‹ Tableu des guerres de le Révolution, de 1792-1815Chapitre 22 sur 79 · IH · texte numérisé non relu

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0PÉBATI05S EK ITALIE BT DABI LE TTBOL.

lovaûoa de l'Iltlie el du Tyrol pir let Aulricliieni (lu avril). — Retraite du eieeroi (du ii au i8 ayril). — Retraite des Autrichiens (t'‘r mai). — Comlials de Salaburg (17 mai). — De Woergl (il mai).— De la Piase (8 mai).— Comlial de$aiiit<Michol (a 5 mai). — Jouction arec la grande-armée (ï6). — (kimbat de <iospicz'(a 1). — Mai-ehc de Cliasteler (S juin), — Bataille de Raab(i4).— Marche de Marmont (3 à 34 juin). — Combat de Grêla (34).— Prise de Raab (3 4),

L’année autrichienne dllallc entra en campagne en deux colonnes. Chasteler envahit le Tyrol, l’archiduc Jean, les provinces vénitiennes. Le premier s’avança sans obstacle, soutenu par l’insuirection de la population entière; entra dans Inspruck et se mit en marche pour Trente et Roveredo. L’archiduc ayant pris Eugène au dépourvu , le replia jusqu’à l’Âdige. Toutefois cette retraite ne se lit point sans honneur. Au passage du Tagliamento, à Pordenonc, à Sacile, Eugène résista glorieusement et, ne cedant qu’au nombre , il prit enfin position autour de Verone. Là, il rallia l’armée éparse dans toute l’Italie. Cependant l’archiduc le menaçait de front, et Chasteler, dont les coureurs se montraient autour du lac de Garda, semblait vouloir déborder son flanc gauche , lorsque à sa grande surprise les ennemis se mirent à batli'c en retraite. Il comprit que l’empereur venait de porter un de ses coups décisifs et il n’hésita pas à se lancer à la poursuite de l’armée autrichienne.

Dans le même temps Lefebvre déboucha sur Salzburg, atteignit Jcl-

CAMPAGNE DE 180i).

lacilich, qui chercliait à rcjoindrn Ilillcr, le coupa de Lambach, le rejeta dansleSimmeriiiget sc porta sur Inspruck : de AV rède marcha parSalzbiirg; Deroi, par Rosenlieim et Kufstein. Chaslclcr courut à la rencontre de CCS deux colonnes et prit position à Voergl, nœud des roules quelles suivaient. Couvei-t à droite par les dcfde's de Lofer et de Saint-Jean que gardait la population en armes, il sc disposa ù recevoir rudement In di> vision Deroi. Mais le maréchal enleva les deux passages en un clin-d’œil et parut inopinément sur le champ de bataille comme l'action était engagée. Chastclcr fut mis en déroute, on le poussa jusqu’à Inspruck oîi il ne jugea point à propos de se défendre, on l’entassa dans la route étroite de Lienz. Ia;fehvre fit son entrée dans la capitale rlu Tyrol qui déposa momentanément les armes; puis, obéissant aux ordres de l’empereur, il partit pour Lintz, s’en remettant pour anéantir Chastclcr à l’armée d’Italie.

Le prince Jean se replia pied à pied en se mettant chaque jour en bataille. Mais, atteint cl rompu au passage de la Piave, il rentra précipitamment dans les provinces impériales. Puis, comptant , pour arrêter les vainqueurs et couvrir la retraite de Jellachich, sur les fortifications qui défendaient la frontière et sur le camp retranche de Laybacli , il prolongea sa marche jusqu’à Grætz, dans le dessein de rallier les levées hongroises que l’archiduc Rayuier réunissait à Kœrmend.

Pour pénétrer dans les états autrichiens, Eugène forma son armée en deux colonnes : l’une qu’il conduisit en personne (3o,ooo) prit la route de Clagenfurth; l’autre, commandée par Macdonald (iG,ooo) marcha sur Laybach. Celle-ci s’empara de Palma-Nova, de Trieste; à son approche, Gyulai, qui commandait les troupes du camp de Laybach, se replia sur Carlstadt et le laissa, sans coup férir, occuper le camp et la ville. Le vice-roi força avec le même succès les cols des Alpes de Ponteba à Tarvis. 11 fit tomber tous les points fortifiés par l’ennemi et l’armée entière se déploya dans les provinces méridionales. Iæ droite pointa sur Mahrburg; la gauche sur Leoben et Vienne; le centre, formcjjd’un détachement d’Eugène, prit la route de Klagenfurth à Mahrburg.

Chemin faisant', le vice-roi écrasa Jellachich qui, depuis long-temps isolé dans le Simmering, cherchait enfin à se jeter dans les rangs de l’archiduc Jean. Les deux corps d'armée partant, l’un de Mautern, l’autre de Judenburg , arrivèrent presque au même instant au pont de Saint-Michel. L’ennemi eut à peine le temps de faire volte-face et de se former, la rivière à dos. Cette disposition eut ses conséquences ordinaires. Jellachich culbuté perdit toute sa troupe et s’échappa difficilement avec quelques centaines de cavaliers. Il porta l’alarme au quartier géné-

ral de l'archiduc qui, ne se trouvant pas eu sûreté à Grætz, se retira en

toute hâte à Kocrinend.

Le lendemain Macdonald ayant pris possession de la ville de Grætz, chargea la division Broussier d’assiéger le château. Eugène entra à Bruck, et ses coureurs l'encontrèrcnt les postes de Lauriston. La jonction était faite entre les années d’Allemagne et d’Italie.

Marmont seul était encore en arrière (iS.ooo hommes), l’archiduc avait détaché de sa gauche la division Stoïcvich qui s’était postée à Gos- i

pioz pour le couper de Fiunie. '

Il partit de Zara, passa bravement sur le corps de Stoïcvich , le poussa l’épée dans les reins et le força de se jeter vers Carlsbad pour rallier Gyulai. La route de Grætz était ouverte, mais l’intervalle était grand entre l’arrière-gardc du vice, roi et la tête de Marmont. Iæs généraux autrichiens en profitèrent ; Chaslcler pour s’échapper; Gyulai pour essayer de barrer de nouveau le passage. Le premier, qui épiait le moment, descendit de Lienz sur Clagcnfurth où le vice-roi avait laissé garnison. Il feignit d’investir la place, puis, faisant un détour, il passa k Drave à Wælkermarkt, et gagna à marches forcées Mahrburg puis Kœci mend. I^ second, fort de a5,ooo, se porta en masse à Pettau après j

avoir envoyé d’Agram à Laybach un faible détacbement pour éclairer la marche de Alarment.

Grondant Eugène et Macdonald rangés de Neustadt à Gleisdorf tenaient en échec les princes Jean et Raynier, lors'ju’ils reçurent l’ordre de les chasser de Kœnnend et de les refouler sur la rive gauche du Danube.

Soutenu jvar un détachement de la grande-armée qui descendit le fleuve jusqu'au coiillucnt de la Raab, Eugène se porta par Guns sur Papœz, tandis que Macdonald pointa directement par Furstcnfeld sur Ktermend. L’armée ennemie, débordée par sa droite recula jusqu’à i

Raab où elle fit halle pour recevoir la bataille, forte de 5o,ooo hommes, dont moitié environ fournis par l’insurrection hongroise. Raab est une place forte que fortifiait encore un camp retranché situé sur un plateau qui encaisse la rivière. L’ennemi s’appuya, par sa droite aux remparts; par sa gauche à une ferme crénelée. En deux heures les positions furent enlevées: les Autrichiens culbutés, enfoncés sur tous j

les points, profitèrent du reste de la journée et de la nuit pour se retirer j

à Komorn. Ils avaient essuyé une perte de 6000 hommes. Il ne restait sur la rive droite du Danube que Gyulai, dont les manœuvres tendaient à repousser Marmont sur l’Italie. Au sortir de Laybach , le général français poussa jusqu’à Gonowitz, les éclaireurs ennemis qui avaient fait mine de lui résister. Arrivé là, il sut que des forces supérieures occu-

CAMPAGPTE DE 1809’ S’7i

paient Vindiclifeistrilz, nœud des routes de Carlstadt et de Mahïlrarg. Son parti fut aussitôt pris , il recula jusqu’à Cilli , puis il se jeta par sa gauche à travers pays, et réparant, par sa rapidité, la faute qu’il avait faite de marcher jusquealors trop lentement, il gagna Vœlkerraarkt, passa la Drave et parvint à la Rarnach à peu de distance de Graetz.

Il était temps. Gyulai, de son côté, furieux de voir ses projets déjoués, accourait par la route directe, et déjà il était aux prises avec un régiment (le 84”) que Broussier avait déployé pour tendre la main à Marmont. I.OS Autrichiens firent dos efforts inouïs pour rompre cette brave troupe, de manière à s’intei-poser vainqueurs entre les généraux français. Ils échouèrent, et dans ce combat glorieux ils perdirent plus d’hommea que n’en comptait la troupe assaillie. I.orsque enfin Broussier et Marmont eurent opéré leur jonction, Gyulai, n’ayant plus aucune chance de succès, rentra dans scs quartiers ; après quoi, ne voulant point se heurter contre la grande-armée , il se rapprocha de la mer Adriatique pour communiquer avec la marine anglaise et recevoir les subsides que le cabinet de Londres fournissait au conseil aulique.

Dans le même temps Raab, assiégé depuis dix jours, ouvrit ses portes.

Fia DES OPÉEATIONS SUK LE DAKITSE.

Pomli.'ïrJcniPnl de Prcsliowrg (aO jnin).— Coocenlration de la grande*a?méc «Passage du

DamdKi (5). — haUilIc de Wagram (6).— Arinisticede Znaym(i'»).“TraUéde Vienhe (i^octobre).

I.a guerre était tout entière sur le Danube. L’arcbiduc Jean, faisant à Presbourg des préparatifs de passage, Davout liombarda la ville

et le contraignit à suspendre ses travaux. Dès-Iors le gcncralissinic parut se résigner :i la défensive. Il éleva entre Asparn et Enzersdorf de formidables rctranchcmens qui firent face aux immenses apprêts, dont fîlcdc Lobau était devenue le centre.

Les ressources mises en œuvre par les deux adversaires , leurs manœuvres, leurs moyens d'attaque et de défense forment un ensemble de faits, |

dont riiistoire de la guerre n’offrait point d’exemple , et qui doit servir I

de modèle aux militaires de tous les temps et de tous les pays.

On peut se faire une idée de la difficulté de transporter i5o,ooo liom- t

mes au-delà d’un fleuve, large de 5ooloises, au cours profond et rapide, couvert par une armée de force égale. Napoléon avait, il est vrai, simplifié la question par son obstination h conserver l’île de Ixibau , par son art à la rendre inaccessible. Mais il lui restait à franchir un bras de Gi toises sous le feu desgoo canons de l’archiduc; il lui restait à assurer la communication avec la rive droite, séparée de l’île par le bras principal. (

On profita d’un îlot large de 5o toises, qui le divise en deux parties, etl’on j

jeta sur les deux courans, l’un de 275 toises, l’autre plus profond et plus rapide, mais large seulement de 175 toises, un pont sur pilotis composii do 70 travées éloignées entre clics d’environ 637 toises. Chaque travée, /

supportée par six pilots, avait vingt pieds de large; les pilots, enfoncés de dix pieds en terre, sortaient de six pieds au-dessus de l’eau. Le pont |

du grand courant était protégé par une estacade et, à 20 toises de dis- 1

tance, on établit un pont de bateaux. Enfin ces constructions gigantesques furent protégées par une grande estacade longue de 800 toises, assise sur deux îlots.

Tels furent les travaux entre nie et la rive droite. On assura la communication sur une coupure qui traverse l’île elle-même, on jeta de plus |

un pont sur le petit bras et l’on prépara , près de l’île Alexandre au-dessous d’Enzersdorf, un pont de bateaux de 80 toises, d’une seule pièce, formé de 22 pontons liés entre eux par des poutrelles.

Le moment arrivé où l’on n’avait plus de diversion à craindre sur la rive droite et où les travaux avaient acquis une solidité à l’épreuve , Napoléon fit venir de Liniz une partie du corps bavarois, de Gleisdorf;

Mannont et Broussier , de Raab; Eugène et de Presbourg : Davout. I.* corps saxon avait déjà rejoint.

La concentration de toutes ces colonnes fut achevée le 4 juillet, et dans la nuit du 4 5 l’armée entière passa dans l’île de Lobau. Pour mas-

quer sa direction, la canonnade s’ouvrit sur tout le front de file. IjCS démonstrations des jours précédons tendant àfairecroire à l’arcbidiicque l’on voulait forcer l’ancien passage entre Asparn et Essling, ils’était mis sous les armes dans scs rctranchcmens. Le feu de ses pièces répondit à

CAMPAGNE DE ISÜU.

celui de l’artillerie française. Un orage violent mêla scs éclats à ce fracas terrible. La foudre et l’incendie d’Enzersdorf éclairèrent celle grande scène. Cependant, dès le soir, i5oo voltigeurs avaient amarré près de l’île Alexandre le pont de bateaux. Les colonnes d’infanterie le traversèrent au pas de charge, quatre autres ponts furent aussitôt établis, le défilé continua pendant la nuit entière. Enfin , lorsque aux premières lueurs du matin, l’archiduc chercha dans l’île cette armée qu’il croyait avoir criblée, décimée, il la vit, avec une surprise extrême, rangée en bataille sur sa gauche au-delà de ses retranchemens. Dans l’impossibilité d’engager immédiatement le combat il se relira obliquement sur Wagram, et parut reformer scs lignes derrière le Russbach. Napoléon le suivit en se déployant parallèlement au Danube. L’armée d’Italie, soutenueà droite parOudinot, à gauche par Bernadotte , eut ordre d’enlever de suite les hauteurs du Russbach, elle s’y porta; vers g heures du soir, Macdonald pénétra dans Wagram , le combat s’anima, mais y il eut quelques désordres dans cet engagement de nuit. Bernadotte au lieu de seconder Macdonald ne dépassa point Âdcrklaa. L’ennemi regagna le terrain perdu ; enfin à onze heures l’empereur suspendit ces attaques qui n’avaient eu d’autre résultat que de lui indiquer les positions du généralissime.

Le lendemain éclaira la bataille de Wagram, où deux armées de aoo,ooo hommes se heurtèrent , et où le sort de l’Europe fut encore une fois décidé.

Au sortir de Vile de Lobau on trouve une vaste plaine longue de lo lieues, large de 4 à 5, couverte de grands et riches villages, comme on en voit autour des capitales. Elle est limitée au sud par le Danube , au nord par le Russbach, ruisseau bourbeux qui se jette dans ce fleuve , encaisse sur sa rive gauche par une chaîne de collines , à l’est par la Mardi et à l’ouest par la hauteur de Blsambcrg, dont les derniers mamelons finissent à l’embranchement des routes de Brunn et de Znaym.

Au bord du Danube s’élèvent les villages déjà célèbres d’Enzersdorf, Essling, Asparn; sur le Russbach , ceux de Neusiedel, de Baumersdorf et le bourg de Wagram. La route de Presbourg à Vienne passe au milieu de la plaine à travers Raschdorf , Breitcnlèe et Leopoldau, où elle SC réunit au chemin de Wagram. Entre Leopoldau et Wagram, on rencontre Sussenbrunn et Aderklaa; enfin, au pied du Bisamberg, est bâti > Stammersdorf.

L’archiduc Jean était sur la March, à la tête de 3o,ooo hommes, et dans la soirée du 5 , on avait reconnu que la droite du généralissime s’étendait jusqu’à Neusiedel à une lieue et demie de Wagram. On devait en conjecturer qu’il manœuvrait pour rallier son frère , et , selon toute apparence , Neusiedel était la clé du champ de bataille. Au point du jour, ou se dis-

posait à l'cnlevcr, lorsque les Autrichiens en sortirent , passèrent le Russ* j

bach et firent reculer l’aile droite du vico-roi. Mais on était Sous Ica armes, on leur eut bientôt opposé Eugène, Davout, la garde , la cavalerie; ils furent culbutés et rejetés en désordre au-delà du ruisseau.

Comme Napoléon allait suivre ce succès, aborder les collines, se jeter |

entre les deux archiducs, il apprit que Rosenberg seul était devant lui. '

Il aperçut dans le lointain les masses du généralissime, que ce prince avait formées , de Stammersdorf au Danube , et qui s’avançaient perpendiculairement au fleuve. Les ofGcicrs d’ordonnance se succédaient d’in- >

siant en instant ; on sut bientôt que le centre des Autriebiens occupait Aderkiaa, évacué par Rernadotte, et que leur droite marchait aux ponts.

Comme dans la journée du ai mai, ils prenaient à revers les lignes françaises et mettaient toute l’armée en péril. Un coup-d’œil suffit à Napoléon pour mesurer le mal et pour y porter remède. Il laissa à Davout le soin de déborder Rosenberg, de le rejeter sur Wagram ; il courut à Massena, lui donna le commandement de toute la gauche , lui prescrivit de rentrer dans Aderkiaa; enfin il prit Eugène , Marmont , Oudiuot , les Bavarois et les réserves pour former le centre, et leur fit faire un change- |

ment de front, l’aile gauche en arrière, de manière à les ranger de Bau- ;

mersdorf à Raschdorf.

Ce mouvement, qui s’exécuta, sous les ordres d’Eugène, avec une admirable précision , fut protégé par l’attaque d’Aderklaa. Massena enleva d’emblée le village; puis, en s’y maintenant pendant trois heures, il s’op- |

posa au déploiement du centre de l’archiduc. Enfin assailli par le prince en personne, débordé par sa droite, il dut céder la position ; mais le vice-roi était en mesure, et l’on pouvait reculer sans rien compromettre. L’infanterie se forma par bataillons serrés en masse, et se replia en obli- |

quant à gauche en arrière et en repoussant avec vigueur les charges de |

la cavalerie ennemie. Lorsqu’elle eut repris l’aligaemcnt du centre à la '

hauteur de Raschdorf, elle fît halte. |

Il était dix heures : à ce moment, l’archiduc , ayant déblayé le débouché de son centre, .s’avançait dans la plaine. Napoléon, qui ne voulait ni I

se porter au-devant de lui , ni engager la mêlée , l’attendait de pied ferme, couvert sur une demi-lieue de front par soixante pièces d’artillerie de la garde. A l’approche des Autrichiens , toute la batterie vomit un feu terrible et les força de suspendre leur marche. La cannonade s’ou- ^

vrit de part, et d’autre portant dans les rangs opposés le ravagent la mort; elle se termina à l’avantage des Français; l’ennemi fut réduit au silence.

Cependant, la gauche du généralisime pénétrait dans l’intervalle que Massena avait laissé vide entre le Danube et lui. Le maréclial expé-

diait ses aides-de-camp pour annoncer les progrès de l’ennemi, pour d&> mander des ordres. Le canon tonnait déjà sur scs derrières; la division Boudet, qu’on avait laissée à la garde des ponts, était refoulée dans l’ile : la retraite était menacée.

Napoléon semblait indifférent à ces nouvelles , il les écoutait en silence et portait scs regards, non du côté du Danube , mais vers sa droite. Enfin à midi , il aperçut Davout qui depuis le matin cherchait à tourner Rosenberg, dépasser Neusicdel; il vit le corps autrichien plier, il vit qu’il n’avait plus de diversion à craindre de la part de l’armée de Hongrie, et il s’écria vivement : « Courez dire à Massena qu’il reprenne l’attaque, la bataille est gagnée.»

Massena tomba impétueusement sur les colonnes qui avaient osé le déborder, il leur enleva Essling où elles cherchaient un appui , il rallia Boudet et culbutant tout sur son passage, il seconda puissamment, en SC portant jusqu’à Lcopoldau, le mouvement que faisait le centre.

Napoléon s’était assuré que Davout avait pris l’ascendant et devait percer jusqu’à Wagrain , il le fit côtoyer par üudinot ; puis , flanqué de l’autre côté par Massena , il n’hésita plus à former le reste de son centre • eu colonne et à le pousser en avant.

Macdonald se mit en première ligne avec huit bataillons déployés et treize bataillons en masse sur les ailes. En seconde ligne , le vicc^roi suivit, avec deux divisions, les cuirassiers et la cavalerie légère de la garde aux ailes; enfin, en troisième ligne, Napolcou, la vieille et la jeune garde et les grenadiers à cheval.

Rien ne put arrêter l’élan de celte masse formidable. Les lignes de l’ennemi se rompirent devant elle. En la chargeant en flanc, elle lui firent éprouver de cruelles pertes, mais elle traversa, sans s’arrêter toute la plaine, et lorsque, en saisissant enfin Sussenbrunn, Macdonald eut trouve un point d’appui, qui jusque alors lui avait manqué, l’archiduc, dont les ailes avaient déjà perdu Wagram et Léopoldau, renonça au champ de bataille , cl ne combattit plus que pour assurer sa retraite.

Les combinaisons de cette journée roulent sur de telles masses; il y a, dans les calculs d’heure et de distance, une telle précision que l’imagination en est effrayée. Elle coûta aux impériaux près de 3o,ooo hommes mais peu de prisonniers; les Français eurent i5,ooo blesses et 65oo ^ tués parmi lesquels on eut à regretter les braves généraux Lassale et

Lacour. Macdonald , üudinot et Marmont reçurent sur le champ de bataille le bâton de maréchal ; Massena, le titre de prince d’Essling.

Les colonnes battues s’éloignèrent par les routes de Bohême, couvrant celle de Moravie par un détachement destiné à ouvrir la communication avec l’archiduc Jean qui, après être resté pendant la bataille dans

GUERRES DE LA REVOLUl’lON.

une inconcevable immobilité , remontait la rive gauche de la Mardi pour passer le pont d’Holitscli. Napoléon prévint la jonction des deux princes en portant rapidement sur Nikolsburg Davout et Marmout, pendant que Massena poussait au généralissime et que le reste de i’ariiicc se tenait en réserve entre les deux positions.

Le prince fit volte-face à Znaym comme pour recevoir le combat; mais lorsqu’il vit Massena prêt à l’aborder de front et Marmonl le tourner du coté de Nikolsburg, par où il attendait l'armée de Hongrie, il demanda un armistice qui fut consenti.

L’empereur d’Aulriche refusa d’abord sa ratification. Il y adhéra néanmoins et les négociations s’ouvrirent; on exigea de lui d’énormes sacrifices. Il balança long-temps : les Anglais venaient de descendre dans l’ilc de Walcheren; de nouveaux mouvemens insurrectionuels agitaient le nord de l’Allemagne ; il semblait que toute espérance n’était pas perdue. Mais l’expédition anglaise échoua , mais les partisans du Bas-£lbe furent anéantis, mais les cantonnemeus de la grande-armée, groupés autour de Vienne, interrompaient les communications entre les diverses parties de l’empire ; il fallut céder. Le traité de Vienne fut signé ; François 11 eut la douleur de se laisser enlever les provinces lllyricnucs et de reconnaître les chaugemeus faits et à faire au midi de l'Europe.

OPÉaATlOaS EK rOLOGHE. I

Let Aulridiicoj passent la Pilica (i5 avrU).— ^pitulalioQ du Varsovie (19).— 'Bataille de Grochow (Q4}.-^Cooibal de Gora (3 mai).— Prise de Oacovic (10 iuUIel).

L’armée polonaise, sans avoir de liaison immédiate avec la graude-

armée, 6t aussi une campagne glorieuse. Forte de 1 9,800 hommes (nombre qui fut doublé pendant la guerre ) , elle était commandée par Poniatowski.

L’archiduc Ferdinand eut d’abord l’offensive. Il passa la Pdica à Noviemaslz, poussa les Polonais jusqu’à Varsovie, leur livra sous lesmurs de la capitale un combat douteux suivi d’une convention qui lui en livra l’entrée, puis se mit à manœuvrer sur la rive gaut;he de la Vistule pour sc porter à Thorn et présenter aux Prussiens un noyau de troupes autour duquel ils pussent venir se former. Mais il échoua devant Thorn, les Prussiens n’osèrent lever le masque et Poniatowski reprit l'initiative.

La tâche de ce général, au nom illustre et populaire , était difllcile: il eut à lutter militairement contre l’ennemi et politiquement contre les alliés. La Russie mit enfin sur pied 11 à i5,ooo hommes, mais plutôt pour surveiller les Polonais que pour opérer contre les Autrichiens.

Quoi qu’il en soit, Poniatowski partit des bords du Bug où il s’était habilement concentré, tomba à Grochow sur une colonne que l’archiduc y avait postée pour l’observer, la surprit, l’écrasa, la mena battant jusqu à Gora ; l’atteignit encore et la rejeta , demi détruite sur l’autre rive. Sa victoire lui ouvrant toute la rive droite de la Vistule, il sc répandit dans la Galicie; puis , informé du retour de l’archiduc, il revint à lui , le poussa d« Sandomir à Cracovie où il entra par capitulation. L’armistice de Znaym mit fin aux hostilités.

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