‹ Tableu des guerres de le Révolution, de 1792-1815Chapitre 19 sur 79 · GUERRES DE LA PÉNINSULE · texte numérisé non relu

GUERRES DE LA PÉNINSULE

OPÉRATIONS EN l'OKTlliAL.

L« corps d'obserratioQ de la Gironde entre en Espagne (iS octobre 18(17). — Il roloie la rionliére du Poriugal(du i8au ig oorembre), — Jilraueliil l'Uerjas (ig juovembrcj. — SVmparc d'Abrautes (ad uoreiubre). — Eiiticc à Lisbuuiic (îo iimenibre).

Pendant Us conférences de Tilskt , Na])oléou , troni|>é par les manières affectueuses d’AUxandre et par des hommages qu’il était en droit de juger sincères, crut avoir acquis, sur le continenl , un fidèle et puissant allié. C’est là qu’il résolut d'attaquer l’Angleterre parle midi dcl’Europe : il fut encouragé par son nouvel ami dans ce projet désastreux dont le i-ésultat devait opérer une diversion si favorableaiix souverains du nord.

Lors du début de la campagne de 1806, le faible cabinet de Madrid avait hasardé une dénonstration hostile à la France; mais le repentir ne s’était pas iong-temps fait attendre. A la rapidité des coups qui renversèrent la moaarclaie militaire de Frédéiic, la cour de Charles IV pressentit

5 U GLERKl^ DE LA liEVOLUTlüiN.

sa propre ruiuc et, duus son empressement à se jeter aux pieds du con-

(jiieraiit, elle courut au devant des mesures qui devaient racccicrcr.

A’apoléon obtint le passage d’une année destinée à détruire les eoinptoirs anglais de Lisbonne et d’Oporto : il obtiiit la coopération des troupes espagnoles; il obtint l'envoi , sur les côtes de la mer Baltique, du marquis de la Bomana , avec i-iyooo hommes d’élite; enfin, sous le prétexte de soutenir la première expédition , il obtint le droit de réunir au pied des Pyrénées 80,000 hommes , qu’il tint prêts à franchir la frontière au premier signal , et à saisir les positions propres à maîtriser la Péninsule.

Cet appendice de l’Luropc n’a point de traits communs avec elle. Plus étendu , les géographes lui eussent , avec raison , donné le nom de partie du monde. Il se compose, comme l’Asie, d'un vaste plateau intérieur, entouré d’une ceinture de Cordillères qui projettent, de quatre côtés, des i ontreforts en gradins. A l’est, au sud et à l'ouest, le terrain descend jusqu’à la mer; mais du côté du nord , il se rebrousse au fond des vallées de l’Ebre et du Duero, pour former le revers méridional de la chaîne des Pyrénées, et le massif de ses prolongemens, depuis les provinces basques jusqu’aux extrémités de la Galice. Une grande variété de température et de fertilité résulte du plus ou moins de hauteur de l’inclinaison ou de l'exposition des pentes. Le plateau central, légèrement incline a l’ouest , renferme de vastes solitudes. Les rares cours d’eau qui fécondent la partie cultivée au sortir des ])laines du centre, r sc précipitent à la U mer par un courant rapide, creusant des crevasses profondes et escarpées H cl offrant , à chaque pas, des scènes pittoresques et sauvages , des pas- R sages étroits et difficiles : on ne peut y faire quelques lieues sans renu contrer un ou plusieurs de ces défilés, comme les Thermopyles ou Tes H Fourches Caudincs, dans lesquels deux ou trois centaines d’hommes suf- Il li.seut pour arrêter des armées entières. Les ravins sont presque tou- H jours à sec et cependant im|>raticablcs » (iliaréchal Suchet).

L’amphithéâtre occidental , qui contient le Portugal tout entier, sc tlislinguc, dans cette âpre contrée , par des aspérités plus rudes et , surtout, par la muraille naturelle qui le sépare de l'Espagne et qui en fait un vaste camp retrauchc.

].ics deux Castilles et Madrid sont sur le plateau central. On y pénètre, au sortir des Pyrénées, par les deux routes royales de Bayonne et de Barcelone et par les chemins de Pampelune et de Saragosse. Ces communications traversent l’Èbre, et la première, qui est la plus directe, passe de la vallée de l’Èbre dans celle du Duero. Une armée française n’est donc affermie à Madrid qu’à la condition de domiticr le cours de ces deux fleuves. C’est dans leurs bassins que sont situées les places fortes de

l’Espagne et que vivent des populations belliqueuses qui jamais n’ont accepté de joug. Mais Napoléon , qui venait de terrasser l’Europe entière, ne tint pas compte de cette première barrière et il lain^a scs troupes en avant croyant saisir une proie facile. Il commença par s’assurer lu possession du Portugal.

Depuis le mois d’août, une armée de a5,oou hommes était réunie à Bayonne sous le nom de corps d’observation de la Gironde. Commandée en chef par Junot , elle formait trois divisions sous Dclaborde, Loison etTravot, plus un corps de cavalerie sous Kellermaun

IjC i8 octobre 1807, lu tête de colonne passa la Bidassoa et quinze jours après, l’armée prit ses cantonuemens à Salamanque. On l’accueillit partout avec méfiance. Les capitaines-généraux de la Galice , de l’Estramadure et de l’Andalousie , qui avaient ordre de seconder ses opérations, réunissaient leurs forces : sur le Minho (8 à 10,000), sur le Tage (5 à 6000) et à Badajoz (5 à 6000).

Cependant la cour de Lisbonne, malgré les noies menaçantes des ambassadeurs de France et d’Espagne, attendait, sans s’émouvoir, le coup mortel. Pour l'arracher à ce sommeil léthargique, le cabinet de Londres se hâta d’armer une escadre dont le commodore Sydney-Smith eut le commandement. Mais Napoléon fit passer à Junot l’ordre d’entrer en Portugal, de marcher, sans s’arrêter un seul jour, droit à la capitale et de la saisir avant l’arrivée des Anglais. Junot remplit exactement cette mission.

Deux partis se présentaient ; lever sur-le-champ le masque, suivre la route directe de Salamanque à Lisbonne, par Ciudad-Rodrigo , surprendre la place d’Almeida et s’engager par Celorico , dans une chaîne de gorges et de défilés longue de cinquante lieuos ; ou dissimuler encore ses projets, côtoyer la frontière jusqu’au Tage, puis courir à travers pays sur Lisbonne.

Le général en chef s’arrêta à cette dernière combinaison, comme plus propre à entretenir la funeste sécurité du gouvernement portugais. Il ébranla son armée en répandant le bruit qu’elle faisait partie d’une expédition préparée contre Gibraltar ; et il la transporta en cinq jours à Alcantara. Là, toujours avec la même rapidité, il franchit l'Herjas, ruisseau qui sépare les deux royaumes , et il s’avança sur Abrantès.

Pendant cinq jours, l’armée parcourut un pays désolé et stérile. La pluie ne cessa d’embarrasser sa marche , et le débordement des afiluens du Tage arrêta tout court les convois et l’artillerie. Les vivres manquèrent et l’on ne put subsister qu’en arrachant aux rares habitans de cette malheureuse contrée leurs chétives provisions. Enfin on atteignit Abrantès sans rencontrer un seul soldat portugais. Junot réorganisa sur-le-

au GUERRES DE LA RÉVOLUTION.

champ un corps de 7 à 8000 hommes et prit position à Punhète. Là, flanque par le Tagc et le Zezère, il somma de livrer Lisbonne le ministère portugais qui savait à peine que le territoire était envahi.

I.e même jour, la flotte hritaiiuiquc parut à l'embouchure du Tage dont l’entrée lui fut refusée. La cour, espérant enfin satisfaire aux exigences de rciiipereur, s’était décidée à rompre avec l’Angleterre. A cet acte de faiblesse , Sydney-Smith répondit par des hostilités immédiates. Une incroyable confusion régnait à Lisbonne, placé entre deux périls ou ne sut point choisir. Aucune mesure n’avait été prise ; cependant 1 0,000 hommes de garnison, secondés par l’élan d’une ville de noo,ooo âmes et par le débarquement des troupes anglaises qu’on attendait d’un instant à l’autre, offraient de puissans moyens de résistance. Mais, udle était alors la toreur inspirée par les armes françaises ! à l’injonction deJunot,ces ressources s'évanouirent et la famille royale donna au monde un effrayant spectacle. On la vit quitter son palais, gagner en larmes le rivageet s’embarquer à bord des vaisseaux anglais. On sut qu’elle abandonnait l’Europe pour le Brésil , et tout un peuple, ému de tant de détresse , ne trouva rien à lui offrir que de stériles vœux.

Après son départ , le commodore fit d’inutiles efforts pour exciter les sentimens nationaux. L’administration était confiée à un conseil de régence dont le premier soin fût de hâter l’arrivée des vainqueurs pour calmer l’effervescence de la populace.

Junot n'hésila pas à pousser en avant, sans canons , sans bagages, sans munitions. I.es pluies continuaient , les fleuves , sortis de leur lit, couvraient toutes 1m routes. Il était impossible de marcher en ordre et i5oo soldats, au plus, avaient gardé leurs rangs, lorsqu’à la nuit on parvint aux portes de la ville. Il faHut payer d’audace; le lendemain, cette poignée d’hommes , harrassée par la pénible course qu’elle venak de hasarder, fit son entrée à Lisbonne , au milieu de son immens«? population stupéfaite de tant de luirdiesse. Opendant rardlleric s’était transportée sur la rive gauche pour trouver une route voiturable , elle ne tarda pas à paraître; le reste de t’armée vint à la file , et, avant que les portugais fussent revenus de leur première surprise , elle s’était formée en prenant l'attitu<le imposante des troupes impériales. I^a flotte anglaise s’éloigna : les divisions espagnoles, se portant dans les Aigarves et sur le Duero , complétèrent l’occupotiou du littoi'al de tout le royaume. Mais ce n’clait là que le préambule des grandes scènes qui allaient se passer dans le reste de U Péntnsuie.

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CAMPAGJVE DE 1808.

OPÉHATIOnS EN ESPAGNE.

Eolrée eo Eipagoe du deuxième corps d'observatiou de U Giroude (sa Dovembre 1807), — Du corjis d'obsei^'atiou de l'Océao (9 janvier i8u8). — Surprise de la citadelle de Pampelune (16 février).— De relie de Earcetonc (a8).-^F.ntréc du corps d'observation des P>Trnées occidentales ( o mars). —Fuite de la cour.— Eévoluiloo d'ArtnJues. — Abdiaation de Charles !▼ (19 nian). — Entrée à Madrid de Murat (a3 mars).— De Ferdinand Tll (34).— Insurreciioo de Tolède (ai avril).— De Madrid (a mai). — Jusuirection générale (mai et jiiiu). — Combaude Torrequemaia (Cjuiu). — De Cabeion (la). — Occupation de Sontander (a3).^BalailIe de Medina-deURio-Sero (14 juillet). —Entrée de Joseph à Madrid (ao juillet).— Premier siège de Saragosse (du a8 iiiin au f4|utl> lut).— CemlNU de AUftorclt ou d'Ëlbuch {7 juin).— Attaque de Valence (aH juin). — Combat d'Alculea (7 juin).— Sac de Cordoue (7 juin).— Combats Je Baylcn (16, 17, 18, 19 juillet). — Retraite générale des Français (fio de juillet).

Au moment même où Junot entrait en Portugal, le a* corps d’observation de 1a Gironde, compose des trois divisions Barbou, Vedel, Mallier, et d’un corps de cavalerie (a 8,000) , commandé en dief par Dupont, passa la Bidassoa et se porta lentement à Valladolid. Lorsqu’il y eut établi son quartier général, le corps d’observation de l’Océan, sous les ordres de Monccj (a8,ooo, divisions Musnier, Morlot et Gobert, cavalerie de Grouchy) , entra dans les provinces basques.

D’un autre côté, la à i3,ooo hommes se rassemblèrent à Perpignan, commandés par Duhesme : plii'ieurs divisions s’échelonnèrent, à l’intérieur, sur les routes du midi : la graude-année fit un mouvement général sur sa droite : enfin , une conscription de 80,000 hommes fut décrétée par le sénat. Ces immenses préparatifs, qui ne diminuaient en rien l’armée d’Allemagne et qui excédaient, au-delà de toute proportion, les conventions arrêtées, annonçaient d’autres projets que celui de soumettre

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le Portugal , qui n’ avait point résiste. Mais lu cour de Madrid n’osait pas même demander d’explications. A peine avait-elle 100,000 hommes sous les armes, y compris le corps de I^a Romana : rien n'était prêt pour la guerre, et le favori don Manuel Godoi , à qui Napoléon avait fait voir, en perspective , une partie des dépouilles de la maison de Rragancc , avec un titre souverain, avait peine h revenir de scs hrillanles illusions. On se garda de rien résoudre, et l’on se borna à recommander aux gouverneurs des villes et des provinces d’éviter de rompre avec les Français.

Bientôt le territoire fut envahi sur tous les points : Duhesme entra en Catalogne, et la division Darmagnac en Navarre. Ces deux généraux demandèrent impérieusement l’entrée des places fortes, dont les portes s’ouvrirent devant eux. Figuères, Barceloue, Saint-Sébastien et Pampeliine, reçurent leurs troupes. Les capitaines-généraux crurent au moins qu’on respecterait les citadelles de Pampelunc et de Barcelone; mais, on en prit possession au moyen d’un mélange de ruse et de méprisante audace, qui blessa profondéinent l’honneur espagnol , et ne fut pas une des moindres causes de la fermentation qui ne tarda pas à se manifester.

Darmagnac s’était logé près de la citadelle. Pendant la nuit du i5 au 16 février, il cacha dans sou hôtel un peloton de grenadiers. Dans la matinée suivante, des soldats répandus, comme au hasard, sur l’esplanade, se mirent à engager un combat à coups de boules de neige. Ce divertis-senient attira la garnison sur les remparts ; il y eut bientôt entre les combattans et les spectateurs, un concert d'éclats de rire et de joyeux houras. Tout-à-coup , quelques hommes apostés se précipitent sur le pontlevis , désarment la sentinelle et saisissent les fusils du corps de garde. Aussitôt les grenadiers débouchent, l’arme au bras, de la maison du général et pénètrent dans la forteresse, où ils ne tardent pas à être suivis de la division entière.

Douze jours après, Duhesme obtint, par un moyen semblable, le même résultat. Il feignit un ordre de départ et commanda une grande revue; pendant les mouvemens multipliés qui attiraient toute l’attention d'hommes, d’ailleurs sans méBance, on enleva brusquement la porte principale et la troupe fit irruption dans l'intérieur de la citadelle. Les gouverneurs, enchaînés par les ordres de la cour, dévorèrent en silence leur affront. Celui de Barceloue poussa la faiblesse jusqu’à livrer le fort de Mont-Jouy.

Maître de trois forteresses, qui semblaient former une base suffisante pour assurer ses communications. Napoléon fit avancer sur Vittoria le corps d’observation des Pyrénées occidentales (a5,ooo), commandé par Bessières. Déjà plus de 100,000 hommes étaient en Espagne. Leur attitude arrogante, leur activité à mettre en état de défense les places dont

on s’était emparé, dévoilaient assez les desseins de l’empereur: pour lever tous les doutes , il appela au commandement général son beau-frère Murat , qui porta le quartier général à Burgos.

A ce coup de foudre, la cour, frémissant d’épouvante, s’enfuit à Âranjuez. Là, on se mit à agiter mille projets. On eut d’abord l’idée de résister ; on rappela les divisions auxiliaires de Junot : mais le plus profond abattement succéda bientôt à ce généreux élan, et l’on paraissait s’arrêter à la résolution d’imiter les princes de Bragance, de partir pour l’Amérique, lorsqu’une révolution de palais éclata dans Aranjuez. I>es malheurs que l’imprévoyance du gouvernement faisait fondre sur le pays , furent attribués au favori. Un cri de fureur s’éleva contre lui : on envahit son hôtel, et il n’échappa au plus cruel supplice qu’en se dérobant à toutes les recliercbes. Le vieux monarque, cédant au vœu général, le dépouilla de ses dignités, et dès le même jour, comme s’il eût craint de ressaisir un pouvoir qu’il s’était habitué à laisser en d’autres mains, il abdiqua en faveur de son fds Ferdinand, qui résolut aussitôt de retourner à Madrid.

Cependant Murat, ayant laissé Bessières en observation aux bords du Duero, marchait militairement sur Madrid, où l’effervescence était grande. Il emmenait avec lui par les routes de Buytrago, Ségovie et Lescurial. Dupont, Moncey et 6000 hommes de la garde. A la nouvelle des évènemens d’Aranjuez, il pre.ssa le pas en redoublant de précautions.

Le z3 mars, il fit son entrée dans la capitale, en roi : mais le lendemain , les Français furent témoins d’une scène d’enthousiasme qui donna la mesure des difficultés que l’on aurait à vaincre. Ferdinand arriva du côté opposé :1a population entière, empressée sur scs pas, l’accueillil avec des transports, qui, au fond, exprimaient l’espoir d’un meilleur avenir et la haine de l’étranger.

Murat prit des positions militaires; trois chaussées partent de Madrid pour Valence, l’Andalousie et le Portugal. Celle-ci était hors delà question. Dupont, avec sa première division et sa cavalerie , s’étendit jusqu’au Tage, pour surveiller les deux autres. Ses a' et 3' divisions s’échelonnèrent par l’Escurial et Ségovie, pour maintenir la communication avec Bessières. Ferdinand ne songeait toutefois qu’à obtenir la paix. Il se hâta de contremander les mouvemens de troupes ordonnés par son père : il offrit même à l’ambassadeur français de faire rentrer en Portugal les corps auxiliaires : mais on reçut froidement scs avances. Tandis que le corps diplomatique se hâtait de le reconnaître, les délégués de l’empereur évitaient de lui donner le titre de roi. Une inquiétude mal dissimulée le gagna ; on lui apprit alors que Napoléon , irrité, se rendait en Espagne, pour ‘prononcer entre son père et lui; il se laissa entraîner à

œurir au devant de son redoutable arbitre. Parvenu à Burgos, où il espé* rait le rencontrer, il s'informa de sa marche, on lui répondit qu’il le trouverait sans doute à Yittoria : après quelques hésitations, il poursui* vit, non sans jeter un regard d'anxiété sur la route que couvraient les troupes françaises; il sut entin queNapoléon n'avait point quitté Bayonne, et il comprit qu’on le conduisait à sa perle : mais il était trop tard pour reculer, et cédant h la fatalité , il sortit du royaume. Godoi , Charles IV, et le reste de la famille royale , arrivèrent sur scs pas à Bayonne.

Pendant que ces princes dégradés portaient aux pieds du conquérant leur triste débat, le peuple espagnol prenait une noble attitude. I.«s capitaines-généraux des provinces ordonnaient des arinemeiis, et, dans les grandes villes, des symptômes journaliers faisaient pressentir uncesplo^ sion prochaine. Déjà Dupont avait été forcé de se rendre d’Aranjuea à Tolède, pour réprimer une émeute qui avait éclaté aux Cris de vive Ferdinand VII , lorsqu'un évènement plus sérieux troubla la capitale. On faisait les apprêts du départ des deux plus jeunes iiifans. Des groupes répandus autour du palais, exhalaient leur douleur et leur indignation, lorsqu’un aide-<le-camp de Murat parut. La fureur populaire se tourne contre lui; on l’entoure, on le frappe, on menace ses jours, il va succomber; mais une patrouille qui survient le dégage. Â celte nouvelle, Murat irrité, envoie sur le lieu du lu scène un bataillon et deux pièces d’artillerie, dont l'arrivée produit une agitation nouvelle. Bientôt le conflit éclate; la troupe fait feu, et le peuple éperdu, s’eufuit par toute la ville en proférant des cris de mort. Au bout de quelques inslans, Madrid entier est insurgé, on saisit partout des armes : on massacre les hommes isolés; on se rend maître des places et des rues principales. Cependant, la garnison (à à 4ooo), rappelée dans scs quartiers par la générale, se forme en bataille, rartillcric, les mamclucks, les lanciers polonais débouchent : la mitraille balaie les grandes rues , et la cavalerie , chargeant Sur les masses, a bientôt déblaye la ville. Dans le même temps, des colonnes d’infanterie courent aux casernes, où les soldats espagnols sout consignés, et au parc d’artillerie : là, les insurgés les ont prévenus, ils ontentraîné les canonniers, Les Français sont accueillis par une décharge à mitraille; mais ils enlèvent intrépidement les pièces et le combat Gnit.

Madrid était pacifié ^ mais toutes les grandes villes s’insurgèrent. Partout des juntes s’organisèrent : telle de Séville s’empara plus tard au nom de Ferdinand YIl, de l'autorité centrale, et se déclara juutc suprême du gouvernement de l'Espagne et des Indes.

Les nouvelles de Bayonne achevèrent de déterminer le mouvement» L'Espagnë apprit avec fureur que les Bourbons renonçaient à la couronne, et qu’une prétendue jlinte, réunie sur lu territoire étranger, venait de

la décerner à Joseph Napoléon. Le cliquetis des armes retentit dans toutes les provinces; on prêta serment à Ferdinand, et la junte de Séville, au nom du roi , osa déclarer la guerre à l’empereur des Français.

C'était la même exaltation qui avait animé le comité de salut public : elle enfanta les mêmes prodiges de dévoûment et de constance. Si 1rs succès furent moins brillans, c’est 4 qu’inférieur en nombre, on avait encore contre soi l'unité de vues, des soldats jusqu’alors invincibles et Napoléon. On profila toutefois de la première surprise. Les juntes de Galice et d’Andalousie, encouragées par les secours de l’Angleterre et par la proximité de plusieurs corps de troupes réglées, mirent deux armées en campagne, dont les opérations furent appuj’ées par une multitude de diversions.

Une aussi vaste insurrection n’cluit pas facile à combattre. Mais, dans ces sortes d’évènemcns, on se refuse toujours à l’évidence ^ on ne vent point reconnaiire sa propre imprévoyance, on ne veut point s’avouer qu’on a dépassé les limites de la patience d’un peuple. (,(» généraux de l’empire semblèrent avoir oublié ce que peuvent les efforts d’une grande nation au désespoir. Ils ne se souvinrent pas mieux des leçons du mnilre« et en s’éparpillant datis tous les sens, ils sc mirent bofs d’état de frapper un coup décisif. L'occupation de Madrid leur parut un goge assuré de la soninissiou du royaume « ils crurent qu’il suffirait île se montrer sur les autres points pour enlever les juntes insurrectionnelles. Toutes les routes lurent couvertes de colonnes françaises. Dupolit, avec sa cavalerie et la division Barbou (ta, 000), traversa la Manche et sc porta à Ândujar, pour menacer Séville et dégager une escadre française qui se trouvait retenue dans le port de Cadix. Junot reçut l’ordre de fappuyer, en faisant filer 3ooo hommes par Badajoe, et Mourey, pour prendre sa gauche) sortit de Madrid à la tète de Gooo hommes et Boo chevaux , marchant sur Valence. Ces trois corps devaient comprimer tout le midi. Dans le mèiné temps, deux colonnes de 4ooo hommes clmcune « sous Schwartz et Cliabrand, débouchèrent de Barcelone, l’une sur Valence, dans le dessein de combiner son mouvement avec celui de Moncey, l’autre sur Saragossc, où Lefebvre Desnoueltcs conduisit directement par Pampelune un corps de formation nouvelle 16 regimens). Enfin Bessières, concentré à Burgos, fut chargé de tenir en échec les insurges de la Galice et des Asturies, et de maintenir la communication avec la France; lui seul remplit sa mission.

L’évêque de Santander avait soulevé toute la province : il s’était emparé deReynosa et Espinosa, débouchés des montagn(^s qui l’entourent, d’où il menaçait la vallée du Ducro. Six bataillons se portèrent contre lui; mais, comme iis arrivaient à Reynosa, Valladolid fit sou mouvo

GUERKES DE LA RÉVOLUTION, ment. Le maréchal leur défeudit de s'engager dans les montagnes, et il envoya contre ces nouveaux insurgés, Lasalle avec quatre bataillons et 700 chevaux. Arrivé à Torrequemada , ce détachement trouva le pont de la Pisuerga harré par les hahitans qui l’accueillirent à coups de fusil. Cette vaine résistance fut bientôt surmontée; le pont fut enlevé et la ville livrée à une de ces terribles exécutions militaires qui , depuis, furent si fréquentes. Au lieu de continuer sa route , Lasalle se porta sur Palencia pour le désarmer et rallier les bataillons de Reynosa. Il avait besoin de toutes ces forces; 5ooo paysans, 3oo cavaliers, conduits par un général expérimenté, Gregorio de la Cuesta, étaient sortis de Valladolid et marchaient à lui. On se heurta à deux lieues de la ville , près du bourg de Cabezon , où la route passe de la rive droite à la rive gauebe de la Pisuerga. Les Espagnols , conhans dans leur nombre , se mirent en bataille, la rivière à dos, et cette faute, si souvent fatale aux coalisés pendant la guerre de la révolution , eut ses conséquences ordinaires. Aux premiers coups de feu, la cavalerie de C.ucsta, tournant bride, se précipita sur le pont : l’infanterie voulut fuir; liiais l’encombrement du défilé lui fit éprouver d’énormes pertes. Le général espagnol, avec ses débris, se retira sur le royaume de Léon , sans s’arrêter à Valladolid. Lasalle y fit son entrée; puis, après avoir employé trois jours à désarmer les habitans, à se faire donner des otages, il retourna à Palencia pour appuyer l’expédition contre Santander, que l’on reprit aussitôt, et qui s’effectua sans grands obstacles. On pénétra par Reynosa et Espinosa, en culbutant des nuées de paysans , postés dans les gorges, et les deux corps, ayant fait leur jonction, parvinrent à Santander. L’évêque, la junte, les hommes armés disparurent, et l’insurrection fut assoupie.

Mais on avait à l’ouest à combattre un rassemblement plus aguerri. C’était l’armée de Galice qui avait trouvé, dans le corps d’expédition du Portugal, un solide noyau (8 à 10,000). Commandée par Blake, elle déboucha du royaume de Léon, rallia Cuesta à Benavente et se porta sur Valladolid , menaçant de s’établir entre Burgos et lé Duero.

Bessières, affaibli par les renforts qu’il avait fournis à la garnison de Madrid, lui permit de s’avancer, jusqu’à ce qu’ayant reçu une division de la grande-armée, que conduisait Mouton, il se vit en mesure de reprendre l’offensive. A peine ces vaillantes troupes furent-elles à Burgos, qu’il les mena en trois jours à Palencia où il rallia I^asalle et où il apprit que l’ennemi se concentrait à Mcdiiia-del-Rio-Seco. Sans attendre le reste de l’armée il courut lui offrir la bataille.

Médina est situé sur le Rio-Seco, petite rivière qui, comme son nom l’indique, manque d’eau presque toute l’année. En avant de la ville sur la route de Palencia s’élèvent deux chaînes de collines sur lesquelles les

BESSIÉHES ( Jeaii-Baplisle),

M»rtrlul de Kraiict. — Duc d-I.trie — Né i Pr««r (LoO

de lu buuilic de Liileeu.

' 5 aniil 176/!.*— Tur CD i8i3, Ij

Bataille de Bio-Seoo

Espagnols s’étaient rangés en dciix. lignes, la seconde s’adossant au ravin. I.ies généraux ennemis étaient parvenus sur le champ de bataillcavec a8 à 3o,ooo hommes. Les Français n’en avaient pas plus de i r,ooo; inai.s dans re nombre figuraient un régiment de cavalerie de la garde et des soldais (|ui avaient combattu à Friedland. Bessières n’hésita pas à commencer le feu. 11 déploya devant la première ligne espagnole un rideau de tirailleurs soutenu par une brigade; puis il forma le gros de l’infantrrie , sous Merle et Mouton, en colonne serrée au fond d’un vallon <juc suit la route, et qui sépare en deux parties le plateau où l'armée opposée avait pris position. I..es généraux espagnols n’avaient aucune idée de ce.s manœuvres qui étaient devenues si familières aux Français : en un instant Merle dépassa la première ligne et se mit à gravir le plateau sur ses derrières, pendant qu’elle répondait de son mieux à la fusillade qui s'était engagée sur tout son front. L’effroi la saisit quand elle se vit entourée, et elle se débanda. Cependant Mouton avait continué .à pousser en avant pour tenir en échec la seconde ligiie.'Elle se porta néanmoins au secours de la première en deux colonnes. Mais tandis qu’elles étaient rudement accueillies en tête, Lasallc, avec la cavalerie, les déborda par la gauche et les chargea eu flanc. Elles ne tinrent pas contre ce double choc, tout s’enfuit, tout disparut. Les plus braves firent volte-face dans Médina, et tentèrent vainement de résister : on les déposta et la malheureuse ville paya cruellement le sang qu’elle avait coûté.

Le succès de Bessières remplit de joie l’empereur. Aux coups vigoureux que son lieutenant avait portés, il mesura les blessures que, sur tous les points, l’insurrection devait recevoir; il la vit abattue, prête à déposer les armes et il quitta Bayonne pour retourner à Paris en prescrivant à son frère de se hâter de prendre possession de la capitale.

L«s communications étaient assurées. Cuesta était rejeté sur le bas Duero et Blake poursuivi par Bessières, refoulé jusqu’à l’Orvigo; Joseph fit donc à Madrid une entrée solennelle; mais l’aspect sinistre de cette grande ville témoignait assez que la guerre était loin d’être terminée.

Les généraux qui opéraient sur l’Ebre n’eurent que des succès partiels. Ivogrono fut soumis et I.«fèvre-Desnouettes, après quelques manœuvres hors de la ville, renferma dans Saragosse les insurgés de l’Aragon que commandait don Juan Palafox. Mais cette antique cité montra dès-lors sa noble énergie: elle épuisa les efforts de Lefevre, et Verdier, qui le remplaça, eut beau pousser l’attaque jusque dans l’enceinte de la ville, il ne réussit point à la désarmer ni à s’y affermir.

Les troupes de Catalogne ne firent aucun progrès; Schwartz fut arrêté tout court, au sortir de Martorel, par l’effet de l’une de ces anciennes coutumes que le temps n’avait point altérées en Espagne et dont

le soulèvement général du royaume tira un si grand parti. Cet usage , particulier à la Catalogne, obligeait tous les hommes à accourir en armes au son de la cloche municipale de leur commune.

A l’approche des Français le signal se fit entendre dans toute la vallée du Llobrcgat. Les somatens, c’est le nom qu’on donne aux miliciens ainsi convoqués, lui obéirent avec ardeur; favorisés par la nature du terrain, ils se jetèrent sur les pas de l’avant-garde de Schwartz. Elle poursuivit cependant sa marche en les dépostant; mais la cloche fatale retentissait toujours au loin, et d'instant en instant survenaient de nouveaux ennemis. Leur feu devint enfin si meurtrier et la route si difficile que le général fit battre la retraite. Il se reporta, non sans peine, à Martorcl, et le lendemain , d’après les dispositions de la troupe, il eut la douleur de rentrer à Barcelone. Cet échec, que les Espagnols exaltèrent outre mesure , força Duhesme de rappeler Chabran, qui avait poussé jusqu’à Taragonne sans brûler une amorce. Sa colonne fut Itarcelée tout lc long de la route, et le général en chef se porta à sa rencontre pour favoriser son retour.

Duhesme essaya vainement de venger ses licutenans, il fut renfermé dans Barcelone, et plus tard Ilcillc, arrivant de l’inténcur, ses efforts furent consacrés à ouvrir la communication avec lui.

La retraite de Chabran détiaiisit l’économie du plan de répression. Moncey, privé de l’appui qu’il devait trouver à sa gauche échoua contre le royaume de Valence. Parti de Cnenca le ii juin, le maréchal trouva le pont du Gabriel défendu par une batterie de quatre pièces et par une nuée d’insurgés. Il attendit, pour ouvrir le feu, son artillerie que l’état des chemins retenait en arrière. Dès qu’il put disposer de quelques canons il ordonna l’attaque. En un clin-d’œil les positions furent enlevées, les Espagnols se replièrent en désordre sur les défilés de las ('.abriilas. Ce sont des gorges (|ui traversent le contrefort qui sépare le Gabriel du Cnadalaviar. Au-delà le terrain s’abaisse jusqu’à la mer, d’une richesse et d’une fertilité sans égales. On n’avait rien négligé pour disputer ce dernier passage. On y avait posté quelques troupes régulières, 3ooo hommes de milice et de l’artillerie. Moncey les fit attaquer de front pendant qu’un détachement les tournait en se glissant sur les hauteur entre tes rochers et les précipices. Déconcertés, par cette manœuvre, ils s’enfuirent jusqu’à Valence, après avoir perdu 600 hommes.

A leur arrivée la ville entière se souleva transportée d’enthousiasme. Elle se compose de vastes faubourgs et d’une enceiute intérieure revêtue d’un vieux mur et défendue par une citadelle en ruines; sa population est de 100,000 âmes. Tout le monde se mit à l’œuvre; on dressa des bateries; on creusa des fossés; on barricada les rues; on prépara des inu-

nitions et l’on jeta, à une lieue des faubourgs, une forte avant-garde, couverte par un canal qui coupe le chemin de Cueiica.

Moneey, retardé pendant trois jours par la marche de ses convois, ne put troubler ces dispositions, et il ne fut en mesure que le ij. Il employa la journée entière à forcer l'avant-garde, à passer le canal , à disperser les tirailleurs qui, à l’aide des maisons et des nombreuses coupures du terrain, faisaient feu sur lui de tous côtés. Le lendemain, le combat s’engagea sous les murs de la ville. Mais l’effort désespéré des babitans l’emporta sur la tactique et la discipline. Le maréchal tenta sans succès d’enlever une des portes; après avoir perdu un millier d’hommes, il ne crut point pouvoir renouveler l’assaut, et comme la province de Cuenca s’était insurgée sur scs derrières , il se mit en retraite par la route royale dont l’accès présente moins d’aspérités. Les levées de Murcie cliercbèrent à l’arrêter au passage du Xucar, mais il les écrasa et il parvint sans nouvelles pertes à Almanza, d’où il se porta à .Albacete, puis à Ücaûa.

Le rappel de Cbabran avait compromis Moneey ; l’ccliec du maréchal eut des conséquences plus funestes pour le a' corps de la Gironde. Parvenuau Guadalquivir, Dupont eut ordre de pousser en avant. 11 sortit d’Andujar par la route de Séville qui longe la rive gauche du fleuve, jusqu’à Alcolea, où elle repasse un moment sur la rive droite, pour traverser Cordoue. J.a tête du pont d’ Alcolea était couverte de retraucbcraens, où la pièces étaient en batterie soutenues par 3ooo hommes de troupes réglées. Ces positions ne tinrent pas deux heures ; on les força, et la division espagnole se replia au-delà de Cordoue. Cette ville essaya d’arrêter les vainqueurs , elle ferma se.s portes et les babitans firent feu. Vaine tentative , dont le seul effet fut d’attirer sur eux les malheurs d’un assaut.

Cependant Dupont mesurait avec inquiétude la distance qui le séparait encore de Cadix. Il s’était d’abord flatté d’y arriver par étapes, et ses premières marches, dans les plaines de la Manche, ne l’avaient point détrompé. Mais, depuis qu’il avait dépassé les défilés de la Sierra-Morena, l’aspect du pays était tout autre. Des villages abandonués, des villes se livrant au meurtre et au pillage, enfin , des corps d’armée où l’on reconnaissait la présence de troupes régulières , constataient l’exaltation que la junte de Séville avait fait naître, et les moyens qu’elle avait de la soutenir. Dans cette conjoncture, le général français prit le parti de se replier à Andujar, et d’appeler à lui ses deux autres divisions. Vedel se bâta de traverser la Manche et de se frayer le col delà Sierra-Morena, qu’occupaient déjà des bandes insurgées. Gobert (qui avait été échangé) s’échelonna en seconde ligne pour maintenir la communication avec Madrid. Dupont était disposé à évacuer l’Àndaloiisie , des ordres

Castailos ouvrit le feu au pont d’Andujar; il fut repoussé; cependant les guérillas de Cruz défilèrent par Marmolejo, sur le liane droit des Français, et Coupigny se montra sur leur gaiiclie, à peu de distance du pont. Le général en chef, surpris de ce déploiement qui semblait préluder à un vif engagement, prescrivit dans la soirée à Vcdel, de lui envoyer pendant la nuit une de ses brigades. L’ordre fut mal compris; aux instances de Dupont, Vedel crut qu’il s’agissait d’une bataille décisive, il ne voulut point se séparer de ses troupes et il conduisit en personne à Ândujar sa division entière, laissant à Gobert le soin de défendre le Haut Guadalquivir.

Mais les mouveraens dont le général en chef avait conçu tant d’inquiétude n’étaient qu’une démonstration, destinée à lui cacher le vrai point d’attaque, et la faute de Vedel seconda puissamment les projets de l’ennemi. L’armée espagnole , que l’on croyait formée en masse au débouché de la route de Séville, profita de la nuit pour pivoter sur Castanos, et au point du jour, pendant que la canonnade recommençait devant Ândujar, Rcding avec la division de droite, composée de Suisses et de troupes réglées, surprit le guédeMengibar, se mit en bataille sur la rive droite et menaça Baylen et Linarcs, Les Français plièrent sous le faix et se retirèrent, mais très lentement jusqu’à Baylen , en appelant du secours. Gobert accourut à la tête d'un régiment de cuirassiers, il ordonna la charge, il enfonça Rcding; mais il tomba mortellement blessé, ses troupes s’arrêtèrent et le commandement se trouva dévolu à Dufour, qui SC mit à reculer. Toutefois rennemi, loin de reprendre l’attaque , employa le reste de cette seconde journée à regagner l’autre rive. C’était s’avouer vaincu , et ce combat, en démasquant le plan des généraux ennemis, indiquait assez ce qu’il y avait à faire. Mais le jour suivant. Dupont se contenta de renvoyer Vedel à Baylen. Pendant que celui-ci revenait dans la position qu’il n’eût jamais dû quitter, d’étranges complications y étaient survenues. Dufour était encore à s’expliquer comment Reding avait pu se retirer au moment même où un nouvel effort lui eût donné la victoire, lorsqu’on lui apprit que Valdecanaz avait surpris le poste de Linarès et que ses troupes filaient sur les hauteurs. A cette nouvelle, il crut tenir le nœud des combinaisons de l’ennemi, il crut rarniéc entière engagée dans cette marche de üauc, et, impatient de la déjouer, il se hâta lui-même de saisir le col de la Sierra. En arrivant à Baylen , à la fin de cette journée si féconde en fatales méprises, Vedel fut singulièrement surpris de n’y trouver personne; il apprit le mouvement de Dufour, et, ne pouvant douter de ses motifs, il le suivit dès le lendemain, après en avoir averti le général en chef.

Une décision rapide eût sauvé le corps d’armée; mais Dupont perdit

en apprêts toute la journée du i8. A la nuit il s’ébranla dans l’ordre suivant : l’avanl-gardc (a6oo) conduite par lui-même, puisBarbou (7700), et enfin l’arrière-garde (i^oo). La roule était encombrée d'une longue flic de voitures; on chemina lentement, et le jour commençait à poindre lorsque l’avant-garde, en passant le pont de la Ramblar, fut accueillie à coups de fusil.

Le temps .si mal employé par les Français avait été mis à profit par l’aile droite de l’armée espagnole. Dans la soirée même où Vedel rentrait à Baylen, Ileding franchit pour la seconde fois le Guadalquivir. Le lendemain, il fit sa jonction avec Coupigny, puis ils se portèrent ensemble sur Baylen, où, à leur grande surprise, ils s'établirent .sans coupférir. Comprenant toute l’étendue de la faveur que leur offrait la fortune, après quelques heures de repos, ils se déterminèrent à marcher sur Andujar pour enlever Dupont.

On SC heurta donc au débouché du pont de la Ramblar. Cette position était tout-à-fait au désavantage des Français; tandis que leurs adversaires s’éiaient mis sans peine en bataille, ils étaient obligés, pour se déployer, de passer un défilé exposé au feu d’une artillerie bien servie. Ils parvinrent néanmoins à former leur ligne au prix de pertes considérables. Leurs pièces, à mesure qu’on les mettait en batterie, étaient à l’instant démontées, et ils ne pouvaient riposter à une violentecanonnadc; malgré ces obstacles, Dupont réussit à contenir les ailes de rcnnenii qui manœuvraient de manière .à l’entasser dans le ravin. Mais lorsqu’il voulut aborder le centre, il éprouva une résistance dont scs efforts désespérés ne purent triompher. Les heures s’écoulaient, un soleil ardent accablait la troupe harassée par les fatigues de la nuit et des jours précédons. On so portait mollement au combat, quand à midi le canon de Castaiïos se fit entendre sur les derrières de la colonne. Alors Dupont tenta une dernière charge qui fut encore repoussée, et à la suite de cet échec, il demanda une suspension d’armes <(ui fut accotdéc sur-le-champ.

D’un autre côté, Vedel ayant poussé jusqu’à la Caroline, n’eut pas de peine à se convaincre que Dufour avait cède à une fausse alerte; il pressentit dès-lors que Baylen devait être occupée et qu’il n’avait point une minute à perdre pour en déposter l’ennemi. Le iq au matin, il revint sur ses pas, et il rentra à Guarroman pendant les dernières scènes du combat qui se livrait si près de lui. Tji troupe demanda à faire une halte que quelques incidens prolongèrent. On avait entendu distinctement le canon, mais le bruit ayant ccs.sé, on croyait qu’il y avait eu une escarmouche insignifiante. Lorsque enfin on se remit en marche, on ne tarda pas à rencontrer les Espagnols et à savoir la triste vérité. Le premier mouvement de Vedel fut de tirer l’épée et de commencer le feu. Les deux

armées étaient dans une situation qui n’était pas sans exemple, et la vie* toire était réservée au plus audaeieux. Si Dupont se trouvait pris entre Oastaiios et Reding, ce dernier était pris entre ses feux et ceux de Vedcl, et des coups dirigés contre lui avec l’ensemble et la résolution dont Rivoli, Hohenlinden et d'autres rencontres offraient la souvenir, eussent entraîné son entière destruction.

Le choc imprévu de Vedel dérouta en effet l’ennemi. Un régiment fut enlevé et déjà tout pliait, quand un officier de l’état-major de Dupont, traversant le champ de bataille, vint lui apporter l’avis que l’on négociait et l’ordre de cesser le feu. Vedcl obéit à contre-cœur, ne sachant au reste quelle était la nature des négociations. Elle était bien changée depuis quelques instans. L’avant-garde de Castanos avait atteint la rive droite de la Ramblar; l’exigence des vainqueurs devenait extrême, et il ne s’agissait plus d’une convention tendant à évacuer l’Andalousie. On demandait impérieusement une capitulation pure et simple, une capitulation en rase campagne! Vedcl, indigné, fit proposer au général en chef de rompre les pourparlers et de s’en remettre au sort des armes; mais celuici ne trouva point, dit-on, dans sa troupe affaissée, l’énergie que supposait cette noble détermination. On signa donc une convention désastreuse, qui ne fut pas même exécutée, en vertu do laquelle les soldats qui venaient de combattre sous Dupont, durent déposer les armes, et les autres troupes se rendre dans les ports voisins pour être embarquées et conduites en France. Pendant les dernières entrevues, Vedel s’était éloigné; les Espagnols crièrent à la trahison, ils le sommèrent de s’arrêter, menat^aut de passer au fil de l’épée les soldats qui étaient cernés. Son conseil de guerre émit l’avis de se soumettre, il céda; il en fut de même des autres corps , et les 1 8 à ao,ooo hommes qui couvraient le midi de l’Espagne , furent perdus pour la cause française.

Cette catastrophe retentit dans toutes les parties de la Péninsule. Madrid, si morue depuis les journées de mai, s’exalta de plus belle. Des groupes animés se formèrent dans les places et les rues populeuses. Les noms de Raylen, de Castanos, volaient de bouche en bouche; on proférait contre la nouvelle cour des imprécations menaçantes, on invoquait l’année victorieuse. La joie n’eut plus de bornes, lorsqu’on sut qu’elle s’avançait à travers la Manche. Joseph ne crut point pouvoir lutter contre l’explosion que son arrivée promettait, et il donna l’ordre de se replier au-delà de l’Ebre.

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