SOS
CVMPAGNE DE 1799.
Un 8Î cruel échec ulcéra Jourdan : c’étail pour la seconde fois que par la stricte exécution de plans qu’on lui avait imposés, il ccunpromettait sa gloire si justement acquise à Fleurus,à VValtignies,à Aldeahoven. Après avoir ramené sur le Rhin les débris de son armée , il se démit du commandement et partit pour Paris. A la même époque, Remadotte mécontent de l’organisation de l’armée de réserve, quitta son poste. Toutes les troupes passèrent sous les ordres de Masseua.
OPtRATIOXS EX ITALIE.
Canbats d« Paslriogo (>6 nan). — ne Polo — Bataille de Mafaaiio (3 avril). — Balaille de Cassano(i7 avril). — Combat de Buasigeano (ii mai).— Retraite de Moreau dans la rivière de Gênes (mai).
Dès le début , on était arrêté nn Allemagne et l’on n’avait plus en Italie le grand capitaine qni , dans la campagne précédente, avait su se passer (le la coopération des autres armées. On avait mis en oubli scs enseignemens , et c’est surtout de ce côté t[uc les combinaisons arrêtées par le Directoire curent des consétjucnces déplorables. Avec 80,000 hommes, on ne parut nulle part supérieur en nombre; on laissa l’ascendant aux impériaux. Macdonald détaché à Naples, une division en Toscane, Dessol les perdu dans les rochers de l'Engaddine, ne furent d’aucun poids dans la b.ilance qui pencha sans hésitation en faveur de l’ennemi.
Schercr réduit à 33, 000 hommes , avait ordre de forcer la ligne de i’Adige, qui était alors tournée contre lui. Kray la défendait avec 36,000
hoimnes occupant Vérone et liCguago', il couvrait par un camp retranché à Pastrigo les célèbres positions de Rivoli.
Comme Jourdan , Sclierer avait subordonné son attaque au succès de Masscna. Lorsqu’il sut l'action engagée sur les Hautes-Alpes, il lit scs apprêts. Son but était d’ouvrir les routes du Tyrol, déporter à Trente la division Serurier pour y rallier Dessolles , de prendre en flanc et ù revers le cours de l’Adige et de forcer les Autrichiens à l’abandonner. 11 devait donc avant tout enlever les redoutes de Pastringo et les ponts de Polo , qui les liaient à la rive gauche du fleuve.
Son armée était composée de six divisions; il en prit trois et, au moyen de vives démonstrations contre Vérone et Legnago, il tint l’ennemi en échec. Pendant ce temps, Moreau avec le reste de la troupe, poussa un camp et l’emporta après trois heures du combat le plus ardent. 4ooo morts, 5ooo prisonniers, des canons, des drapeaux, furent le fruit de cette glorieuse journée.
Mais l’armée d’Helvétie étant contenue à l’entrée du Yoralbcrg , Dessollcs n’avait pu s’avancer dans le Haut-Tyrol et toutes les dispositions de Scherer poitaient à faux. Ce général sc ré-signa néanmoins ; il savait que les Russes, qu’un renfort d’impériaux, accouraient à marches forcées. Il voulut les prévenir; il reprit son attaque en la combinant de manière à envelopper Vérone.
Avec scs trois divisions en colonne sen*ée, il se disposa à passer l’Adige entre Vérone et Legnano, et il ordonna à Moreau de déboucher par les ponts de Polo et de porter les premiers coups. Serurier ouvrit de ce côté la marche, depuis trois ans il n’avait point quitté l’Adige. Scs vieilles troupes étaient familiarisées avec ce champ de bataille. Elles abordèrent les Autrichiens avec leur valeur accoutumée , les culbutèrent et s’étendirent jusqu’aux montagnes qui bordent la roule de Viccnce. Mais Rray, averti par l’affaire du a6,s’était concentré à Vérone; il fit sortir de la ville trois fortes colonnes, qui tombèrent sur la division française. Avant que Scherer eût ouvert le feu et que Moreau fût en mesure de le soutenir, elle fut repoussée jusqu’aux ponts. On se pressa trop de les détruire, et la queue de la colonne, forte de i5oo hommes, fut enlevée par l’ennemi.
JjC lendemain de cet échec, le général en chef, ayant rappelé Moreau, rangea toute l'armée de Villafranca à l’Adige, dans le dessein de forcer le ]>assagc en st; ruant en masse sur un seul point, (lependant, les Autrichiens, euhardis par leur succès, débordant par Polo et Vérone, sc déployèrent jusqu’.à Pcscheira avec l’intention de prendre l’offensive.
Ixur but paraissant être de tourner la gauche de l’armée française et de rcnveloppcr entre le Bas-Adige et le Pô, Scherer résolut aussi de livrer bataille.
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aMPAGNE DE 1799. 2fl5
Elle s’engagea avec cette circonstance singulière, que les deux généraux firent front en même temps : Kray, pour rompre par le flanc la rolonne qu’il supposait occupée à passer l’Adi^e : Scherer , pour détacher de Vérone les troupes qui eu étaient sorties et les acculer au lac de Garde.
Leurs dispositions se ressentirent de cette analogie entre leurs projets. L’armée française était rangée de manière à peser fortement sur la gauche des impériaux. Les divisions Victor et Grenier s’avancèrent appuyées à l’Adige; celles de Hatry et Montrichard, formant le centre commandé par Moreau, se déployèrent hors du camp de Magnano, liées avec les précédentes par la division Delmas, placée en avant-garde. Serurier resta seul à gauche à la garde de Y illafranca. Les impériaux étaient en ordre inverse. 11 en résulta qu’au premier choc, les deux ailes droites furent victorieuses. Celle de Kray enleva Villafranca. Mais Victor et Grenier obtinrent un succès plus marque; ils mirent l’ennemi en déroute, anéantirent un de ses régimens , et secondés par Moreau, qui de son côté portait de rudes coups, ils parvinrent jusqu’aux glacis de Vérone. Dès-lors le général autrichien fut forcé d’abandonner scs plans offensifs et de s’attacher à contenir Moreau, à tourner, à rejeter dans la plaine lesdeux divisions de la droite. Il y réussit après de longs et sanglans efforts. Pendant qu’une forte colonne masquait Victor, toutes les réserves heurtèrent Grenier et le firent reculer. Elles regagnèrent d’abord le terrain perdu , puis s’adossant à l’Adige elles forcèrent les deux divisions à se replier sur le centre. Kray fit alors reprendre vivement l’attaque sur toute la ligne ; mais Moreau fut victorieux au centre, et Serurier resta enfin maître de Villafranca. La nuit mit fin à ce combat indécis. Les pertes étaient à-peuprès égales. Chaque armée était affaiblie de a à 3ooo morts et de 3 h 4ooo prisonniers , et de part et d’autre on avait manqué son but. Mais la position de l’armée française était la plus désavantageuse, puisqu’à droite elle n’avait plus d’appui. Elle commença sur-le-champ à se retirer; le lendemain, clic prit position sur la Molinella et le surlendemain derrière le Mincio,
Cette défaite mit le comble à l’impopularité et au déco uragement de Scherer. Il n’y avait pas dans l’armée un soldat qui ne connût l’importance de l’Adige et l’on frémissait d’indignation en s’éloignant de ces rives signalées par tant de victoires. Cependant la flottille du lac de Garde fut renfermée dans Pcschicra par les bâtimens ennemis ; les postes de l’Oglio et do la Cbicsc furent repoussés jusqu’à Brescia; enfin, Kray passa le Mincio à Valeggio pour investir Pcschiera. Scherer, débordé par sa gauche, avait deux partis .à prendre: livrer bataille, la droite appuyée au Mincio, au risque de commettre le sort de la Lombardie aux chances de ta journée et de faire retraite au-delà du Pô par Iç pont de Crémone ; ou
GUERRES DE LA RÊVOLimON.
clerg«^; partisans de l’Autriche, les honneurs du triomphe et l’otl s’empressait à l’cnvi de lui offrir des fêtes brillantes. D’ailleurs, son plan d’opérations le retenait au centre de la Lombardie. Celte province était occupée, mais, pour la réduire, on voulait prendre toutes les forteresses de la république cisalpine. On voulait de plus soulever les bailliages italiens ' de la Suisse et les Grisons , afin d’appuyer de ee côté la gauche de l’archiduc. Kray et Klcnau étaient déjà autour do Mantoue, Ferrare et Bologne : on les fit soutenir par Ott qui occupa Plaisance et Parme. On envoya des détachemens à Bcllinzona, sur le Haut-Adda et dans la vallée de rOglio. Enfin on assiégea le château de Milan et Pizzighitone. Ces mesures prises , il restait à peine à Suwarow 4o,ooo hommes qu’il lança , en deux colonnes , à la poursuite de Moreau. La gauche passa le Pô et marcha sur Tortone, où elle s’établit en investissant la citadelle. L’autre gagna directement Valence.
Après quelques alertes données soit sur le Pô, soit sur le Tanaro, pour forcer le général français à sortir de son camp , mais dont il ne fut nullement ému, Suwarow prit le parti de brusquer l’attaque. Il jeta à Busignano une division de '^ooo hommes qui sc mit aussitôt en devoir de couper la ligne de défense en sc rabattant sur Valence. L’occasion était belle de prendre une éclatante revanche du désastre de IjCCco. Grenier et Victor se ruèrent sur les lianes de la colonne russe, la brisèrent, tuèrent son général et, avant quelle eût été suivie ou secondée, la précipitèrent dans le fleuve à demi détruite.
L’ennemi, renonçant à pénétrer de front dans le camp français, manœuvra pour le tourner par la gauche. Le quartier-général fut transporté sous les murs de Turin et l’armée combinée s’échelonna sur la rive droite du Pô. Moreau, forcé de prendre un parti, tenta d’abord de s’ouvrir la route de Gênes; mais, après une forte reconnaissance poussée dans la plaine dcMarengo, jugeant le succès incertain, il évacua sa position qui n’clait plus tenable pour sc replier sur la crête des montagnes. La gauche traversa Asti, escorta des convois jusqu’au col de Fenestrclla et s’établit près de Coni ; le centre gagna Ceva qui s’insurgea et lui ferma ses portes; il tourna cette ville et l’investit. La droite remonta par Acqui sur Carcare.
Cette belle retraite déjoua les projets de Suwarow; elle fut suivie de dispositions non moins habiles. Macdonald arrivait en Toscane et Pérignon avait été envoyé de l’intérieur à Gênes. Moreau prit cette dernière ville pour pivot de scs mouvemens, il y concentra le gros de ses forces; les avant-postes occupèrent la Boclietta et Gavi. Victor, après avoir chassé de Pontremoli l’avant-garde de Ott , s’y arrêta pour tendre la main à l'armée de Haplcs, Enfin Moreau revint de sa personne à Coni, où il
(raasporta le quartier-général, feignant de renoncer à l’offensive et de ne plus s’occuper que de défendre les cols des Alpes et de l’Apennin.
Suwarof, le ci’oyant hors d’état de rien entreprendre, |mit le siège devant Turin et Alexandrie. Le projet de Moreau était d’entretenir son illusion et de profiter de son éloignement pour déboucher de Novi, dans le même temps que Macdonald , Victor et Mont richard réunis forceraient les torrens de la Nura, de la Trcbbia et du Tidone de manière à le rejoindre par la route de Plaisance en balayant tout ce qui tentoiait de leur faire obstacle.
OPÉBATIOAS EK HELVÊTIE.
d« Kiuden (3o avril). — Révolte des JOrisoDs (i" mai). — Evscustion de Zemett (< mai). — Prise de Lucieuleig (14 mai). — Combat rar ta Liiuth(i6 juio).
Tandis que l’on perdait si rapidement la rive gauche du Pô , Massena disputait vivement en Suisse les lignes de défense. Les désastres de Schercr et le rappel de Desselles avaient découvert sa droite, et c’était précisément de ce côté que les impériaux portaient leur effort pour pénétrer en France par les routes du midi. Massena , chargé de leur faire face, eut à remplir une mission grande et périlleuse. Organiser les troupes battues àStockach, celles que Bernadette venait d’abandonner, approvisionner les places, assurer les différens services et défendre avec 70 ii 80,000 hommes le vaste cours du Bhin depuis ses sources jusqu’au confluent du Ncckar, telle fut la tâche qu’il accomplit avec l’ardeur et la sagacité dont il avait donné tant de preuves sur de moindres théâli’c-!.
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Après avoir arrêté uoe suite de démoastrnlions vers Mannliciin, Kchi et Bâle afiu d'attirer toute l’attention de rarciiiduc ; après s’ètrc assure des dispositions de ScluifTliouse , Stein, G>nstancc et Rlicineck ; après avoir ordonné à Lecourbe (8000 hommes) de disputer pied à pied la vallée de riuu; à Mcnard (7400 hommes) celle du Rhin et à Thureau le Siinplon, il se porta d’abord à Saint-Gall , puis à Zurich avec 6600 hommes, prêt à marcher au secours des points <{ui seraient le plus sérieusement me* nacés.
Ckis dispositions furent secondées par les plans du cabinet aulique qui condamnèrent l’archiduc à rester dans l'inaction autour do Stockadi, en attendant l’arrivée de Korsakof et le résultat des opérations dans l’Eiigadinc et les Grisons.
Hotzc et Bcllcgardc pe.sèrent donc seuls sur l’armée d’ilclvétie : le premier avait pour but de déblayer la vallée du Ilaut-Rbin , l’autre celle de rinn. Séparés par le massif des Alpes Rhétiennes, ils ne pouvaient concerter leurs attaques à moins de se rendre entièrement nnîtres du cours de l’Ill, de la I.anquart et de l’Albula par ou l’on descend de l'Eiigadinc dans le Vorarlberg et les Grisons. Mais par la possession des postes de Nauders, 'de Finstcrmünz et Zcrnot*, Lecourbe interceptait les communications à l’égard de Bellegarde, et Ménard, appuyé sur le fort de I,uciensteig, interdisait à Hotze le passage de la Lanquart.
Le premier soin des généraux ennemis devait donc être de faire reculer Ijccourbc et c’clait à Bcllcgardc de l’aborder. La lutte entre ces deux nobles adversaires, engagée dans des gorges affreuses, sur des rochers réputés jinaccessiblcs , sur des sentiers couverts de glace jusque alors à peine frckjuentés par de hardis chasseurs , tint en suspens , durant un mois , deux grandes armées. Lecourbe était surtout doué du talent prevpre à cette guerre de montagnes et il y déploya une admirable ténacité. Menacé sur son flanc droit parles postes de Suwarof, il fut forcé de détacher dans la vallée de l’Adda la brigade Loison. L’ennemi s’en prévalut et après de longs et sanglans efforts, Bellegarde parvûit à s’emparer de Nauders. Puis , à la suite de combats journaliers dont le succès fut alternatif, il périma jusqu’à Zernetz.
On arrivait sur un terrain brûlant. Ijes Grisons, les petits cantons nourris.saient contre l’urinéc française une haine profonde ; à l'apprucbc des impériaux ils coururent aux armes, et tandis que Bellegarde tentait vainement d'enlever Zernetz, Ilotze s’appuyant sur l’iusurrcctiou qui é-clatait derrière Mcnard, se porta contre Luciensteig. Cependant des milliers de paysans armés surgirent des vallous de l’Oberland ,se répandirent du Saiut-Gothaixl a l’Albula , aux lacs de Schwitz, de Lucerne et s’emparèrent de Rciclieuau.
Ces mouvemens tendaient à enlever toute la droite de M.lssenu, niais les généraux français mesurèrent la vigueur de leurs coups à la grandciu^ du péril. Menard courût à Rciclicnau , prit , sabra ou dispersa 6000 in-< surges qui s’y étaient postes; Soult balaya les rives des lacs et la valled d'Urseren. Eniiii la garnison de Luciensteig accueillit avec un feu terrible les colonnes de Hotze , les culbuta, les poursuivit dans les défilés qu’ellea avaient tcinéraircmeut frauebis et leur tit un grand nombre de pii* soniiiers.
Cependant les corps, dont Suwarof avait disposé pour envahir les bailliages italiens, pénétrant de la vallée de l’Oglio dans celle de l’Adda, prcssèient Loison et le forcèrent de so replier à Spliigcn. Ce n’était pas tout: d’auti-cs détacbemciis arrivés «à Bcllinzona se préparèrent à sc lieraux premiers, à marcher sur l’Albula et à fermer à I.ccourbeles issues do l’Engadiiic. Ce dernier général sentit la nécessité d’évâcucr la position^ de /ornetz qu’il avait rendue inexpugnable; il gagna rapidement Tusis^ rallia Loison et enleva Bellinzona, mais des renforts survenant le re-< foulèrent jusqu’au Saint-Gotbard.
La droite de Menard était découverte et Bcllegardc pouvait désormais opérer de concert avec Hotze. Ces deux généraux se réunirent pour enlever le cours du Iliiin; le premier descendit par la vallée de l’AIbula au centre des Grisons, l’autre ramena scs troupes à l’assaut de faieiensfcig.
Cette fois leur succès fut complet. Hotze entoura le fort comme Massena l’avait fait en couronnant les roehers qui le dominent, puis il emporta vaillamment les rctranehemens. Menard, privé de son point d'appui, coupé par le mouvement de Bellegarde, repassa le llbin au-dessus et au dessous de l’Albula; partie de sa division gagna Wallenstadt, partie remontant jusqu’à Dissentis sc jeta dans les rangs de Lccourbc.
L’ascendant était acquis aux impériaux. Bcllegardc poursuivit cette dernière colonne, lui enleva dans Reiebenau son arrière-garde, forte de /|Oo hommes, prit position sur le Saint-Gotbard et replia Lccourbc audelà du pont du Diable. Hotze porta sur Wallenstadt le corps qui venait d’enlever Luciensteig et lit passer de Rbcineck à Saint-Gall le reste de son année. C’était le moment que l’archiduc attendait pour entrer en Suisse. Il força le passage à Schaffliouse et prit poste sur la Tbur de manière à opérer sa jonction avec son Ueutcnanl. La ligne duRbin était perdue; Massena tenta de la ressaisir en s’opposant à la réunion des deux généraux ennemis; il manœuvra Ini-inêmc sur la Thiir, culbuta à Angelfingen l’avaïU-garde de l’archiduc, et à Frauenfeld celle de Hotze, mais il ne put franchir la rivière et, son but étant manqué, il sc replia, toujours en comlwltant, d’abord sur laGlalt, puis eiiGn, dans le camp rctrandié qu’il avait fait élever ca avant de la Limatb.
là. ■
Contraint d’abandonner la grande barrière du Rhin au-dessus du confluent del’Aar, menacé du côté de Wallenstadt, il renonça aussi à la Linth et resserra sa ligne sur les hauteurs de la Limath , Zurich , le mont Âlbis, laSihl, les lacs deZug, de Lucerne et la Haute-Reuss. Bellegarde avait cherché à en déloger Lecourbe , mais comme il venait de se faire battre, il reçut l’ordre de rejoindre l’armée d'Italie. Il descendit le Saint-Golbard, le Simplon , laissa à Domo-d’OssoIa un détachement pour faire face à la division Turreau qui se replia dans le Valais; puis, traversant Milan I alla prendre position sur la Bormida. Malgré son départ, Massena perdit encore du terrain; attaqué dans les retranchemens de la Limath il repoussa victorieusement les impériaux , mais l’engagement fut assez vif pour lui faire craindre d’étre rompu , une rivière à dos, et il se transporta sur l’autre rive ou il s’établit fortement sur le mont Âlbis en donnant ordre d’évacuer la Haute-Reuss pour se poster autour du lac de Ziig. L’archiduc, après avoir tâté ces positions nouvelles , renonça à les enlever.
8DITB DES OPéBATTOaS EX ITALIE.
Btiiiltedel* Trebbû (17, 18, tg joio). — Pria» de Niptes (19). — BaUille de Rotri (iS lodl).— MoutemenI de Chaaipiooiiel (10 aodl). — Combat derant Rome (11, ai (eptembre).— CapilulitioB (19). — Balaillede FoaHiio(4 novembre).— Prise de Coni par les Autriebiens (4 décembre).
Suwarof avait besoin du renfort que lui amenait Bellegarde. Il s’était encore disséminé pour assiéger les places du Piémont; pour remonter les cols de Fenestrelles , du mont Cenis , du petit Saint-Bernard , faire briller
les lances des Cosaques sur la frontière française et retenir dans le Dauphiné les troupes qui eussent rejoint Moreau. Avec ce qui lui restait d’hommes disponibles, il bloquait la citadelle de Turin et faisait glisser des détachemens autour de Ceva et Mondovi , comme s'il eût eu dessein de tourner par la droite la position de Coni.
Il pensait ainsi attacher Moreau au col de Tende , et il comptait sur fiellegarde pour achever de couper la retraite de Macdonald , lorsque les nouvelles qu’il reçut de ce côté changèrent tous ses plans.
L’armée française ayant évacué Naples après les désastres de l’Adige, avait rapidement parcouru toute la longueur de l’Italie. L’ennemi, pour la rejeter sur le revers méridional de l’Apennin, avait échelonné sur la route : Klenau à Ferrarc et Modène; Ott à Parme, Plaisance et Pontremoli; Mêlas, puis Bellegarde dans la plaine de Marengo. On ne doutait point qu’elle ne se décidât à suivre la chaussée de la Spezzia, pour se rendre directement à Gênes, lorsque Suwarof apprit que loin d’éviter le combat elle débouchait en deux colonnes par Modène et Pontremoli; qu’elle avait replié Klenau sur Ferrare; que le Mantouan était en alarmes; que Kray avait suspendu les opérations du siège pour se rapprocher du Pô; que Ott était mené battant sur Plaisance; et qu’enfin Moreau ayant porté sa gauche sur son centre, paraissait prêt à descendre de l'Apennin par Bobbio et la Bochetla.
Ces nouvelles étaient foudroyantes. Suwarof en fut ému; mais il prit sa résolution avec une célérité digne des plus grands éloges. Apr^ avoir masqué la citadelle de Turin et poussé ses détachemens jusqu’à Ormea pour inquiéter Moreau sur sa retraite ( 1 5 juin ), il saisit le gros de ses forces et courut à Alexandrie. Là, il trouva Bellegarde qu’il chargea de surveiller le débouché de Novi ; puis , continuant sa marche rapide et emmenant avec lui Mêlas, il se porta avec environ 3o,ooo hommes sur la Trebbia , décidé à intercepter la route de Plaisance à Gênes et de combler l’intervalle entre Macdonald et Moreau.
Il était temps ; Macdonald avait ramené du fond de la Péninsule les divisions Rusca , Watrin, Olivier, et la brave légion polonaise de Dombrowskl; en Toscane, il s’était renforcé de Montrichard et de Victor. Cette masse de plus de 3o,ooo hommes au sortir de l’Apennin avait tout culbuté devant elle, et pour assurer sa jonction avec Moreau, elle n’avait plus qu’à s'affermir sur les torrens de la Trebbia et du Tidone qui couvrent le chemin de Gênes à Plaisance.
Le premier était déjà forcé; Oit en voulant disputer le second, se faisait écraser par la tête de colonne, lorsque l’avant-garde de Suwarof intervenant rétablit le combat et replia les Français en désordre jusqu’à la Trebbia. Le feld-maréchal crut profiter de la première surprise, pour
enlever le passage Ju ravin et rompre les troupes qui avaient recueilli Rîs fuyards; mais il fut contenu par une vive canonnade, et à la nuit il rc.> vint près du Tidone.
Cependant Macdonald ayaut deviné sa présence, comprit <ju’il s’agis* sait de livrer bataille; et eoinnie il s’attendait à voir Moreau déboucher de Bobbio, au lieu de reculer jusqu’à la Nura où sc trouvaient encore trois do ■CS divisions, il leur donna l’ordre d’accoui ir sur la Trebbia où il était résolu de tenter le sort des amies.
De son côté , Suwarof fit ses dispositions d’attaque : chaque instant était précieux. Moreau pouvait paraître sur le sommet de l’Apennin, par son apparition rendre le combat impossible et conquérir sans bmler une amorce la rive droite du Pô. Dès l’aube du jour, un rideau de tirailleurs sc répandit sur toute la ligne; les Français ripostèrent et l’on continua jusqu’au ■oir un feu meurtrier. Pendant ce temps, les Russes qui avaient marché toute la nuit arrivèrent successivement, et après quelques momens de repos, ils sc formèrent en quatre colonnes. Macdonald aussi reçut ses renforts et fit passer sa gauche à Rivalta. Ce village, situé à l’intcrscction du la route de Gênes et de la Trebbia , était la clef du champ de bataille ; sa possession livrait l’entrée du défilé de Bobbio, par où les deux armées françaises devaient sc réunir. Aussi le général russe voyant son adversaire l’occuper, y porta son effort. Après un choc terrible et sanglant, il le replia au-delà du torrent, mais il n’essaya pas de le déborder, on sc borna de part et d’autre à sc canonner de l’une à l’autre rive, et l’on remit au lendemain les mouvemens décisifs.
Après une lutte dé deux jours, Macdonald ne pouvait plus douter do la coopération de Moreau. Le projet de leur jonction avait été arrêté entre eux ; mais par une négligence inexcusable, ils avaient laissé du vague dans les détails de l’exécution, lis avaient eu surtout le tort de ne point confier à une seule tête la direction d’une affaire où le sort de la campagne était en jeu. La perle de la bataille, celle de l'Italie, furent le résultat de ce déplorable défaut de concert.
Lorsque enfin «lans la matinée du troisième jour le feu s’ouvrit sur tous les points, Moreau négligeant le vrai point d’attaque, ne fit à sa droite qu’un faible détachement , et marchant .sur Tortonc il culbuta Bellegardc et le refoula au-delà de la Bormida. Pendant qu’il obtenait ce succès insignifiant, Macdonald renouvela lémérnii cincnt l’attaque. Les alliés étaient rangés depuis Rivalta jusqu’au Pô, les avant-postes sur la rive gauche de la Trebbia. I.»a fatigue mutuelle avait retardé le signal du combat.
A midi , les colonnes républicaines ayant replié les avant-gardes ennemies, sc jetèrent vaillamment dans le torrent, franchirent en l)on ordre ses bords cscaipés malgré le feu d’une nombreuse artillerie, poussèrent
Oigitized
MACDWALD ^ ELieitiie-Jacqucs-Jost’ph-Alexandre),
Me 4 Saorerre le 17 ouvetnbre 17Ü5. — Duc de rdrcoce. — MarécLal de France.
Bataille de la Trebbia.
aux batteries , s'en emparèrent et firent plier toute l'infanterie. Bientôt, la ligue entière fut engagée; Dombrowski s’était formé le premier dans la position capitale de Bivalta. Suwarof, décidé à ne point lai.sscr aux Français do point d’appui sur les montagnes , envoya des renforts à sa droite et donna prise sur le centre.
Scs adversaires étaient trop habiles pour ne point profiter du moment. Yictor et Rusca, qui défilaient à la suite de Dombrowski, se rabattirent et pénétrèrent dans le terrain que les Russes venaient de dégarnir. Enfin, Montriebard et Wati in, séparés par la chaussée de Plaisance, s’avancèrent victorieux. Si, dans ce moment, le canon de Moreau se fût fait entendre sur la Haute-Trebbia, c’en était fait de l’armée alliée; mais le détachement dont il avait disposé ne dépassa point Bobbio, et la chance ne tarda pas à tourner en faveur do Suwarof. Ce général , en mf-mc temps qu’il courait à Dombrowski, fit envelopper Victor qui gagnait le plus sur son terrain, et Mêlas lança contre Montriebard ses réserves de cavalerie qui le mirent en désordre. Ces deux attaques firent au milieu de la ligne de Macdonald une large trouée, dans laquelle l’infanterie russe se forma en masse et s’avança avec une force irrésistible. De ce moment, il fut impossible de ramener la victoire , et après une suite d’engagemens où le carnage fut horrible, les Français furent rejetés au-delà du fatal torrent.
Ces trois journées coûtèrent à Macdonald 8 à gooo hommes. La plupait de ses généraux étaient blessés ; il dut, non sans un cruel regret , renoncer à une quatrième bataille , et , au milieu de la nuit il battit en retraite par la route de Parme; puis, il se jeta par sa gauche dans les gorges de l’Apennin. Suwarof retenu par la défaite de Bellegarde, se vit contraint de laisser échapper scs glorieux débris.
jonction des deux armées françaises ne pouvait plus s’opérer que par le versant maritime des montagnes. Pendant que Ott et Klenau poursuivirent Macdonald et l’acculèrent au littoral de la Toscane, d’où il fila sur Gênes, Suwarof força Moreau de repasser la Bochetta : après quot, li*s généraux coalisés continuèrent paisiblement les sièges des forteresses. Mautoue jus([uc-là avait été bloquée par 20,000 hommes; on porta le corps de Kray jusqu’à 4o,ooo hommes, et il ouvrit la tranchée. La citadelle de Turin était à la veille de capituler; celles d’Alexandrie et Tortonc tenaient bon, Coni était investi. Dans l’Italie méridionale, les châteaux de Ferrare et de Bologne étaient intacts. Ancône commençait à soutenir un glorieux siège. A Rome, la république était encore debout; mais elfe succombait à Naples.
Au début des hostilités, les Anglais jetèrent sur les côtes insoumises de la Calabre un ramas dcTurcs, de Russes, de Siciliens, qui se rangèrent avec les insurgés sous le commandement du cardinal RufFo. En même
temps, les troupes régulières de la Sicile prirent terre à Castellamare, dans le golfe de Naples. Un mois après, Macdonald, oblige de battre en retraite, laissa garnison dans les chàteau.'c de la capitale, à Gaète et à Pescara. Les bandes de RufTo ne tardèrent pas à investir Naples, où s’étaient réfugiés tous les partisans de la révolution. Cette petite troupe se défendit en désespérée jusqu’à l’arrivée des corps réguliers. Avec eux , on consentit à parlementer et l’on convint que la garni.son et les Napolitains seraient transportés en France. Déjà l’embarquement s’effectuait, lorsque Nelson refusa, au nom de l’Angleterre, de ratifier la capitulation et donna l’ordre de retenir prisonniers les sujets du roi Ferdinand. On vit alors des scènes sanglantes , auxquelles les plus funestes excès de la révolution ne peuvent être comparés. On vit le vainqueur d’Abouqir s’ériger en juge des principaux fondateurs de la république, les condamner et présider à leur exécution. On vit la foule de leurs adliérens périr sous la mitraille ou sous le poignard des soldats de Ruffo.
Il semblait qu’on fût ramené aux crises de 1793. La Suisse envahie, Massena réduit à se défendre , l’Italie perdue, la Hollande menacée d’une descente, dont le succès pouvait entraîner la Prusse. C’étaient des coups accablans qui mettaient en question l’existcncede la nipublique. Les conseils en furent ébranlés, et il y eut dans la direction des affaires une révolution dans le sens démocratique. On Et de nouvelles levées, on rassembla a5,ooo hommes sur les côtes de la Belgique, on réorgani.sn autour de Mayence l’armée de réserve, sous le nom d’année d’Allemagne; on résolut de la porter à 60,000 hommes et de la confier à Moreau; l’on envoya Championnet en Dauphiné prendre le commandement de ao à a5,ooo hommes, avec ordre de descendre en Piémont; enfin, on plaça à la tète des débris de Cassauo et de la Trebbia , forts de 4^>ooo hommes, Joubert, ce brillant lieutenant de Bonaparte , qui s’était si rapidement élevé durant la grande campagne d’Italie; ou lui donna la mission de faire lever les sièges de Tortoiic , d’Alexandrie et de Mantoue.
On voulait, depuis le Neckar jusqu’à la Méditerranée, ressaisir partout l’offensive et déjouer par des victoires les efforts de la diplomatie pour appeler la Prusse aux armes. 11 était beau d’imprimer à toutes les armées un nouvel élan ; mais il eût fallu plus d’activité qu’on n’rn déploya. On laissa près de deux mois s’écouler avant la reprise des hostilités. Pendant ce temps, Mantoue et Alexandrie succombèrent, et le drapeau tricolore ne flotta plus que sur Coni, le château de Tortone et le fort de Gavi. Joubert , à peine arrivé à son poste, apprit au débouché des monts ces funestes nouvelles; il sut que toutes les forces des coalisés devenues disponibles, marchaient contre lui. Son mouvement n’avait plus de but, il eût voulu le suspendre , remettre entre l’armée ennemie et la sienne la
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barrière de l’Apennin; mais il était trop tard, et il fut obligé de chercher un champ de bataille.
On saitquele débouché delà Bocbelta est fermé par le fort de Gavi. Au sortir de cette petite place la route traverse, dam toute sa longueur, uu amphithéâtre de mamelons qui se détache obliquement des moulagiies, entre rOrba et laScrivia. La ville deNovi, entourée d’une vieille enceinte, est bâtie sur l’arête extrême; là le terrain s’affaisse brusquement et l'on entre dans une vaste plaine où s’élèvent Tortone et Alexandrie. Joubert rangea son armée sur cette crête escarpée; la position était excellente : battu, Gavi couvrait sa retraite, vainqueur ou se répandait jusqu’au Pô et l’on dégageait Tortone.
La droite sous Saint-Cyr s’étendit de INovi à la Scrivia, le centre s’établit à gauche de Novi, la gauche s’appuya sur des ravins dont Posturana est entouré. Le général en chef n’espérait pas braver seulement l’effort des coalisés; il songeait même à pousser un détachement ju$t|u’à Tortone pour retenir une partie de leurs forces, lorsque Suwarof donna l’ordre d’engager le combat.
Ce général, étourdi par la rapidité de ses victoires, avait eu la faiblesse de prendre en mépris ses adversaires; confiant d’ailleurs dans sa supériorité numérique (il avait 60,000) Use borna à prescrire à ses lieiitenans d’attaquer , sans arrêter un plan général d’opérations.
Kray , à peine arrivé de Mantouc , avait pris la droite et se trouvait le plus à portée du mamelon du côté de Posturana ; venait ensuite Rosenberg à la tête des Russes marchant droit sur Novi; puis, plus en arrière, Mêlas s’avançant en colonne et côtoyant la Scrivia.
Kray fut le premier en ligne ; Joubert courut à lui et voulant entraîner son infanterie pour le charger et le rompre, il se porta aux premiers rangs où une balle l'atteignit; il mourut sur le coup en s'écriant: en avant nies amis, en avant ! Moreau prit aussitôt sa place et fit exécuter le mouvement; après une longue et sanglante lutte les impériaux furent rejetés dans la plaine.
Après Kray ce fut le tour des Russes qui tentèrent de couronner les hauteurs à droite et à gauche de Novi, mais qui échouèrent en essuyant d’énormes pertes. Suwarof fit ensuite monter ensemble à l’assaut Rosenberg et Kray ; même résolution et même succès de la part des Français. Irrité jusqu’à la fureur, le feld-maréchal , sans songer à manœuvrer, revint à la charge jusqu’au soir et l’on se détruisit de part et d’autre avec un acharnement inouï. La victoire semblait se déclarer pour les républicains, mais Mêlas n’avait pas encore donné. Vers cinq heures sa colonne se déploya contre les flancs d’une armée épuisée. Saint-Cyr n’avait à lui opposer que des forces inférieures, elles plièrent et l’ennemi
!cs «léhordant finit par jeter une division entitre en arrière de leur ligne. Ce fut un iiioincnt bien critique ; toute l’année était engagée, Suwarof pour la première fois prenait pied sur les hauteurs, Kray était parvenu à se loger dans les ravins de Posturaiia , on était pressé sur tous les points et l’on n’avait pas un bataillon en reserve pour rétablir l’écpiilibre. Moreau sentit la nécessité de battre en retraite sous peine d’être tourné et enveloppé. On se mit doncà reculer, mais ce ne fut point sans péril. Mêlas pénétrant à revers jus(iu’à Novi faillit enlever les corps qui l’avaient si vaillaniinent défendu, et, au défilé de Posturana, la division d’arrièregarde fut mise eu déroule. On fit, pour la rallier, de nouveaux et terribles efforts, bcureuseinent l’ennenii était lui-même trop maltraité pour tirer parti de ce désordi-e. Pendant la nuit l’amiée se mit en sûreté endeeà de l’Apennin où elle reprit sa position primitive. I..a journée avait été très meurtrière, les coalisés perdirent i5,ooo hommes et les Français 10,000; ceux-ci se laissèrent en outre enlever dans leur pénible retraite 87 canons et a drapeaux.
Cliarnpionnet descendait , dans le même, moment , les cols de Suze , de Fencstrelles et du petit Saint-Bernard. Il se mit aussitôt à manomvrer sur sa droite dans le dessein de s’appuyer sur la place de Coni et d’opérer sa jonction avec les débris de Joubert qu’il avait ordre de réunir à son commandement. Mais il fut contenu par Mêlas que Suwarof chargea d’investir Coni avec 80,000 impériaux et de s’opposer à la concentration des troupes françaises.
Iâ» république romaine privée de tout secours fut envahie au nord par la division autrichienne de Frœhlich, qui prit position ù Civita-Caslellana, pour s’étendre jusqu’à Civita-Yecchia, et au midi par les troupes napolitaines que leur général Burckard établit sur le Monte Rolondo: clic ne résista point h cette double attaque.
Romcétait défendue par les patriotes soutenus dcquelqucs détachemens français et polonai.», commandes par le général Garnier. Cettepetite troupe, sans retraite, sans moyen de recrutement, n’hésita pas à tenter de s’ouvrir un passage. Kllcattaqua d’abord les Napolitains qui, scion leur usage lâchèrent pied. Le lendemain elle tomba sur Frœhlich, près de Civita-Vecchia et remporta une seconde victoire; ces deux avantages dégageaient la route d’Ancône où la troupe eût pu se renfermer; mais Garnier, plus ému du sort des Romains compromis par la révolution, que de sa propre gloire, aima mieux en tirer parti pour obtenir une honorable capitulation. Les Français et les patriotes furent embarqués à Civila-Vccchia pour être conduits en Provence.
Le drapeau tricolore ne llottait plus qu’à Ancône où commandait Monnier. Ce brave général épuisa pendant six mois (de juin à novembre)
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les efforts de l’cnneini ; lorsqu’il se fut rendu, sa garnison en annes traversa , pour rentrer en Savoie, les cantonnemens des armées impériales qui avaient conquis la I^ombardic.
Cliampionnet, durant le reste de la campagne, essaya vainement do se metlrc en communication avec sa droite <juc Saint-Cyr avait postée autour de Gênes; il ne réussit pas mieux à rompre le blocus de Coni. Mêlas le battit à Savigliano et Fossano, le mit hors d’état de troubler le siège et força la place à capituler. Les impériaux essayèrent ensuite quelques tentatives dans l’enceintc de Gênes et contre Saint-Cyr qui tenait encore la campagne et faisait des excursions dans la plaine d’Alexandrie, mais ils cebouèrent et remirent l’attaque à l’année suivante.
LES niAXÇAIB BEPBEXKENT L’OFrBNSIYE EN HELVÉTIE ET SUR tE BUIN.
Reprise delà Linlh (3i aoiSi). — Du Sainl-Oolliard (aO oclobre). — Blocus de PliilipsIjo;irf;(a7 août). — Plan des coalisés.
Dans le même temps que Joubert et Cliampionnet commencèrent leurs opérations, Massena déploya victorieusement sa droite. Pour favoriser ce mouvement, il fit sur tout le front delaLimatb, de vigoureuses démonstrations pendant lesquelles la division Cbabraii passa la Silil, se glissa entre Ensiedcln et le lac de Zurich et parvint , toujours en poussant les postes de l’ennemi , jusqu’aux bords de la Lintb. En même temps Mo^ litor, avec une poignée de braves, traversa dans toute sa longueur la vallée de la Mutten', enleva l’épée à la main le mont Brakcl et le Klocn-
Thaï et prit position sur la haute Linth. Enfin , Lecourbe, par une suite (le combats glorieux, déblaya le lac de Lucerne, la haute Rcuss, se rendit maître du Saint-Gothard et rouvrit la communication avec Turreau cpie les dctacheoiens de Suwarof avaient refoule dans le bas Valais. Ces succès aggrandirent la ligne française qui eut alors pour appui le Simplon, le Saint-Gothard, la Linth , le lac de Zurich, laLimath et le Rhin.
D’un autre côté, Muller, en attendant l’arrivée de Moreau, poussa audelà du Rhin l’armée d’.AlIemagnc, s’empara de Heidelberg, de Heilbronn et bloqua Philipsbourg.
Massena tenaille nœud de toutes les combinaisons, la sailliedcla Suisse servait d appui aux invasions de la Souabe et de l’Italie. On sentait que l’expédition de Hollande ne produirait aucun fruit , si on laissait les armées françaises reprendre l’offensive en Allemagne et en Piémont. On arrêta le plan d’une vaste manœuvre, dont le but était de contenir les ailes, de rompre et de faire reculer le centre.
Au midi , Mêlas reçut la mission de tenir tête à Championnet. Au nord, l’archiduc quitta la Suisse , afin de porter son centre sur sa droite , de dégager Philipsbourg et de rejeter Muller au-delà du Rhin. Mais, ce fut contre Massena que l’on dirigea l’attaque principale. Korsakof sur les bords de laLimath, Hotze à l’autre pointe du lac de Zurich , Jellachich et Linken à Claris et Engi, devaient le tenir en échec, et Suwarof passer d’Italie en Suisse, pour déboucher sur ses derrières par le Saint-Gothard et la vallée de la Reuss.
A l’entrée en ligne du feld-maréchal, les autres corps avaient ordre d’attaquer simultanément, de se porter concentriquementà sa rencontre en tendant à Schwitz et Lucerne. Ainsi l’armée d’Helvétie, assaillie sur tout son front, eût été poussée pas à pas sur les baïonnettes russes qui se croisaient sur ses lignes de retraite. Ce plan la menaçait d’une entière destruction ; mais il renfermait des vices que Massena saisit avec autant de promptitude que de sagacité. D’abord, on avait substitué à l’archiduc, Korsakof dans un camp devenu défensif, mutation périlleuse; car on invitait l’adversaire à attaquer avant que les nouvelles troupes fussent familiarisées avec leur position. Ensuite , on avait subordonné le succès général à la jonction dans un moment donné des divisions de l’Helvétie avec Suwarof, qui avait à parcourir un terrain hérisse d’obstacles naturels et défendu par des soldats aguerris. C’était la même faute que le directoire avait commise au début de la campagne et qui avait eu des conséquences si désastreuses. Elle ne fut pas moins funeste aux coalisés.
OViB\TIOI«S BBS RUSSES ET PES AKCl-US EN HOLLANDE.
Dâtarqucmenl en Hollande (iS aodl). — Défecliao de la lluUe Inllandaiie (3o). — Atlaque du Zyp (9 ic]itenil>re).-.-Balaille de Bergen (19).— D’Alkmtat (1 octobre] — De Culricnm (6),— Capitu- ' Ittion d'AUuoaar (18).
L’éloignement de l’archiduc était, au reste, indispensable; il eût été impossible de décider entre lui etSuwarofla priorité |du commandement, et l’on avait un puissant intérêt à le rapprocher des provinces Belges , où le débarquement en Hollande causait une vive agitation.
L’expédition si longuement préparée avait enfin mis à la voile. a5 à 3o,ooo hommes des meilleures troupes anglaises, sous les généraux Balph'Albercrombie, Dundas et Pultney; i5 à ao,ooo Russes, conduits par Hermann, Essen et Emmé, composaient l’armée du duc d’York, qui n’avait pas craint de prendre le commandement en chef. Les ressour* ces d’un immense matériel avaient été déployées avec profusion , et la politique avait préparé aux opérations militaires l’appui d’une réaction en faveur des princes d’Orange.
L’époque de la descente était d’ailleurs favorable. Si, aux revers que la république essuyait sans relâche depuis la reprise des hostilités, s’étaient réunis la perte de la Suisse et le soulèvement de la Hollande, suivis d’une attaque à revers contre l’extrême gauche des armées qui défendaient le Rhin , la coalition eût peut-être triomphe.
Après le traité de 179S, la nouvelle république Batave avait mis sur pied deux divisions, d’un effectif d’environ ao,ooo hommes; il était en outre stipulé que le directoire lui fournirait a4,ooo hommes , qu’elle se chargerait d’entretenir. Mais ce corps auxiliaire était loin d’être au complet; il y avait à peine en Hollande 10 à ia,ooo Français, nombre insuf*
fisanl pour paralyser l’élan que les ennemis aUencIaiont du peuple et de l’armée nationale.
La confiance que les orangistes avaient inspirée au gouvernement Britannique relativement au\ dispositions du pays et les intrigues qui travaillaient la flotte, influèrent sur le choix du lieu de débarquement. I>es vaisseaux bataves étaient mouillés au Texel,dont l’accès est défendu par le poste du llelder. L’expédition fut dirigée sur la pointe sablonneuse que termine celte petite place. En même temps, quelques détaclicmcns se montrèrent sur la frontière de l’est pour déployer au milieu de la population le drapeau de la maison déchue.
fies mesures, à les considérer militairement, avaient Icure avantages et leurs inconvéniens. S’il est de règle d’opérer une descente sur une presqu’île , parce que les premières troupes débarquées sont flanquées naturellement, et en se retranchant, donnent au corps de bataille le temps de s’organiser; si, en menaçant plusieurs points de la frontière, on tenait divisées les forces bataves, d’un autre côté, on se divisait soimême en naviguant dans des courans de directions divergentes qui ne perineltaiciit point de se rallier à une époque déterminée, et là où l’on prenait terre ou ne trouvait point d’espace pour se déployer.
La partie septentrionale de la Nord-Hollande est un banc de sable entièrement dégagé de la mer. A mesure qu’on descend au midi, on entre dans une chaîne d’inondations, de lacs et de vastes polders, séparés de l’Océan par une ceinture de dunes, large au plus de deux lieues.
Iæs polders , conquête du temps et de l’industrie sur les eaux , sont des Icirains d’alluvion bas et marécageux, qu’on est parvenu à épuiser et à garantir d’inondations nouvelles au moyen de digues, de larges fossés d’enceinte et de rigoles intérieures qui les divisent en une multitude d’îlots.
La presqu’île est fermée parIcZyp , l’une de ces merveilleuses cultures. A peu de distance, l’inondation du Heer-IIuigcn-Waard, les grands polders du Schcrmer, du Bccinster et du Purmer, forment une barrière qui s’étend à droite jusrpi’au Zuydcrzécet qui se lie par les étangs d’Alkmaar aux golfes de l’Y et à la mer d’IIaarlem. Iæ terrain que quelques escadrons avaient parcouru sur la glace lors de la conquête, est donc d’ordinaire un dédale inextricable susceptible d’être inondé, et présentant à chaque pas des positions presque aussi favorables à une opiniâtre défense que les rochers et les torrens de la Suisse.
I.a division batave de Dacndcls (j à 8000) y était cantonnée , l’autre division, sous les ordres de Dumonccau (G à 7000) , gardait la frontière de l’Est , et les Français, à 'I ui l’on avait donne pour général en chef Brune ,
places où l’on devait supposer que s’cfTcctucrait la descente , surveillaient les bouches de la Meuse.
C'était en effet par la Zeelandeqiie le prince anglais eût dû commencer ses opérations. En s’assurant du cours de la Meuse, il eût séparé l’armée batavedes renforts que le gouveniemcnt français ne pouvait manquer de lui envoyer, en même temps qu'il eût préparé une base assez forte pour donner à la campagne une longue duree.
Quoi qu’il en soit, le premier convoi anglais, sous les ordres d’Albci'crotnbie (17 a 20,000), escorté par l’amiral Mitchell, parut en vue du Heldcr. L’ennemi fit sommer le commandant de ce poste et l’amiral batave, qui refusèrent de se rendre. Comme on se disposait h ouvrir le feu, les vents devenant contraires, rejetèrent les hâlimens au large. Ix gros temps les retint éloignés du rivage pendant cinq jours, et durant ce court intervalle, l’expédition prit déjà couleur. Ix gouvernement batave témoigna d’une grande énergie. 11 ordonna des levées d'hommes. Il mit en mouvement les gardes nationales de l'Est, pour repousser les détachcmens qui s’avancaient sur les hortls de l’Asscl. Enfin, il fit concentrer sur la prewju’îlc toute la division Daendcls.
LcaGaoût, la flotte anglaise mouilla depui.s Kallants-Og jusqu’au IIclder. Soixante bûtimens de gueriT s’embossèrent pour soutenir , du feu de leur artillerie, le débarquement des troupes. I.a tête de colonne prit terre près d’Huisduinen. Daendels lui opposa quelques bataillons ; mais, la canonnade les éloignant, rennemi se forma dans les dunes, dont les inégalités favorisaient les manœuvres. I.c général hollandais le chargea par le flanc droit et réussit d’abord; mais les difficultés du terrain l’arrêtèrent et le forcèrent enfin de céder. Après quinze heures de combat, les .Anglais restèrent maîtres du champ de bataille ; la division batave se retira dans le Zyp , et la garnison du Helder longeant les sables du Zuydcrzée, se mit dans ses rangs. Elle occupa à gauche Petten , à droitele grand Keet jusqu’au rivage, au centre Zand et la digue du Zjq>.
Cr^endant le débarquement continuait. Alberci’omhic prit possession de» routes du Helder, après quoi l’entrée de la rade du Texel étant dégagée, l’amiral Mitclndl y pénétra et refoula la flotte hollandaise dans le chenal au nord de l’ile. Elle se composait de huit vaisseaux et trois frégates. L’amiral Story qui la commandait se préparait à une vive résistance; mais les équipages s’insurgèrent, arborèrent le pavillon de Nassau et laissèrent emmener Ic.s bàtimcns eu Angleterre.
Le Zuyderzée étant ouvert , Daendels pouvait être tourné dans le Zyp ; il l’évacua, échelonna sa gauche derrière le canal d’Alkmaar, établit son centre dans le Schcrmer et sa droite à Avenhom , à l’entrée des défiles qui traversent les grands polders.
Cette position lui permettait d’attendre l’arrivée de Brune et de Du* monceau, qui accouraient à marches forcées. Mais le général anglais, au lieu d’atlaqucr, se forliBa derrière les digues et dans les villages du Zyp, et voulut essayer la |voic des négociations. Il demanda des passeports pour un envoyé , chargé de faire au gouvernement Batave des proposi* tions. Daendels en référa au ministère, et pendant qu’on attendait une réponse négative, les deux autres divisions entrant en ligne donnèrent aux républicains la supériorité du nombre.
Brune n’hésita pas à en proliter avant l’arrivée des derniers convois que contrariaient encore les vents. Il porta son quartier-général à Alkmaar, ville d’où l’on surveille à-la-fois les polders et les dunes, et après avoir organisé l’armée il rapprocha la droite du centre , puis il rangea ses trois divisions en demi-cercle sur trois chaussées qui aboutissent au Zyp. Lorsque chacun fut à son rang, le général en chef donna l’ordre de pousser en avant. Les Français, commandes par Yandamme, marchèrent sur Pelteu et enlevèrent d’élan la digue; puis , foudroyés par le feu de quatre bâtimens embossés près du rivage, ils furent contraints de lâcher prise et de rentrer dans leurs positions. Le centre , sous Dumonccau , pénétra dans le village de Krabendam; mais en se déployant, une partie de la division se fit écraser, et laissant la colonne principale aux mains avec tout le centre anglais, elle entraîna sa déroute. Tout plia et Daendels, ébranlé, vida le champ de bataille dans le plus grand désordre.
Après cet échec , Brune ne songea plus qu’à attendre le choc des vainqueurs, il couvrit son front de coupures, de rctranchcmens; il jeta des ponts sur les canaux pour assurer la libre communication entre les ailes et le centre; enfin , il pressa la marche des renforts que les gouveruemens français et batave avaient promis.
De son côté, le général anglais se contenta d’étendre sa gauche jusqu’à Medenblick, dont la flotte s’était emparé. Il attendait pour sortir du Zyp, le débarquement du reste de l’armée. Bientôt Hermann et Essen amenèrent au Helder j 3,ooo Russes et le duc d’York 4000 Anglais. Albercrombie s’efforça dès-lors d’élargir le débouché de son centre; mais Brune l’attaqua et le resserra dans sa position (i4)-
Cependant le prince anglais, fort de 35 à 4o,ooo, ne pouvait se résigner plus long-temps à l'inaction. Il se mit en mouvement pour envahir la Nord-Hollande. Après avoir jeté Albercrombie avec 7000 hommes dans ilorii , petit port du Zuiderzëe au-delà des polders, il lança trois colonnes sur les trois digues que couvrait l’armée franco-batave. Son but était de la déborder le long de la mer , de l’acculer aux polders , de la pousser sur le détachement d’Albercrombic et de la prendre entre deux feux.
La droite des coalisés, commandée par llermnnq et Essen, composée
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BKUNE (S. M. A.),
Ni s Brifrs, le i3niars 1763- — Matéeliel Je 3'ren*c
— Mort i Atignoü, le 1 loût l6t5
Bataille d'Alekmaer
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de gooo Russes et de a4oo Anglais, sortit du Zyp, poussa aux retranchcmens de Yandamnie , les enleva et mena battant la division française, depuis Groot jusque aU'delà de Bergen , qu'elle évacua pour se concentrer dans les bois à gauche de la roule. Ce succès , dû à la supériorité du nombre , enivra les généraux russes. Ils crurent seuls saisir la victoire, et prenant Bergen pour appui , ils se déployèrent à-la-fois par leur droite et parleur gauche pour culbuter Vandamine et pour le couper du général en chef.
Dans le même temps , Pullney avait commencé le feu contre Daendels , et le duc d’York, qui devait se lier à sa droite par Schoorldam, ayant trouvé sur ses pas une résistance inattendue, était encore contenu par Dumonceau au-delà du canal d’Âlkmaar.
Il existait donc une large ouverture entre le centre et l’aile droite de l'armé-e ennemie. Grâce à la présomption de Hermann, il y avait dans l’étendue d’un vaste champ de bataille un espace dont l’occupation devait décider du sort de la journée.
Brune y porta son effort avec cette promptitude de coup-d’œil et d’exécution qui enchaînent la fortune. Peu soucieux des progrès de Pultney, il emprunta à Daendels une partie de sa division pour la substituer dans le centre à un fort détachement que Dumonceau rabattit face en arrière en-deçà du canal sur les derrières de Hermann. Puis prenant lui-même les réserves , il les conduisit sur le flanc de la colonne russe.
Ces habiles mesures furent secondées par la vigoureuse résistance de Vandamme. Déjà deux fois il avait jeté le désordre parmi les assaillans, lorsque, reconnaissant que l’on marchait à son secours, il reprit hardiment l’offensive. De son côté, Hennann ouvrit enfin les yeux et s’aperçut qu’il allait être enveloppé ; il fit néanmoins bonne contenance. Se concentrer dans Bergen afin de s’y maintenir jusqu’à ce que York vienne le dégager; détacher sur sa droite dans les dunes, Essen avec une brigade pour arrêter Dumonceau , telles furent ses dispositions qui pouvaient eucore le sauver , mais que déjoua la valeur des troupes républicaines. Dumonceau , appuyant à droite, tourna Essen et le heurta si rudement qu’il le dispersa et fil poursuivre ses débris jusqu’au Zyp. Après quoi il continua son mouvement sur Bergen qui fut alors entouré et attaqué sur tous les points : l’artillerie ennemie fut cnlcvé^e et après un combat opiniâtre, Hermann déposa les armes.
A ce moment, York avait enfin passé le canal à Schoorldam. Son avant-garde , à la recherche des Russes , entra dans SchoorI, lorsque les Français, lancés à la poursuite d’Essen en sortaient par la digue de Groet. U entreprit à son tour de les couper et de rallier sa droite , mais il n’était plus temps. Sa colonne en s’étendant entre SchoorI et les dunes, fut
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rompuo, et lui-même, assailli dans Sclioorldam par les troupes viclorlnuses, fut refoule au-delà de Kraliendam.
De cueôlé, la déroule derennemi était complète. Sa gauelio avait été plus hciircu.se, elle avait chassé de poste en poste Uaondelsjus(|ii’à Saint- Pancras, mais les désastres dos autres colonnes le forcèrent à se replier non sans perte.
Quant à Alborcrombié, qui n’eût été employé qu’on cas du succès, il fut paralysé par la mauvaise issue do la journée. Ses '70t)o hommes qui eussent été d’un si grand poids eu réserve sur le champ dchatuillc, se trouvaient compromis ; il se hâta peudunt la nuit de les ramener sur lu gros de l’année.
Celte belle victoire ranima toutes les espérances. £llo était aussi féconde en résultats que hrillanlo. L’armée d'invasion fut constituée en état de blocus. Pendant qu’elle cherchait à so remcUre du désordiv: de la défaite et du la Inerte du 2 a 6000 hommes, Drunc inonda les grands polders, le Hecr-Huigen-Waard et rendit inujcpugnablu l’espace entre Alkinaar et le Zuydcrzée. l>c théâtre dcsopéralions actives était donc nâtreint à la langue do terre que côtoie la mer et que remplit le labyrintho des dunes. Dès-lors, plus de ces combinaisons iiuprévuos d’où naissent hs grands succès. Toutes les tentatives du général ennemi devaient se borner a faire reculer l’aile gauche de l’année gallo-batave,mais eu gagnant quclques pas, il ne lui était point donné d'élargir le champ de bataille. Brune était toujours a même d’assurer ses flancs, et eùt-ilété plusd’uncfoisbattu, le moment était inévitable où l’arrivée des renforts qu’on lui envoyait de toutes parts devait lui rendre la supériorité du nombre et l’offensive.
L’armée d’invasion avait été vaincue et les tentatives orangistes réprimées. Cependant la dernière division russe (du'général Emmé 4 â 5ooo hoinmes)étant entrée en ligne, le duc d’\ork, oprès quelques hésitations, ortlouna une nouvelle attaque.
La uatui'e des choses et rcxpérieuce du la précédente journée on indiquaient le plan. Alkniaar, situé à l’angle formé par les inondations qui s’étendent à l’est, et les cours d’eau qui descendent au midi, était le centre des opérations de l’année républicaine. Ses approches étaieut couvertes par le canal qui communique avec le Zyp, puisa droite du canal par du nombreuses coupuix's, et a gauche par les hauteurs boisées de Bengcii alors garnies d'une ligne de redoutes. Pour obliger Brune à évacuer Alkmaar, il fallait donc manœuvrer sur son front à travers des obstacles sans tin, ou tourner sa gauebe dans le but d’enlever Bergen. Ce dernier moyen était seul praticable; il fut adopté. York laii<;;a siœ la digue de Saiut-Pancras Pullney pour retenir Daendels; il lit débouclrcr de Krabendam deux colonnes formées des Russes d’Essen (83of)) et des Au-
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glais de Dundas (5ooo) pour enlever ensemble Schoorldam et s’avancer ensuite, les Russes sur Bergen et les Anglais sur Koedyck. £nGa il ori donna à AJbercroinbie (9000) de longer IcVivage de la mer et de marcher droit à Egmond-op-Zée masqué par une brigade de Dundas qu’on déta* clia dcPeltcn pour la montrer sur la digue dcKampa Groet.
Cette combinaison réussit quoique incomplètement. Pultney occupa Daendcls assez sérieusement pour l’empêclier de renforeer à temps la colonne de Dumonceau. Celle-ci, pressée par les Anglais de Dundas, ne put (|uitter la digue de Roedyck. Cependant les troupes françaises menacées à-la-fois à Scboorl et Kamp se rapprochèrent de Dumonceau et se liant avec lui par Schoorldam se concentrèrent entre le village et SchoorI, IA s’engagea une première action qui fut longue et vive. Enfin Schoorldain , attaqué à droite et à gauche du canal et par le feu d’une flottille , tomba au pouvoir de l’ennemi. Dès-lors les Français se retirèrent à Bergen, et Dumonceau auRoedyek, poursuivis pas à pas sur les deux rives du canal. De son côté , Albcicrombie s’avança le long du rivage en repliant quelques faibles détachemens. Vandamme, averti de sa marche, appuya à gauche dans les dunes pour le surveiller.
Cependant Essen arriva dans la position de Bergen qui devait être le prix de la journée. Comme il attendait, pour commander la charge, l’a|>r pui des deux généraux anglais, les Français, remarquant son hésitation, prirent l’initiative. Leur mouvement détermina un déploiement général de la ligne ennemie dont l’effet fut de les n'plierdans leurs rctranchcmens.
Au même moment, l'attention de Vandamme fut attirée par Albercrombic qui dépassait Bergeu. Ces deux adversaires cherchaient encore à se déborder : le combat se soutenait au centre et la droite n’avait pas été engagée à fond, lorsque la nuit survint. Les feux de bivquacs furent allumés sur toute la ligue, mais à minuit Brune fît battre la retraite.
Le front de son armée n’avait plus de continuité. Albcrcrombic et Dundas y pénétraient en saillie. Il préféra reprendre la bataille sur un terrain et dans une position choisis. La droite fila derrière les polders pour s’établir à Purmerend, Edam , Monnikendam, et couvrir les avenues d Amsterdam que les coalisés eussent pu atteindre en tournant le Ilecr- Iluigcn-Waard. Désormais Dacndels se trouvait en dehors du mouvement général, mais cet inconvénient était compensé par la nécessité ou était Icuucmi d’occuper les débouchés de Iloorn et de Schcrmcr-Iloru. I.eg autres divisions firent halle de Wyk-op-Zée à Akersloot , le quartier-général a Bevcrwyk, les avant-postes à Bakkum et Limmcn.
Le duc d’AOrk plaça Pultney eu observation devant Daendcls; luimême prit possession d’.Alkmaar. Albcrcrombic , Essen et Dundas, gardant Icms positions respectives , se portèrent sur le fi-ojit du l’armée
française. Tout faisait pressentir un nouveau choc, mais Brune, ayant j
reçu des renforts , était en mesure de le recevoir. ^
Dundas s’avança en deux colonnes, l’une par Liinmen , l’autre par Akcrsloot; mais cette dernière , ne trouvant point d’espace pour se déployer, ne fut d’aucun poids dans les destinées de la journée. L’autre rut une plus grande importance; elle devait faire sa jonction à Kastriciiin avec Essen (|ui suivait la digue de Bergen. Si celle masse de forces eût pu s’affennir et pousser en avant, le terrain s’élargissant, l’armée gallobatave n’eût plus rencontré d’appui qu’à Beverwyk. Kastricum était donc la clef du champ de bataille; aussi le général français ne négligea rien pour en rester maître. Pour ne point le laisser entourer, il divisa sa gauche en deux colonnes, destinées à opérer offensivement le long du rivage et sur le sommet des dunes. Quant à sa droite, une brigade placée à Uitgeest suffisait à paralyser la gauche de Dundas; une autre brigade occupa Limmen, s’appuyant aux étangs, et le reste de l’armée s’échelonna défensivement sur la digue de Bergen depuis Bakkum jusqu’à Beverwyk.
I.orsquc le feu commença , Dundas enleva Akersloot et Limmen ; sa gauche ne put dépasser Uitgeest, mais sa droite ne tarda pas à communiquer avec Essen qui de son côté avait emporté Bakkum. Ils se disposèrent ensemble à l’attaque de Rastricum. Toutefois le concours d’Albercrombic, qui avait été replié et contenu dans Egmond, leur manquant, l’engagement du centre n’eut point, avec les aulrcs scènes de la bataille, la liaison qui l’eût rendu décisif. Essen , après une longue résistance, enleva la position et poursuivit les Français jusqu’à Nord-Doorp; là, cux-ci trouvèrent des renforts et recommencèrent vigoureusement le combat. Enfin , Brune, laissant seulement deux bataillons pour maintenir la communication avec la brigade de l’extrême droite, concentra le reste de scs troupes, aborda les Russes à la baïonnette, les rompit, les entassa dans Kastricum et leur reprit ce village maison par maison. L’ennemi se relirait en désordre par les deux digues, lorsque Albercrombie, ayant dégagé une partie de sa gauche , intervint , rallia les fuyards, culbuta les avantgardes françaises et livra un nouvel assaut au village déjà tant disputé. Brune ne se laissa point surprendre; il vit la cavalerie ennemie SC former en colonnes et manœuvrer pour tourner la position et toml>cr à revers sur sa ligne. C’était l’instant décisif : par une charge brillante, qu’il conduisit en personne , il arrêta le mouvement qui remettait en question le succès de la journée. I.>a cavalerie se dispersa et l’infanterie recula jusqu’à Bakkum et Limmen.
Cette bataille acharnée affaiblit les coalisés de 4ooo hommes et leur ôta l’espoir de forcer l’armée gallo-balave. Le duc d’York, convaincu de l’inutilité d’un nouvel effort, sc retira dans le Zyp, et ouvrit des négo-
CAjMI’AGNE de Î2»
ciatioDS qui se terminèrent, le i8 octobre, par une convention aux termes de laquelle les coalisés s’obligèrent à se rcnibarqiicr et de rendre aux républicains 8000 prisonniers faits dans les campagnes précédentes, libres sans ëcliauge ni conditions.
inV.VSlUK DE L\ SUISSE VAA LES .\LL1ÉS. LEUR DÉÏMTE.
Balaille dfl Zarich (i5-a6 septcmbre).~Marclie de Suwarüf (i3 à 37). — Sa retraite (a8 seplembre au 4 octobre).— >Kin de Ia campagne. — Âvciieueiil du premier coiuul.
Massena épiait le moment de profiter des mouvemens qui s'opéraient dans le camp ennemi. 11 résolut de brusquer l’attaque lorsque les dernières colonnes de l’arehiduc curent passé le pont de ScbafTliousc.
Korsakof venait d’amener sur la Limatli at),ooo hommes. Hotzc (10,000), Jellachich (700o)et Linken(gooo) étaient restés avec un pareil nombre de combattans : le premier, à la pointe méridionale du lac de Zurich , les deux autres dans les Grisons. Suwarof amenait de l’Italie 31,000 Russes et impériaux; enfin les émigrés de Coudé et les Bavarois accouraient par Constance, forts de 10,000 hoinines. Quel(|ues jours encore et une masse de 80,000 combattans allait peser sur l’armée d’IIelvétic <[ui était répartie de la manière suivante : à Bâle, Chabran (8000) de Biileàl’Aaar; Ménard (()ooo')sur la Liniath;Lorgos, Mortier, Klein et la cavalerie (3o,ooo);surla Linth; Soult(io,ooo) à Claris; la brigade Molitorde la division Lecourbe (3ooo); au Saiut-Gotliard la brigade Cudin (3ooo) ; dans la vallée de la Rcuss la brigade I.oisou (tiooo); enfin dans le Valais, Turreau (7 à 8000).
Déduisant Chabran et Turreau qui tenaient eu échec, l’nii l’armée d'I-
3S0 GUERRES DE LA RÉVOt.UTION.
talic, l’autre l’aiinéo du Danube, il restait à opposer à la grande armée de Suwarof moins de 60,000 hommes. La réunion des forces qui devaient la composer était donc une opération décisive; il fallait l’empéclier ou perdre la campagne. Les momens étaient précieux , déjà les colonnes de
Korsakof et de llotze se formaient pour se porter au-devant du général ‘
en chef, lorsque Massena prit les armes et déboucha de scs lignes. '
Korsakof, ayant laissé Gooo hommes le long de la I.imath, avait '
groupé 20,000 hommes dans Zurich pour attaquer le mont Alhis; llotze, «
posté sur les hauteurs eu arrière de la Linlh , s’apprêtait à franchir cette j
rivière vers son confluent; Jcllachich et I.inken passaient des Grisons <
dans le canton de Claris, mus tous deux par l’approche de Suwarof qui n
Commençait à paraître au pied du Saint-Gotliard. Les dispositions de »
Massena arrêtèrent complètement leur marche. Elles tcudaient à pousser i
jusqu’au Rhin , à reprendre les mêmes positions qu’au début de la cam- a
pagne. En conséquence, Lccourhc avait ordre de rentrer dans IcsGrisons par Dissentis; Soult, secondé par Molitor, devait forcer la Lintli et culhu- p
1er Ilotzejusqu’à Rheincck; le général en chef s’était réservé de frapper ï
Korsakof d’un coup d(’cisif en enlevant la colonne qu’il avait réunie à il
Zurich. je
Dans ce but, il avait appelé sur la Limath, Ménard dont une brigade resta nu confluent de l’Âar, tandis que l’autre rejoignit Lorges et se concentra avec lui dans Dietikon, sous le commandement d’Oudinot, et que Klein et Mortier se serrèrent eu masse devant Zurich.
Le septembre tout était prêt et la ligne entière s’ébranla. Ménard ouvrit d’abord vers Badeii un feu violent pour retenir l’extrême droite des Russes, ensuite Lorges surprit, à Dietikon , le passage de la rivière, entoura dans leur camp trois bataillons, que l’on fut obligé detucr jusqu’au dernier homme, et protégea rétablissement d’un pont sur lequel Oudiuot (i 5,000) défila sur-le-champ pour remonter la rive droite et se rapprocher de Zurich. De l’autre côté Klein et Mortier couronnèrent les hauteurs qui dominent la ville et resserrèrent dans scs murs les avaut-postes ennemis.
Rien n’égale l’ii-propos de ces mesures si ce n’est la précision avec laquelle elles furent exécutées. De son côté Soult pa.ssa vivement laLintli,et comme llotze accourait pour reconnaître cette attaque soudaine, une halle l’atteignit , il mourut et le désordre se mit dans sa troupe qui se dispersa et que l’on poursuivit par la route de .Saint-Gall. Enfin Molitor, qui devait soutenir son collègue en se portant à Wesen, fut retenu aux ponts de la haute Linth, par l’arrivée imprévue de Jcllachich. Le combat s’engagea, et, à l’aide de scs retraiichemcns, le général français resta vainqueur après avoir fait essuyer do grandes pertes aux impériaux.
Ces bCciux succès préparèrent la brillante jouniée du lendemain. Au jour Korsakof était enveloppe dans Zurich par 35,ooo bomines et sa perle était inévitable. 11 n’avait plus d'autre ressource c(uc de prendre pour appui cette ville divisée par laLimatli en deux parties égales pour livrer une doubla bataille, contenir sur la rive gauche Klein et Mortier, et sur la rive droite, s'ouvrir la route de Wintberlhur en rompant les rangs d’Oudinot. Ce fut de ce côté surtout qu'il y eut une lutte sanglante et acharnée; enfin par un effort désespéré, l’infanterie russe se fraya un passage et parvint à s’éloigner de ce fatal champ de bataille; mais lorsque ses dernières (îles se furent écoulées, la trouée, qu’elle avait uu moment ouverte, se ferma désormais impénétrable, et l’arrière-garde et les équipages furent refoulés dans la ville où les troupes de Klein et Mortier accouraient. Bientôt toutes les rues furent envahies , les Russes , au nombre de 5ooo, s’y défendirent encore, mais ils furent obligés de déposer les armes.
A l’autre extrémité du lac, Soult profita de la déroute des coalisés pour précipiter leur retraite sur le Rhin et pour seconder en se portant à Wesen les opérations de Molilor contre Jellaeliich. Ce dernier général attaqué par scs deux ailes, se replia dans les Crisoiis et renonça à faire sa jonction avec Linkeii qui, pendant la nuit, avait débouché d’Kugi pour se porter sur Claris.
Cependant Suwarof était déjà au cœur de la Suisse ; le u3 scs avantpostes se heurtèrent contre Oudin qui commençait le mouvement prescrit à Lecourbe sur les Grisons. C’était là une de ces complications sur lesquelles le vieux feld-maréclial ii’avait point compté. Au lieu de gravir d’emblée le Saiiit-Golhard il fallut combattre. Il marcha de sa personne sur Âirolo avec 1 5,000 hommes et envoya Rosenberg (Gooo) à Dissentis pour sc rabattre sur Urscren et cerner les troupes qui osaient lui tenir tête.
Gudin plia sous le poids delà colonne ennemie, non sans défendre, durant une journée entière , le revers méridional du Saint-Gothard. Ses soldats profitèrent des aspérités d’un terrain qui leur était connu , tuèrent aux Russes taou hommes d'élite sans éprouver de pertes. Ix: lendemain ils se maintinrent avec la même ténacité sur le versant intérieur, puis, eoninie Rosenberg commençait à déboucher dans le val d’ürseren, ils s’ciii'oncèrent , par leur droite, dans les glaciers et prirent position sur le mont de la Fourche, prêts à ressaisir le Saint-Gothard ou à .sc porter sur Lucerne selon les evènemens. Dans cette dernière journée Lecourbe, au bruit (le l’approche des Russes, sc liàta de remonter la RcUss afin de gagner L'rseren; toutefois l’ennemi fayaot prévenu, il fit détruire le pont du Diable et s’arrêta sur la rive opposée aussi long-temps qu’il put contrarier sa reconstruction, après quoi il descendit la vallée et fit occuper, le long de ce [irécipicc, les positions accessibles. Suwarof put alors sc déployer
î35 GUERRES DE LA RÉVOLUTION,
par la rive droite jusqu’à l'cnibouchun! de la Reuss dans le lac. A cet en* droilla masse des roclierspendautàpicsurles bords du lac, interrompt la roule; on se rend ordinairement par eau de Fluclcnà Brunnen d’où l’on remonte la Mutten jusqu’à Schwitz où la chaussée recommence. Selon le plan des coalisés, Scllacliich devait pénétrer à Schwilz et préparer une flotlillc pour le transport des Russes. A son absence, à la contenance assurée des troupes postées sur l’autre rive , Suwarof conjectura que ses lieutensns étaient aux prises avec quelque puissant obstacle. Il résolut aussitôt de passer sur le corps de Lecourbe et de tourner le lae par Lucerne. Un combat de geans s’engagea entre l’armée russe et la brigade française. Ccllcci, placée sur des rochers à pic, accabla scs adversaires d’un feu meurtrier; ils ne se rebutèrent point ; pondant trois jours le bruit de la bataille retentit dans CCS hautes vallées où les chances étranges de la guerre avaient conduit des adversaires séparés par tant de pays. Le troisième jour (37) Suwarof, irrité de l’imperturbable constance des Français fit jeter des solives sur les piles d’un pont détruit, et se disposa à forcer enfin le passage. Mais Lecourbe, par un trait d’audace inouïe, déjoua ce dessein en prenant luimême l’ofiensivc. Il saisit un millier d’hommes, passe avec eux la Reuss à son embouchure , enlève Altorf et surprend le camp des Russes. liCiir général accourt et jusqu’à la uuit le feu se soutient sur la rive droite. Ce fut alors que le feld-maréchal apprit les désastres de Korsakof et des corps impériaux. Sa fureur n’eut plus de bornes , il enjoignit au prince russe sous peine de la tête, de revenir à la charge, il donna l’oi’drc aux généraux autrichiens de le rejoindre dans le canton de Schwitz, et laissant à Lecourbe l’honneur de la victoire, il abandonna la Reuss pour sc jeter dans les montagnes à la recherche de scs lieutenans.
Près d’AJtorf, est le confluent de la Schachen, petite rivière qui s’écoule parallèlement à la Mutten, dont elle est séparée par un massif éjiais d’environ 3 lieues. La colonne russe s’entassa dans le Schcrchen-Thal et se mit en marche pour Mutten en suivant des sentiers à peine praticables. Elle n'employa pas moins de deux jours à ce court trajet. Cependant deux inouvemens s’opérèrent aux extrémités de la vallée où Suwarof transportait son armée. Massena établit à Schwitz la division Mortier; tandis que Molitor, averti par Lecourbe de rapproche des Russes, courutà Linken,qui occupait toujours Engi , le culbuta , le fit poursuivre dans les Grisons et prendre posteau mont Bragel.
Arrivé dans le Mutten-Tlial, Suwarof fut déconcerté de n’y point trouver les impériaux; il passa deux jours à Mutten , autant pour les atleiulrc que pour donner du repos à ses troupes harassées; puis il comprit qu'une plus longue inaction allait le perdre. Entouré par Mortier et par Muiilor, pressé par Lecourbe qui s’engageait à son tour daus les gorges du Si lia-
cbcn-Thal , il avait à choisir entre la roule de Scliwitz et celle du mont Bragel. Toujours préoccupé de sa jonction avec Jellachich et Liiiken, il prit la dernière et s’arrêta a U projet de les rallier sur la Lin lli pour se porter pr Wesen au-devant de Korsakof. Môlilor n’avait que deux bataillons quand la tête de la colonne ennemie l’aborda. Suwarof, informé de sa faiblesse, l’avertit que scs deux lieutenans s’avancaient sur ses derrières et le fit sommer de se rendre. La réponse fut loin d’être satisfaisante; Molitor apprit au feld-maréclial que son rendez-vous était manqué, que les impériaux étaient rejetés sur le Rhin, que l’armée dllelvétie était prtout victorieuse et que lui-même devait songer à déposer les armes.
Suwarof ordonna aussitôt l’attaque ; il n’avait devant lui qu’un millier d’hommes , mais un millier d’hommes rangés dans une de ces positions comme la Suisse en présente; ils tinrent jusqu’au soir et le lendemain sc voyant tournés par leur droite ils sc retirèrent sur la Linth.Une nouvelle action s’engagea au confluent de cette rivière et du Kloen; la brigade entière renforcée d’un bataillon y prit part et son intrépide résistance , fermant aux Russes la route de Wesen, détruisit les dernières espérances de Suwarof. Le 4 octobre il évacua Claris, et parles mêmes défilés qu’avait suivis Linken, il gagna les Grisons. Depuis onze jours que la Suisse était envahie il avait été constamment tenu en échec par des poignées de combattans. Le feu , les marches pénibles lui avaient enlevé le tiers de son année.
Massena se retourna aussitôt contre Korsakof qui était revenu endeçà du Rhin , il le força de passer définitivement le fleuve, puis il s’empra de Constance. Soult était toujours à Rheineck ; ainsi l’on avait reconquis la barrière du Rhin. Ces mémorables succès rappelèrent l’archiduc surlc Danube et amenèrent la dissolution de la coalition.
Dans les plaines de l’Italie , à la Trcbbia , à Novi , l’élite de Suwarof avait péri ; les vallées de la Suisse étaient jonchées des ossemens de ceux qui avaient survécu à ces journées où la victoire avait été si chèrement achetée. Korsakof n’avait pas perdu moins de 1 3,ooo hommes à Zurich. Enfin , il restait à peine 3o,ooo des 8C,ooo qui étaient successivement arrivés du fond de la Russie. Leurs généraux , furieux de ces désastres, accusèrent de perfidie le cabinet auliquc ; et , sans attcndi-e les ordres de leur com', ils s’éloignèrent du théâtre de la guerre. Massena rentra dans les Grisons par Dissentis et pénétra jusqu’à Maycnfeld. L’hiver arrêta scs progrès et mit fin de toutes parts aux hostilités.
Pendant cette suspension d’armes , un immense évènement changea la face de la république. IjC directoire fit place au consulat, c’est-à-dire à Bonaparte. Le gouvernement , né de la convention , s’était trouvé en butte à toutes les pssions violentes soulevées par la crise inouïe de 1 798;
33 i GUERRES DE LA RÉVOLUTION,
mais il avait eu surtout à lutter contre la réaction qui avait suivi la cliute du comité de salut public. La seule arme qu’il pût opposer à ce déchaînement , la légalité, étant tournée contre lui , il fit appel à la force militaire. C'était revenir au système dictatorial eu iuvcstissanl de la dictature l’armée ou celui de ses généraux qui la rcpréseulail le mieux. Mais qui eût osé rivaliser avec le vainqueur de Rivoli, des Pyramides? Quel autre entraînait comme lui les soldats? Quel autre était autant que lui riiommc de la révolution? Il en avait suivi sans hésitation toutes les phases, cl sa pensée avait toujours été en harmonie avec l’idée appropriée aux nécessités du moment. Aussi le parti po|>uluire, fatigué d'uuc lutte intestine qu’entretenait l'attitude hostile de l'Europe, le jugea-t-il assez fort pour terrasser la coalition , et dégager radministration intérieure de faction des partis vaincus.
Bonaparte n’eut qu'à paraître pour obtenir le pouvoir suprême, tant la révolution tendait irrésistiblement à se personnifier en lui. L'histoire du la révolution est désormais la sienne. On verra dans les chapitres suivaiis par c|uclles admirables campagnes il déjoua et finit par énerver la conjuration de l’aristocratie féodale contre les principes de l’assembhio eaustituante,
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Eut des forces opposées. «^Pbn de campagne.— ÀlUque de rApeonin (mars).-~Ck>ml)als deSavone (6 aTril).~Sous Géniîs (C-7). — bataille deVoltrirl comluts dans PApenoin (loou 31).— Combat de!aTaggia(7 mai).— CapUutatiou de Gènes (5 juin). — Attaques du Var (^3-37 moi. — Kelroite d'ElsiütE (19).
La situation des armées au printemps suivant était bien différente de celle de 1 79G. L’armée d'Italie, formée des débris de Joubert et Championnet sous les ordres de Massena (3 7,928), occupait à la vérité le versant maritime des montagnes, mais elle était eu possession du territoire de Géucs cl de la Uocchctta.
D’un autre côté l’armée du Rhin , qui semblait destinée à frapper les coups décisifs, était composée des anciennes années d’Allemagne et d’Helvétie , auxquelles on avait joint une division de l'armée de Hollande et r élite des troupes de l’intérieur; elle était forte de i5o,ooo hommes rangés sous le cominaudcinent de Moreau depuis Mayence jusqu’aux sources du üeuve.
On avait en outre arrêté la formation d’une armée de réserve sous Alexandre Berthicr; mais comme on ne montrait à Dijon, où elle devait se concentrer, que 7 à 8000 recrues, son existence fut long-temps un problème.
La nouvelle constitution interdisait nu premier consul le commande-
ment des années , mais elle lui avait laissé la faculté d’embrasser dans une vaste combinaison rcnsemble des mouvemens. Il suffit de comparer son plan avec celui de l’année préci'dente pour se faire une idée de ce que peut la science de la guerre.
Les impériaux étaient divisés en deux commandemens. En Italie , Mêlas avait i3o,ooo hommes dont la mission était de prendre Gènes, de forcer l’Apennin et le A'arel de pénétrer en Provence, où l’on espérait soulever la population en faveur des Bourbons et où l’on avait dessein de jeter 18,000 Anglais rassemblés à Mabon et ao,ooo Napolitains.
En Allemagne, K.ray avait remplacé l’arcbiduc; son armée forte de lao, 000 hommes, destinée à la défensive, subdivisée en trois corps, était ainsi répartie ; i* dans les Grisons et le Vorarlberg , le prince de Rcuss (3o,ooo), communiquant avec Mêlas par Bcllinzoua, avec Rray par Bregentzet Lindau; a” dans le pli du Rhin, entre Constance et Offembourg, le général en chef en personne ; la droite sous .Stzarray (i5,ooo)à Fribourg et Offembourg; le centre sous l’archiduc Ferdinand (ao,ooo) aux sources du Danube; la gauche sous le prince de Yaudemont (i 5, 000) à Slockach et la réserve sous Giulay (ao,ooo) à Stutlgardt; 3° sur le Mein Albini (ao,ooo).
I.OS années frani,:aises étaient en position inverse; Massena devait conserver le littoral de Gênes, et Moreau, .sans s’inquiéter du prince de Rcuss ni de cette chaîne culminante des Alpes à laquelle on avait attaché naguère une puérile importance, avait ordre d’envahir l’Allemagne en débouchant en masse par Schaffliousc sur la gauche de Kray.
Selon l’idée générale de l’opération, l’armée d’Italie formant une colonne longue de 5o lieues, parallèle à la mer, n’ayant pour retraite que la route de la Corniche, ne pouvait manquer d’inspirer à Mêlas la tentation de s’enfourner dans l’Apennin et de faire face à la Méditerranée; dans le même temps que Kray, rejeté au-delà du Danube, serait contraint de se retirer par l’Allemagne centrale , et que le prince de Reuss, isolé dans le Tyrol, débordé par sa droite, n’aurait plus qu’à évacuer sans combattre les sommités qui, l’année précédente, avaient coûté tant de sang. On tendait ainsi à dégager le côté méridional de la saillie de la Suisse afin d’être maître de se rabattre sur ritalie.
Cette admirable combinaison subit quclquc.s ebangemens dans l’exécution; Moreau trouva trop de difficultés à passer le Rhin tout entier à Schaffliouse. 11 voulut rester libre d’indiquer la marche de ses divisions; il fallut lui céder, quoi que dût eu souffrir le résultat, qui fut moins prompt et plus disputé, mais non moins décisif.
Pendant l’hiver, des maladies contagieuses avaient désolé l’Italie ; l'armée française, livrée au désordre d’une administration infidèle, en avait
cruellement soufTcrt. Elle était encore dans un état de dé.sorganisation et de faiblesse lorsque, au commencement de mars, le général autrichien, espérant la prendre au dépourvu, mit en mouvement plus de 100,000 hommes. Il rangea dans le Piémont 3o,ooo hommes sous Kaïm , Haddick et Wukassowich pour surveiller les cols des Alpes; il fit déboucher de la Toscane Ott et Rlenau avec ao,ooo hommes pour envahir la rivière du Levant, et lui-même déploya dans la plaine d’Alexandrie 60,000 hommes pour menacer à-la-fois la Gocchctta et la route de Gircare.
Ott ouvrit le feu vivement dans le dessein d’attirer à lui Massena tout entier et de faciliter à Mêlas le moyen de percer jusqu’à Savone; mais Massena le pénétra sans peine et le déjoua en ne lui opposant qu’une division , tandis qu’il se portait en personne sur les sommets de la chaîne entre Gênes et Millesimo, et que ses reconnaissances éclairaient Ceva, Dego et Novi.
Mêlas ne s’était point préparé à charger à fond ; lors({u’il se fut assuré que les Français ne se laisseraient point surprendre, il se borna à entamer une guerre de postes qui fut intrépidement soutenue. L’armée républicaine se rangea: la gauche sous Suchet (ia,ooo) de Nice à Savone, afin de maintenir la communication avec la l'Vance ; le centre commandé par Soult (ia,ooo) de Savone à Gênes ; la droite et la réserve autour de la ville.
On lutta de la sorte pendant un mois; enfin, le 6 avril. Mêlas, ayant formé sur tous les points scs colonnes d’attaque, les ébranla simultanément. Ott marcha dans la rivière du Levant, Hohcnzollcrn sur la Bocchetta; mais le principal effort fut dirigé contre les cols qui aboutissent à la Bormida et contre les hauteurs de San-Giacomo et de Mclogno si long-temps disputées durant les premières campagnes. 3o,ooo hommes et le général en chef se précipitèrent à l’assaut des redoutes qui couvraient la droite de Suchet et la gauche de Soult. Celles-ci furent vaillamment défendues, leur nom rappelait tant de glorieux souvenirs! C’était Montenotte, c’était Montelegine, c’était Cadibone; mais elles renfermaient à peine 4000 hommes. Ces braves, toujours en fléchissant, soutinrent le choc pendant la journée entière. Vers le soir, Soult accourut avec sa réserve et prolongea la résistance. Cependant, à la nuit, tous les retranchemens étaient enlevés, les impériaux étaient dans Savone et les troupes françaises battaient en retraite sur Voltri.
Suchet, d’abord assailli moins rudement, resta maître du terrain; mais on manœuvrait pour le tourner, et le lendemain , l’ennemi donna l’assaut, depuis le Tanaro jusqu’à San-Giacomo ; on voulait le replier dans l’ancicpne ligne de Borghetto et compléter dès ce moment l’investisse*
ment do Gênes, mais on n’obtint qu’un succès partiel, on s’empara des redoutes jusqu’à Mclogiio et la gauche ne fut pas assez éloignée du centre pour que l'on dût renoncer à rétablir la communication.
Massenay songea dès le jour suivant. Le 6, llohenzollern avait forcé leBoccbetta, ctütt, ayant replié la division de droite, avait bivouaqué sur des hauteurs dontlesdernicrs ressauts se prolongeaient jusqu’à l’cuceinte de Gênes. A la vue de ses feux, l’e.scadrc anglaise sc rapprocha du port et se mit à couvrir de boulets le quartier populeux. I..U rumoiir fut grande; il fallait l’apaiser par un coup de vigueur. A l’aube du jour, Massena sortit en deux colonnes, tomba sur les impériaux, déconcertés de son audace, les culbuta , leur fit |i5uu prisonniers et rentra triomphant dans la place aux acclamations des habitans qui , tout-à^l’heure étaient prêts à se soulever. Toujours infatigable , il se mit aussitôt en devoir de déblayer la rivièreduPonenI; il pritavcclui 10,000 hommes, rallia Soult et se porta en deux colonnes au-devant de Suchet à qui l’on avait porté l’or» dre do reprendre de son côté l'attaque. Mais Mêlas avait déjà rassemble, > dans la trouée qu’il avait si péniblement ouverte, des forces assez imposantes pour former lui même le blocus de Gênes. I.es deux adversaires se heurtèrent ainsi dans l’espoir de se prévaloir de l’initiative , en même temps que Suchet montait à l’assaut des redoutes que le combat du lui avait enlevées. L’action sc soutint pendant plusieurs jours avec des succès variés , enfin les impériaux l’emportèrent; onze jours après les premiers coups de feu , Massena avait perdu la rivière du Ponent ; de l’autre côté, la garnison avait étérepliée sous le canon des forts extérieurs.
IjC général en chef défendit long-temps les approches de la place eu fai* sant d’audacieuses sorties; et Suchet, poursuivi par LIsnitz et Mêlas à la tête de a5 à 3o,ooo hommes, en prenant chaque jour position sur les contreforts des Alpes maritimes, eu ne cédant le terrain que lorsqu’il se voyait débordé sur les hauteurs par lus impériaux, cl sur la côte par les escadres anglaisc’s, mit seize jours à reculer du mont San-Giacoino à Oncille (ii lieues). Cette glorieuse retraite eût pu se prolonger encore; mais le 6 mai l’extrême droite ennemie qui avait côtoyé , par les revers intérieurs, la crête des montagnes, secondée par Kaïin, ayant forcé le col de Tende et repoussé les postes français just|u'à Saorgio, Mêlas enhardi pénétra vivement dans le comté de Nice. IjC Imdemain il rangea en bataille 1 5 à j 8,000 hommes et les porta par la droite contre les faibles colonnes de Suchet, cherchant à les tourner, à 1rs acculer à la mer. Elles résistèrent vaillamment: coupées en plusieurs parties, presque enveloppées clics combattirent jusqu'à la nuit et parvinrent à sc mettre en sûreté derrière la Taggia,sans autres pertes que celles essuyées i>ar le feu. Toutefois elles furent forcées de presser leurinarche cl cinq jours
«près, Suchet, après avoir rallié tous les détachemens du comté de Nice et laissé dans le fort de Montalban une garnison , passa le pont du Var pour rentrer sur le territoire français. Cependant Ott et /|0,ooo impériaux bloquèrent Gènes où Massena , réduit i i5,ooo hommes fit une résistance digne de lui. On sait que cette ville est située sur la côte, au fond d’un amphithéâtre triangulaire , de trois lieues de périmètre, formé par un chaîne de hauteurs , dont le versant extérieur est séparé de l’Apennin par des vallées profondes et dont la crête est surmontée d’une enceinte assise sur le roc; la place elle- même, revêtue d’un second rempart est hors do la portée de la bombe et cette double ceinture est encore protégée par des forts détachés. Tous ces ouvrages étaient bien armés, l'arsenal bien pourvu, et la majeure partie des habitans bien disposée en faveur des Français, mais l’escadre anglaise bloquait étroitement le port et ne permettait pas de renouveler l’approvisionnement de l’armée et d’une population de ,5o,ooo âmes.
Ott, après avoir essayé vainement de pénétrer par escalade dans la première enceinte , leva en masse les paysans en état de porter les armes, rctraneba les avenues de la ville et la resserra de manière à la réduire par la famine. Jusqu’au i3 mai, Massena fit plusieurs sorties et se procura des vivres; mais enfin , dans un dernier combat, la victoire se déclara pour le nombre. Soult grièvement blessé fut fait prisonnitT, scs troupes rentrèrent dans leurs quartiers et l’on renonça à l’espoir de rompre la ligne de blocus. Dès-lors ce fut contre la disette qu’on eut à lutter : on mit en réquisition des magasins de cacao, de millet, d’orge, de fèves; ces faibles ressources furent bientôt épuisées ; enfin le a juin il n’y eut plus dans cette vaste ville qu’un cri de désespoir. Le peuple entier se [souleva demandant du pain ou la mort; le général en chef apaisa ce tumulte en promettant de négocier si dans les viugt-quatre heures il n’était pas secouru. Le leadentain les conférences s’ouvrirent au moment même on Ott recevait l’ordre de lever le siège. Cette circonstance lui faisait une loi de se presser de conclure. Le 5 juin la convention d’évacuation fut signée. Les généraux coalisés en cédant sur d’autres points obtinrent de Massena l’insertion d’une clause singulière qui, au reste, est son plus bel éloge. lU exigèrent qu’il s’embarquât pour la Provence avec les bagages, l'artillerie et les escortes. Le reste de la garnison au nombre de 85oo combattans sous les ordres de Gazan sortit en armes , mais sans canons, par la route de la Corniche qui était alors libre d’ennemis.
Suchot n’eut pas moins do ténacité: la tête de pont du Var était couverte par une ligne de retranebemens où il avait roniènné une arrièregarde. Mêlas la fit attaquer à deux reprises düTércntcs et fut repoussé api^avoir essuyé de grandes pertes. Lu troisièmi.' assaut n'eut pas plus
<lc succès, les impériaux laissèrent sur le champ de bataille 5 à 600 hommes et les signaux dufortMontalban avertirent le général français qu’ils battaient en retraite.
Mêlas s’etait en elTet déjà porte dans le Piémont avec ses réserves attiré par les mouvemens de l’année de réserve ; c’était Ëlsnitz seul qui venait de livrer le dernier combat et qui s’ébranlait pour rejoindre le feldniaréchal. Suchet déboucha sur ses pas, rentra dans Nice, le prévint au col de Tende, le força de prolonger sa retraite jusqu’à Oneille et de se jeter péniblement par sa droite, dans la vallée du Tanaro. Il lui enleva son arrière-ganle, forte de plusieurs milliers d’hommes, et gagna ensuite Savone où il opéra , le 6 juin , sa jonction avec Gazan.
OrÉBATIOSS DB l’aBHÉB DB BÉSBRVB BS ITALIE.
Pauage da gnuul Saiot-Beiuanl. — PrÎM d’Ivrte (14 mai). — Combat de Romano (lO). — Paaage daTetÎD (3i).— «Entrée à Milan (i juin).— Passage du Pô i Crémone, Plaîuo<% et Belgiojoso (6 juin), — Bataille de Casteggio et Montcbello (8 juio).~->Bataille de Marcogo (14).
Le plan de campagne recevait son exécution avec un plein succès ; en même temps que Mêlas s’engageait sur le versant maritime des Alpes , les armées impériales d’Allemagne battaient en retraite , et il existait entre l’extrême droite de l’armée d'Italie et la gauche de Kray un large espace, dont la garde était commise à quelques points fortifiés et surtout aux difficultés du terrain.
C’est dans cet intervalle que le premier consul, au moment le plus critique de la campagne , fit glisser comme par miracle une armée de
Eo,ooo hommes, à travers des défilés réputés inaccessibles. Jamais expé* dition ne fut mieux conçue et conduite avec plus de secret. Cetle armée de réserve, dont on n’avait rassemblé à Dijon qu’un faible noyau et dont les émissaires de l’ennemi pouvaient révoquer en doute l’existence, était bien réellement sur pied. Elle se composait d’une des divisions de Lecourbe, des corps que l’on avait placés sur le Haut-Bliin en présence du prince de Reuss, de la division qui, depuis le commencement des hostilités, occupait le Valais, et des troupes de toutes armes, que de divers points de l'intérieur on avait fait filer sans bruit sur les rives du lac de Genève.
I,es ingénieurs français avaient sonde tous les cols des Alpes, et l’on s’etait arrêté au projet de pousser les deux divisions de droite par le Mont-Gcnèvre, le Mont-Cenis, le petit Saint-Bernard; de mettre toute la gauche sous les ordres de Moncey, pour déboucher parle Simplon et le Saiiit-Gotliard; enfin de faire descendre le corps de bataille des sommets du grand Saint-Bernard.
C’est surtout de ce côté qu’on espérait surprendre l’ennemi; le val d’Aoste était à peine gardé. Les généraux autrichiens avaient pensé que 3ooo hommes postés à Cbàtillon , appuyés sur le fort de Bard, sufTisaient à barrer le col du petit Saint-Bernard. Quant au grand Saint-Bernard, il était hors de toutes les prévisions de la guerre. Trois lieues de glaces et déneigés éternelles; un sentier rompu par des rochers, bordé d’un affreux précipice et toujours menacé par les avalanches, semblaient l’inter< dire à jamais à une armée pourvue de scs bagages et de son artillerie. Mais l’habileté des ingénieurs avait pourvu à tout: on avait creusé des troncs d’arbres pour y placer les canons, on avait disposé des brancards pour transporter pièce à pièce les caissons et les affûts. Ces apprêts terminés, Bonaparte se rendit à Genève, où il arriva le 8 mai; il apprit avec joie que le passage n’était pas impossible, et il donna sur toute la ligne 1 ordre de mouvement.
Les troupes réunies autour du lac de Genève, furent organisées de la manière suivante : avant-garde, général Lannes deux brigades d’infanterie, une brigade de cavalerie; premier corps, général Duhesme, divisions Loison et Boudet, y compris deux escadrons de chasseurs; second corps, général Victor , divisions Chambarlbac et Chabran, y compris un régiment et un escadron de cavalerie; réserve de cavalerie, général Murat, cinq régimens de grosse cavalerie, trois régimensde cavalerie légère ; enfin, la légion itaUenne de Lecchi.
Cette masse, forte en tout de 35,ooo hommes, moins Chabran qui était déjà cnpartieau petit Saint-Bernard, s’entassa dans le Valais. Lannes, ouvrant la marche, s’engagea au sortir de Saint-Pierre dans le sentier glacé qui conduit au sommet de la montagne. On avait démonté les voitures des
GUERRES DE LA RÉVOLUTION, convois, les soldats s’attelèicnt gaîment auK traîoeaux qui les transpor* talent, et l’on se mit à gravir rcscarpcment. 1m musique inilitaii^, les chants patriotiques faisaient retentir ces solitudes que le bruit delà guerre n’avait jamais troublées, et aux pas dinicile.s le tambour battait la charge. Ou parvint au bout de huit heures à riiùpital, où l'on ht halte. Les religieux s'empressèrent de distribuer à chaque homme des vivres et une forte ration de vin. Bientôt on se remit en marche et l’un atteignit la cime du mont. On descendit à la ramasse le revers extérieur dont la pente est moins rapide; on rallia une poignée d'hommes, on courut sur Âoste, on l'emporta et l’on s’y établit; tout cela était fait eu quel<[ues heures. Cependant le passage s’opérait sans discontinuer, il dura quatre jours; à mesure qu’on arrivait au chemin voiturabic, on remettait 1rs canons sur affûts et l’un reprenait ses rangs. Dès le 19, Lannes fut en mesure d’assaillir le poste de Châtillon, de le culbuter et de pousser jusqu’à la petite ville de. Bard. Iæ mcinc jour, Bonaparte quitta Lausanne; le lendemain, il franchit le Saint-Bernard et porta le quartier-général à Aoste. A ce moment, l’armée était arrêtée par le fort de Bard , hàli sur un rocher à pic qui ferme la vallée, et ne laisse d'autre issue que la ville dont la rue principale était enfilée par une batterie de au pièces. Cet obstacle dont ou n’avait point mesuré riniportaucc, était de nature à compromettre l’expédition. On reconnut que le fort était à l’abri d’un coup de main, et l<; commandant refusant scs portes, il fallut tourner la difficulté. On creusa d’abord dans le roc, hors de la porté de canon, un .sentier ou plutôt un escalier, oii l’infanterie cl la cavalerie purent défiler, [.oinnes le franchit aussitôt avec l’avant-gardo et se porta sur Ivréc; puis, le fort tenant toujoiii-s malgré plusieurs assauts , on enveloppa de paille les roues des canons et des voitures, et pendant une nuit obscure (au mai) on traversa la ville sous une grêle d'obus et de boulets, dont un seul pouvait déterminer une explosion terrible. On réussit sans accident à dépasser le fort; Chabran resta pour en faire le siège, et l’armée sortant eufin de cette affreuse vallée, ne tarda pas à se former dans la plaine d'ivréc.
Ni Mêlas, ni ses licutenans ne pénétrèrent les projets du premier con- .sul. Us crurent reconnaître de vaincs démonstrations laites dans le but de dégager Suchet, et le feld-maréchal se contenta d'envoyer à Kaim un renfort de 5ooo hommes d’élite. Le a3 mai, sur le.s nouveaux avis qui lui parvinrent, il partit pour le Piémont avec sa réserve forte de 6000 hommes, et ne tarda pas à rappeler Lisnitz.
Kaim avait envoyé 10,000 hommes au secours d’Ivrde, où était renfermée une garnison de 4ooo hommes. Mais ils eu étaient oncorc loin, quand l..anncs, après deux jours de combat, fit cufuucer à coups de hache les portes de la ville et y pénétra d’assaut.
CAMPAGNE DE 1800. 2ÙS
A peine maître cl’Ivréc, l’avant-garde française s’élança sur la route de Turin ; au bout de six jours, elle se heurta contre le secours autrichieU qui venait de prendre position à Romano, derrière la Chiusella, dont le pont était défendu par une batterie. La victoire fut brusquement décidée par un trait audacieux. Quelques compagnies d’infanterie se précipitèrent dans la rivière , tournèrent le pont , prirent les pièces et déblayèrent le défilé où la colonne d’attaque se rua en masse; les impériaux rompus s’enfuirent à Chivasso d’où ils se replièrent jusqu’à Turin.
J.annes entra le jour suivant dans Chivasso; Bonaparte lui-même s’y rendit et donna l’ordre de jeter un pont sur le Pô. Dans le même moment, Turreau débouchait par le col de Suze. Mêlas crut que ce double mouvement avait pour but d’investir Turin par les deux rives du Pô, il y porta son quartier-général et il sc mit des deux côtés sur la défensive. Mais ce n’était ni à Turin , ni au-delà du Pô que l’on voulait se rendre; on tendait à un but autrement décisif. L’armée entière fit un à gauche et s’avança sur Verceil , flanquée à droite par Lannes qui longea le fleuve, et à gauche au pied des Alpes par la légion de Lecchi. On prit Verceil, et le 3i mai on força à Turbigo et Bufalora le passage du Tésin, que Laudon s’était hâté de couvrir avec une partie des réserves. Le même jour, Monccy arriva sans obstacles à Bellinzona; le lendemain, Lannes enleva Pavie , et le surlendemain Bonaparte fit son entrée à Milan, dont le chiâteau fut sur-le-champ investi.
Son arrivée tenait du prodige. Les patriotes italiens, qui subissaient depuis un an une dure réaction , osaient à peine y croire. A la vue de l’avant-garde française, leurs transports éclatèrent, et pendant ces scènes de délire Bonaparte parut! Quels souvenirs eussent adouci les heures de sa captivité, si l’ingénieuse cruauté de scs bourreaux n’avait pris soin de lui faire sentir à chaque instant ses fers!
I.ies prisons s’ouvrirent , les exilés rentrèrent , et la république Cisalpine fut aussitôt réorganisée. Laudon et Wukasstwich s’enfuirent sous le canon de Mantoue, séparés de leur général en chef par un état surgissant hostile à l’Autriche et par une armée de 60,000 hommes.
Mêlas, pris entre le Pô et la mer, n’avait plus d’issue que par la rive droite du fleuve. On ne le laissa pas long-temps libre; ou courut à lui; ou s’occupa de délivrer Gênes dont on ignorait le sort.
Quatre jours après l’entrée à Milan, Murat marcha sur Plaisance, et Lannes, avec l’avant-garde , partit de Bcigiojoso pour se porter sur Tautre rive et saisir Stradella, position importante où la clniussée de Turin à Crémone par Alexandrie et Plaisance, au sortir de la plaine de Tortonc, entre dans un long défilé, formé par les cultures qui bordent le Pô et par les prolongemens de l’Apennin.
m GUERRES DE LA RÉVOLUTION.
Le premier, après avoir inutilement tenté d’enlever le pont que l’ennemi avait jeté devant Plaisance, surprit le passage pendant la nuit un peu au-dessous de la ville, rallia une division qui venait de s'emparer de Crëmoné, attaqua les Autrichiens , leur fit aooo prisonniers et les chassa jusqu’à Panne.
Le second , trouva la rive droite défendue par a à 3ooo hommes. Il les culbuta, leur fit des prisonniers et s’étahlit le lendemain sans comhat à Stradella.
Ij’armée française se trouva de cette manière en possession des deux points de la rive droite où elle avait le plus de chances pour barrer la retraite de l’ennemi. Lannes se mit en communication avec Murat. Bonaparte laissa Moncey à Milan pour surveiller le Tésin et contenir I^audon et Wukassowich. Après quoi, il porta le quartier-général à Stradella.
Ce fut là seulement qu’on apprit la capilulalion de Gênes. Maître de celte ville, Ott y avait laissé Hohenzollern avec une garnison de 1 0,000 hommes, et il s’clait hâté de descendre la Bocchetta à la tête de 1 8,000 hommes pour gagner Plaisance.
8 juin , son avant-garde attaqua Lannes qui la repoussa, prit position avec 8000 hommes à Casteggio et Montcbello, et , sachant contre qui il venait de se heurter, demanda des renforts. On lui envoya Victor, mais avant son arrivée le feu était ouvert sur tout le front des deux armées. Malgré finfériorité du nombre, Lannes soutenait glorieusement le choc et au milieu du jour rien n’était décidé lorsque Victor survint. ].£ combat prit alors une nouvelle face : cependant les impériaux rompirent une division française et commencèrent à gagner du terrain lorsqu’un bataillon, faisant ferme sur la chaussée, les arrêta, donna le temps de rallier les fuyards et de reprendre irrésistiblement l’attaque. Au bruit du canon. Napoléon accourut, mais la victoire était déjà assurée à ses deux lieutenans. 3ooo morts, 6000 prisonniers en furent les trophées. IjC général autrichien se replia sur Tortone où il jeta 2000 hommes et prolongea sa retraite jusqu’à la Bomiida.
La situation de l’armée impériale était cruelle. Pour gagner Plaisance il fallait écraser le gros de l’armée de réserve si avantageusement posté à Stradella. Pour s’appuyer sur Gênes, il fallait franchir les défiles de l’Apennin que Suchet gardait avec ao,ooo hommes. Enfin si l’on cherchait un passage par le Tésin et Milan, Turreau, Chabran , Moncey étaient là prêts à disputer pied à pied la route pour donner le temps au premier consul d’accourir.
Soit indécision, soit désir d’attirer son adversaire en plaine, afin d’utiliser sa belle cavalerie, Mêlas resta pendant trois jours immobile dans .son camp d’Alexandrie. Durant les mêmes journées, les corps français
achevèrent de se former sur la rive droite du Pô, de s’y fortifier et de construire deux ponts. Ce fut alors que Desaix, à peine de retour d’Egypte, vint au quartier-général , impatient de prendre part à la bataille que l’on attendait; il fut accueilli avec joie et prit le commandement des deux divisions de la gauche.
Cependant l’inquiétude commen^-ait à gagner le premier consul. Craignant de voir les impériaux lui échapper, il sc porta d’abord sur laScrivia, puis à San-Giuliano. Là , ses éclaireurs sc répandirent dans la plaine dcMarcngo où ils n’aperçurent point d’ennemis. Ou était en doute si Mêlas marchait sur Gênes ou s’il n’avail point quitté Alexandrie. Desaix et Victor eurent ordre de pousser de fortes reconnaissances, le premier sur Novi, le second sur la Borinida. Celui-ci sc heurta à Spiiictta avec l’arrière-garde de Ott, forte de 5 à 4ooo hommes; il la mil en déroute, et ses avant-postes, après l’avoir poursuivie jusqu’à la Borinida, ne donnèrent point de nouvelles de Mêlas et ne découvrirent aucun indice d’une bataille prochaine.
L’armée passa la nuit : Victor à Marengo , Lannes en arrière à droite, Desaix sur la gauche, à une demi-journée de marche de Bonaparte et les réserves à Torre-di-Garofoldo et sur la Scrivia.
Cependant l’armée impériale, encore Jindécisc, était tout entière audelà de la Bormida, où elle avait établi des ponts. Déduction faite des garnisons, elle ne comptait pas moins de 3i,ooo combattans. Dans celte même nuit, le général en chef et son conseil arrêtèrent avec transport la résolution de sc frayer la route de Plaisance en passant sur le corps de leurs adversaires. Ils étaientsupérieurs en nombre, surtout en cavalerie et artillerie. Ils avaient pour eux les souvenirs de l’année précédente et il s agissait de vaincre ou de perdre l’Ilalie.
Le i/(, dès l’aube, ils défilèrent sur trois ponts et portèrent les têtes de colonne de droite et du centre sur la route de Torloue.
I.<a vaste plaine, où la querelle allait se vider, ne présente qu’un petit nombre de points d’appui: d’abord à mille toises de la Bormida et à trois quarts delieuel’unde l’autre, les villages de Marengo et de Castcl-Ceriolo, tous deux couverts par un ruisseau parallèle à la rivière ; puis, deux lieues plus loin, San-Giuliano, puis encore, deux lieues au-delà, la Scrivia que l’on passe à Torre-di-Garofoldo ; en avant de Tortone , et à Sale près de son confluent.
De part et d’autre, on sc forma sur le ravin et vers 8 heures, le feu s’alluma avec une grande activité. A la vivacité de la canonnade, Bonaparte reconnut que la journée décisive était enfin venue. Loin de s’y attendre, il n’avait songé qu’à garder en même temps les routes divergentes de Gênes et d’Alexandrie. A peine lui restait-il i8,ooo hommes dans la plaine où se
S46 GUERllES DE LA RÉVOLUTION.
répandaient toutes les forces de Mêlas , dont aucun indice ne dévoilait le
plan.
Jamais peut-être plus grand péril n’inspira de plus habiles dispositions. Il ne tarda pas à savoir que deux lignes s’étaient déployées devant Marengo clicrcliaiit surtout à peser sur la droite de Victor. Il sut que la colonne de gauche coniroandéc par Lisnilz, laissant de côté Castel- Ceriolo, manœuvrait de manière à déborder les deux divisions françaises. Dès-lors il comprit que son adversaire voulait dégager la route de Tortone, pénétrer jusqu’à Torre-di-Garofoldo, enfin jeter l’armée do réserve dans Ic.s montagnes où elle eût été très gênée, et, pour déjouer ce dessein, il lui suffit de changer à-la-fois la ligne de retraite et l’ordre de la bataille.
Les 1 8,000 hommes étaient échelonnés ; la gauche en tête de Marengo à la Scrivia, ayant pour retraite le pont en avant de Tortonc et la grande route de Plaisance. Il résolut de ranger l’armée entière (28,000) par échelons de Castel-Ccriolo à San-Giuliano , la droite en avant, et de lui donner pour retraite le pont de Sale, d’où l'on peut gagner directement Voghera. Au moyen de cette belle et simple combinaison, Desaix arrivant de Rivalla , reprenait nalurellcment son rang cl l’on débordait la gauche de l'ennemi, taudis que sa droite, obtenant les premiers succès, frappait à vide.
Tout s’ébranla pour prendre position. L’une des divisions de la gauche, restée en réserve sous Carra-Saint-Gyr, marcha sur Castel-Ceriolo ; les grenadiers à pied de la garde consulaire f()oo) passèrent à la droite de Lanués, et lionaparte lui-même, avec :ion escorte et son état-major, se porta en première ligne. Desaix avait dtljà reçu l’ordre de se rendre au pas de course à San-Giuliano.
Daus ce moment, Victor, après avoir perdu et repris plusieurs fois RIareugo, constamment assailli par des troupes fraîches, avait fini par plier. Ses divisions à ileini-détruiles, débordées, enveloppées de toutes parts, veuaient du lâcher pied et les fuy.’irds se dispersaient dans les vignes entre Marengo et Suu-Giuliano. Iâi bataille reposait sur Latines qui , s’étant développé pour soutenir Victor, avait attiré à lui le centre des impériaux. La déroute de son collègue le compromettait à son tour. Sa gauche était découverte et la cavalerie d’Llsnitz se préparait à la charger par la droite sur scs derrières.
A l'apparition du premier consul , tout cliangea de face. Elle produisit l’cfTet magique qui pendant quatorze ans a enfanté tant de prodiges; ou ne douta plus du succès. Les troupes de Victor se rallièrent surSan-Giuliano, les grenadiers de la garde, se formant en carré à l’extrême droite, le flanquèrent sur la pointe de Elsnitzqui se brisa contre leurs baïonnclles et lie
DESAIX (Louis-CharIcs-Anloine)«
JSéca Aofergne en x 768.— Oéuéral de diruiooea i796i^^el*arinée d'Ecyple.— de l’Araire d'iulie iSoo-— Tué à Marengo.
Bataille da Btorengo (1800).
CAMPAGNE DE 1800. ih1
put exécuter le mouvement qui lui était prescrit. lÆnncs, poussé par le gros de l’armée ennemie, crible par la initrailledc 8o bouches à feu, se mit à pivoter sur eux eoniine sur uiie forteresse, en refusant sa gauche. Il lit avec un imperturbable sang-froid sa retraite qui dura trois heures et pendant ce temps, Carra-Saint-Cyr, marchant eu sens inverse, parvint à so loger dans Castel-Ccriolo. Eiifin Desaix, accourant à travers pays , s’établit en avant do San-Giuliano.
Il était trois heures : Mêlas n’avait point saisi le but des mouveinens qui s’opéraient à sa gauche. plaine jonchée des débris de Victor, I^annes en retraite, la route do Tortone presque abandonnée, lui semblèrent des gages sudisans d’une victoire complète^ Si une division s’était fourvoyée dans Castcl-Geriolo, c’était un trophée de plus à la fin de celle journée; elle devait être tourneo et enlevée. I.a confiauce du vieux feldmaréchal ne. fut point un instant ébranlée, et, comme la fatigue ne lui permettait plus de sc tenir à cbcval, il rentra dans Alexandrie laissant à son chef d’état-major Zach le soin d’achever la défaite des Français. Celui-ci présuma qu’il suffisait d’enlever San-Giuliano, seul point d’appui qui leur restât en deçà de la Scrivia. Il forma en colonnes 5 à 6000 grenadiers et les conduisit lui-même parla droite de la chaussée, tandisqnc le reste de l’armée, continuant le feu sur toute la ligne, suivait de loin l’impulsion.
A cinq heures, ils arrivèrent 11 portée du canon des avant-postes de Desaix. C’était le moment critique : Bonaparte parcourut le front de l’ariiiée en s’écriant : Gest assez, reculer. Marchons en avant ! vous savez que je couche toujours sur le champ de bataille.
Desaix commença l’attaque; mais aux premiers coups de feu une balle l’atteignit au cœur, il tomba raide mort, et Boudetprit le commandement de sa division qui s’élança pleine de rage en jurant de le venger. Le choc fut irrésistible; la tête des impériaux fut rompue et l’ébranlement sc fit sentir dans toute la profondeur de la colonne.
Bonaparte, plein de joie, voit l’occasion de brusquer la victoire : il prend Kellcrinann fils, qui sc lient à droite de San-Giuliano avec 3 à 4oo chevaux, et lui ordonne de tomber sur le flanc de cette masse déjà vacillante. La brave cavalerie traverse la plaine à toute bride, aborde les grenadiers, les coupe en plusieurs tronçons et les resserre contre l’infanterie qui continue à les accabler d’un feu terrible. Ce n’est bientôt plus qu’une foule confuse, elle dépose les armes; Zach et son état-major laissent tomber leur épée.
Alors le tambour bat la charge sur toute la ligne et les impériaux voient avec un indicible effroi cette armée qu’ils croyaient vaincue, dispersée , se déployer] menaçante de Castel-Gerio'o à San-Giuliano. Dans
ilA GUERRES DE LA RÉVOLUTION. ^
le nouvel alignement , la droite était plus près de la Bormida que l’ar> >
rière-garde de l’ennemi dont les divers échelons prêtaient tous le flanc gauche. L'état-major avait disparu; à defaut d’une direction générale, chacun céda au désir de repasser la rivière. En un clin-d’œil, la déroute devint affreuse et les ponts furent encombrés de troupes de toutes armes, qui cherchaient dans un désordre inexprimable à se mettre eu sûreté sur l’autre rive. Cependant quelques bataillous tinrent dans Marengo ou Victor ne rentra qu’à la nuit. L’armée de réserve bivouaqua sur les bords du ravin où l’action s’était engagée.
Telle fut la bataille dont le nom, parmi tant de noms brillaiis, est si populaire. On ne sait ce qu’il faut le plus admirer de la valeur des troupes, ou de l’habiletc du général. Il est pris au dépourvu, mais la fermeté des premiers rangs lui permet d’exécuter un plan improvisé. 11 n’a point de position dans la plaine, mais il y jette, comme une colonne de granit, sesgoo grenadiers qui semblent y prendre racine et fatiguent enfin toute l’aile gauche ennemie. Tant ce grand capitaine pouvait compter sur ses soldats, tant il était digne de les commander! La perle en morts et blessés fut à-pcu-piès égale des deux côtés. Les impériaux laissèrent en outre sur le champ de bataille 7 à 8000 prisonniers, ao canons et des drapeaux.
Le lendemain , on se disposait à l’attaque des ponts, quand Mêlas demanda une suspension d’armes qui fut suivie de la glorieuse convention d’Alexandrie, en vertu de laquelle, les forces impériales, évacuant l’Jtalic jusqu’au Mincio, rcmirentà l’armée de réserve Gênes et toutes Icsplaces du Piémont et du Milanais.
C\MPAGNE DE 1800.
OPÉ&ATIOMS EN ALLEMAGNE.
Puuge du Rhiu (a5 avriNin mai).~Balaincs d’Engcn cl de Slm-kac)i (3 mai). — De Mcn&kircli (6). —De Biberach(9).— CombaU de Mcœmiugeu (lo). — -De Pa|)e]au (i6), — Keronnaûsance d’Llm (19). — Marche aar Augübourg (ar-aa). — Combats sur la OunU et le Danube (a4). — Occiipaliou d’Augsbourg (17). — Combat de Kirchberg (5 )utD).— I*as5agc du Lech (10 et 11 juin),— Bataille de Uoclutelt (19).— Occu|iatioa de Muuich (a8).— Combat d'Oberbauseu (37).— Prise de Laudshul (9 juillul), — De FeldkircU (i4). — Armistice de Parsdorf (i5).
Duraut les premiers mois de la campagne , l'armée impériale d'Allemagne resta immobile dans scs positions. Elle avait reçu l’ordre de se mettre en mouvement , lorsque Moreau passa le Rhin et prit l’offensive.
Son armée active, déduction faite des troupes qu’il laissait à Mayence et en Helvétie, était forte de 100,000 hommes. Il en forma quatre colonnes d’attaque. A Strasbourg, Sainte-Suzanne, deux divisions (30,000); à Neufbrisach, Saint-Cyr , deux divisions (ao,ooo); à Bâle, Moreau en personne avec trois divisions de réserve (a6,ooo) ; enhn , à la pointe septentrionale du lac de Constance, Lecourbe, trois divisions (3o,ooo). 11 s’agissait de concentrer cette masse autour de Stockach et de la pousser en avant. Le mouvement commença le aS avril; Moreau marcha sur l’Alb, Saint-Cyr sur Fribourg et Kensingen, Sainte-Suzanne sur Olfenburg et Renchen; Lecourbe seul resta immobile; il n’avait point de pont et il lui était prescrit de chercher un passage près de Stein, de se préparer à gagner la rive droite au moment où les autres colonnes arriveraient à sa portée.
Ces dispositions semblaient indiquer une attaque de front, les impériaux y furent trompés. Nauendorf se hâta de barrer les défilés de Haslach et d’Hornberg. Sztarray courut à Sainte-Suzanne et crut, après deux
GUERRES DE LA RÉVOLUTION, jours (le combat, avoir obtenu un succès eu le voyant battre eu retraite et repasser le pont de Kelil. Cependant les trois corps obliquèrent à droite. Moreau poussa jusqu’à la \\'utacli; .S.iinl-Cyr se jeta par les montagnes à Saint-Dlaise; Sainte-Sn/.anne remonta rapidement la rive gauche du Ilbin, releva Saiut-Cyr à Ncufbrisach et s’avança par le Val-d’Enfer. Ou ne rencontra point d’obstacles, et lorsqu’on parvint à .Schafliouse, I..ecourbe franebit le fleuve l’épce à la main à Reicblingcn , puis se liant avec Moreau, il prit la tête de colonne et se porta sur la Stockach. Le système d'atta(|uc était dès-lors bien prononce, l’armée défilait par échelons, sa droite au Rhin, pour se mettre en bataille entre le Danube et le lac. C'était une belle manœuvre, mais elle n’était pas sans ptu-il;on prêtait le flanc à l’ennemi et l’on devait s’attendre à un effort de sa part pour rompre les colonnes de marche. En effet, Kray revenu de sa surprise, eut bientôt rappelé son centre, sa réserve, une partie de sa droite. 11 avait groupe 45,oo(j baïonnettes à Engcn , au moment où Lccourbc abordait sa gauche à Stockach.
Moreau fit halte et demi-tour à gauche, pour présenter son front au feld-maréchal ; il emprunta une brigade à Lccourbc, enjoignit à .Saint- Cyr, qui était encore à Sluhlingen, de presser le pas et d’avertir Sainte- Suzanne, dont les divisions arrivaient à Neustadt.
On .SC heurta au mcinc instant à Stockach et à Engcn : ici les deux généraux en chef; là les deux licutenans; des deux côtés l’action se soutint avec vigueur. Ixcourbe j)énélrant par sa droite, entre le lue cl la ville, ébraida le centre et déborda la gauche du prince de Vaudemonl. Celui-ci fit alors un effort pour rejeter se» forces sur sa droite, s'étendre vers Engcn et se rallier à Kray, les Erançais déjouèrent ce di'ssein et le forcèrent de se retirer en désordre à Mœskirch et Pfullendorf.
A Engcn, l'ennemi comptait 45, ooo hommes et les républicains 55,ooo; le premier cIkk fut en sa faveur. Moreau , menacé sur ses communications, se vit forcé de s’étendre à droite et à gauche, cl Kray ne manqua pas d’essayer de mettre la circonstance à profit; il rassembla scs masses et chercha à percer le centre. Il ne fallut rien moins pour résister, qu’un de ces inouvcmens impétueux, propres aux troupes nationales, qu’on opéra sur sa gauche , secondé d'ailleurs par l’imperturbable aplomb de toute la ligne. Néanmoins, la question était encore indécise, tjuand Saint-Cyr, ayant enfin triomphé des obstacles que lui opposait Naucodorf, fit entendre son canon. Les impériaux se bornèrent alors à la défensive, et ne combattirent plus que pour assurer leur retraite qu’ils dirigèrent sur Mœskirch.
Ces premiers succès les affaiblirent de plus de io,ooo hommes; ou s’empara de leurs magasins et l'on eut pour appuis le Rhin à droite, le -Danube à gauclic.
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