JBTASIOK DES ANGLAIS EH ESPAGNE ET SES SUITES
Les Anglais partent d’Abrantcs (17 juin i8og).~Rctraitc de Victor (19 juillet). — Sa jonction avec Joseph (i5).— Bataille de Talavera de la Reyna (97-^8 juillet ).-~Marche de SouU (a9).<~Occupatioo de Plaseucia ter août].— Combat de Pueule~dcl*Arzobispo (S). — Combat du col de Baûoz (10),— 'Bataille d’Almooaciü (il).— -Combat de Tamamès (18 octobre).^Bataillc d’Ocaüa (<9 utw vembre).
L’Espagne entière était couverte de guérillas. Dans les provinces où les armées avaient disparu, ces bandes audacieuses inquiétaient encore les vainqueurs; elles interceptaient les courriers , les convois et lorsqu’on les poursuivait trop vivement , elles trouvaient dans les montagnes des refuges inaccessibles.
Grâce à l’insurrection générale , appuyée par 3o,ooo Anglais , par les noyaux des troupes de La Romana, et de Cuesta, par les divisions d’Andalousie et de Valence, à la En de juin , le Portugal, la Galice et les Asturies furent entièrement dégagées et presque partout les armées françaises réduites à la défensive. Ce fut alors que Wellington entra en Espagne et commença la longue lutte où il finit par triompher.
L’armée anglaise, forte de a4,ooo hommes, sortit du camp d’Abrantès et se porta contre Victor qui avait pris position à Plasencia. Elle était flanquée à droite par l’armée d’Estramadure rangée sur la rive gauche du Tage (36,ooo), et à gauche par la légion de Robert Wilson (4ooo). Son mouvement était combiné avec celui de Venegas , successeur de Carbajal qui avait ordre de déboucher dans les plaines de la Manche , à la tête de ao,ooo hommes. Enfin Beresford conduisait une réserve de î 5,000 Portugais, cl au nord , le duc d’El-Parque, successeur de La Roniana , avait organisé une armée de aa,O0O hommes. Joseph voyant Madrid menacé, prescrivit à Victor de sc replier sur lui en même temps
Si# GUERRES DE LA REVOLUTION.
qu’il ordonna à Soult et à Mortier de sc diriger sur Talavcra pour y opérer leur jonction avec les troupe.s qu’il y conduirait de son côte; c’était la seule manœuvre à faire pour arrêter les progrès de l’ennemi : les deux maréchaux se mirent eu route, mais la difiicultc de cette marche à travers un pays ruiné, infesté d’iiisurgés et de postes ennemi?, en prolongea mallieurcuseinent la durée ; le roi ne put être informé à temps de scs progrès. Cependant Victor (a5,ooo) repassa le Tictar et ensuite, l’Albcrche, poussé de front par Cuesla et menacé à droite par Wellington qui côtoyait les hauteurs de manière à le déborder. Mais deux jours après sa retraite au-delà de l’Alhcrche , le maréchal fit sa jonction avec Joseph qui accourait de Madrid avec sa garde et la division Dessolles. A la vue de ce renfort Victor électrisé, repassa l’Alb(!rche et culbuta les avant-postes ennemis.
Wellington ne doutant plus qu’on allait lui livrer bataille, se retrancha sur une ligne qui appuyait sa droite à Talavera de la Reyna et sa gauchcà un mamelon que des ravins séparent de montagnes inaccessibles. Les Espagnols prirent la droite, appuyés au Tage, les Anglais formèrent la gauche. Le ay juillet au soir, l’armée française arriva devant cette belle position et l’attaqua sans succès. Cet échec conseillait la prudence. I-e maréchal Jourdan, major général de Joseph, voulait qu’on attendît Soult et Mortier pour livrer bataille; mais Victor et quelques autres ofFiciers-géiicraux insistèrent. Ce parti l’emporta, et, sans attendre Sébastian! qui quittait Seulement Tolède, on tenta, au point du jour, une nouvelle attaque qui ne fut pas plus heureuse que la première. Enfin après une courte suspension d’armes, causée par la cbaUmr ex'rémc, les troupes de Sebastiani étant eiitrws successivement eu ligne, l’affaire devint générale et dura jusfju’iiu soir sans que l’ennemi pût être entamé. Les pertes étaient égales : on avait, de ehaque «lôlé, 7 .à 8000 lioinmes hors de combat. Joseph, renonçant à renouveler une sanglante lutte, fit retraite en bon ordre le jour suivant.
Les alliiis exaltèrent leur victoire; Wellington fut dès-lors comblé d’honneurs. La junte centrale le nomma généralissime , et le roi d’Angleterre l’appela à la pairie avec le litre de vicomte de Talavcra. Ce général, que la fortune a si souvent servi, ,a eu du moins le rare mérite de n’êtrc point étourdi de scs faveurs. Il jugea mieux de sou succès en sc refusant à poursuivre les Français. T.e surlendemain sa circonspection fut pleinement justifiée lorsqu’on apprit que Soult débouchait à Plasencia, sur les derrières de l’armée combinée, à la lêto de 3G,ooo hommes.
Les lieutenans de l’empereur, douC les dissensions funestes ont eu tant d’influence sur l’issue de la guerre d’Espagne, étaient toutefois iinhus de sc» grandes leçons. Au bruit de la marche de Wellington, Joseph
n’avait point hésité à porter sur Victor toutes les troupes du midi et à donnera Soult l’ordre de prendre le conimandcincul des a", 5' et 6' corps, de les réunir à Salamamjue et de descendre, au pas de course, en Es- Iramadure.
Cette belle combinaison honore le major-génértdJourdan, mais Joseph en perdit le fruit par son impaliencc de combattre et de vaincre à Talavera. S’il eût temporisé, s’il eût laissé Wellington s’enfourner dans la haute vallée du Tage , c’en était fait de l’armée coalisée. Quoi qu’il en soit, l’occupation de Plasencia par le 5' corps fut un coup de foudre. Coupé de ses réserves, le général ennemi avait à choisir entre deux partis : rouvrir la communication tout en contenant Victor, ou renoncer à son plan de campagne et sc jeter sur la rive gauche du fleuve. JjC premier projet était sans doute préférable; mais,après quelques mesures qui lui démontrèrent les difficultés de l’exécution, il sc décida pour le second, et il prit position au-delà du Tage, qu’il passa au pont de l’Arzobispo. On ne lui laissa pas le tempsde s’affermir. Soult accourut, etaprès avoir fait à Oropesa sa jonction avec Victor, il donna l’ordre à Mortier d’enlever le pont qu’on avait barré et que défendaient les troupes espagnoles. On prit pour les assaillir l’heure delà sieste, tant les Français s’étalent endurcis au climat. A deux heures, par une chaleur élouffantc, la fusillade s’ouvrit devant les ouvrages du pont. Cependant <Ieux régimensde cavalerie passèrent à gué à peu de distance et prirent à revers le corps qui tenait tête à riiifantcric. Il plia , mais avant que le passage fût déblayé, lcduc d’Albuquerque survint au galop avec <if>oo chevaux, chargea les deux regimens français, les déborda, les enveloppa de tous points. Il y eut une telle mêlée, que Soult, croyant sa troupe anéantie , se disposait à faire tirer le canon sur le nuage dépoussiéré qui voilait les combaltans, lorsqu’il vit les Espagnols rompus se disperser dans la plaine. Dans ce moment, les moissons prirent feu, la flamme gagna les bois, et le champ de bataille ne fut bientôt qu’un horrible incendie. L’ennemi, frappé d’épouvante, prit la fuite, abandonna iGoo hommes et 3o canons. Après cet échec, Wellington sc mit en retraite sur Badajoz ; l’armée de Cuesta gagna , partie la Manche, partie les montagnes de l’Estramadure.
Restait à réduire le duc d’El-Parque dont l’armée était descendue en Castille , et Venegas qui avait poussé scs colonnes jusqu’à Tolède et Aranjuez. Sebasliani (i4,ooo), les réserves (i4,ooo) s’étaient déjà retournés contre celui-ci. I^ey eut ordre de faire contre-marche, de se rendre à Salamanque et de repousser les Galiciens. Chemin faisant, il se heurta au col de Ratios contre le détachement de Wilson qui se repliait après s être montré aux portes de Madrid. Malgré l’avantage de ses positions, le général anglais fut contraint de céder au nombre. Il rentra en Portu-
gai , après quoi le 6*^ corps remplit sans oljstnclc sa mission. A son approche, d’iil- Parque se réfugia sous le canon de Ciudad-Uoilrigo.
Venegas, informé du mouvement de Sehustiani, prétendit défendre le passage du Tagc, en se concentrant à Aranjuez. On reconnut son dessein, et au lieu de l’aborder de front , on défila par Tolède pour opérer sur son flanc droit. Lorsqu’il vit scs adversaires formés comme lui, sur la l'ive gauche, il recula jusqu’à Almonacid où il se décida à livrer bataille. Rangé devant la ville, la gauche appuyée à nu monticule, il attendit le choc.
Sébastian! fut le premier en présence, et selon Tusage, il attacpia surle-champ. Les Espagnols montrèrent d’abord autant de fermeté que de valeur. Mais à mesure que les réserves se déployèrent, ils cédèrent le terrain et finirent par se débander pour fuir tout d’une traite jusqu’à la Sierra-Moreua , après avoir perdu 4ooo hommes.
Ainsi se termina la première excursion de Wellington en Espagne. Malgré l’échec de Talavera, l’habile concentration des corps français disloqua les armées combinées. Elles ne se rés'ignèrent cependant pas à l’inaction. Si la victoire de Wngram cl l’armistice de Znaym inspirèrent aux Anglais la résolution de ne point sortir du Portugal, les généraux espagnols curent plus de constance. Mais, abandonnés à euxmêmes , ils marchèrent à de nouvelles défaites.
Ün léger succès de l’armée de Galice les entraîna dans des plans désastreux. Le duc d’El-Parquc battit à Tamamès un détachement du ()• corps dont Ney, rappelé en Allemagne, avait laissé le commandoment au général Marchand ; puis faisant sa jonction avec les levées des Asturies que lui amena Ballcsteros , il se rendit maître de Sjlamaiu|uc.
On crut tout possible , on donna l’ordre à l’année de la Manche de déboucher encore une fois de Despena-Perros et de marcher sur Madrid. La junte n’avait rien négligé pour la réorganiser. Elle était composée de 'J divisions et d’une nombreuse cavalerie (60,000); Areizaga la commandait en chef. Elanqué par l’année d’Estramadurc, sous le duc d’Albuquerque, secondée par le mouvement de d’El-Parque qui devait se jeter sur la route de Madrid à Rargos, elle fit irruption dans les plaines de la Manche , par les chemins de Tolède et d’Aranjuez. Les postes français se replièrent jusqu’au Tage et l’année ennemie se réunit à Ocana. Là commencèrent les hésitations.Areizagu fit d’abord tâter le passage du fleuve et perdit une semaine entière ru manoeuvres inutiles.
Cependant Soult , qui avait remplacé Jourdan comme major-général, et qui, en cette qualité, commandait en chef, Soult prit de promptes et décisives mesures. Il ne Lissa dans l'Estramadure que le a' corps ; il concentra sur Araiijuez,Victor,Scbastiani, Mortier, les réserves (48, ooo).
puis, opposant Victor (i4,ooo) aux troupes qui s’étaient déjà transportées sur la rive droite, il déborda sur l’autre rive, à la tête de 34)Ooo hommes.
L’Espagnol à son tour battit en retraite jusqu’à Ocana, où il prit position ^ la droite couverte par un ravin profond, le centre s’appuyant la ville et la gauche à un bourg populeux. Soult courut au combat qui ne fut ni long, ni douteux. Son adversaire ne profita ni du nombre, ni du terrain, sa cavalerie était placée en seconde ligne, de manière à ne pouvoir se déployer et, comme s’il n’eût aucune mesure à prendre pendant l’action; il monta au clocher de la ville et se réduisit au rôle de spectateur inerte. La gauche des Français éprouva d’abord quelques difficultés à se former au-delà du ravin, elle fut repliée, mais, soutenue par des renforts , elle revint à l’assaut, enleva les hauteurs et frappa d’une telle stupeur l’armée ennemie, privée d’ailleurs des ordres de son général, qu’en un instant, elle lâcha pied, abandonnant artillerie, drapeaux, bagages et 3o,ooo prisonniers. Le peu d’hommes qui garda ses rangs rentra en Andalou.sie. Albuquerque entraîné , se retira du Tagc à Trnxillo et d’El-Parque, qui avait dépassé le Tormès, se mit à reculer en désordre. Atteint au pont d’Alba parle 6' corps, il fut culbuté, perdit 3ooo hommes, scs bagages, scs canons, et ne ramena que des débris à Ciudad-Rodrigo.
I.«es mêmes fautes qui avaient jusque-là fait échouer les plans de la junte, s’étaient encore rcproduitc.s. 11 manquait toujours à cette assemblée le pouvoir dictatorial qui seul pouvait l’élever au-dessus des intrigues et des mesquines rivalités. Ses généraux, comme ceux d’une cour, étaient des favoris dont l’inhabileté rendit inutile l’exaltation du soldai.
Ce ne fut que dans la défense des places et dans les expéditions des Guérilleros que le caractère national eut le champ libre, et que le premier titre au commandement fut une supériorité de talens et de valeur. Des sièges meurtriers et l’audace des partisans minèrent la force des vainqueurs et compensèrent presque les déroutes qu’essuyaient les troupes régulières. Les deux Mina dans les provinces basques; cl Empecinado , dans la nouvelle Castille; cl Pastor, en Aragon ; cl C.ocincro, cl Capucino, cl Albuelo, el Medico,eI Cura, cl Marquesito firent pins de mal aux Français dans leurs expéditions que les batailles rangées. La Catalogne et l’Aragon furent les principaux lhé.âtrcs de ces scènes sanglantes.
OPÉRATIOSS B» CXTALOQRR.
Prise de Koset (5 décembre 1808). — Balaillc dcLlina.s (i0),<— De Molms-dcl-Key (ai).— De WalU a 5 février i8oy). — Iiiveslis.vufUL‘ut de Taragone (fm de février).— Relraitc de Sainl-Cyr (ao mars). — Siège cl |irise de Giroiic (d'avril au 10 dcceml»it).
Saint'Cyr débuta par l'investissement de Roses, dont le port, servant do relâche à la marine anglaise, était le foyer de l’insurrection de la province. Il enleva la place après treize jours de tranchée ouverte, et sc mit aussitôt en mesure de dégager Barcelone. *
La Catalogne est, relativement à la défense des royaumes du midi, d’une importance décisive. £Uc couvre la route de Valence qui , au-delà de l’Ébre , est d’un accès facile ; aussi les j untes avaient mis tous leurs soins à empêcher Duhesme de tenir la campagne. On avait renforcé les braves Somatens de troupes régulières, parmi lesquelles figuraient les divisions de Reding et de Coupigny, l’une et l’autre illustrées par leur victoire contre Dupont. Le général en chef Vives, au moyen des intelligences qu’il avait conservées dans la ville et de l’appui des vaisseaux anglais, se flattait d’enlever Barcelone et de s’assurer ainsi la possession de toute la contrée. 11 resserrait de plus en plus la place , couvert par des corps détachés sur les rivières qui sc déversent dans la Méditerranée. Saint-Gyr osa percer jusqu’à lui en forçant, ou tournant les lignes de blocus qui se refermaient sur ses derrières. Vives courut à sa rencontre. Enflammé de l’espoir de renouveler les merveilles de Baylen , il opposa une barrière de ao,ooo baïonnettes aux i5 à 16,000 Français, poursuivis en queue par les corps qu’ils avaient cru pouvoir négliger.
On SC heurta près de Llinas : Saint-Cyr prouva ce que peut la supériorité des manœuvres. Il défit complètement Vivès, lui passa sur le ventre et fit son entrée à Barcelone. Peu de jours après, il força à Molins-del- Rey leLlobregat, qui défendait Reding, cl il parcourut en vainqueur les vallées d’où étaient descendus les Somatens.
Reding prit le commandement en chef et se rallia sous le canon de Taragonc; les Français, au nombre de 1 8,000, campèrent aux portes de Barcelone. On se tint d’abord en observation, puis la résistance de Saragosse excita les Espagnols à marcher au secours de cette noble cité. Il fallait avant tout écraser Saint-Cyr, on se porta contre lui en deux colonnes; mais loin de se laisser prévenir, il aborda lui-même lesassaillans à Walls, les surprit dans leur marche, rompit le premier corps (i 5,ooo) en deux parties, et poussant à Reding qui conduisait le second, il le mena battant jusqu’à Taragone dont il commença l’investissement.
Reding fut blessé et mourut; l’armée désorganisée, ne troubla point le siège , mais les guérillas se montrèrent si nombreuses sur les derrières du corps français, que le général en chef fut obligé de sc retirer. 11 se rapprocha de la frontière et se résolut à prendre Girone, pour établir avec la France une communication solide. Mais cette place à demi démantelée, le retint pendant sept mois. Elle ne céda qu’à la famine; ni les brèches, ni les assauts , ni l’incendie des maisons n’ébranlèrent la constance de ses défenseurs. Enfin l’armée active, commandée parBlakc, ayant vainement tenté de leur porter secours, ils capitulèrent après avoir épuisé leurs derniers approvisionneincas, leurs dernières munitions.
OPÉRATIONS ER AHAOOR.
Siège de Stngotse (3o décembre 1808 au ao février 1809). — Capilulalion (10 fénlor). — Combati d'Alcaoiz (10 juin). — De Maria (i5). — De Bcichile (ig).
Après la bataille de Tudcla , le 3' corps renforcé plus tard par le 5', assiégea Saragosse. Lannes étant éloigné de l’armée par une maladie, Moncey commença les opérations. Il reconnut l’impossibilité d’enlever la ville, et il ouvrit la tranchée dans la nuit du 39 au 3o décembre.
Saragosse était alors peuplé de 5o à 60,000 âmes. L’Ébre le sépare d’un faubourg qui communique avec lui par un pont de pierre. Un mur d’enceinte, une mauvaise citadelle, des rues étroites et sinueuses étaient scs moyens matériels de défense. Mais de tant de cités où les vieux souvenirs sont encore vivans , c’était celle où les traditions de l’antique honneur national et des anciennes libertés avaient conservé le plus d’empire. C’était celle où l’insurrection s’était organisée avec le plus d’énergie, et les succès obtenus naguère contre Desnouettes et Verdier avaient exalte les âmes jusqu’à l’héroïsme.
3o,ooo hommes en état de porter les armes s’étaient renfermés dans la place; les Anglais les avaient abondamment approvisionnés, et, durant l’intervalle entre les deux sièges, on avait élevé des batteries, des retranchemens, des redoutes; on avait muré les rez-de-chaussées, percé de meurtrières les autres étages, on avait ménagé entre les maisons des communications.
Moncey fut remplacé le i ‘ janvier par Junot qui, au bout de quinze jours, poussa les tranchées jusqu’au mur que baigne l’Ebre. Il les étendit ensuite le long de l’enceinte; il dressa les batteries debrècheajui ouvri-
rcnt leur feu, tandis que les mortiers couvraient la ville d’une grêle de bombes. Les habilans se réfugièrent dans des souterrains où une horrible contagion les atteignit.
Sur ces entrefaites, Lannes reprit le commandement et ne tarda pas à ordonner l’assaut (i’] janvier). On pénétra dans la ville; mais rien n’était fait : un feu terrible partant de tous les édifiées, arrêta les vainqueurs.
Il fallut disputer chaque maison, chaque étage, chaque chambre; il fallut, à l’aide de la mine, ouvrir un chemin à travers les décombres. Lannes recula devant cette lutte meurtrière,' il reporta l’attaque sur d’autres points, il enleva le faubourg, et maître de la rive gauche, il mit en batterie cinquante pièces qui commencèrent à détruire les maisons de la rive droite, où l’on gagnait en même temps du terrain par les premières brèches. On se mit ainsi en possession du quart de la ville; ce fut alors que la junte offrit de se rendre. La capitulation fut signée le 20 février, le siège avait duré soixante-deux jours. Le feu, l’épidémie avaient dévoré 3o, 000 Espagnols ; 8,000 Français avaient péri.
La sublime constance de Saragossc frappa d’admiration tout le peu- . pie espagnol, et les juntes ne renoncèrent pas à disputer aux Français leur sanglante conquête. Lorsque le 5* corps se fut éloigne pour prendre Cl) Castille des cantonnemens, d’où il se porta en Estramadure, Blake partit de Tortosc à la tête de 40,000 hommes pour disputer Saragosse au 3* corps, qu’on venait de mettre sous les ordres de Suchet. Les Eispagnols, vainqueurs à Alcaniz, poussèrent jusqu’à la Guerva; mais ils furent défaits à Maria, à Belchite, et se retirèrent les uns en Catalogne, les autres à Valence. Suchet resta maître de l’Âragon.
lû
OPÉRATION EH BAVlèRE.
Pai«age de Tlser par l<*s Aulrichu‘ns(r6 avril). — Arrivée de Napoléon (17). —Combal de Tlian.—
De Pfaffenbo»en (19) UuUilIc d'Abcn<>beig (ao). — t^oniliat de Landshut (21). ^Bataille d'Eck*
mubl (22). — Prise de Katisbonne (23).
Le mouvement de la grande-armée au-delà des Pyrénées avait dc'garni le nord de l’Europe. Il n’y restait que 80,000 Français. Davout (4o,ooo) occupait les places de l’Oder, Magdebourg, Bayrculli et le Hanovre. Un corps de formation nouvelle (12,000) gardait les villes aiiséatiques. Oudinol était à Francfort avec trois divisions (a4)OOo). En outre la Saxe, y compris le grand-duché de Varsovie, la Bavière , Bade, le Wurtemberg et le nouveau royaume de Wcstphalic avaient mis sur pied 100,000 hommes. L’empereur pouvait ainsi disposer eu Allemagne de près de 200,000 hommes répartis entre la mer Baltique, l’Océan germanique, le Bliin, la Vislule et la vaste frontière de l’empire d’.Autrichc. Cette armée était flanquée : à l’est, par l'alliance russe qui promettait un secours de i5o,ooo botnines; au midi, 1° par l’armce de Dalmatie sous Marmoot (t5,ooo); 2" par l’armée d’Italie (^60,000) ré-
l'ARTK
DK I.A ( AM PAO K
OPÉKATIOMÎ* r.!<TRr. LF. PA.U BT. T.T L'IHRK
partie dans toute la péniusulc, commandée par le vice roi et fttaodoiiald.
L’Autriche était donc resserrée dans un cercle de puissances alliées de la France, présentant /joo,ooo baïonnettes. Mais les vieilles bandes de Ncy, Soult, Lannes et Bernadolte, ces corps qu’on avait vus depuis i8o5 inanwuvrer avec un ensemble jusque alors inconnu, étaient engagés dans une lutte meurtrière. Mais le soulcveinenl inopiné du peuple espagnol, les evènemens merveilleux dont il avait clé suivi, avaient fait dans toute l'Europe une sensation profonde. Les Allemands, sur qui pesait tout le fardeau de la guerre, s'étaient vivement émus. Partout fermentait l’esprit d’insurrection, partout on était impatient d'imiter un noble exemple, de secouer le joug de l’étranger. Déjà dans quelques contrées on s’était mis à l’cBuvre; le baron d'Hormayr agitait le Tyrol ; les sociétés secrètes travaillaient la Prusse et la confédération du Rhin. En France même on était las de vaincre, on se fatiguait de ces vastes combinaisons, qui importaient sans doute à la liberté du monde, mais dont le développement, hors de la portée des iutciligenccs communes, exigeait de continuels sacrifices.
L'Autriche pouvait s’attendre à trouver dans les alliés du Rhin, une résistance plus apparente qu’effective, dans les soldats français, des liommcs moins aguerris, moins passionnés que ceux qui l’avaient si longtemps vaincue. Elle pouvait, à son tour, leur opposer l’eulbousiasme excité par l’esprit de nalionabtc. Enfin elle savait à quoi s’en tenir sur le renfort que devait fournir la Russie ; la guerre fut résolue. Le cabinet de Vienne saisit le moment où Napoléon était en Espagne avec ses gardes, pour mettre sur pied 5oo,ooo hommes. Adoptant l’organisation si puissante des armées françaises, il forma neuf corps d’armi-e d’environ ao à 3o,ooo hommes chacun , sous les généraux ; Bellegardc i" corps, Kollowrath a”, Hobenzollern 3*, Rosenberg 4% archiduc Louis 5', Hiller 6', archiduc Ferdinand 7', Chastelcr 8', Qyqlai 9% et deux corps de réserve de même force , commandés par Kicumayer cl le prince de Liechtenstein. Ces troupes régulières étaient soutenues par la laiiciwchr autrichienne et l’insurrection hongroise.
On destina le j’ corps à opérer sur la Vistule; les 8' et 9', commandés en chef par l’archiduc Jean, formèrent l’armée d'Itulic; les six premiers corps et la réserve furent mis sous les ordres de l’archidqc Charles généralissime qui les échelonna d’abord du Danube à l’Eger,' occupant à- la-fois Mautern et Saatz. Son projet paraissait être de dél^oucher de la Bohême pour envahir le pays deBayrculh, déborder Davout, qui, au bruit de sa marche, s’était conccutré entre le Mayn et la Rednitz, et porter la guerre sur le Bas-Rhin. Ce plan , dont l’exécution eût dégagé la
Pnisse«t l’eût dès ce moment entraînée dans la coalition , avait en outre l’avantage d’éloigner les armées autrichiennes de ccs champs de bataille où les défaites sont mortelles. Mais lorsque le prince apprit que Napoléon, de retour à Paris avec sa rapidité ordinaire, avait renforcé Oudinot et l’avait dirigé sur Donauwerth; que Massena conduisait de l’intérieur sur le Lech un corps de 3o,ooo hommes; cnlin que la garde et la cavalerie de réserve étaient en marche pour la vallée du Danube, il comprit que Vienne allait être promptement menacé. Alors il passa le fleuve à lintz et ne laissa sur la rive gauche, pour les opposer à Davout qui se rapprochait d’Ingolstadt, que les Co,ooo hommes de Bellegarde, et Kollowrath. Il espérait encore, en saisissant franchement l’initiative, prévenir l’arrivée de l’empereur, pousser les troupes françaises jusqu’au Rhin, sortir enfln des combinaisons connues. Après avoir masqué la forteresse de Passau et jeté Jellachich (9000) à .Salzhnrg, pour communiquer avec l’armée d’Italie, le généralissime prit avec lui les 3' et 4* corps , plus les réserves (60,000); il mit h sa gauche les 5' et 6' rorps (40,000) , sous les ordres de Hillcr, et dans les premiers jours d’avril, l’armée entière déboucha : la droite, des montagnes de la Bohême par Pilsen et Klattau sur Ratisboniie : le centre, par Shœrding sur Plaltling : la gauche par Braunau sur Landshut et Moosburg. Jellachich, côtoyant Ks Alpes du Tyrol , pointa droit sur Munich.
Hiller seul trouva de la résistance; les troupes bavaroises (3o,Soo) disputèrent les passages de Moosburg et de I..andshut. Mais lorsqu'elles virent l’archiduc généralissime, déborder leur gauche par Dingolfing et Landau, et menacer de les prendre à revers, en poussant jusqu’à la chaussée de Ratisbonne, elles se replièrent sur l’Abens.
Toutsemblaitalleraugrédesdcsirs del’archiduc, ses desseins cussenten effet réussi, s’illui eût été possibled’animer les troupes autrichiennes de quelque activité. Mais elles ne se départirent point de leur lenteur habituelle, et, au moment où elles se déployaient au-delà de l’Iser, Napoléon, survenant au quartier-général de Donauwerth , prit le commandement qu’il avait provisoirement confié à Berthier. L’empereur trouva son armée disséminée de Schongauà Daswang, sur un front de 60 lieues. Le premier mouvement de Davout avait été d’accourir à Ingolstadt; mais Berthier lui avait donné l’ordre d’occuper Ratisbonne; il y était dans cet instant à attendre son arrière-garde, qu’il avait établie d’abord à Neiimarkt et Daswang. L’armée bavaroise, sous Lefebvre, venait de prendre position à Neustadl et Abensberg.Vandamme àla tête des Wurtemburgeois( 10,000), Bessières avec la cavalerie de réserve (ia,ooo), étaient échelonnés sur le Danube^ à Yobburgi Neuburg, Ingolstadt et Donauwerth; enfin, Ou-
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cliaot (a4>ooo) et Masseoa couvraient les rives du Lccb, depuis son confluent jusqu'à Schongau.
Le major-gënéral, si habileà mettre en œuvre les grandes conceptions de Napoléon, n’avait pu supporter le faix du premier rang. Il opposait une longue ligne, mince et sinueuse aux masses de l’arcliiduc, dont le centre et la gauche étaient groupés sur l’Abens, d’Au à Rohr, tandis que sa droite, tournant Ralisbonne, accourait par Schwandorf et Amberg, pour SC mettre en ligne dans la vallée de l’Altmuhl. Le prince n’avait plus qu’un pas à faire en avant pour se joindre à sa droite par le pont de Kelheim , couper Davout des autres corps , et pousser vivement leurs colonnes éparses par les deux rives du Danube. Jellachich était entré à Munich et à Dachau.
Il ne fallait rien moins que le coup-d’œil prompt et sûr de Napoléon, pour sortir victorieux de cette situation critique. Mais déjà son nom seul avait diminué le péril. A peine informé de son arrivée, l’archiduc sus* pendit sa marche offensive, et, au lieu de saisir le pont de Kelheim, il changea de direction à droite pour gagner Ratisbonnc.Tant a de puissance une, grande renommée ! le général autrichien craignant de donner prise entre son centre et sa droite, ne crut point pouvoir assez promptement s’assurer une communication solide avec Bellegarde et Kollowrath. L’habileté de l’empereur à épier tous ses mouvemens, à découvrir des intervalles, à s’y glisser, à les agrandir, est au-dessus de toutes les formules d’admiration. '
Déjà il avait fait passer à ses lieutenans ses ordres, si prompts, si pr^ cis. Il avait prescrit à Lefebvre de s’étendre par sa gauche; à Davout de sortir de Ratisbonne par la rive droite du Danube, et de faire sa jonction avec Lefebvre, de manière à barrer le chemin de Kelheim; à Bes.sières, à Vandamme de marcher sur Ncustadt et de renforcer le centre; enfin à Massena et Oudinot de déboucher du Lech, la gauche en tête , par Aiebau et Pfaffenhosen , pour séparer Jellachich de Hiller et déborder ce dernier. Ainsi dans le même temps que l'archiduc déployait les masses de son centre, l’armée française tout entière convergeait sur les rives de l’Abens.
Les impériaux manœuvrèrent, la droite en tête, en tuyaux d’orgue de manière à ne point laisser de vide entre la droite de Hiller et l’arrièrc-gardc du centre. La première colonne suivit le cours de la Laber; la seconde (réserve), la chaussée de Landshut; la troisième (Rosenberg) des chemins vicinaux à peu de distance de la route; la quatrième (Hohenzollern) partit lentement de Rohr pour gagner Abach parThauet Tengen. Au même instant Davout qui, pendant la nuit, avait réuni ses quatre divisions et sa cavalerie à Abach , se mit en mar-
chc le long du Danube, aussi la droite en avant par les cliemins de Neustadt et d’Abensberg. D’Abacli à Ncusladt le Danube s’érarle de plus en plus de la route de Ratisbonneà Landsluit, d’où il résiilt.i (|tic les têtes de colonnes de l’archiduc et de Davout ne devaient point se rencontrer ; mais la gauche du maréchal, et Hohenzulicrn , suivant en sens invei-se le même chemin, ne pouvaient s’éviter. £n effet la droite enuemie était déjà près de Kœffering lorsque celle des Français fit entre Kelheim et Abeus, sa jonction avec les postes bavarois, et au sortir de Tengen, Davout avec deux divisions et sii cavalerie, se heurta contre le quatrième corps autrichien. On était à-peu-près à nombre égal (iG à ao,ooo) ; le feu s’alluma aussitôt.
I.OS Français se mirent en bataille parallMement à la route qu’ils cherchèrent à couper en débordant la gauche de leurs adversaire.s; Lefebvre les seconda en débouchant d’Ab<-nsberg et en rejetant hors du cliamp de bataille une forte arrière-garde qu’on avait laissée sur l’Abens pour maintenir la| cdmrounicatiou avec Hiller. Hohenzollern’ soutint vaillamment leur effort, mais enfin il perdit du terrain et laissa la route libre.
Dans la même journée les grenadiers d’Oudinot culbutèrent à l’faf- (ètihoscn 1rs avant-postes de Ililler et les menèrent battant jusque dans .Au sur la rive droite de l'Abens. Après quoi il fournit une de ses divisions au centre qui se renforça aussi des deux premières de Davout dont I.annes prit le commandement.
En résidtat , les preiuièrrs manœuvres avaient porté les deiiX ailes sur le centre; Ililler était di'bordé par sa gauche, et les positions dont Davout et Lefebvre s’étaient rendus maîtres indiquaient une séparation entre la gauche et le rentre des Autrichiens. Cette dernière circonstance frappa surtout Napoléon, qui fit sur-le-champ ses dispositions pour tenir le centre en échec et envelopper la gauche. Davout eut ordre de se déplojcr sur les derrières de Hohenzollcrn, depuis Tengen jusqu’aux sources de la Laber, de manière à imposer au généralissime. Masqué par un rideau de 16,000 hommes, le risie de l’armée prit les positions suivantes : au centre, les troupes de la confédération se rangèrent d’Ahensberg à Siegenburg (4o,ooo hommes) soutenues par üessières (la.otio) et une division de la droite (8,000); à gauche, Lannes (a/j.ooo) s’étendit par la trouée que I>efehvrc avait commencée la veille; à droite, Oudinot (i6,ooo) se mit en bataille la gauche à l’.Ahens, dan.s h; but dlaborder Ililler par sa gauche et de le rejeter sur Plaffenhauseu; enfin R^a.ssena (3o,oo.ï) fut détaché pour pa^se^ l’Iser à Freysing et IMoosburg, et SC rendre par la rive droite à Laiidshut.
, Siegenburg était le point de jonction entre les deux corps autrichiens.
Napoléon le prit pour pivot de ses manoeuvres , et y |K>sta la division bavaroise de Wrède. C’est par là que la bataille commença. Lorsque l’archiduc Louis fut engagé sur les rives de l’Abens, Lannes et Lefebvre s’eu éloignèrent et se portèrent, le premier au-delà de Rohr, l’autre en seconde ligne au-delà d’Abensberg. Dans le même temps, Oudinot poussa vigoureusement Ilillcr d’Au à Mainburg, et de Mainburg à PfafTenhausen. La conséquence de ces belles combinaisons fut de resserrer les deux corps ennemis dans un angle, dont le sommet était à Siegenburg et dont les côtés se rapprochaient de plus en plus. Entassés enfin l’un dans Rottenburg, l’autre dans Pfaffenliausen , ils étaient perdus si Hiller n'eût point eu l’heureuse inspiration de renoncer à percer jusqu’à Holienzollern et de se retirer précipitamment à Landshut.
Le lendemain', au jour, Napoléon chargea Lefebvre de renforcer Davoul, puis avec Bessières, Lannes, Yandamme, Oudinot, il s’élança sur les pas des vaincus. On atteignit leur arrière-garde en deçà de l’iser; ou pénétra pêle-mêle avec elle sur les ponts. Hiller, désespéré de n’avoir point le temps de les rompre, fit tirer à-Ia-fois sur les Français et sur les siens, et ordonna d’incendier le pont de bois qui traverse le plus petit bras de la rivière. On ne le laissa point détruire. Le général Mouton (depuis maréchal Lobau) à la tête d’une colonne de grenadiers, s’élança entre les llainines qui débordaient déjà le parapet. Au milieu du tumulte, on l’entendait s’écrier d’une voix tonnante : « avancez toujours et ne tirez pas. 1) Il parvint de la sorte en peu d’instans jusqu’à la porte qui défeu- «lait l’entrée de la ville , il la fit briser à coups de hache et commença dans les rues un combat sanglant. La mêlée durait encore lorsque Hiller aperçut à sa gauche la tête de colonne de Massena, qui survenait par la route de Moosburg. Il quitta aussitôt ses positions pour se retirer sur l’Inn. Bessières avec deux divisions le poussa jusqu’à la Vils.
Ces journées affaiblirent l’euneini de 8ooo morts ou blessés , et d’autant de prisonniers. Elles complétèrent la séparation entre son centre et sa gauche. A peine assuré de la retraite de Hiller, Napoléon fit volte-face pour se rabattre sur Batisbonne et acculer le généralissime aux remparts de cette ville, où Davout avait laissé garnison. Mais cette partie si décisive d’un plan dont le succès était jusque-là si brillant , fut altérée par la perte de Ratisbonne. Pendant le combat de ïhaii, l’archiduc attaqua le seul régiment qui était chargé de le conserver. Ce n’était point assez pour défendre sa vaste enceinte. La résistance ne fut point de longue durée, la place fut enlevée et le prince se croyant poursuivi par l’armée entière, tira sur-le-champ de sa droite les 3o,ooo hommes de Kollowrath, dans le dessein de refouler les Français sur l’Abens et de rétablir la communication avec sa gauche.
Ce D elaient point 60,000 hommes battant en retraite, c'étaient 100,000 hommes revenant hardiment à la charge que l’on allai) combattre. Us avaient même l’initiative; leur droite se prolongeait jusqu’au Danube, et à leur gauehc le corps entier de Roseuberg s’avançait en masse, soutenu par la cavalerie pour dégager la chaussée de Lanclshut, déborder la droite des Français et pivoter jusqu’à l’Âbens.
Arrivée sur Ial.aber, leur première ligne qui, depuis deux jours, bataillait avec Lefebvre et Davout , s’arrêta. Le généralissime fil reconnaître les Français, et s’étant assuré qu’il n’y avait là que deux corps d’armée, sans attendre Kollowrath , qui était encore à deux lieues en arrière, il ordonna l’attaque, ne doutant point de les écraser, Rosenberg prit position dans le village et au château d’EckmuhI. Hohenzollcrn et les réserves se mirent en bataille sur la rivière : mais pendant que de part et d’autre on faisait ses apprêts. Napoléon survint avec Lances, Yandammc et la cavalerie suivi de près par Oudinot et Massena.
Des hauteurs qui dominent la Laber, il jeta sou coup-d’œil sur les masses des ennemis, démêla leurs projets et transmit à scs licutcnans des ordres qui assurèrent la victoire.
Davout et Lefebvre appuyèrent à gauche, pour aborder tête baissée la droite et le centre de l’archiduc. I.anncs, Vandamme et la cavalerie se déployèrent pour envelopper et rompre Rosenberg, auquel un rôle si important était réservé.
II. y avait de part et d’autre 60,000 hommes engagés, lorsqu’à deux heures, le feu s’ouvrit sur toute la ligne. L’effort des Français porta surtout à droite ; Vandamme marcha sur le front de Rosenberg, tandis que Lannes, secondé par la cavalci'ic, passant la Laber au-dessous d’Ëckmuhl, manœuvra pour le tourner et déborder sa gauche. Le général autrichien fit d’abord face à tout : mais lorsque l’infanterie de Lannes eut dépostc son extrême gauche d’une colline boisée qui lui servait d’appui, il appela l’aide de la cavalerie qui s’avança pour regagner le terrain perdu. De leur côté, les cuirassiers français accoururent, chargèrent d’une manière si brillante, que la ligne entière s’arrêta pour battre des mains, et sur ce point décidèrent le succès.
Dans le même instant, Vandamme enleva à la baïonnette le village et le château, et Davout, triomphant enfin d’une opiniâtre résistance , enfonça le centre des Autrichiens. Dès-lors, ils plièrent partout en pivotant sur leur droite pour SC rapprocher de Kollowrath.
On les suivit pas à pas, toujours en combattant, toujours en débordant leur gauche. I.a nature du terrain leur permettait de reculer en bon ordre; mais enfin, à sept heures du soir, Rosenberg vivcmeul pressé sur
CAMPAGNE DE 1809. S6l
ses flancs, commençait à tourbillonner lorsqu’une nouvelle charge de cavalerie mit le désordre dans ses rangs.
L’archiduc essaya encore de disputer le champ de bataille; il jeta au devant des cavaliers victorieux douze escadrons de cuirassiers et vingt escadrons de hussards, soutenus parpUisicnrs batteries d’artillerie légère. Il y eut alors une mêlée du moyen âge. Après quelques mouvemens sans portée, les cuirassiers autrichiens chargèrent avec fureur. Les cuirassiers français, animés d’une égale impétuosité, se précipitèrent au devant du choc. Il fut terrible : le combat fut partout suspendu, et les deux armées attendirent en silence le résultat de cette grande scène, d’où dépendait le sort de la journée. Pendant quelques instans , on n’entendit que le fracas des armes blanches qui se heurtaient en faisant jaillir des milliers d’étincelles. Enfln, on vit les escadrons ennemis tourner bride et prendre la fuite, en écrasant sous leurs pas les lignes d’infanterie. Leur défaite fut le signal d’une déroute complète : la nuit était venue, toute l’armée autrichienne se retira confusément sous les murs de Ralisbonne. Sa perte fut deSoootuésou blessés, 1 5, ooo prisonniers, i a drapeaux, i6 canons. Los Français n’eurent pas plus de 8000 hommes hors de combat.
I.e lendemain, l’empereur courut aux ennemis; ils avaient proflté de la nuit pour jeter un pont sur le Danube, au-dessous de la ville, et pour faire filer les convois et l’infanterie. La cavalerie, en bataille devant les remparts, était chargée de masquer la retraite; mais Lannes l’attaquant à la tête de l’avant-garde, troubla le passage, entassa les vaincus dans Ba* tisbonne et détruisit le pont extérieur.
Napoléon donna aussitôt l’ordre d’cscaladcr les murailles, on pénétra dans la place, l’on enleva encore 7 à 8000 prisonniers, et l’on délivra le régiment français que l’archiduc avait précédemment forcé de se rendre. Dans cette journée, Napoléon recueillit une preuve de l’enthousiasme qu’il inspirait aux soldats. Une balle l’atteignit au pied droit, il fut obligé de descendre de cheval. En une seconde, le bruit se répand que l’empereur est blessé ; les troupes quittent leurs rangs, se pressent autour de lui, témoignant la plus vive anxiété. Bientôt on sait que la blessure est légère, on le voit remonter à cheval, on court de soi-même aux armes et l’air retentit long-temps du cri de vive l’empereur.
L’archiduc fit rétrograder Bellegarde, qui s’était avance jusqu’à Beilengries, lui-même rentra en Bohême par Waldmuiichen , Davout le poursuivit jusqu’à Cham.
Pendant la bataille, Hiller ayant reçu des renforts, était revenu sur ses pas, dans l’intention d’étendre sa droite par Straubing et de se remettre en communication avec l’archiduc. Chemin faisant, il attaqua à Neumarkt et replia la division d’avant-garde de Bessières; mais dans ce
moment même, Napoléon était maître de RatbbonDe,et Massena arrivait à Pilsting. Hillcr, reconnaissant que l’armée allait opérer sur la rive droite du Danube, se retira au-delà de l’inti et de la Salza.
OPÉBATIOKS EU AVTBICBB.
Fwage Je l'Inn (ij avril). — De la Salu (3o). — Comlrat J El>ei»licrg (J niai). — Hillcr paue iiir la rive gaurlie du Danulic (li). — Sonimatiuu (lo). — Ca|iitulalioii (te Vietiiie (la). — .\Ua(|iic du |K>iit de l.init (17).— Tcolalivc de ptussage (17).— l’mniére atl'aire d'iisvliiig (ai). — lialaille d>ssliiig (aa).
Napoléon venait d’obtenir en six jours des succès qui , sans désorganiser l’armée opposée aussi complèlenient qu’à U lin , léua et Friedland , n'avaient pas moins un caractère décisif.
Depuis l’Adige jusqu’à laVistule, les Aulriclilens avaient d'abord saisi l'initiative. lueurs immenses forces s’avancaient communiquant entre elles , offrant plusieuis appuis aux peuples disposib à .s'insurger, ou à quitter brusquement ruiliance de l'empereur. L’année française et confédérée, au contraire, était partout en retraite, coupée en plusieurs parties. Entre Marmont et l’armée d’Italie se trouvait le corps du prince Jean; entre Eugène et Bertliier, Cbasteler et Jcllacliicli ; entre Bertliier et les Saxons , Bellegarde et Rollowralh ; enfin , entre les Saxons et les Polonais, le prince Ferdinand qui côtoyait la Vistulc, en faisant appel aux ressentinicns de la Prusse.
L’arrivée de Napoléon, les manœuvres sur l’Abcns, la journée d’Eck-
BEKNADOTTE (Charles-Jean),
(lrn«.l r. i.ubl.. «in,-Ro. d« Suède. -Ki à P.u . le u6j.»,.e, .T-li
Combat de Liais (1809).
mulil, cliangèrent subitement la face des affaires. Le généralissime, rejeté en Bohême, laissa Vienne à découvert ; les Français s’y portèrent , et tous les corps ennemis, en s’en rapprochant , dégagèrent les armées qu’ils débordaient. Bientôt de Dresde à Zara, les troupes de l’empereur ne lormèreiil plus ([u’uuc seule ligne, d’où elles s’élancèrent victorieuses pour se concentrer sous les inui's de la capitale. Ce vaste mouvement s’opéra entre le Danube et la mer Adriatique. Le généralissime, ayant prononcé sa inarclic datis la direction de Lintz, Duvout quitta Chain pour passer le pont deStraubing; il fut suivi par l’armée saxonne, commandée par Bcrnadollc qui tourna autour des frontières de la Bohême, tint en échec les ariàèrc-garde% ennemies, cl rentra entiii dans le système général de la grande-armée.
I.e but de Napoléon était d’atteindre Vienne avant le généralissime, tout en lui interdisant , soit en avant, soit en arrière, le retour sur la rive droite du Danube , il fallait donc le prévenir à Tâutz, à Mauthausen et à Mauterii où aboutisseut les débouchés de la Bohême , et où l’on trouve des jionts.
De Waldmunchen à Vienne, une chaîne de montagnes sépare la Bohême Je la vallée du Danube. La route voilurable est tracée sur le revers septentrional; elle a par Budweiss un embrancliement sur Lintz et elle est rôloyée sur la crête des hauteurs par un chemin de traverse inaccessible à l’artillerie. 11 résulte de là que le prince était obligé de faire un long détour et qu’il y avait toutes chances pour le devancer. Aussi s’attacha-t-il, en poursuivant sa marche, à montrer sur le chemin de VVinIcrbcrg un <létachcmcnt dont l’objet était de faire craindre aux Français un retour sur Straubing ou Ratisboniic, et «le ralentir leur marche. Mais Napoléon, sans tenir compte de ces démonstrations, mit à profit la dis])osition des lieux, cl poussa surLintz, parla chaussée deStraubing qui s’y rend en ligne droite, le corps de Massena, 5' (3o,ooo), soutenu successivement par Davout , 3' (35,ooo) et Beruadotte, «j'(i 5,8oo). D.ans le même temps , renipereur lui-même av«'c sa garde réei'inment entrée eu ligne (ia,ooo), I.annes (corps d’üudinot), a' (a3,ooo); Vandamine, 8' (io,ooo) et Bessicres (ia,ooo) forma une seconde colonne qui se dirigea parLaiidshut etBraunau.
Ces deux masses devaient déborder les ailes de Ilillcr et précipiter sa retraite pendant que Lefebvre, 7' (00,000), se détachant à droite avec l’armée bavaroise, se chargeait de déblayer leTyrol.
Hiller, réduit à 3o,ooo hommes , ne pouvait que gagner du temps. On ne le laissa point respirer. Massena débloqua Passau , njeta les assiégeans d.insles chemins de traverse qui suivent les sinuosités «lu Danube, et marcha sur Schærding parles deux rives de l’Inn. De son côté, Napo-
Icon (Icbourlia ilc Muliltlorf et dirigea rapidement sur Durgliaiisen Lannes et Bessiùrcs. Hillcr, tourne par sa droite, n'attendit point le elioc, il fit sauter les ponts de l’Inn et de l.i S:d/a , puis, se retirant par lîicd et Ijinbacdi, derrière la Traiin , il s’établit fortement à F.bersberg. Par cette retr.ailc préeipitcâ-, il ;d)audominit le pont de T.intz,mais il couvrait celui deMautbausi ii. Ou apercevait déj.'i, au-delà du Ib'iive, de nombreux j)ai tisct Hilîcr pouvait espérerd'iiu mouu’iit ;i l'autre l’arrivée de puissans renforts, ou do rarcliiduc lui-même. ÎMa.sseua lui ôta cette cliance.
Pendant (|uc l’on rétablissait les ponts de l'Iiin et de la Salza,le 4' corps, maître du passage, ne trouva point d’obstacles à se porter en avant, et arriva en présence de l’ennemi, que la tête de colonne «leNapoléon touchait à peine à Wels. Le général français comprit de quelle importance était la possession d’Ébersberg, et il résolut de bru.squer l’attaque sans attendre ni l’empereur, ni même le déploiement de toutes scs divisions.
La première brigade, conduite par Cofdiorn , s’élança tête baissée sur le. ’
pont, l’emporta et poussa vigoureusement l’enncini. Ébersberg est une petite ville commandée par un cliàte.au , adossée à des hauteurs boisées au travers desquelles tourne un cbemin creux. IMassena déboucha intrépidement au milieu de tous ces obstacles. Le combat s’anima, le carnage devint affreux. Le canon annonce au loin cette mêlée cruelle; Napoléon envoie des renforts par la rive droite de la Traun , ils se présentent sur le champ de bataille, au moment où Hillcr, chassé de position en position, confondant amis et ennemis , couvre d’obus la ville qu’il n’a pu défendre.
Les flammes dévorent blessés et prisonniers, et la troupe qui survient no ^
peut qu’achever ce que le courage a glorieusement commencé. '
Les Autrichiens, affaiblis de 9000 hommes, se replièrent sur l’Ensoù ils n’essayèrent pas de sc maintenir, ce qui leur eût été d’ailleurs inutile, puisque de la rive gauche de cette rivière, l’artillerie française pouvait détruire le pont de Mauthausen. Hillcr ruina celui d’Ens et battit en retraite jusqu’à Saint-Poelten où il fit halte, espérant encore opérer, par ]
Stein , sa jonction avec l’archiduc dont iin détour du fleuve l’avait rapproché. Mais il avait à dos le <;ours de la Trasen , et voyant l’avaul-garde de Napoléon approcher sans que rien parût à l’autre rive, il franchit le pont dcMaulcrn et l’incendia, ne laissant sur la route de Vienne (pt’un faible détachement. J
La grande-armée ennemie, moins Jcllachicli, que ces mouvemens rapides j
en avaient séparée, était rejetée tout entière au-delà du Danube. Cepen- ,
dant la lenteur du généralissime semblait t'aleulée. Napoléon crut reconnaître le dessein de laisser les Français s’enfourner dans l’étroite vallée que termine Vienne, de se jeter sur leur ligne de retraite et de les envelopper entre les Alpes et le Danube. Ses dispositions pour le déjouer, at- |
testent à'la*foisson active prévoyance et l’avantage du théâtre où il avait su porter la guerre. Il Gt occuper Mautern assez rortement pour trou* hier le rétablissement du pont, couvrit de bons retranchemens ceux de Lintz et d’Ens, et défendit de même les approches de Mauthausen et de la forteresse de Passau. A la garde de ces points les seuls accessibles, il plaça Yandamme dont les éclaireurs se porièrcnt sur les routes de la Bo> hême, et que Bernadotte et Davout soutinrent en s’échelonnant le long du fleuve. Leurs forces réunies suffisaient pour soutenir une attaque générale et donner à toute l’armée le temps d’accourir. Les communications ainsi assurées, Napoléon conduisit à Vienne les autres corps et la garde. Cette grande ville était dans une extrême exaspération. Elle ferma ses portes; les habitans firent feu sur une députation que les autorités avaient envoyée au quartier- général ;coGn les parlementaires français eurent peine à se soustraire à la fureur de la populace. Il fallut recourir aux mesures militaires. La promenade du Prater fut occupée , des batteries s’élevèrent qui lancèrent jusqu’au centre de la ville une grêle de bombes et de boulets. Enfin, au bout de deux jours, on parvint à s’entendre et une capitulation fut signée; mais cette courte résistance avait donné aux Autrichiens le temps de préparer la destruction des ponts et de prendre position de l’autre côte du Danube.
Napoléon et le généralissime, séparés par ce laigc fleuve, cherchèrent l’un et l’autre à en défendre et à en forcer le passage. Le premier prépara son mouvement offensif auprès de Vienne qu’il avait pris pour centre de sesapprovisionnemens; l’autre, au contraire, préoccupé, comme son adversaire l’avait prévu, d’opérer sur les derrières de l’armée, tenta d’enlever le pont de Lintz. Les deux attac(ues, en sens iuversc, eurent lieu le même jour, elles échouèrent toutes deux.
Kollowrath, soutenu par un détachement qui, se portant à Krems , tint en échec Davout, ouvrit le feu à la tête du pont de Lintz. Il fut d’abord vaillamment contenu par Vandamme; puis, Bernadotte, survenant au fort du combat , lui fit lâcher prise et le poursuivit l’épée dans les reins jusqu’aux montagnes.
Du côté des Français, Lannes jeta sur la rive gauche, dont les ennemis s’étaient écartés, une avant-garde destinée à protéger la reconstruction d’un des ponts de Vienne. Cette troupe se mit mal-à-propos à tirailler dans la plaine , elle attira une brigade de Hiller qui , après l’avoir dét ruite , se posta de manière à empêcher les travaux.
Il fallut renoncer à défiler sur-le-champ ; mais pendant que Lannes échouait, Massena ayant reconnu les bras du Danube que forme t’île de Lobau, commença à établir, sans être inquiété, des ponts dont l’empereur r -'olut de profiter pour l’armée entière. Il lui donna tes positions sui-
GUERRES DE LA RÉVOLUTION, vantes : Bernadotlc à Budweiss; Vandamme à Ens occupant Lintz et Steycr; Monlbrun (cavalerie) sur la roule de Presburg; Lauristou détaché du corps , au débouché de Gr*tz et de Leoben ; les autres corps à Vienne pour se tenir prêts à passer le fleuve.
En trois jours on fit de niedeI.iohau une vaste place d’armes qui communiquait avec la rive droite au moyen d’un grand pont de bateaux d’une longueur de 5oo toises sur les trois bras du Danube. Bessières , Latines et Massena s’établirent alors dans i’ilc , et en même temps on jeta deux ponts sur un dernier bras large de 6i toises.
I/archiduc, soit indécision, soit désir de surprendre, de couper l’armée, lui laissa le cbnmp libre. Déjà 35,ooo hommes étaient en bataille d’Âsparn à Essling, s’appuyant aux deux villages, lorsque vers cinq heures du soir, il parut à la tête de 100,000 horamesrangés perpendiculairement au Danube, la droite au fleuve, la gauche à Wagram.
Trois corps d’armée formaient la droite , marchant sur Asparn. Le prince espérait que cette forte colonne enlèverait le village, prendrait à revers les troupes qui avaient passé, les balaierait dans la plaine et les obligerait de combattre détachées de leur ligne de retraite. Deux divisions de Massena déconcertèrent ce plan. Elles épuisèrent dans Asparn tons les efforts do l’ennemi : pris et repris six fois, ce village finit paf rester au pouvoir de l’intrépide maréclial. Pendant ce temps, l’archiduc rabattit parallèlement au fleuve, le reste do son armée. La gauche attaqua dans Essling Lannes qui no montra pas moins de ténacité que Massena. Le centre , cherchant à pénétrer entre les deux villages, fut contenu par de brillantes charges de cavalerie et forcé de vider le champ de bataille.
La nuit suspendit le combat. Cependant le passage continua. Deux fois interrompu dans la journée par la rupture des ponts, il le fut encore avant le jour, et à l’aube. Napoléon n’avait pu mettre en ligne que 60,000 hommes et 100 canons.
Néanmoins il n’hésita pas à commencer lefeu; lesévèncmensdela veille lui avaient indiqué le côté faible de l'ennemi. Il chargea Lannes: de percer le centre; la jeune garde de déboucher d’Essling, de prendre en flanc la gaucho et de l’acculer au Danube; Massena de pousser la droite. La vieille garde resta en réserve.
Les mouvemens prescrits s’exécutèrent victorieusement. Lannes fit fléchira chaque pas les lignes du centre, et la jeune garde allait frapper le coup décisif, lorsque à 7 heures du matin , un incident désastreux cliangea la face de la journée. Les ponts du grand bras furent emportés et le passage intercepté sans retour. Des brûlots, des débris de maisons en- (lammcs, charriés par un courant rapide dont une crue d’eau eztraordi-
LANNES (Jean),
Nj • Lnlm„, I, Il ;..nl i-fK,.-Dun Je Muntébellü. - M.réi liai Je Fr.uee KsJing le ji mai 1809 et mort à Vienne le îi.
Bataille d'Xstling.
nairc augmentait l’impétuosité^ frappèrent, rompirent, dispersèrent les bateaux. Il n’y avait pas de remède et le seul parti à prendre était de se retirer dans l’île de Tx>bau. L’empereur donna ordre aux maréchaux de s’arrêter, puis de reprendre insensiblement leurs positions. Massena appuya sa gauche au milieu d’Asparn; I>annes sa droite à £ss> ling. L’arcliiduc plein de joie revint à la charge, portant son effort sur Essling dont la possession lui eût livré les ponts. Depuis dix heures du matin jusqu’à quatre heures du soir les attaques se succédèrent vivement sur toute la ligne. L’archiduc entra cinq fois dans Essling avec des troupes fraîches; cinq fois il en fut repoussé. Enfin, comme il disposait ses réserves pour un sixième assaut, la jeune garde courut au-devant d’elles et les culbuta. La vieille garde n’avait pas encore donné. Elle demanda à grands cris à charger, à rendre la victoire complète. « Non, répondit l’empereur, il est bon que cela finisse ainsi; sans pont, sans secours, certes nous avons fait assez. »
A minuit l’armée commença à repasser dans l’île. Massena couvrit le mouvement et ne se replia qu’à sept heures du matin. Il était impossible de conquérir plus glorieusement une retraite qu’un affreux contretemps avait rendu nécessaire. Mais quelle vaillance déployèrent les généraux et l’armée; quelles pertes douloureuses se firent sentir! aooo hommes restèrent sur le champ de bataille; Saint-Hilaire et Lannes y trouvèrent le terme de leur brillante carrière!
On avait reculé et, dans la situation futaie où était Napoléon , chaque pas en arrière était un échec. Le contre-coup s’en fit ressentir dans l’Europe entière et la fermentation qu’Eckmuhl avait assoupie se ranima dans toutes les parties de l’Allemagne. Le Tyrol, le Wurtemberg, la Westphalie furent troublés par des partisans. Les réserves échelonnées sur le Lech , la Rednitz et le Weser, réduisirent aisément les insurgés de la confédération du Rhin; mais ceux du Tyrol tinrent jusqu’à la paix. Cependant Napoléon prit la résolution de ne point rétrograder au delà de l’ile de Lobau et d’aller chercher une éclatante revanche sur le terrain même que la fortune le forçait d'abandonner. I^efebvrc, Eugène, Marmont furent appelés à cette grande lutte.