soldats.

L’armee rrârganisée , Kleber se livra à l’administratioB , où il ne dé< ploya pas moins de talent que dans les affaires de la guerre; déjà le pays j)rcnait une face nouvelle, quand le poignard d’un fanatique trancha une vie sur laquelle reposait le salut de la colonie.

Le droit d’ancienneté appelait Menou à le remplacer; ce général prit possession du coininandcnient et, comme pour démontrer ce que peut rinilucncc d’un seul homme, le gouvernement le confirma dans ce poste alors si inqiortant.

Le grand-vizir ne pouvant plus rien par lui-même , les Anglais réuni» rent à Rhodes, sous les ordres de Ralph Abcrcrombic, un corps d’armée destiné à opérer sur les houches du Nil. Ils embarquèrent à Madras 5ooo soldats indiens pour les jeter à Qoscir. Les Turcs, ainsi .appuyés, se dist posèrent à reparaître par risthme de Suez.

Les distances sur lesquelles on opérait, la divergence des lignes d’alt taque, demandaient aux ennemis beaucoup de temps. Menou aurait dû le mettre à profit pour être partout en mesure. Mais lorsque les voiles an» glo-turqucs parurent, rien n’était fait pour les repousser.

Ralph Abcrcrombic put débarquer à Aboukir, s’emparer du fort et se retrancher comme l’avait fait précédemment le pacha de Rhodes sans quç celte expérience inspirât à Menou les moyens de lui faire obstacle.

Lorsque^enfin il se porta contre les ennemis, ceux-ci, forts de 17,000 hommes flanqués par des chaloupes canonnières et couverts de bonnes redoutes, restèrent maîtres du champ de bataille. Leur général perdit Iq vie, mais les Français furent repliés dans Alexandrie.

Les Anglais les enfermèrent dans cette ville et rompirent les digues qui retiennent l’eau de lu mer et laissent ordinairement à sec le lao Maréotis ; après quoi ils dirigèrent par Rosette , sur le Caire , une fortq colonne.

A leur approche, Belliard, gouverneur du Caire, concentra toutes les forces françaises; Mourad lui-même se mit en mouvement pour le ro. joindre, mais atteint de la peste, il mourut à Benziouef. D’un autre côté| le grand-vizir déboucha de la Syrie et les troupes indiennes arrivèrent à Qoscir où elles débarquèrent sans obstacle. Belliard , coupé du corps principal, entouré par 45,ooo hommes parmi lesquels le nombre de trou» pes régulières excédait celui de sa troupe, forte au plus de 7 à 8000 comr battans, Belliard consentit à une convention en vertu de laquelle il fut conduit en France avec tous les honneurs de la guerre.

Alexandrie seule tenait encore, les provinces étaient entièrement éva«

cuées. Les canemis SC mirent en devoir d’enlever à l’cxpëditlon française son dernier point d’appui ; ils attaquèrent Menou qui se défendit avec vigueur; mais enfin il capitula sur les mêmes bases que Bclliard , et après trois ans d’occupation , l’Ëgyptc fut perdue sans retour.

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OPÛUTIOflS SDR LE RJIU* ET LE DAMJBE.

Etal dea forces oppotdet.— Plan de campagne. — Invasion des Grisons (6 an 8 mors). — Combat de> vant Feldkirch. — Combat d'Ostravb (aa mars). — De Taufers. — De FvIJkiik. — Bataille de Slokack.

Le traité de Cainpo-Forinio n'avait pas un an d’cxislcncc , que la rorinc démocratique avait envahi la Suisse et toute ritalie. Les vieilles nioiiar' chics s’émurent , l’Autriche courut aux armes , la Russie promit i ou,noo hommes, et son plus illustre capitaine, le feld-maréchal Suwarow. Ou fît de grands efforts pour entraîner le roi de Prusse, mais il resta sourd à toutes les instances de ses anciens alliés et sa neutralité annula encore une fois le théâtre de la guerre du nord. Toutefois l’Angleterre n’ayant pus moins d’intérêt à soustraire à l’inducnce républicaine les provinces bataves, que l’Autriche l’Italie, on résolut, puisque la Prusse refusait son territoire, de jeter en Hollande un corps anglo-russe et d’y provotpicr une contre-révolution en faveur de la maison de Nassau. C’était , du reste, un mouvement secondaire trop éloigné des opérations priiiripales

polir en attenJrc ou pour leur prêter secours. I^a question devait se vider dans les vallées du Pô , du Danube et du Tlaut-Rhiu.

IjCs troupes françaises se rangèrent sur la rive gauche de ce dernier fleuve et sur la rive droite de l’Adigc. Les impériaux filèrent par le Tyrol et le Voralbcrg, et leur première démonstration hostile fut l’euvahissefnent des Grisous.

Us s’avançaient ainsi en flèche sur l’arête cuhninaiitc des grandes Alpes, de manière à menacer à revers les répiiWiqu<’S cisalpine cl helvétique et & s’ouvrir, par le Valais, la route du midi de la France. Deux armées se déployèrent pour soutenir cette attaque; l’uuc sur l’Adige, l’autre sur le Lcch : enfin les Russes accoururent également répartis entre elles.

Toutes ces forces ne formaient que deux grands commaudemens : l’armée d’Allemagne sous l’archiduc Charles (117,000); l’armée d’Italie (54>ooo) sous le feld-maréchal-lieutcnant comte Kray qui avait ordre de céder le premier rang à Suwarow. Los renforts russes devaient en porter le total à plus a5o,ooo comhaltans. ILllcs étaient ainsi réparties : la droite de l’archiduc [a^jooo hommes, général Starray) au Rauhe-Alp; les avantpostes au Mcin ; la gauche (a5,ooo hommes, général Kotze) dans le Voralbcrg occupant les Grisons; le centre, en marche pour remplir l’intervalle entre le Danube et le Rhin (G6,ooo hommes conduits par le généralissime en personne); la droite de Kray ( 18,000 hommes, général Ikllcgardc) dans le Tyrol , le centre et la gauche (3C,ooo honiimw sous luimême) de V’éronc h Ixîgnago et autour du lac de Garde.

lie système général des operations était de part et d’autre offensif. Du côté des Français, il était basé sur une idck; empruntée à la tactique. Ou SC proposait pour but celte même crête culminante des Alpes par laquelle les impériaux avaient dessein de pcnélrtr. Comme les hauteurs sont d’ordinaire la clef d’un champ de bataille, on crut qu’on serait maître de la campagne si l’on prenait possession des monts qui domincntl’ Allemagne et l’Italie. En conséquence les armées républicaines, appuyant celles du Rhin à droite, celle de l’Adigc è gauche, curent ordre de s’en emparer. C’était une étrange déviation dos leçons de 1796. On jMTp.irait un mouvement général de concentration dans des localités oii à chaque pas il devait être contrarié par le terrain et l’on attachait trop d’importance à des positions faciles à couvrir, que d’ailleurs 011 eût annulées en faisant irruption .soit en lîavière soit au-delà de l’Adige.

A cette faute on en ajouta deux autres non moins désastreuses. D’abord celle de laisser l’année de Macdonald au fond de ritalic, où elle n’eiit nncuii rapport avec l’idée de l’attaque, puis celle de trop diviser le commandement.

Outre lü à 12,000 hommes tics utilement placés en Hollande, entro-

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