OPÉRATIONS EN AUTRICHE
Combat d’Amitellm (6 nosnnbrp) — Dr nürrnstrin (tt). — Ocnipalion de Vienne (14).— Combat de Hollabrunii (i6). — Bataille d'Aiislerlili (a démnbrc).— Paii de Presbourg.
.Ainsi la Haute-Italie, le Tyrol^ le Vorarlberg, furent entièrement déblayés; les coalisés n’eurent plus à opposer aux vainqueurs , sur la rive droite du Danube, que Kienmaycr et Kutusof, en avant de Vienne, en première ligne , puis, en seconde ligne, au-delà de cette ville, que les deux archiducs qui se rendaient en Hongrie à marches forcées.
Sur la rive gauche du fleuve, les réserves russes se montraient en Moravie, s’appuyant à droite sur le prince Ferdinand qui , s’étant recruté en Bohême , tenait la campagne autour de Prague à la tête de 1 8,000 hommes, et à gauche sur les levées hongroises qui tendaient la main aux troupes ramenées de Tltalie. Toutes les forces coalisées formaient un v.iste demi-cercle, dont la circonférence passait par Prague, Olmutz, Presliourg et la vallée de la Raab , et dont Kienmayer et Kutusof occupaient le centre.
Napoléon s’avancait en pointe, droit au centre par la chaussée de Vienne; Marmont à I.eobcu, Ney à Klagenfurt, Massena à J.«aibach,
CAMPAGJVE DE 1S05.
Saint'Cyr autour de Venise, le flanquaient par échelons des Alpes Norique à l’Adriatique, Mortier par la route de Stein, Kellcrmann parBudweis, Baraguey-d’Hilliers par Pilsen, suivaient son nioiivemcnt en éclairant les avenues de la Bohême.
Le corps austro-russe , après le'passage de l’Enns, lit halte sur les hauteurs d’Amstetten, et l’impétueux Murat, après avoir reconnu sa position fut obligé, pour le déposter, d’attendre les grenadiers d’Oudiiiot. Lorsque ceux-ci se déployèrent, le feu s’ouvrit sur toute la ligne; mais ronnemi tint bon et ne céda qu’à une chargea la baïonnette qui le rompit en lui enlevant près de 2000 hommes.
Ce dernier échec découragea les généraux coalisés, ils rciioncèrent à couvrir Vienne, dont ils abandonnèrent la défense au corps de Meei feld, et ils passèrent le pont de Stein pour se concentrer à Kreins. Leur mouvement causa à Napoléon quelques heures d’anxiété. Mortier était compromis par la rapidité des victoires deMurat. Il marchait à ce même pont, dont les ennemis venaient de proGter, et un choc contre leurs masses était inévitable. Sa défaite pouvait , en ramenant Kutusof à Lintz, forcer la grande-armée de faire quelques marches en arrière. Dans l’atlente de l’évènement, Soult et Bernadotte se rapprochèrent de Mcclk, où était le quartier général, et Davout s’arrêta sur la route de Lilienfcid.
Mortier soutint , en effet, un rude combat. Arrive le jo au soir à Dürenstein avec la division Gazan , il apprit que l’ennemi sc montrait en forces sur les bords du Danube. Cependant il continua sa marche , après avoir donné l’ordre à Dupont de presser le pas et de le i-cjoiudrc. Le lendemain, dès l’aube, 3o,ooo baïonnettes l’entourèrent. Les généraux ennemis avaient présumé que ce nombre suffisait pour l’anéantir, mais il n’en fut point un instant troublé. Durant la journée entière il soutint avec un admirable sang-froid, les plus furieuses attaques. Deux fois les coalisés crurent saisir la victoire ; deux fois, par un nouvel élan de quelques bataillons de braves, i!s la virent échapper. Leurs offlciers sc prodiguèrent, tant ils attachaient de prix à se parer d’un trophée tel qu’un bâton de maréchal ; trois généraux , 6000 hommes succombèrent, et à la nuit la victoire était encore indécise, quand Dupont survenant força les ennemis à vider le champ de bataille.
Cependant Murat et I^anncs s’étaient portés vivement sur Vienne, où ils entrèrent sans résistance. Meerfeld l’avait évacué et n’avait point détruit les ponts dont Lannes s’empara par surprise, et les grenadiers de celui-ci se mirent aussitôt à défiler pour se porter à Stockerau.
Kutusof, menacé sur ses deux flancs, recula jusqu’à Znaym pour sc rapprocher de ses réserves et s’établit sur les hauteurs entre Guntersdorf et Hollabrunn. Son arrière-garde était vivement poussée par
Murat, lorsqu’il dctnantlu à parlementer. Il y eut quelques ouvertures, mais reiiipcreur, ne les regardant pas comme sérieuses, ordonna d’attaquer. Soult, I..aunes et Murat abordèrent les positions de rennemi, et, après sept beures d’un combat nebarué, ils le culbutèrent, lui prirent aoou bonimes, des canons et restèrent maîtres du terrain.
Derrière les trois maréebaux victorieux s’avancèrent en seconde ligne: Davout (|ui , après avoir rejeté Meerfcld au-delà de la Mardi, ill halte à Nikülsburg, puis Dernauoltc qui gagna Znaym par le pont de Stein; Mortier resta en réserve aux portes de X'ieime.
(’.e déploiement de forces ôtait aux généraux battus toute ebanee de succès ; ils continuèrent leur retraite sur la Moravie; on les poursuivit, ou atteignit :’i Uobrlitz leur arrière-garde, ou la rompit si vivement , qu’ils ne songèrent point à jeter une garnison dans la petite place de Brunn dont on prit possession.
Rutusof prolongea jusqu’à Olmutz sa inarebe rétrograde; là il rallia ses réserves, réorganisa l’année et fit volte-face pour reprendre l’offensive.
A sa droite, au sortir de Znaym, il s’était séparé du corps autricliien qui occupait la Dolième.rjernadotte avait aussitôt comblé rintervalle, et en s’établissant de vive force à Teutscli-Bron et Iglau , il avait rcmlu impossible la jonction entre le prince Ferdinand et le général en chef.
A sa gauche Davout, en s’écbclonnant jusqu’à la Mardi, s’était interposé entre scs colonnes et les levées de Hongrie renforcées par Meerfcld.
Pour railleries impériaux, soit à droite soit à gauche, Rutusof était donc dans la nécessité de revenir sur ses pas et de livrer bataille. C’est là que Napoléon l’attendait. I^a grande -armée à .son tour recula pour combattre sur un terrain choisi, pour donner à Bernadotte et Davout le temps d’accourir et de |)rcndre part nu combat. Celui-ci se plaida en réserve du Nikolsburg à la Mardi et fournit au corps de bataille deux divisions d'infanterie et cavalerie qui prirent la droite de Soult. Le premier ne laissa qu'une division à Teulsch-Iiron et revint de sa personne au centre de l'armée.
I.c mouvement de Rutusof indiquait assez quels étaient scs projets. 11 avait quitté à \\ iscliau la route de Brunn, pour sc jeter sur .Austerlitz, i Ivoulail donc passer entre la Mardi et la droite des Français, et ouvrir la communication avec Meerfcld et l’archiduc Charles.
Napoléon feignit une grande crainte, il prit soin, en rétrogradant , de retrancher des hauteurs qu’il n’avait nullement dessein de garder. Il accueillit un parlementaire russe et lui permit, sans témoigner d’impatience, de proposer des cniiditions inacceptables. Enfiu le i" dccciuhrc
il eut la joie de voir les coalisés déboucher d’Âustcrlilz et prendre les positions même où il avait cherché à les attirer. 11 rassembla ses maréchaux et, à l’aspect des lignes ennemies , il s’écria : « Cette armée est à moi. V Au soir les soldais illuminèrent subitement le camp pour fêter l’anniversaire du couronnement , (]ui devait être plus dignement célébré le lendemain.
Au sortir d'Olinutz, la route de Moravie va jusqu’à Posorzitz ; là elle sc partage, l’embranchement de gauche descend par Austerlitz et Gœding a Presbourg ; l’autre conduit d’abord à Bruun où il sc replie à angle droit pour aboutir à Vienne. Un chemin de traverse, partant d'Austerlitz, les réunit et complète un quadrilatère entrecoupé de collines, d’étangs et de ruisse.aux alors fortement gelés.
De ces cours d’eau qui coulent du nord au sud et qui alimentent le grand étang de Menitz, le plus direct couvre les villages de Schlapanitz, Sokolnitzet Telnitz, et le plus étendu suit, en les entrelaçant dans scs nombreux détours, les deux côtés du quadrilatère dont l’angle est à Austerlitz.
Napoléon prévit que , s'il se formait sur le ravin de Schlapanitz , l'armée coalisée manœuvrerait sur l’autre ruisseau , et, cédantà la disposition du terrain , s’avancerait en équerre pour le pousser de front, déborder sa droite, la rejeter sur Brunn et le prévenir à Vienne.
En effet, le a décembre, avant le jour, trois colonnes d’environ
10.000 hommes chacune, commandées par Buxhœveden, s’engagèrent dans l’étroite vallée des étangs de Menitz. Le reste de l’armée, fort de
60.000 hommes, se déploya d’Austerlitz à Posorzitz, les réserves marchant au sommet de l’équerre.
Les empereurs d’Autriche et de Russie étaient au quartier général, et Kutusof, montrant les deux vastes hras, qui menaçaient d’étreindre la grande-armée , leur promit la victoire.
I-a tête de colonne de la gauche chemina long-temps sans obstacle. Le jour venait deparaitre comme elle parvint au pied d’une colline, en avant de Telnitz, que couronnait un bataillon de la division Legrand. C’était rcxtrêinc droite des Français. Le feu s’ouvrit sur-le-champ ; deux fois les ennemis furent culbutés de la hauteur; un troisième assaut les on rendit maîtres et le combat recommença plus acharné dans Telnitz où se trouvait un régiment entier. Les renforts accoururent de part et d’autre, et Legrand parut à l’autre nve'; mais les ennemis, se formant de plus en plus nombreux sur la colline, on évacua le village pour sc replier sur la division.
H était neuf heures et le soleil s’élevait radieux; mais les dernières vapeurs du matin s’élaient couccnlrccs au fond des vallées; de sorte que
Friant, attire au secours de Legrand, par le bruit delà bataille, survint ina perçu. Les deux généraux reprirent inopinément l’attaque, passèrent vivement le ruisseau, repoussèrent les Russes, rentrèrent dans Telnitz et .s’y maintinrent jusqu’à ce que le brouillard fût dissipé. Ayant alors reconnu que d’énormes masses débordaient leur droite, marebant sur Sokolnitz, ils se retirèrent en toute hâte pour leur tenir tête et s’opposer au passage du ruisseau. A la suite d’une longue et sanglante lutte, l’cnncini les força sur tous les points, enleva Sokolnitz et les replia sur les bauteurs à la droite de Schlapanitz. Mais ce surcès n’était qu’apparent; tandis que Legrand et Friant soutenaient l’eflort de 3o,ooo hommes et les attiraient dans des défilés d’où ils ne devaient plus sortir. Napoléon portait le coup terrible qu’il avait préparé.
T.orsque le combat fut sérieusement entamé dans Telnitz , Soult à droite (divisions Vandamme et Saint-Hilaire) , Bernadotte au centre, Lannes à gauche. Mural entre ces deux derniers, marchèrent en avant soutenus par une réserve de ao bataillons de grenadiers (la garde et Oudinut), et bouches à feu, postés sur une colline en avant de Schlapaiiilz. De son côté, Kutusof, enhardi par les progrès de sa gauche, crut le moment arrivé de donner sur toute la ligne.
On ne tarda pas à se heurter avec acharnement sur un front de plus d’une lieue. Vers neuf heures, l’extrême gauche du centre des coalisés, en couronnant le plateau de Pratzen, où elle se croyait encore loin des Français, vit avec effroi le revers intérieur de la colline couvert d’une profonde colonne d’infanterie. C’était Soult avec la division Saint-Hilaire et une brigade do Vandamme; à la faveur du brouillard et de la fuméc’des bivouacs, il avait masqué sa marche dans la vallée et il n’avait plus qu’un pas à faire pour saisir la hauteur qui ferme le ravin où s’était enfourne Buxhœveden.
A ectte funeste nouvelle, les illusions du feld-maréchal se dissipèrent; il reconnut qu’il s’etait cruellement abusé en présumant que sou redoutable adversaire lui laisserait l’initiative. Il comprit que Napoléon voulait enlever sa gauche et que le sort de la journée dépendait de la possession du plateau de Pratzen. Déterminé à le conserver à tout prix , il iîxpédia à Buxhœveden l’ordre de rétrograder, il lui emprunta les troupes qui se trouvaient à sa portée, enfin il appela ses réserves. Mais dans le même instant, Bernadotte et Lannes s’étaient montrés si menaçansque les ré.serves étalent déjà aux prises sur tous les points, et il n’en put tirer que quatre régimens. Avant qu’ils fussent en ligne, la colonne de Soult s’avança culbutant tout devant elle. On la prenait en flanc, elle s’arrêtait, faisait feu et continuait sa marche irrésistible. I.,orsque enfin tous les renforts furent réunis, Kutusof ordonna une charge générale à
SOIXT (Nicolas Jean-de-Dieu),
Marêrhal de Fraqce. — Dncde Dalmatie. — Né le 39 mars 1769.
la baïonnette. Les généraux, l’empereur AlcxaiHlrc lui-même payèrent de leur personne. Ixs Français immobiles attendirent intrépidement le choc, le repoussèrent avec une fusillade à bout portant, tirent dans les rangs ennemis d’iioriibles ravages, puis, chargeant à leur tour, achevèrent de déblayer le plateau. Russes, Autrichiens s'enfuirent pêlemêle, abandonnant leur artillerie.
Soult avait enlevé la clef du champ de bataille. Le centre et la gauche n’obtinrent pas de moindres succès, une brigade de Vandamme étant restée à Pratzen pour lier le centre à la droite fut assaillie par la garde impériale russe. Elle mit en pleine déroute les colosses de l’infanterie, et la cavalerie, brillante, magnifiquement montée, ayant osé pénétrer dans les intervalles , se trouva en présence des chasseurs et des grenadiers de la garde de Napoléon; une seule charge la rompit, elle plia, et dès-lors Bernadotte prenant l’ascendant, s’avança pas à pas jusqu’au ravin et refoula dans Austerlitz le centre et la réserve des coalisés.
Lannes disputa au prince Bagration l’espace entre Posorzitz et un mamelon connu sous le nom de Santon qui servait de point d’appui à l’extrême gauche de la grande-armée. Les deux adversaires avaient pour mission de se rendre maîtres de la chaussée d’OImutz. Le général russe, ayant échoué à l’attaque du Santon , tenait encore à Posorzitz quand les progrès de Bernadotte l’obligèrent à se replier sur Austerlitz et à laisser le champ libreà Lannes et Murat qui s’élancèrent en avant pour couper à l’armée ennemie la retraite sur Olmutz.
La victoire n’était plus indécise. Restait , pour la rendre complète, à faire déposer les armes à Buxhœveden. A peine maître de Pratzen , Soult, faisant face en arrière , se porta contre lui par les hauteurs. Les ordres de Kutusof avaient suspendu son mouvement agressif et les deux divisions qu’il poursuivait, remarquant ses fluctuations, n’avaient point hésité à reprendre l’attaque. Elles l’avaient vigoureusement entassé au fond de la vallée quand Soult parut sur ses derrières.
I.<es malheureux Russes , pris entre deux feux, menacés en flanc par la formidable réserve qui n’avait point encore donné et dont on avait vu, durant tout le jour, la masse imposante manoeuvrer sur le sommet des collines, les Russes tourbillonnèrent un moment , et bientôt leur déroule devint affreuse. Les uns se rendirent, d’autres cherchèrent à s’échapper à travers l’étang de Menitz; mais la glace rompue par une grêle de boulets que vomissait rartilleric de la garde, plia sous le faix et un nombre considérable d’hommes disparut sous les eaux. Buxhœveden, plus heureux , découvrit une digue par laquelle il sauva de ce désastre inouï i à 8000 hommes qui prirent terre à Satschan sur la rive méridionale. Le reste périt ou resta prisonnier.
Dans cette journée, où les coalisés déployèrent près de 100,000 hom> mes contre 80,000 , ils eurent hors de combat plus de 4o,ooo hommes , ils laissèrent sur le champ de hatuiilc3uu canons, dont le bronze s'élève en colonne sur l’une di s plus belles places de Pai is.
Kutusof n’avait plus de retraite que le pont d’IIolitsch où Davout courait le prévenir, quand les trois empereurs, à la suite d’une entrevue, suspendirent les hostilités. On convint que les Russes retourneraient par étapes dans leurs provinces centrales et le traité de Presbourg ue tarda pas à être conclu avec le cabinet de Vienne.
I.a destruction de l’empire d’Allemagne, la créiilion des royaumes de Bavière et de Wurtemberg, la cession du Tyrol à la Bavière, des états Vénitiens au royaume d’Italie, furent les fruits de la mémorable campagne et de la bataille d’Austerlitz.
ÜPBBVTIONS 1)\>S LE RO ï Vil .ME DE SVl'LES.
Form.Hioii de rorniéi* de NapU*s. — Marriip sur Naplci (8 fê\i’îpr i8«C). — Prise* de (lapoiit* (i3).— 8ii*RC de Gaôtc(ia).— Knlrce à Naplw(r4V -Holaillr de Campo-Tencsc (9 mar»).— Conquête des Calabres (du 9 au 19 mars).-~Clmte du Oaele(i8 Juillet).
Le ■x-j décembre , Napoléon mit à l’ordre du jour de sa grande-armée la conquête de Naples. A peine Gouvioti-Saint-Cyr s’était-il éloigné, que la cour des Deux Sicilos, violant la neutralité promise, avait appelé 20,000 Anglo-Russes, dont le débarquement fut annoncé au grand quartier général, au moment où la victoire d’Austerlitz venait de dénouer la coalition. La vengeance fut éclatante. L’empereur déclara que la dynastie
de Naples avait cessé de régner. Une armée d’environ /(O,ooo hommes fut organisée sur-le-cliamp , on la composa de trois corps de i5,ooo, 12,000 et 10,000 hoimnes; on la mit sous les ordres de Joseph-Napoléon à qui lu couronne de Ferdinand était destinée; on donna pour lieutenans au général en chcfIMasscna, Saint-(Jyi’ et Reynier. Enfin, dans le courant de janvier, on poussa en avant.
A cette nouvelle, les Russes so rembarquèrent, les Anglais imitèrent leur réserve, la cour se réfugia en Sicile, et ses troupes, abandonnées à elles-mêmes, ne s'exposèrent pas aux premiers coups. Les colonnes françaises passèrent le Garigliano sans obstacles. Celle de droite marcha sur Gaëte; les deux autres investirent Capoue et sommèreut la place, qui refusa scs portes. Niais dès le lendemain, une députation arriva de la capitale, qui livra les clefs de Capoue, de Pescara et des châteaux de Naples.
Gaëte, somme le même jour que Capoue, répondit par les apprêts d’une défense opiniâtre. 8ooo hommes sous le général Lacour la bloquèrent, et l’armée poursuivant sa marche, fit son entrée à Naples, où elle n’épfouva aucune résistance. Saint-Cyr sc déploya sur l’Adriatique et le golfe de Tarente. Massena fut chargé de réduire Gaëte, et Reynier, soutenu par la droite de Saint-Cyr, eut pour mission de détruire l’armée uapolitainc. Elle s’était rassemblée sur les frontières de la Calabre citérieurc, forte de i8,ooo hommes, commandée par le prince royal.
On pénétra dans les Calabres par deux routes. La moins directe côtoie le golfe de Tarente, coupée par une multitude de cours d’eau; l’autre débouche de la principauté citérieure, et à partir de San-Lorenzo de Padula, elle longe, pendant une quinzaine de lieues, la crête des Apennins, qu’elle traverse enfin entre ('.astelluccio et Morano. Cette longue suite de défilés sc termine par le val San-Martino , col où deux hommes ne peuvent passer de front , et qui aboutit au plateau culminant do Campo-Tenèse. I.es Napolitains, divisés en deux corps, avaient pris position de manière à les intercepter l’une et l’autre. Celui de droite, sous le maréchal Rosenheim, était rangé, la droite au golfe de Tarente. Celui de gauche sous Roger de Damas, occupait la plaine éhivée de Campo-Tcnèse, où il s’élait fortifié, et il avait jeté en avant, sur les bords d’un ravin qui sort du Lago-Negro, une forte avant-garde.
Deux colonnes françaises marchèrent à ces positions redoutables. Duhesme, avec la droite de Saint-Cyr contre Rosenheim : Reynier contre Roger de Damas. Le dernier seul en vint aux mains, il força l’avantgarde qui se dispersa dans les montagnes, au lieu de faire rapidement retraite et de couvrir le val San-Martino. 11 s’enfonça dans cet étroit passage, le franchit sans obstacle, couronna les hauteurs à droite et à gauche de Campo-Tenèse, déborda les ailes de l’cuncmi , almrda le centre
iU GUERRES DE LA RÉVOLUTION.
à la baïonnette, enleva les redoutes, TartUlerie, et mit la troupe dans le plus complet désordre. Ses voltigeurs prévinrent les fuyards à Morano , et leur ôtèrent la possibilité de se rallier.
Rosenheim se hâta d'évacuer les Calabres, dont les généraux prirent possession sans coup-férir. Le 19 mars, Reynier poussa jusqu’au détroit de Messine.
Peu de jours après, Joseph reçut le titre de roi par décret impérial , et le II mai il6t, dans sa capitale, une entrée solennelle.
Cependant le siège de Gaëte se poursuivait avec lenteur. Cette forteresse, qui renfermait 8000 hommes de garnison, forme une presqu’île, liée au continent par un isthme , large de 3 à 4oo toises. Un sol rocailleux et une muraille irrégulière mais presque inexpugnable en défendent l’entrée. Il fallait un train de siège qui fut long à réunir et à approvisionner. Cependant on n’avait pas cessé de pousser les tranchées et d’élever des batteries. Les Calabres réduites, Massena vint en personne prendre la direction du siège, les derniers travaux s’achevèrent, et le 7 juillet les batteries de brèche commencèrent leur feu; en six jours, les remparts présentèrent plusieurs ouvertures, et cinq jours après, comme on se disposait à donner l’assaut, la garnison capitula.
Les Calabres, excitées par les Anglais et les Siciliens , se soulevèrent encore et soutinrent une guerre de partisans, qui dura jusqu’à la (in de septembre.
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0ȣbATI0KS CR PCV8SG.
DéclaraiioB de U Priuse. — Houveoient des armées (dctobre). — Coinbals de SrUeilt (9 oclobre].— DeSmirield(ia), — Bataille d’iéoa el d’Auerstadt (it)— Combat de Wetsseiuée. — Prise d'Erfurth (16).— Combat de Halle (17). — OcctipatioB de Berlin ( aS ). — Combat de Prenlilow (s8.s9). — De Lubeck (6 cl 7 norembrr}.
Avant le traité de Prcsbôurg , la Prusse fit avec l’empereur de nouvelles conventions. Engagée dans la coalition aussitôt après la marche que Bernadette avait faite à travers les margraviats, elle avait envoyé à Vienne, au moment même où la bataille d’AusIerlitz fut livrée, le comte d’Haugvritz qui devait notifier à l’empereur la résolution qu’elle avait prise. L’issue de celte grande journée ne lui permettant plus de courir la chance des armes, son plénipotentiaire substitua des complimens à scs notes menaçantes, et signa une alliance où l’on échangea contre le Hanovre , les margraviats, piétexte de la querelle. Mais la cour de Berlin au lieù de ratifier, joua le scrupule et formula une nouvelle convention qu’à son tour Napoléon refusa de ratifier. Sur ces entrefaites, les tories désorganisés par la mort de William Pitt, s’éloignèrent encore des affaires, et des pourparlers s’établirent entre la France et l’Angleterre. Celle-
ci déclara préalablement qu’aticune transaction n’était possible, si le Hanovre n’était rendu. L’empereur, ne croyant pas qu’il fût convenable d’éterniser la {jiierre pour conserver à la Prusse une province qu’elle n’avait pas acceptée, ne repoussa point l’ouverture qui lui était faite. Le cabinet de Posldam cria aussitô la perfidie, et prit les armes, avant de s’informer si des compensations devaient ou non tenir lieu d’un sacrifice fait à la paix de l’Europe.
JiC# princes de Saxe, la Suède, unirent leurs force» à celles dt| roi Frédéric-Guillaume, et la Russie promit d’intervenir. On mit sur pied 240,000 hommes, qui fournirent les garnisons des places fortes et trois armées actives. La droite (54, 000;, aux ordres de Blücbcret Ruchel, sur IcBas-Weser, lecenire ou armécdii roi (70,000;, commandé par le généralissime duc de Brunswick, à Magdebourg ; la gauche, composé de l’armée de Silésie (55, 000) , en Saxe, sous le prince de Hohenlohe. Il y eut en outre une réserve organisée autour de Berlin par le prince de Wurtemberg. Enfin l’empereur Alexandre concentra sur la Narew les troupes cantonnées eu Pologne et en Lithuanie.
Le théâtre de guerre du nord était pour la première fois ouvert, et il fallait transporter l’armée franeaise du bassin du Rhin dans celui de la mer Baltique.
Au moment de la levée de boucliers des Prussiens,' les armées d’Italie étaient répandues dans le Milanais, les états Vénitiens et le royaume de Naples. Le a' corps avait pris possession de l’Islrie et delà Dalmatie, dont les Russes et les Monténégrins lui disputaient encore (juelqucs points. Ix;s autres corps do la grande-armée occupaient les positions suivantes:
Bernadotte, i" corps (23,000), les margraviats : Davout, 3' corps (35, 000) , (Sittingen ; Soult , 4' corps (4 1,000 ), Passau et l’Inn ; Lannes, 5' corps (22,000), Bischofsheiin; Ney, 6' corps (33, 000), Menimingen; Angereau , 7' corps (20,000) , Darmstadt. La garde , la réserve de cavalerie et le 8' corps étaient rentrés à l’intérieur.
Aux premières apparences d’hostilités. Napoléon transmit à acs maréchaux l’ordre de se rap])rocher du Mcin; les réserves se mirent en marche pour Mayence, et lui-même porta le quartier général à Wurtzbourg.
Dans les premiers jours d’octobre, les baïonnettes franeaiccs couvrirent la ligne sinueuse que forment le Rhin et le Ricin , depuis le confluent de la Lahr jusqu’à Bayrcuth. En la prenant pour base et Berlin pour but. Napoléon avait à choisir entre plusieurs routes. D’abord la grande communication de Francfort, puis celles qui partent de Wurtzburg et Bamberg et se croisent hErfurlh avec la première; puis enfin celle de Bamberg et Bayrcuth par I>:ipzig et Wiiteinberg.
Comme dans la campagne précédente il imposa par sa dcinouslra-
tion aux généraux ennemis et sut leur dérober son véritable point d’attaque. Augerenu manœuvra de Lahr à la Sieg et de la Sieg au Mein. Lannes, Bernadotte, passant le Mein àSchwelnfurt, àBainberg, se montrèrent au-delà de Rœnigahofen et de Cobourg. Ces inouvemens semblaient préparer l’investissement d’Erfurth. Ils persuadèrent au duc de Brunswick que Napoléon voulait déployer sa bol le infanterie dans les forêts de la Thuringe où la supériorité de la cavalerie prussienne disparaîtrait. Frappé de cette idée le généralissime appela dans ses rangs le prince de Ilolienlohe, ne laissant que des détachemens sur la Ilaute-Saalc, et il prescrivit une concentration générale à Erfurtb pour déboucher .sur le Mein par Memmingen et couper en deux l’armée française.
Cependant la garde et Murat, commençant à entrer en ligne, l’armée entière, forte de fg5,ooo hommes, se mit à appuyer à droite et à démasquer l’attaque. Soult et Ncy franchirent le Mein au-dessus de Bayrouth pour se porter à Hof. 'Napoléon , avec la garde , la réserve de cavalerie, Davout et Bemadotle, défila par Kronach sur Saalburg. Enfin Lannes marcha de Coburg sur Saalfcld suivi de loin par Augereau. Ces trois colonnes convergèrent vers Géra. On envahissait donc la Saxe , on débordait l’aile gauche de l’ennemi, on prenait sur lui l’initiative, et, en le coupant de Berlin, on le foirait de commettre à une seule journée le sort de la campagne.
A l’approche de cette masse épaisse , les détachemens qui gardaient Hof et Saalburg sc replièrent à Schleitz sur le corps de Tauenizien ( 5 à 6ooo). IjR général prussien, après avoir pris diverses positions, reconnut l’impossibilité d’assurer ses flancs et de soutenir le choc. Il laissa dans Schleitz une forte arrière-garde pour couvrir sa retraite et prit la route d’Ulm. A peine était-il hors de la ville, que Maison, y pénétrant vivement à la tèle d’une brigade légère du i*" corps, se rendit maître du pont; Tauenizien fut obligé de faire volte-face et le combat devint général ; mais Murat, accourant avec deux régiinens de cavalerie, chargea à dos les ennemis qui s’enfuirent en désordre à Auraa affaiblis do ^ à 8oo hommes.
licjour suivant I.anues eut aux bords de la Saale uu engagement plus sérieux, y à 8ooo honiincs du corps de Hohonlobe défendaient SaaUèld commandés par le prince Louis de Prusse, jeune homme impétueux, aimé de l’armée , dont il brûlait de relever l'honneur et le premier promoteur de la guerre. Son idée favorite avait été de prendre vigoureuseraeot l’offetisive; fi-émissant à l'idée d’abandonner le poste qui lui était confié, il s’obstina, malgré l'évidence, à nier la présence d’un corps de plus de uo,ooo hommes et il ordonna de prendre les armes.
Saalfcld est sur la rive gauche de la Saale, petite rivièi’c profondti-
ment encaissée. Le prince n’ignorait pas que Napoléon débordait de tous côtés sur la rive droite et qu’il ne lui restait de retraite que par Sclnvarza bâti près du confluent d’un i-uisseau de ce nom, déversé par les hauteurs, où il voyait se déployer les troupes qu’il osait affronter. On a peine à comprendre sa résolution de soutenir le combat, au fond d’un ravin, et adossé à deux cours d’eau; l’issue n’en pouvait être douteuse. Lannes n’attendit pas toutes ses divisions. Il prit Suchet avec trois brigades, lui commanda d’en pousser une droit sur Saalfeld et de jeter les deux autres entre cette ville et la Schwarza. Âpres une résistance aussi vive que pouvait le permettre l’aspérité du terrain, la ligne ennemie fût débordée et rompue par son centre. La plus affreuse confusion se mit dans les rangs; le prince , en faisant des efforts désespérés pour rallier les fuyards, fut atteint par le maréchal-de-logis Guindet qui le somma de rendre son épée; il répondit en se mettant en défense et il reçut une blessure mortelle. !^ooo morts et prisonniers , tout le matériel restèrent sur le champ de bataille, le reste s’échappa en passant la Saale et en gagnant le corps de Tauetnzien à travers pays.
Cette déroute complète fut le prélude de l’entière désorganisation de l’armée prussienne. Le 1 1 l’avant-garde de Murat pnt position à Géra, le lendemain et le surlendemain, pendant que Lannes, suivi d’Augereau à une journée de marche , se portait sur léna par la rive gauche de la Saale , les colonnes du centre et de la droite se concentrèrent à Géra et l’empereur y porta son quartier général.
On était parvenu victorieux au centre des communications de l’ennemi, on enleva ses convois, ses courriers; l’on apprit que le prince à AVurtemberg transportait la réserve de Magdebourg à Halle, que les magasins étaient à Naumburg et le quartier générai à Weymar. Ces indications sufllrent à Napoléon; conjecturant que Brunswick allait manœuvrer pour sauver ses magasins et rallier ses réserves , il résolut de prévenir sa jonction avec le prince de Wurtemberg et de le prendre en flagrant délit, au moyen d’une marche de flanc. La grande-armée fit un quart de conversion à gauche et s’ébranla pour enlever Naumburg et saisir les défilés de la Saale. Davout, Bemadotte et Murat coururent à Naumburg ; Napoléon, Soult, Ney et la garde se tinrent prêts à marcher sur léna.
Les coalisés, en effet, après avoir poussé jusqu’au Mein, s’étaient bâtés, au bruit de l’invasion de la Saxe, d’évacuer la Thuringe et de rebrousser chemin jusqu'à Weymar. I.orsqu’ils apprirent que l’armée française prolongeait son mouvement, ils crurent qu’elle allait droit l’Elbe et ils se mirent à la côtoyer en se couvrant des escarpemens delà Saale, pour se concentrer au confluent de l’Unstrutt. Ix' roi et
CAMPAGNE DE ISflU-lSOT, ,
Brunswick prirent avec 5o,ooo hommes la roule de Weimar à Freiburg, et ils laissèrent en arrière-garde Hohenlohe avec 5o à Go,ooo hommes pour tenir tête aux troupes françaises, qui paraîtraient sur les derrières ou sur le flanc de leur colonne.
Napoléon déjoua cruellement ces mesures. Il arriva le premier sur la Saale; un de ses lieutenans arrêta, refoula la tête de colonne et lui-même fit disparaître les corps qui la flanquaient.
Les trois corps de la droite atteignirent Naumburg dans la Joiirnw; du i3. Le même jour , 'comme rempercur allait sorlir de (icra, il apprit que depuis la veille au soir Tonnes poussait 'J'auciit/.ien sur la rive gauche de la Saale, qu’il venait de le «léposler d'iéna et d’enlever un plateau à droite de la ville, d'où l'on domine , à perte de vue , le pays, et d’où l’on découvrait d’épaisses colonnes ennemies. Il y courut au galop entraînant la garde , la première division de Soult et appelant sur ses pas le reste du 4' corps, Ney et une partie de la réserve de cavalerie.
Arrivé sur la hauteur, il reconnut les ligues prussiennes «pii s’étendaient entre la Saale et l’Ilm , de Weimar à Dornhurg. Il entrevit aussitôt le parti qu’il pouvait tirer de ce vaste cham|) de bataille coupe de ravins, de hauteurs, couvert d'une multitude di; villages.
De Naumburg à léna la Saale n’est point guéable. La rive gauche est tellement escarpée, que les généraux ennemis la côtoyaient aussi conflans , que s’ils eussent suivi le chemin de ronde d’un rempart. Ils n’allachaient même qu’une médiocre importance aux quatre défilés qui en donnent l'accès et qui sont creusés au fond de ravins, dont les flancs à pic étaient réputés inabordables pour rartilleric. Hohenlohe laissa donc, sans s’émouvoir, Lannes prendre possession d’iéna et du plateau de I^ndsgrafenberg. Il se contenta d'en masquer les issues, en faisant occuper les villages de Closewitz et de Cospoda. Brunswick allait saisir le passage de Koesen, lui-même tenait encore ceux Dornburg et Camburg; enfin il croyait avoir fermé la hrèclic f.iite par I-annes‘, et rien ne lui paraissait devoir troubler sa retraite, qu’il se promettait de continuer le lendemain.
Mais Napoléon avait autrement jugé du terrain. Le mamelon de Landsgrafenberg, si imprudemment négligé par son adversaire, lui avait paru tout-à-fail propre à servir de base 1 attaque. Entouré de trois côtés par la Saale , le Rauh-Thal, le Mnhl-Tlial, il est presque entièrement fermé, du côté de la plaine, par les bois de Closewitz et de Cospoda. Deux redoutes s’élevèrent dans l’ouverture. I.anncs (!t la garde se mirent en bataille sur les pentes de la montagne, et les troupes du génie aplanirent, avec leur habileté si connue, des rampes par où l'artillerie fut aisément transporté-c. Appuyé sur cette sorte de forteresse , devenue en un clin-
lit
d’œil inexpugnable, l’empereur ne douta point de surmonter la difficulté sur laquelle était fondée la sécurité de l’ennemi, celle de déboiiclier dans la plaine en ordre de bataille. Il bt bivouaquer Soult (t4,ooo) dans le vallon de la Saale pour déborder par le Rauh-Tlial , sur le bois de Closewitz. Augercau (20,000) et Ney (3ooo) étant arrivés dans la soirée, il plaça le premier, partie an fond de Muhl-Thal, partie sur la hauteur en face de Cospoda, et le second en arrière d’Iéna. Énfin il prescrivit à Murat d’accourir auprès de lui; à Davout, à liernadotte, de passer la Saale et de sc réunir à Appolda, pour lounicr l’année ennemie. Murat avait déjà commencé sa contremarche; Davout s’assura du pont de Rocsen;Bernadottc, ayant refusé de s’engager dans le même délilé, se rabattit sur Dornbiirg. ■
I.ie lendemain, avant l’anhe, la troupe se mit sous les armes. Napoléon passa devant les régimens et leur adressa res paroles, qui furent accueillies avec enthousiasme ;
« Soldats! l'armée prussienne est coupée comme celle de Mark l’était a à Ulm, il y a aujourd'hui un an. Cette année ne combat plus que pour « se faire jour et pour regagner ses communications. I/e corps, qui se lais- « serait percer, sc «léshonorerait. Ne redoutez pas cette célèbre eavale- « rie; opposez-lui des carrés hérissés de baïonnettes. »
Quatorze ans auparavant, les Prussiens s’étaient défiioyés dans les plaines de la l.h.ainpagne. Leur généralissime était ce même duc de Rrunswick, doirt l'insolent manifeste avait alors soulevé faut d’indignation ; la plupart des officiers et un gi-and nombre de soldats dataient de celle époque; les passions de leur j)reniière campagne se rtiveillèrent , et le désir de remporter sur leurs vieux adversaires Une victoire éclatante les anima d’une ardeur surnaturelle.
Ia‘s ennemis, de leur côté, ne manquaient point d’exaltation; ils n’avaient point vu sans un violent sentiment d’envie les grands succès de 179U, de !(Soo, de i8o5. I..C peuple de Frédéric n’était-il plus au premier rang des peirples guerriers? Les traditions de la guerre de sept ans étaient- elles effacées? Une nouvelle lutte avec les vainqueurs de Marengo pouvait seule, h leurs yeux, trancher ces questions, où l’honneur national était engagé. Files ne lardèrent pas à être décidées. Déjà les généraux s’étalent laissé surpasser en activité , en prévoyance. Ix'S troupes de toutes armes ne justifièrent pas mieux leurs prétentions de supériorité.
Il y avait analogie entre les positions actuelles et celles de Valmy. Maintenant, comme alors, les assaillans coupaient les communications de leurs adversaires. Comme à Valmy, un brouillard épais enveloppait es deux camps.
A six heures, Napoléon donna l’ordre à Lannes de se porter en avant et de {léblayer l’entrée du champ de bataille, en chassant de Closewitz , de G)spo<la, les avant-postes de Ilolienlolie.
I^a défense de ces deux villages et du bois de Closewitz se liait avec celle de Dornburg. Elle était confiée aux généraux Taueiitzien et Holzcndoi'f (ia,ooo), aile gauche. Les Saxons (aa,ooo) , aile droite, bar.* raient la route de Weimar, en position sur les hauteurs, d’où descend le Muhl-Tlial. Le centre (t.’],ooo) n’élait pas en ligne; il était resté campé à moitié chemin de Weimar à léiia; enfin Ruchel était à Weimar avec lo à 1 1 ,ooo hommes.
Aussi long-temps que dura l'obscurité, l’on se fusilla au hasard; mais à dix heures, le ciel s’étant brusquement éclairci , l’on se mit à manœuvrer. Lannes aborda vivement Closewitz et s’eu rendit maître : dans le même instant, la droite d'Augereau dépassa Cospoda; et Souk , tournant le bois de Closewitz, se jeta d’abord entre Taueiitzien et llolzcndorf; après quoi il poursuivit ce dernier dans la direction de Dornburg.
I.a première ligne ennemie était rompue, mais les nombreux villagcé dont la plaine est couverte, lui permirent de se reformer aussitôt. Ce* pendant, l’espace s’élargissait; Ney, survenant avec sa tête de colonne (3 h 4ooo), donna une nouvelle vigueur à l’attaque. De son côté, Hohcnluhe fut enfin convaincu qu’on livrait la bataille; mais il n’en saisit point les dispositions. S’obstinant à nier la possibilité de se déployer par le Landsgrafenberg , il crut que l’elfort des Français, qui réellement portait sur la route d’Apolda, tendait à percer la route de Weimar. En conséouence il ordonna à sa droite de faire ferme dans des positions que l’on ne songeait pas à aborder, puis il courut avec le centre au-devant des Iroiipes qui débouchaient dans lu plaine et qui lui paraissaient destinées à tourner les .Saxons.
Comme il arrivait sur le champ de bataille , Ney avec quatre bataillons, h la suite d'une vive mêlée, venait de se loger dans le village de Vierzehnheiligen, principal appui de la ligne, où la gauche s’était ralliée. Il voulut le reprendre, et disposa deux fortes colonnes d'attaque. I^aunes accourut avec six régimens et sa cavalerie. Bientôt le choc fut terrible ; deux fois les Prussiens s’élancèrent sur le village dont les maisOns étaient embrasées, deux fois ils furent repoussés; enfin le feu de Ney et d’Augereau débordant cette position si disputée, Hohenlohe lâcha prise et se mit endéfenscdansuiictroisièmeligne,âmillc toises delà précédente, lit le combat se soutint avec une extrême vivacité jusqu'à deux heures. A ce moment Soult, qui, après avoirmis Holzendorf hors de combat, s’était rabattu sur llohenlohe, prit brusquement à revers son extrême gauche et produisit un effet décisif. Les Prussiens plièrent en désordre; leur général, au lieu
de chercher à les reformer encore une fois parallèlement ù eux-mêmes, entreprit, dans cet instant critique, un mouvement périlleux. Il commanda un changement de front en arrière sur l'aile droite qui était restée immobile; mais ses brigades assaillies au milieu de leur manœuvre lâchèrent pied et se débandèrent. En iin clin-d’œil le centre et la gauche disparurent; quelques bataillons tinrent bon; ils furent .sabrés; l’artillerie resta sur le champ de bataille; la cavalerie s’enfuit à toute bride. La bataille était perdue sans ressources; mais deux épisodes de cette grande scène rendirent complète la victoire de l’armée franeaiso.
Luchel débouchait au moment mêtne où llohenlohe était dispersé, et l’aile droite n’avait point quitté sa belle position, qui se trouvait alors en l’air. Ces deux corps furent simultanément enveloppés, rompus et pris en majeure partie. A quatre heures du soir, de toute l’armt'e prussienne il ne restait pas une brigade qui eût conservé ses rangs.
Pendant que Hohenlohe était si rudement démonté, Brunswick essuyait une défaite non moins décidée. L’armée du roi marchait sur Ereiburg, la gauche en avant. Elle se composait de trois divisions Schmettau (8000) gauche, Wartensleben (8000) centre, prince d’Orange (8000) droite; de deux divisions de réserve (ao,ooo) sous le fcldmaréchal Kalkreuth et du corps de Blücher (aooo infanterie, 4^00 cavalerie). L’avant - garde , qui s’était portée ju.squ’aii Mein, était encore au-dessous d’Erfurt.
A six heures du matin, Blücher, avec sa cavalerie, et Schmettau partirent du bivouac d’Aiierstaedt pour reprendre Koesen, que l’on savait occupé, et couvrir la marche de l’armée qui voulait , le mê-me jour, passer rUnstrut. Dans le mê-me temps Davout , réduit par leo; contre-marches de Murat et de Bernadotte sur léna et Dornburg à ses trois divisions, Gudin, Friant et Morand, et à trois régimens de cavalerie (a4 à a5,ooo), déboucha j)our se rendre à Apolda, selon l’ordre qu’il avait reçu. Son avant-garde avait déjà franchi le long défilé qui conduit péniblement au sommet de la hauteur, lorsque, en avant de llassenhausen, elle reconnut l’ennemi. A la suite d’une escarmouche où la première brigade française se déploya vigoureusement, Schmettau se mit en bataille et Blücher fila à droite du village pour rompre par le liane droit la colonne qui continuait à gravir l’escarpement.
Ijc feu s’ouvrit sur tous les points; .Schmettau é-choua devant llassenhausen, et Blücher, ayant chargé l’infanterie, fut accueilli par de formidables carrés, qui, à plusieurs reprises, le culbutèrent d’abord, puis, soutenus par quelques escadrons , le forcèrent de s’éloigner.
Au bruit du canon, toute l’armée prussienne pressa le pas. Elle avait sur les Français l’avantage de pouvoir so déployer : déjà les trois divi-
DAVOUT (Louis-Nicolas ) ,
Dur d'AurrstaedK -> Priqrc dT.rkmohl. ~ Marérhâl de France. —Né, e* 1770,1 ànoeut et B* -or' gngne. — Mort l« 4 ioin tSi3.
Batoille d'AoorttMdt.
sioiis du corps de bataille étaient en ligne, Scliniettuii au centre, et Davoul n’avait encore fait défiler tjue Gudin et Friant. Le premier .s’établit solidement dans Hassenhausen en s’étendant par sa gauche hors du village; l’autre forma ses rangs sur le terrain ubandonué par Blücheret poussa au prince d’Orange contre lequel il eut constamment l’initiative. Brunswick disposa de Schmettau et Warlenslcben pour assaillir de front Gudin et le tourner par sa gauche. Mais ce brave général tint ferme contre des forces plus que doubles. Féofitant avec un admirable sang-froid des moindres plis du sol, il leur fit éprouver d’énormes pertes et les arrêta. Le généralissime , déconcerté par son opiniâtreté, résolut de porter sur le village tout l’effort de ses deux lieutenans. I,a cavalerie au fond de la vallée , les réserves sur la hauteur correspondante, se mirent sous les armes jMJur soutenir cet assaut <pii semblait décisif. Il échoua; la glorieuse division Gudin tint en échec le gros de l’armée ennemie. Elle accabla les têtes de colonne d’un feu terrible. Brunswick, Schmettau furent atteints mortellement, Wartenslebeii blessé, démonté, resta confondu dans la mêlée. Tout plia, tout s’entassa au pied de cet inexpugnable coteau. Le roi prit à ce moment la direction de la bataille : il ordonna à la cavalerie de se ruer à la gauche du village et de tomber sur les derrières de la division qu’une si longue lutte devait avoir amoindrie. Mais Morand survint pour recevoir la charge. Le maréchal Davout forma lui-même les carrés qui soutinrent le choc et repoussèrent au loin l’ennemi.
Cependant Friand n’avait point cessé de gagner sur le prince d’Orange ; on n’avait point de diversion à prendre de ce côté. Davout, avant de donner aux Prussiens le temps de se remettre de leur désordre, prit à son tour l’attaque. Scs trois divisions franchirent au pas de charge la vallée, et abordèrent les collines opposées. La réserve les défendait ; elle était encore intacte quoitpic ébranlée par la défaite des autres divisions. Le roi ne crut point devoir l’engager à fond et il ordonna la retraite. Il croyait rallier Hohenlohe à Weimar, mais à l’entrée de la nuit, en arrivant vis-à-vis Apolda , on aperçut le bivouac de Bernadotte. On sut alors que Napoléon occupait Weimar et que la seconde armée n’existait plus. L’épouvante gagna tous les rangs. Les uns coururent à Erfurt, d’autres se mirent <à errer sans but et enfin à se débander. Les routes se couvrirent de liiyards , d’équipages , de charrois abandonnés. Au milieu de ce désordre, Hohenlohe, avec Go cavaliers, rejoignit le roi qui , après lui avoir donné le coinmandement de ce qu’il pourrait rallier, SC retira à Magdeburg.
Jamais plus grand désastre n’avait accablé les armrés de |la coalition. Cicttc journée mémorable coûta aux Prussiens presque toute leur artillerie,
leurs bagages et plus de 5o,ooo morts , blesses ou prisonniers. Les généraux Brunswick, Mœllendorf, Schmettau et Ruchel périrent. I^e plus grand nombre des fuyards ne reparut plus sous le drapeau. La victoiro fut chèrement achetée à Âuerstaedt ; Davout perdit près de Buoo hommes ; mais à léna, à peine eut-on 3ooo hommes hors de combat.
Celle victoire eut pour suite la conquête rapide des provinces on deçà de roder, I>e lendemain de la bataille , Napoléon mit en liberté les prisonniers saxons et donna à Davout l’ordre d’occuper I^ipzig : il obtint ainsi la neutralité de l’électeur et bientôt son alliance en échange du titrede roi.
I>e reste de la grande-armée fit irruption dans l’espace où étaient éparses les troupes vaincues. Bcriiadoltc s’établit à Querfurt pour empêcher les débris de l’armée du roi de se jeter dans les rangs de la réserve. Soult poussa vivciucnt sur Greuseu et Weissensée. Enfin l’empereur, suivi des autres maréchaux, marcha sur Erfurt qui fut aussitôt investi.
Kaikreuth avait réussi à reformer, sous cette place, ses deux divisions, et Blücher sa cavalerie : tous deux, s’ctanl mis en mouvement pour gagner Magdehurg, se heurtèrent contre le 4' corps et la division Klein de la cavalerie de réserve qui leur barraient la roule ; le premier à Weissensée, l’autre à Grcussen. Blüclier s’ouvrit le passage en jurant qu’un armistice était convenu. Kaikreuth voulut essayer de la même ruse, mais Soult ne l'eu crut pas sur parole. Obligé de combattre , il ne s’échappa qu’en laissant scs bagages cl la plus grande partie de sou monde.
Le môme jour, Ney et Murat forcèrent Erfurt à capituler, on y trouva d’immenses ressources et fou y prit, outre 6000 hommes de garnison, 8000 fuyards d’iéna. '
Le lendemain , Bernadotte aborda devant Halle le prince de Wurteml)crg (1 3,000), le battit et le rejeta par Dessau au-delà de fElhe. Ix> surlendemain , Davout saisit le pont de Wittenherg et la grande-armée fit face eu arrière pour passer i’Elbe, sur leurs pas. Ney seul resta sur la rive gauche pour commencer f investissement de Magdeburg.
On ne trouva point d'obstacle sur l’Elbe, et l’on parvint à Berlin sans rencontrer l’ennemi : le roi presque seul avait traversé sa capitale pour se rendre dans la Prusse orientale suivi des débris du corps battu .à Halle.
Bien ne résistait. Lannes fit capituler Spandau; Soult descendit la rive droite de fElhe et compléta l’investissement de Magdehurg qui ne tarda pas à se rendre. Jérôme Napoléon , à la tête des auxiliaires allemands, envahit la Silésie et s’apprêta à faire le siège de Glogau , de Bres- !aii et des autres forlcress<is de cette province.
les débris de l’armée prussienne cherchèrent vainement un point
d’appui pour sc réorganiser. Toujours débordés par leur droite, ils avaient fui de Magdehurg à Ratlicnau , puis à Neu-Rupin d’où ils gagnaient Prcnlzlow; ils y furent prévenus. Lannes et Murat remontèrent à marches forcées le Havel et TUcker par la rive droite, s’emparèrent du pont de Pienlzlow peu de momens avant l’arrivée des premières colonnes de Holienlohe. Avec des troupes déeouragces, ce général ne pouvait tenter le passage; il capitula. Les corps hors des rayons de capitulation, passèrent sous les ordres de Rlücher qui se retira sur le Bas-Elbe. Soidt et Bcrnadolte le poursuivirent l’épée dans les reins , l’atteignirent à Lubeck et le forcèrent aussi à mettre bas les armes.
En ’i'j jours, la grande armée prussienne s’était évanouie. Quelques faibles détacbemen.s avaient trouvé un refuge dans Hamein et Nienburg, mais ces places furent j)rises par l’armée de Hollande qui débouchait en Allemagne par Munster.
Dans le même temps , Mortier, à la tête du 8' corps ( 1 5ooo) prit possession de la He.sse électorale, du Hanovre, de Hambourg, de Brême. Slettin, à la vue de quelques e.scadrons, Custriii, où 3 à tjooo hommes tenaient garnison , à la sommation d'un seul régiment d’infanterie , ouvrirent leurs portes. Enfin Bmiadolte envahit la Poméranie suédoise.
Napoléon n’avait plus que Dantzig à prendre pour fermer au.\ Anglais toutes les entrées commerciales de rAllemagne. .Attiré par l'appàt de cette conquête , il repous.sa par des conditions inacceptables les ouvertures du roi de Prusse et donna l’ordre à Davout de se porter à Posen.
Ce fut à ce moment , où sa puissance atteignait le faîte, que l’unité, sur laquelle elle était fondée, contracta les premiers germes de dissolution.
I-e sénat fit parvenir à Berlin une adresse de félicitations, dans laquelle il irtsinuait, que la France desirait la paix, et que l’empereur satisferait un voeu national en ne passant point l'Udcr. Ce symptôme d’opposition l’offensa profondément et ne lui fit point abandonner ses projets.
Les victoires d’Llm, d’Austerlitz, d’icna lui avaient livré. l’Allemagne. Il avait mesuré les forces de la Russie et il était sûr désormais de dicter la loi au continent. Mais pendant ces campagnes si brillantes, si décisives , les Anglais , ayant achevé la destruction de la marine française , s étaient arrogé le droit de déclarer bloqués tous les ports de l'empire que le blocus fut effectif ou non. Cette mise hors la loi demandait des représailles. On brûlait d’atteindre des ennemis qui faisaient de leurs forces un abus aussi exorbitant. Mais on ne pouvait y parvenir qu’en ruinant leur commerce , qu’en forçant le parlement à céder nu cri de tout un peuple, et :i changer de système politique.
Ï'J6 GUtKHES DE LA KÉVOLUTlOiN.
Napolcoa reudit les célèlircs décrels de BerUn, aux termes desquels il mit eu état de blocus les lies Brilaiiuiques et défendit à l'Europe d’en* Irelenir avec elles des relations commerciales.
Telle était la fatalité de sa mission. Il fallait périr ou faire tomber les successeurs de l’ill. CcLtc terrible nécessite l'entraîna à se scpai'cr du sénat et de l’opinion publi(|ue, à occuper militairement tout le littoral de la Baltiqucct delà mer du Nord, enfin à rompre violemment des habitudes, des intérêts, dont les passions peuvent faire le sacrifice, mais dont l’iiilerruptlon forcée semble toujours tyrannique.
Le système continental, énergique protestation en faveur des grands principes de la liberté commerciale, souffraittropd’cutraves dans ses applications journalières pour exciter l’enthousiasme, d’où naissent les actes d’abnégation personnelle. Il devait entretenir eu Allemagne et même en Eraiicc une irritation toujours croissante dont on ne pouvailconjurer reflet qu’à condition d’arracher à la fortune de rapidi» et constantes faveurs.
OrÉRATIOMS lis FOI.UUSE.
Ouverture de la campagne do — l’ossage de la VUtulc (129 novembro). — De l'Wkra (si
dcceruhre). — Italaille de PuUtuck (■^('*), — GiUibaU do Mulirunjjtiu (i5 jauvior 1807).— Du l*us- 5riilioim (i"" février), — Do Uerj^fried (1). — De Hoff (6). — D'K)lau (7). — bataille d'Eylau (8) — D'OMroleuka (r6).— -Siê;{e de Dantzig (du s3 février au «4 mai). — Corobalv de la PasMrgf (4- 5-6 jiiin).«-’Bataille de Heilsberg (lo). — De Kricdland (14).— Traité de J ilsift.
La lutte prenait des proportions gigantesques; pour assiéger Dantzig, il fallait tenir tête à la Russie, inquiéter l’Angleterre, organiser l’Allemagne et intimider l’Autriche. Le monde entier s’émut : la Perse prit
une attitude hostile; la Turquie courut aux armes et , pour parer l’eflet de ces diversions , le cabinet britannique couvrit la Méditerranée de ses vaisseaux, attaqua Constantinople et tenta (mais vainement) de s’emparer de l’Egypte.
Cependant la Prusse occidenhdc, divisée en quatre départeinens , fut confiée à une administration ferme et habile. Pour garantie de la neutralité du conseil aulique, on forma des camps sur l’Inn cl sur le Pô. On fil avec la Saxe une alliance offensive et défensive, on poussa le siège des forteresses de la Silésie ; enfin, on groupa à la droite de l’armée , près de la frontière autrichienne , Murat (20,000) , Davoul (22,000) et Lannes (t(),ooo) qui s’établirent à l.Æznica et Sornpolno. quartier général et la garde se portèrent à Posen.
Les coalisés avaient sur la Vistule, j“ entre Graudeniz et Thcrn,
1 5.000 Prussiens commandés par Iz;stocq; 2° à Varsovie, avec une avant-garde aux bords de la Bzara,la première armée russe, sous Bcnningsen (55, 000). Ils avaient en outre à Dantzig, en Silésie , à Graudentz , Colberg , Dirschau et Stralsund 5o,ooo hommes de garnison.
Une seconde armée russe sous Buxhœveden 3G,ooo s’avançait sur la Narew pour se réunir à la première sous le commandement du feld-maréchalKaminskoy; enfin une réserve de qo,ouo hommes était en formation sur le Niémen.
La première ligne couvrait à-la-fois les routes de Koenigsberg , centre des opérations de la Prusse et de Grodno , point de départ, sur le théâtre de la guerre , des corps tirés du fond de la Russie.
Les six premiers corps de la grande-armée , la garde , la réserve de cavalerie de Murat, une seconde réserve de cavalerie récemment formée sous les ordres de Bessières, ayant achevé de passer l’Oder, marchèrent contre la Prusse royale : le 9* corps (Jérôme sous Vandamme) resta en Silésie. Le 8' (Mortier) releva Bernadolle en Poméranie, faisant place dans les villes auséatiques à l’armée hollandaise. Un 10' corps, composé de Saxons, de Badois, de Polonais, de Français et destiné à faire le siège de Dantzig sous le commandement du maréchal I.efebvre, traversa le Brandebourg. Les provinces occupées livraient leurs ressources, la Saxe donna son armée et le territoire de l’ancienne Pologne fournit à Dembrowki le noyau de cotte armée polonaise qui devait rivaliser avec les corps d’élite en bravoure et en fidélité à la cause française.
Toutes ces forces présentaient un effectif de 200,000 hommes , dont
1 10.000 sous les ordres immédiats de l’empereur entrèrent en campagne. La redoutable colonne de droite s’ébranla la première. Murat poussa sur Lowicz une reconnaissance dont l’effet fut de faire reculer les Russes jusqu’à Varsovie. On les suivit; ils abandonnèrent la ville, replièrent le
298 GUERRES DE LA RÉVOLUTlOiN.
pont de balcatix sur la idve droite ci laissèrent une arrière-garde dans le
faubourg de Praga.
Le a8 noveiubre, l'avant-garde française fil sou entrée dans la capitale de raneieunc Polnsne. Ce moment cITaca le souvenir d’une lonauc agonie de misère : tout un peuple opprimé vil subitement renaître les espérances de la patrie. Son enlhousiasme passa toute expression. A scs acclamations, les soldats, transportés d’une ardeur nouvelle, coururent à la Vistule fpii cbarriait déjà d’énormes glaçons, ils bravent .à-lafois tous les dangers , ils se jettent à la nage et vont sous le feu de l’enncnii détacher les bateaux de la rive opposée. Bientôt la cavalerie s’embarque; Praga est emporté; les Busses épouvantés fuient au-delà du Bug.
I.CS corps français s’établirent entre les deux rivières. D’un autre côté, Ney força le passage à Tliorn; Bernadotte partit de Dirschau et occupa sur l’autre rive Llbing cl Marienwerder, de manière à couper Dantzig de scs communications avec Koenigsberg et l’armée. Enfin Augcrcau, Soull , Bessières débouebèreut par /.akroczym, Wyzogrod et Tborn.
Lestocq et Benningsen étaient en pleine retraite; mais à Ostrolenka, co dernier, informé de l’approcbc de Buxbœvedcn , suspendit le mouvement rétrograde, et résolut de revenir sur scs pas, de reprendre l’attaque avec plus (le 100,000 hommes pendant que scs ailversairos étaient encore séparés par le cours du Bug. I.’année combinée , ramenée sur rWkra et ses nombreux afiluens, fit balte et se reliancba dans le but de se préparer uue base pour recoiujuérir l’espace entre le Bug et la Vistule. Mais Napoléon la prévint eu l’attaquant dans ses ligues.
Il prit pour but de scs manœuvres Pullusk, quartier général de Beuningsen, nœud des routes de Kœnigsberg et de Grocluo. I>a possession do Cette ville devait forcer les Busses et les Prussiens ou à séparer ou à découvrir un de leurs centres d’opérations.
L’armée entière s’ébranla ; Bernadotte se lia par sa droite à Ney qui prit position à Bypin; Bessières, Soult, Augercau formèrent lelirs colonnes à Sierps, "Wyzogrod et Zaki oezym. Tous ces corps eurent ordre do marcher de front sur l’Wkra, taudis que Davout , I..anucs et Mural se disposèrent à pénétrer entre cette rivière et lu Narevv.
Davout força d’abord le passage de Bug un peu au-dessous du confluent de rVVkra, puis, .nu moyeu d'un à droite, il se transporta au-delà de ce dernier cours d’caii, et se mit à remonter la rive gauche en refoulant la gauche des Busses. Lorsqu’il eut fait une large ouverture, i\Iurat le suivit en seconde ligne, et Lannes, passant iltn-rière eux, appuya à droite, emporta vivcmcul Nasiclsk et pointa sur Pullu^k. De leur côté, les trois corps de la gauche poussèrent I..estocq; Bessières, en débouchant brusquement à Biezuii, le rejeta sur la chaussée de Tborn à
Grodno, et Soult, en se portant à grands pas à Cicchanow, acheva de le séparer des Russes. Ceux-ci, se voyant débordes à gauche par Lannes, à droite par Soult , évacuèrent en toute hàlc leurs rctranchcmcns. I.cs divisions se inêlèreiil , on sacrifia des bagages , de l’artillerie, et, gagnant ainsi de vitesse , on prévint les généraux français sur la Narew.
Benningsen avait déjà rangé /jo,ooo hommes en avant de Pultusk, lorsque Lannes s’y présenta; mais le prince de Gallitzin (du corpsde Buxhœveden ), dont ta droite était pressée par Augereau, fut obligé de faire volte-face à Golymin avec a5,ooo hommes, pour soutenir le choc de Davout et de Murat. Une double bataille s’engagea dans ces positions, où les deux généraux russes étaient gravetnent compromis. Soult, continuant à déborder Gallitzin , venait, au sortir de Ciechanow, de se jeter dans des chemins de traverse pour percer jusqu’à Makow et pénétrer le premier sur la Narew. Mais il dégelait, le sol naturellement fangeux était tellement détrempé, que le 4* corps, n’ayant pu vaincre les difficultés du terrain, arriva trop tard. Les ennemis n’eurent contre eux que les chances ordinaires des armes.
Lannes, soutenu à gauche par une division de Davout, était encore de moitié moindre que son adversaire; mais on ne comptait plus et il n’hésita pas à ordonner l’attaque. Le combat se soutint jusqu’à la nuit sans avantage décidé. Cependant , les Russes perdirent plus de 5ooo hommes, et les Français n’eurent que6 à 700 morts et i5oo blessés. Benningsen ne crut point devoir hasarder une seconde bataille, il profita de l’obscurité pour passer la Narew, abandonnant la pièces de canon et quantité de bagages.
A Golymin , on était d’abord à nombre égal. Les Russes étaient postés dans le village et dans les bois qui l’environnent. L’infanterie de Davout les chassa pied à pied et finit par les entasser dans le village. A ce moment, Augereau approchait , et, si l’on eût pu saisir la route de Pulstuck, ils eussent été enveloppés. Davout l’essaya , il détacha sur sa droite une brigade de dragons pour leur couper la retraite; mais les chevaux s’embarrassèrent dans un terrain marécageux, une nuée de tirailleurs les arrêta, la manœuvre manqua et l’ennemi se hâta de se retirer par la seule ouverture qui lui restât. Il prévint Soult à Makow, d’où il gagna Ostrolenka.
Le même jour , Ney rejeta définitivement Le.stocq sur la route de Kœnigsberg. Ce général avait fait un dernier effort pour renouer par Soldar la communication avec les Russes; le G' corps iléjoua ce dessein, repoussa toutes ses attaques, lui prit des drapeaux, du canon, et le poursuivit jusqu’à Djaiiow.
L’armée coalisée, affaiblie de plus de 10,000 hommes, était désormais séparée en trois corps, et la grande-armée avait réussi à se concentrer
iOO GL’KKRES i)E LA RÉVOLUTION',
au nœud des roules par icscjuclles ils pouvaient déhouclicr. L’élal de la saison cmpêrha de les poursuivre. Lamies se contenta de prendre position à Ostrolenka et de laire neltovcr par sa cavalerie la vallée de la Narew. Les autres corps se répandirent dans leurs (|uartiers d’hiver, en couvrant leur front par la Passargo cl l’t tinulew. Sous leur protection, rinvcstisscnicnt de Dantzig commença par la rive gauche de la Vistule.
A la fin de janvier, Bernadotte avait sou (piarlier général à Elbing; Ney e'tait à Gilgenhurg et Nicdenbui'g , communiquant avec le premier corps par Osterode et Mohrungen , et éclairant la Passarge et la Haute- Aile; Lefebvre était à Thorn; Soult couvrait rOmulcw; Davout, Lanncs et Augereau étaient échelonnés de Pulstuck à la rive gauche de la Vistule. Legrand quartier général, la garde et la cavalerie étaient rentrés à Varsovie. On croyait passer dans ces positions tout l'hiver, lorsque Benningsen, ayant réorganisé l’armée coalisée dont il avait reçu le comniandemcnt en chef, entra inopinément en campagne à la tôte de (00,000 hommes.
Après la bataille de Pultusk, les Russes, au lieu de prolonger leur retraite par la roule de Grodno, s’étaient jetés à droite dans la Prusse orientale, et l’armée entière s’avancait par les deux rives de l’.Alle, espérant pénétrer entre Bernadotte et Ney, resserrer le premier entre la mer et la Basse-Vistulc, s’établir sur le bord de ce fleuve, dégager Dantzig, et reporter la guerre dans le Braudeburg. Masqué par d’immenses forets, Benningsen avait pu dérober ses mouvemens aux avant-gardes françaises qui, toutefois, avaient conçu de vagues soupçons. Sur leurs rapports, Ifapoléon se tenait prêt à lever les quartiers d’hiver et à parera tout évènement.
I/ea4 janvier, l’avant-garde russe parut sur la Passarge, près de Liebstadt, et força le passage de la rivière. Aussitôt l'alarme se répandit sur toute la ligne. Bernadotte, après avoir soutenu à Mohrungen contre I '7,000 hommes un combat, où il eut besoin de toutes ses 'ressources pour se rendre maître du champ de bataille, concentra le j"'' corps à Osterode. Ney prit position à Hohenstein ; la communication fut établie entre eux et les deux maréchaux se mirent en mesure de combiner leurs manœuvres, soit pour marcher en avant, soit pour rétrograder. C'est à ce dernier parti que s’arrêta rempereur. I.orsqu’il eut la certitude que toute l’armée coalisée débouchait, il voulut tourner contre elle son audacieuse tentative, sc porter sur ses derrières, l’acculer à la Vistule. Il prescrivit en conséquence à Bernadotte de refuser sa gauche , de se retirer même, s’il le fallait, jusqu’à Thorn, pour laisser Benningsen suivre sa pointe et se compromettre d’autant plus fortement.
Celui-ci, pivotant sur sa gauche qui s’appuyait à AHcnstein , lit irrup-
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tion dans les cantonnemens que le premier corps venait d’abandonner. Sa droite, poussant jusqu’à la Vistule, débloqua Graudentz. Bernadotte, en prenant position chaque jour, gagna Lobau, Ncumarkt et Strasburg.
Cependant, Napoléon préparait un de ces coups décisifs qui l’ont élevé à une si grande renommée. Soult, Ney, Davout, Murat, Bessiè* res et la garde s’échelonnèrent parallèlemont à la grande route de Varsovie à Kœnigsberg, llanqués par leO' corps, qui prit position à Ostrolenka, pour faire face aux troupes qu’on savait rassemblées à Byalislock , sous les ordres d’Essen. Cette masse formidable prit iramédiatenient l'offensive en poussant sur Orteisburg et Hoheustein, dans le but de rompre l’aile gauche de Benningsen et de couper sa ligne de retraite.
Bernadette devait, au moyen d’une marche forcée, tourner l’avantgarde russe pour venir prendre la gauche de Ney ; mais l’ollGcier , chargé des instructions qui lui étaient destinées, tomba entre les mains de l’ennemi. Benningsen fut instruit du plan de Napoléon. 11 put mesurer à-la-fois le péril qui le menaçait et le parti qu’il devait tirer de l’heureuse information quiluisurveuait.il rappela sa droite (l.estocq) quitta rapidement la route de Tborn et porta son centre au secours de sa gauche, tandis que les Prussiens remontèrent jtisqu’à (Jsterode. Il espérait prévenir l’armée française sur la rive gauche de l’Aile, s’assurer de la route de Heilsberg et tenter le sort des armes. Mais, lorsqu’il eut franchi la Passarge, il trouva sa gauche chassée de Passenheim, d’AlIcnstein, et il se mit en bataille sur les bauleurg de Suktdorf, la droite à la Passarge, la gauche à Bergfried sur l’Allc.
Ï.A fortune l’avait sauvé d’une destruction inévitable; mais pour échapper entièrement, il lui restait à faire un mouvement difficile : c’était, puisque la roule de Ileilsherg était déjà fermée, de défiler par le flanc gauche sur Prcussisch-Eylau , devant le front de la grande-armée. 11 ne s’en tira qu’en jetant sur les pas de ses adversaires de fortes arrière-gardes qui SC firent hacher.
Napoléon, le voyant disposé à tenir à Suktdorl, rangea, dans l’intervalle entre les deux rivières, la cavalerie, la garde, les 3' et 7' corps, et chargea Soult , soutenu par Davout, d’enlever le pont de Bergfried pour déborder sa gauche. Cet ordre fut vigoureusement exécuté. Soult entra dans Bergfried à la suite d’un brillant combat qui coûta aux ennemis près de 2000 hommes. Au bruit de son canon, le léu .s’ouvrit sur toute la ligne; mais il était tard, et l’action fut suspendue par la nuit, dont Benningsen profita pourse retirer à marches forcées jusqu’à Wolfcrsdorf. Là il lit halte , après avoir placé 9000 hommes à Deppen, pour rallier l’aile droite qui était encore de l’autre côte de la Passarge. Le lendemain , on culbuta scs arrièrc-gai'dcs : Murat sabra, prit et dispersa la colonne de
Dcppen. Ta; surlendemain, Ney atteignit entre Deppen et Liebstadt, l’avanl-garde de Tx-stocq qui croyait encore la route libre. Cette troupe (3 à 4ooo) fut entourée et enlevée. général Prussien recula jusqu’à Spandau, et Ney manœuvra de manière à le rejeter hors du champ d'opération. Pendant ce temps, le ceiilre de Benningseii batlit en retraite par la route de Rœnigsberg, et son aile gauche par le chemin de Heilsberg, qui côtoie la rive gauche de l’Aile. Davout poursuivit cette dernière colonne, les autres corps s’avancèrent par I/andshcrg, et Murat eut eii'* cote à combattre à (îros-GlaïuIen et à lioff, des arrière-gardes destinées à ralentir le mouvement.
Le déploiement des trois colonnes de la grande-armée les portait naturellement à SC réunir à Eylau. Une fois concentrées , Heu ne pouvait les arrêter en avant de Kœnigslx'rg. lîenningsen résolut de prévenir leur rcU nion et indiqua, comme ralliemetit h ses deux ailes, la ville d’Eylau, où (I fît halle avec son centre dans le dessein de battre les corps français qui Se heurteraient les premiers contre lui, et ensuite d’engager une affaire générale.
Le 7 février, Murat etSoult, mai-chant à la tète de la principale colonne, trouvèrent les approches d'Eylau fortement défendues; ils consacrèrent à les déblayer le reste du jour, et ils combattirent toute la nuit pour s’emparer de cette petite ville, dont la possession était importante pour l’une et l’autre armée. Ils l’enlevèrent rue par rue^ et cette résistance acharnée suffit pour que Napoléon pénétrât le dessein du général russe. Il pressa la marche d’Augcrcau, des réserves, et le lendemain, quand les ennemis se déployèrent pour reprendre la position , on était en mesure de soutenir le choc jusqu’à la venue de Davout et de Ney. Bernadotte, à peine arrivé sur la Passarge, était hors de compte.
La neige et la glace ayant nivelé le terrain, c’était une bataille en plaine. Les seules positions étaient d’abord Eylau, bâti dans le sens de la route d’Hciligcnbcil, présentant au front de l’eiinemi la convexité d’un arc de cercle , puis les petits villages de Serpallen, Sansgarten, Kuschil- Icn, Schmoditlen, formant autour de la ville un demi-cercle de looo à 1200 toises de rayon.
Les coalisés, affaiblis par leur pénible retraite de près de ao,ooo hommes, étaient, au nombre de 8o,ooo, rangés sur trois lignes de Sebmodilteii à Serpallen. I>a grande-armée, privée par un malenconlrcux hasard, du corps de Dernadotte (20,000 hommes), iic comptait pas plus de 68,000 combattans.
Soult, s’étant rangé devant Eylau, appuyait à droite pour faire place à Augereau et pour se lier avec Davout, qui avait reçu l’ordre de se rabattre sur le champ de liataille, de manière à déborder l’aile gauche de
l’ennemi, lorsqu’une violente canonnade éclata contre lui. On y rcpoudit avec vigueur, et à mesure que le débouchése dégagea , les divisions d’Augereau défilèrent dans le but d’assaillir le centre de Heniiingscn.
Ces dispositions proineltaieiil un de ces prompts succès auxquels la grande- armée était accoutumée. Mais à Eylau comme à Pultusk, les Russes furent secourus par le terrible auxiliaire, qui (levait plus tard les faire triompher. Un orage de neige, soulevé par le vent du nord, éclata; Augereau s’égara dans l’obscurité et donna, tète baissée, entre la droite et le centre de reimcmi. Avant d'avoir le Irinps de se reconnaître, il fut pris entre deux feux et souffrit de grandes pertes; s(;s deux généraux de division, lui-même, quittèrent le champ de bataille giàèvcment blessés. Le corps se mit à llotter, et reimemi parut prêt à pénétrer dans l'intervalle, que sa fausse direction avait laissé entre sa droite et la gauche de Soult. Napoléon vil le péril et le prévint. Il lainja dans l’ouverture Murat, avec quatre divisions de cavalerie, soutenu par Bessières et la garde. Cette masse formidable écrasa la cavalerie russe, rompit les deux premières lignes d’infanterie et traversa le cbainp de bataille dans toute sa largeur; enfin, après avoir fourni, non sans perte, cette charge brillante, elle détruisit une colonne de /(ooo hommes, qui s’était aventurée jusqu’aux maisons d’Eylau. Peiidaiil ce temps, Davout s’étant di-ployé perpendiculairement aux ligues ennemies, la gauclie à Serpallcn , commcn(-a à pousser leur gauche sur le centre. Après plusieurs incidens variés, après avoir enlevé Sansgarten , il envahit le terrain jusqu’au-delà de Kuseliiucn et de la route de Friedland. Les Russes, resserrés près de la chaussée de Kœnigsberg, seniblaienl n’avoir plus qu’à faire une prompte retraite, quand Ixstorq, qui manreuvrail depuis le matin pour écliappcr à Ney, parvint à jeter au-delà de la droite du maréchal 7000 hommes, qui, débouchant par .Schmoditten, se portèrent aiissiltit contre Davout et le firent reculer jiisfiu'au-delà de K.iiscbilten.
Cependant Ney, oeciqié à pousser la droite deLeslocq, averti par des maraiulcurs que l’on devait |êlrc aux prises, s’arrêtait fréquemtnent, prêtait l’oreille et recueillait comme un bruit sourd qui retcutissait au loin : il se convainquit enfin qu’on se battait, cl laissant là les Prussiens, il marcha au canon , entra en ligne en enlevant les premières maisons de Schmoditten, appui de la droite des Russes, cl les détermina a s’éloigner. Il acheva de sc rendre maître du village et tailla en piîjces leur arrière-garde dont la retraiteétail coupée.
Celte journée, que le désastre d’Augereau avait rendu si sang aute, coûta aux coalisés du canon , des bagages, Gooo morts et ao,ooo blessés, dont le plus grand nombre resta prisonnier. La grande-armée perditSuou morts et eut i5,ooo blessés. C’était un vide qui devait sc faire sentir.
I.a «li-sorganisation du 7' corps, le dégel qui survint pendant la nuit, emjièchèrciit Napoléon do rien entreprendre; Murat seul lança quelques escadrons qui suivirent renneini jusque sous les murs de Kœnigsberg; les vainqueurs prirent leurs cantonueniens en avant d’Eylau.
Un dernier engagement mit fm à la campagne d’hiver et ajouta aux désastres de l’ennemi. A peine les Français étaient-ils dans leurs quartiers, que des nuées de Cosaques se répandirent entre l’AIIc et la Narew , et sc mirent à harceler leurs flancs et leurs derrières. Savary , en l’ahscnce de Lamies, commandait le C' corps; pour réprimer ces mouvemens, il étendit sa gauche sur l’Omulew et donna à Essen la tentation d’attaquer Ostrolenk.a. Les Russes, au nombre de a5,ooo, descendirent simultamiment les deux rives de la Narew. Averti de leur marche, Savary courut à Ostrolenka avec Oudinot, et leur opposa des forces égales. Il fit assaillir et repousser au loin la colonne de droite, puis laissant l’autre s’avancer jusqu’aux murs de la ville, il la reçut à bout portant. Ecrasée par un feu terrible, découverte sur son flanc droit , elle sc retira précipitamment abandonnant sept canons, deux drapeaux, 1300 morts et aooo blessés.
A peu de jours de là , Napoléon , après avoir occupé Eylau assez longtemps pour faire évacuer les hôpitaux et les trophées qui constataient sa victoire, fit rentrer l’armée dans son ancienne ligne de cantonnemens , rréolu à suivre avec vigueur le siège de Dantzig et à suspendre jusqu’à la reddition de la place toute opération offensive. Bernadotte s’établit à Braunsberg et Spanden où il éleva une tête de pont. Soult à Liebstadt remplit la trouée par laquelle Benningsen avait pénétré. Ncy prit sa droite Deppen; vint ensuite Davout entre les sources de la Fassarge , de l'Aile et de rOmulew, se Haut par cette dernière rivière au 6* corps dont Massena vint prendre le commandement.
La garde ,1a cavalerie, les grenadiers d’Oudinot, une division polonaise, une division bavaroise, rendue disponible par la capitulation de la majeure partie des places de la Silésie; formèi'ent une seconde ligne à Osterode , Niedenburg et Pultusk ; le quartier général fut porté d’abord à Osterode, puis plus près de Dantzig à Finckenstein.
Les débris du 7' corps avaient été répartis dans l’armée. Le p' corps achevait la conquête de la Silésie dont il démantelait les places. I.e 8‘' a.ssiégeait Stralsund etColberg. Enfin le tu' (37,000) protégé par une liarrière de i5o,ooo baïonnettes, resserrait les Prussiens dans les murs de Dantzig et commençait le blocus.
A 13 lieues de la mer, la Vistule jette sur la droite, dans le golfe de Frisch-IIaff , un bras qui prend le nom de Nogat et entoure une île du même nom. Elle continue ensuiteà remonter au nord jusqu’à deux lieues de la côte. I..à elle se sépare encore pour courir d’un côté à l’orient et -sc
CAMPAGNE DE 180iM8û7.
perdre dans les mêmes eaux que la Nogat , de l’autre à l'ourst , où après avoir baigné par sa rive gauche la vaste forteresse de Dant/.ig, elle fait un détour et gagne le golfe de Dantzig. Ces deux dernières brandies entourent, avec le Frisch-Haff et la mer, une longue langue de .sables qui s’étend jusqu’à Pillau et qu’on appelle l'ile de Nebrung. ('.es bras, CCS îles compliquaient du côté de la rive droite, le blocus de la place. Sur la rive gauche, il fallait maîtriser le fort de Weicbsclmiinde , .à l’embouchure du fleuve , et un camp retranché qui r<;nrerinail le port.
Lorsque les opérations commencèrent, le corps assiégeant n’t’Hait pas entièrement en ligne, mais la garnison qui devait être portée à «0,000 hommes était incomplète et le gouverneur, fekl-marécbal Kaikreulb, était absent. On débuta par l’attaque de Dirscliau qu’occupaient les avant-po.stes prussiens. Cette ville fut enlevée :i la suite d’un combat .sanglant ; après quoi , le maréchal se rapprocha de jour en jour de la place jusqu’au 18 mars , époque à laquelle il ne restait qu’à s’emparer de l’île de Nehrung , dont l’abord était interdit par les énormes glaçons que charriait le fleuve. Ce fut à ce moment que Kaikreulb et le coinpléincnt de la garnison profitèrent du chemin qui était encore libre, pour entrer dans la place dont ils cherchèrent au.ssitôt à éloigner le corps assiégeant. Leur tentative fut secondée par Ikiiningsen rpii parut à-la-fois sur tout le front de la grande-armée. Ses troupes passèrent l’Aile et la Passarge, tombèrent a Braunsberg sur la gauche de Bernadotte , et à Guttsiadt sur les avant-postes de Ney. Elles furent d’abord repoussées sur tous les points. Ensuite l’empereur ordonna un mouvement en avant pour reconnaître le but de ces démonstrations. Murat , poussant jusqu’à Sceburg, déblaya la rive droite de l’.Alle. Soult, soutenu par Bernadotte, porta ses reconnaissances à Wormdit. Enfin , Ney s’empara de Guttstadt où il se fortifia. Benningsen céda partout le terrain et se retrancha lui-même dans Heilsberg dont il fit une place d’armes autour de laquelle il resta dans l’inaction.
Dès-lors, toute l’attention se porta sur le siège de Dant/ig. Ix'fcbvrc, après avoir repous.sé les sorties de Kaikreuth , s’était emparé par un coup de main hardi, de l’ile de Nehrung où il avait placé un corps assez imposant pour s’étendre par sa droite de manière à paralyser Wcichselmunde et le camp. Le blocus était complet dans la nuit du i " au ■>. avril. On ouvrit la tranchée à l’ouest de la ville et les travaux furent pou.ssés avec vigueur, malgré les efforts de l’ennemi qui répondait a l’attaque par un contre-cheminement. Au bout de cinq semaines, la 3' parallèle fut achevée. Un matériel immense, tiré des places de la Silésie, était en batterie, lorsqu’un corps de 1 5,000 Russes entra dans la Vislule, commandé par Kamenskoi. Ce général fit aussitôt ses dispositions pour profiler de
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;U(i GUERRES DE LA REVOLUTION,
la supériorité du nombre, mais il était dilBcilc de surprendre Napoléon. Iiirortné de l’embarquement à Pillau d’un fort secours, il avait mis sous les ordres de Latines les grenadiers d'Oudinot et les avait dirigés sur l’ilc de Nogat. Ce renfort fit sa jonction avec Ijcfebvre au moment où Kanienskoi débouchait du camp sous Weichselmunde dans l'îlc de Nelirnng dans le dessein de prendre les lignes de blocus et d’ouvrir la communication avec les Prussiens. Les deux maréchaux battirent complètement les Russes et leur ôtèrent la tentation de troubler le siège.
Sur ces entrefaites , Mortier, ayant conclu sous Stralsund un armistice avec les troupes suédoises , arriva et donna aux opérations une nouvelle ardeur. Kaikreulh, convaincu de rinutilité d’une plus longue résistance, capitula et obtint pour sa garnison les mêmes conditions qu’il avait jadis accordées aux défenseurs de Mayence. Kamtmskoi se rembarqua.
.Après l’avoir rallié , les coalisés reprirent l'ofiensive. L’empereur Alexandre était venu prendre le commandement de l’armée qui avait été porter à i3o,ooo hommes. Lssen était resté sur la Narew dans le même état. Massena n'avait point non plus été renforcé, mais l’effectif des i", 3', 4' (5* corps avait été augmenté; l’armée en ligne sué la Pas-
sarge, qui en apparence était la même qu’à la fin de février, présentait réellement un e/fcctif de i6'o,ooo hommes.
Les ennemis débutèrent par une démonstration à Bràunsberg, après quoi ils débouchèrent en sept colonnes. La droite attaqua Bernadotte au pont de Spanden ; le centre voulut enlever à Soult la position de Lomitten , mais la gauche entreprit une opération plus sérieuse. Bennitigsen la conduisit en personne; les gardes et les réserves en faisaient partie. Elle tomba sur Ney à (înltstadt , manœuvrant pour tourner sa gauche à A\ oKcrsdorf et le prévenir sur la Passarge.
.Soult et liernardotte furent victorieux, Ney se vit obligé de céder lé terrain ; mais il eut la gloire de pénétrer les desseins de Beiiniiigseti « dé contenir les têtes de colonnes qui cherchaient à l’envelopper, afin d'artiver avant elles à Deppen sans être entamé. Il termina dignement cette belle retraite en passant la rivière avec un imperturbable sang-froid sous le feu d’Une formidable ai’tillerie.
Benningsen, qui avait espéré surprendre les trois maréchaux, déborder le 5' corps par sa gauche, l’enlever même, puis traverser la Passarge et couper en deux la ligne dccantonnemens, Benningsen vitavec douleur ses projets déjoués; il ne douta point d’être lui-même assailli , et sur-le-champ il ordonna de battre en retraite.
En clfet , aux premiers coups de feu. Napoléon avait appelé à lui Davout, Ivinnes, Mortier, la garde, la cavalerie, et dès le lendemain, Par-
mée entière franchit la Passarge aux trois points que l’ennemi avait voulu forcer. Ce mouvement s’exécuta avec une rapidité inconnue aux troupes coalisées. On atteignit les arrière-gardes des Russes, on les empêcha de se déployer, on les resserra sur l’Âlle où ils s’étaient cux-mémes concentrés pour accabler Ney. Ou les chassa de la rive gauche, on enleva Guttstadt, cnfîn'on les déborda par leur droite, et on les coupa des corps de Lestocqqui se retira par Rœnigsberg, le long du FriBch-Hafr.
Benningsen se hâta de rentrer dans sesretranchcmcns de Heilsbcrg, et l'armée française pressant sa marche, se rangea sous les murs de cette ville par la rive gauche de l’Aile.
Ainsi, Napoléon lit tourner contre son adversaire toutes les chances que celui-ci croyait s’étre ménagées, A cheval sur la ligne de communications, il lui suffisait de l’empêcher de déboucher sur la rive gauche de l’Aile, pour être maître de le prévenir à Ëylau et par suite à Kœnigsberg. Tel fut le but de la bataille de Heilsberg.'
L’avant-garde ennemie était en position en avant delà ville, et l’armée s’appuyait sur une suite de redoutes ou d’ouvrages palissadés.
Murat et Soult engagèrent l’action au milieu du jour. Après six heures de vicissitudes, ils replièi'ent l’avant-garde dans les retranchcmens qu’ils abordèrent. Lanues, à ce moment, survint et donna une nouvelle aelivilé au combat qui se soutint indécis jusqU’à minuit, Les pertes furent grandes ; i loo morts, 6 à 7000 blessés du coté des Français; 3ooo tués, 8à qooo blessés du côté de l’ennemi. Pendant la nuit, l’empereurfit entrer en ligue toutes ses forces , croyant k l’aube recevoir la bataille ; mais Benniugsen resta d’abord immobile, et lorsqu’il vit les colonnes d’attaque se former, il évacua son camp pour se retirer par la rive droite de l’Aile <î Bartenstein. C’était ab.audotiner Kœnigsberg qui n’était plus couvert que par Leslocq. Murat, Davout, Soult y coururent par la route d’Eya lau; Laones et Mortier suivirent le cours de l’Aile, La garde, Ney et le I" corps (commandé par Victor, remplaçant Dentadotte, qui avait été grièvement blesse à Spanden), s’échelonnèrent entre les deux autres colonnes.
L’Aile, à partir de Heilsbcrg, s’éloigne suivant un cours sinueux de Preussich-Eylau ; mais à Friedland, uu nouveau détour l’en rapproche, puis elle s'en écarte sans retour, Si donc, il restait à Benningsen une chance pour ressaisir la route de Kœnigsberg et la disputer aux Français, c’était en passant le pont de Friedland. Il déboucha en effet par ceUC ville, animé de l’espoir de prendre par le flanc les colonuai de marche de la grande-armée et de les battre l'une après l’autre.
Napoléon , en apprenant que les Russes franchissaient l’Aile à Friedland, ne put réprimer un vif mouvement de joie : il brûlait de signaler
la fin de la campagne par un succès moins équivoque que celui d’Eylau, et son adversaire lui en offrait enfin l’occasion.
1-1 petite ville de Friedland est bâtie sur la rive gauche de l’Aile, sur un montieule, resserré par les plis de cette rivière et par un vaste étang que forme le Muhieniliess. Après l’avoir traverse, les routes d’Eylau et de Kœnig.sberg côtoient , l’une la rive gauche, l’autre la rive droite de l’étang. Lorsque Benningsen en prit possession, le i3 au soir, elle était occupée |>ar on régiment de cavalerie légère qui se retira dans la direction d’Eylau. Ix' général russe sut qu’il faisait partie du corps de I-annes , et que le maréchal était à peu de distance. Il dut donc s’attendre à ne point se déployer sans trouble. Forcé de s’assurer sur les deux communications, il se mit en bataille : l’aile gauche à cheval sur la route d’Eylau, appuyant au Muhlcnflicss et à la rivière, présentant un front de trois quarts de lieue : l'aile droite et le centre de l’autre côté du ruisseau, sur un front d’un peu plus d’une lieue : les réserves à Friedland.
Pendant qu’il défilait, Lannes rangea son corps d’armée sur une chaîne de collines à deux lieues de la ville, appuyant sa droite à la route d’Eylau , et sa gauche à celle de Kœnigsberg. Lorsque les ennemis l’abordèrent, il fit assez bonne contenance pour garder ses positions jusqu’à l’arrivée des autres corps. Ils accouraient, conduits par Napoléon. Mortier passa à la gauche de Lannes, Ney à sa droite. Victor et la garde restèrent en réserve entre Lannes et Ney.
A la vue des lignes des Russes, l'empereur jugea qu’ils étaient perdus. Il s’écria : « C’est aujourd’hui un jour heureux, c’est l’anniversaire de la bataille de Marengo. »
Il prc.scrivit à Lannes et Mortier de s’engager avec le centre et la droite ennemie assez sérieusement, pour les distraire de tout autre mouvement , et cependant de ne point les pousser trop vivement. C’est à Ney qu’est réservé l’honneur de porter le coup décisif. L’empereur le charge de culbuter la gauche de Benningsen, de la refouler entre l’étanget Friedland, de pénétrer dans la ville et d’enlever à l’armée russe son seul point de retraite. Ces ordres s’exécutèrent avec la même vigueur et la même précision qu’ils avaient été conçus. En moins de trois heures , l’armée russe disparut. La journée s’était consumée en apprêts : il était cinq heures du soir, lorsqu’une salve d’artillerie donna le signal de l’attaque.
Ney s’élance avec une force irrésistible; la cavalerie ennemie prétend l’arrêter en débordant sa droite; les dragons de Latour-Maubourg la chargent et la jettent dans la rivière. L’infanterie alors cède sur tous les points; on la pousse, on l’entasse sur les bords de l’étang, lorsque la garde impériale russe, cachée jusque-là par un pli du terrain, présente
tout-à-coup une nouvelle barrière. Mais Ney, soutenu par Uupont ( du i" corps), renverse tous les obstacles et perce jusque dans la ville au milieu d’un effroyable carnage. Il traverse ses rues en llaniines; cnfiti, il se rend maître du pont qui est incendie.
Cependant, Mortier et Lannes poussaient pied à pied le ceutre et la droite des Russes, qui se rapprochaient de Friedland, croyant encore trouver le passage libre. Lorsque les troupes apprirent que la gauche était détruite et la ville occupée, elles se mirent dans le plus affreux désordre. Les uns, en cherchant à sc frayer une route, se firent écraser ; d’autres se noyèrent; d’autres, se précipitant vers un gué qu’on leur indiqua, s’échappèrent en sacrifiant bagages et artillerie. Les Russes avaient donc aussi trouvé leur léna : ils s’enfuirent pêle-mêle jusqu’à Tilsitt, affaiblis de a5,ooo hommes. La perte des Fran^’ais fut de i5oo morts et 4 à 5ooo blessés. Dans la même journée , le grand détachement de la gauche resserra dans Rœnigsberg Lestocq, renforcé par Kainenskoi (a5,ooo). Ces généraux sc mirent en défense; on les canoniia le lendemain, et le i6 on sut, qu’à la nouvelle du désastre de Friedland, ils s’étaieut retirés. Soult prit aussitôt possession de la ville. Trois jours après, la grandearmée était déployée sur leRiemen. De son côté, Massena avait poussé Essen jusqu’à Byalistock, et l’on était maître de porter la guerre au sein de l’empire russe, quand s’ouvrirent les négociations qui amenèrent le glorieux traité de Tilsitt.
Le blocus continental, les royaumes de Hollande, de Saxe, celui de VVestphalie (formé au profit de Jérôme Napoléon, d’une partie des dépouilles de la Prusse, du Hanovre et de la Hesse électorale ), furent reconnus. L’empereur reçut le titre de protecteur de la Confédération du Rhin, que la création du grand-duché de Varsovie étendit jusqu’aux frontières Russes.
La guerre avait duré neuf mois; pendant ce court intervalle, l’empereur prenant pour point de départ Strasbourg, pour appuis la place de Forcheim sur la Rednitz et le fort de Kronach au-delà duMein, avait tourné le Weser, première ligne de défense des états du nord. L’anéantissement de l’armée prussienne eu deçà de l’Elbe, lui avait livré cette seconde ligne sur laquelle il s’était aussitôt affermi par l’occupation de Magdebourg et l’alliance de la Saxe. La terreur de scs armes avait fait tomber les places du Bas-Oder, et lui avait permis de tenter la conquêle de celles du Haut-Oder (Silésie) avec un corps d’armée à peine suffisant, pour investir régulièrement l’une d’elles. Maître de Glogau , Stettin , Custrin, il n’avait point hésité à se porter vers la Vislule. T.à, les fortifications de Thorn , Modlin et Praga lui avaient servi de hase pour couvrir le siège de Dantzig , et après la prise de cette grande forteresse , il lui avait
luffi de quelques marches en avant pour détruire l’armée russe, eon> quérir la Prusse orientale, enfin pousser jusqu’au Niemen qu’il pouvait franchir à son grc.
Ainsi les cinq premières barrières du théâtre de guerre du nord ^ défendues par des nations égales en organisation militaire, pourvues des mêmes moyens olfensib et défensifs , furent enlevées en moins de temps qu’il n’en eût fallu cent ans plus tût pour réduire une place de premier ordre.
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