TRANSITION ENTRE LES DEUX PREMIÈRES COALITIONS
AFFAIRE'^ l>*n*AME.
Paix de Cainpo*Fonnio {17 mai 1797).— 'PoIiiiqiK' Je la répuliliquo.’^.Iiuuri'cchon à Aomc («7 dccnnhre).— Rcvoliitioii romaine (10 fevriur 1798).
Une paix sérieuse entre l’Autriche et la France n’était pas encore possible. La lassitude faisait déposer les armes, mais on négociait moins un traité qu’un armistice, et l’on cherchait de part et d’autre à s’assurer une bonne ligne de démarcation. Le cabinet de Paris exigeait la remise de Mayence, clef du nord de l'Allemagne; le conseil auliquc demandait l’Adigc et Mantouc. Cette dernière prétention, soutenue avec opini.âtrcté, fit traîner les conférences en longueur. L’impatience gagna les directeurs; ils placèrent Hoche h la tête des deux armées d’Allemagne; ils défendirent àllonapartc, plénipotentiaire de la république, de rien conclure avant de nouvelles instructions; ils songèrent à reprendre les bostililiis. Mais
le cdnquérant de l’Italie, craignant de se voir enlever la gloire de donner à la France une paix vivement desirce, fit i-cinettre aux diplomates impériaux son ultimatum et leur demanda une dernière entrevue. Un lui opposa les objections d’usage, et, en les terminant par une insinuation personnelle, on l’autorisa à sortir de son caractère d'ambassadeur pour rentrer dans celui de général victorieux. Il saisit quelques porcelaines, et les brisant avec colère, il s’écria que la guen-c était déclarée, qu’avant trois mois il aurait brisé, comme ces vases fragiles, lu monarchie autrichienne. Dès le lendctnain le traité de Camj)o-Formio fut signé entre la république française et l’empereur d’Allemagne.
La maison d’Autriche renonçait à la Belgique et à la Lombardie, elle reconnaissait la république Cisalpine, formée de la réunion de la Cispadane et de la Transpadane; elle évacuait Mayence, et rcmpcrcur sanctionnait la prise de possession des provinces Rhénanes.
En compensation, Bona|>arte livrait aux impériaux Venise même et les états vénitiens, à partir de l’Adigc; enfin l’on stipulait que les différends avec l’empire feraient l’objet d’un congrès qui devait se réunir à Rastadt.
Jamais, dans les temps modernes, on n’avait conquis une aussi glorieuse paix. La France l’accueillit avec ivresse, et le directoire ne se sentit point la force de refuser sa ratification au général qui n’avait pas plus hésité à se mettre au-dessus de scs ordres diplomatiques que de scs plans de campagne.
Le continent était désarmé, mais on avait fait d’inutiles tentatives pour traiter avec le cabinet britannique. Depuis la malencontreuse campagne du duc d’York, scs troupes de terre n’avaient point reparu dans les rangs de la coalition. Cependant la supériorité toujours croissante de sa marine lui avait permis de se transporter partout ou elle pouvait porter à la France quelque funeste blessure. Les principaux établissemens de l’Inde et des Antilles succombèrent sous scs coups, et le commerce anglais, en s’enrichissant de nos pertes, put offrir au gouvernement d’immenses capitaux pour continuer la guerre et soudoyer de nouveaux ennemis.
La révolution n’était donc point eu sûreté, à moins d'avoir mis l’Angleterre hors de combat , et d’avoir préparé en même temps , contre les trois puissances du nord, une diversion permanente propre à leur ôter la tentation de courir aux armes.
Le directoire entra pleinement dans ces vues. C’est, au reste, un des phénomènes les plus remarquables d’une grande révolution, que l'aptitude des hommes qu’elle produit à s’approprier les traditions qui, pendant une longue suite d’années, ont contribué à la gloire et à la prospérité nationales. Comme à ces époques les évènemens prennent un caractère
gigantesque, il arrive qu’on un court espace de temps, on volt s’accomplir des faits qui eussent épuisé les efforts de plusieurs générations.
Depuis le règne de François I", la France, long-temps aux prises avec la maison d’Autriche, était parvenue, au moyen de ses alliances avec l’einpire ottoman, les princes protestons du nord de l’Allemagne et le roi de Sardaigne, à s’attribuer les profits de cette longue lutte; Richelieu, l/juis XIV, Louis XV lui-même avaient successivement rapproché do sa dernière limite la frontière si indécise du nord et de l’est; l’Espagne et Naples, gouvernées par des Bourbons, avaient été soustraites à l’influence de Vienne; enfin, vers le milieu du xviir siècle, de part et d’autre, on avait abandonné les anciennes maximes, et un rapprochement s’était opéré entre la cour de Versailles et le cabinet aulique.
(Cependant l’état de dégradation de son gouvernement fit tourner contre la France cette dernière combinaison. Tandis que la vieille monarchie s’éteignait au sein d’une ignoble mollesse, l’Autriche, la Prusse, la Russie s’agrandirent aux dépens de la Pologne et de la Turquie. Leur ascendant s’étendit sur l'Europe entière, et lorsqu’elles se décidèrent à opposer la force des armes aux réformes politiques, la révolution se présenta sur le champ de bataille sans alliés ; mais elle sut s’en passer; les armées de la république eurent bientôt effacé les traces de l’incapacité des derniers rois. Les princes allemands et ritalie manquaient à ses drapeaux; r.Allcmagne jusqu’au Rhin fut conquise; la Lombardie, les J.égalions érigeas en république neutralisèrent le Piémont et le midi de la Péninsule. Le traité de Campo-Formio consacra ces grands résultats, mais ils ne suffisaient pas; on voulait encore tout à-la-fois chercher l’Angleterre et prendre position contre le continent. Ix; renversement du gouvernement pontifical , l’invasion de la Suisse, les expéditions d’Irlande et d’Egypte, la guerre de Naples, furent les constVjucnccs de celte politique qui donna lieu à la sccoudc coalition.
Après le traité de Tolcntino, le directoire envoya à Rome, en qualité d’ambassadeur, le frère aîné de Bonaparte, Joseph, dont la pré.scnce fut le signal d’un redoublement d’intrigues en sens opjmséa. Ix: sacré collège, irrité à la vue du drapeau républicain, sollicita le souverain pontife de rompre encore une fois; d’un autre côté, les patriotes s’agitèrent, comptant, pour conquérir leur liberté, sur l’appui des Français.
Une iiisuiTcction , dont la police romaine eut le secret, cl dont elle résolut de profiter pour tourner contre la légation le fanatisme de la populace, éclata le a'j décembre. Les conjurés arborèrent la cocarde tricolore, mais on s’attendait à leur mouvement, et les mesures étalent prises pour le réprimer. Quclqucs-uus d’entre eux cherchèrent un refuge au palais de Joseph ; on les poursuivit, on Ot feu daus scs cours. L'am-
ICÛ CUERRES DE L\ RÉVOLUTION,
hassadcur sortit pour s’interposer, pour faire cesser le combat; mais les soldats du pape entourèrent et massacrèrent le général Dupliot qui l’accompagnait , puis la fusillade s’engagea de plus belle. Dès le soir, Joseph demanda ses passeports, deux jours après il quitta Rome pour se rendre à Florence.
I.C directoii'c lie laissa pas échapper l’occasion de révolutionner les Etats-Romains. Il détacha de la Cisalpine iS,ooo hommes sous le générai en chef Rorthier et lui donna l’ordre de marcher sur la capitale. Rerthier prit la route d’Âncônc et parvint sans obstacles sous les murs de Rome; il mit garnison dans le château Saint-Ange, sans que les troupes pontificales songeassent à se défendre. Sa présence fut le signal de rétablissement de la république romaine qui se modela sur les républiijucs démocratiques que le traité de Campo-Formio avait reconnues.
AFFAIRKS DE SÜISSE.
îniurrcctioD des Vaudois (décembre 1797). — intorveution des FriiM^aU (mars 1799).— 'Prise de Ben)c(i5 nuirs). — Coostitution hdvcliqtie (lui ijgS).
L’égalité cherchait partout à s’étendre, le privilège avait disparu d’une partie des états vénitiens, de Gênes, du patrimoine de saint Pierre. Mais les institutions aristocratiques de la Suisse étaient restées intactes, et si la neutralité douteuse du sénat de Borne avait fermé sou territoire aux opérations de la guerre , elle avait laissé un vaste champ aux menées contrc révolutionnaircs. I.c directoire réagit sur lui en excitant les passions populaires, en leur prêtant l'appui de deux divisions ti-
récsdcs années du Rhin et d'Italie. La dernière s’étnut rapprochée de Genève, les Vaudois s’insurgèrent. Soumis aux cantons de Fribourg et de Berne , ils avaient jusque alors été privés de droits politiques et ils saisissaient, avec ardeur, l'occasion de les conqncrir. Le sénat, ayant levé ses milices, les porta sur Lausanne. Mais la division française (10,000) entra dans le pays de Vaud et les Suisses se retirèrent devant elle. Bientôt la révolution s’étendit : Berne fut réduit à courir les chances de la guerre. Brune vint prendre le commandement de l’armée (i5 à 20,000) qu’il fit avancer par Solcure et Fribourg. Le général suisse d’Erlach ne désespéra point d’arrêter ces deux colonnes qui, n’ayant aucune communication entre elles, eussent pu se briser contre des positions célè’nrcs; mais il commandait à des milices indisciplinées; elles ne tinrent nulle part ; elles se crurent trahies; elles laissèrent picndre Berne, tuèrent leur général et se dispersèrent.
Maîtres de Berne, les Français dressèrent le plan d’une constitution analogue à la leur et la proposèi'cnt à l'acceptation delà Suisse. T.’Ohcrland, les cantons de Schwita, Uri, Underwald, Zuget Glaris cherchèrent à la repousser les armes à la main. Battus dans toutes les rencontres, ils cédèrent, et sans attendre leur adhésion l'on proclama lu républitptc helvétique.