VIII
ri.V DE LA BETBAITE DE MOSCOt'.
Rcprûe (le Borisof ()3 norembre) — Combat de Tebasnirii (04). — Passage de laBérisiiia (>6-17). |
—Arrivée do Witlgensteio (ouït du a? au aS). — Bataille de la Bérésina (aS), — Retraite de , Victor (ap). — Arrivée à Wilna (S décembre). — Retraite de Macdonald (a 3),— Combat de Piitlu-
peaeo (a6). — Coovcolioo de Treurogeu (3o). ,
Tel était l’état des choses au moment où la grande-armée, ayant passé les ponts d’Orcha, se rapprochait de la Bérésina. L’amiral occupait l’autre rive, rien ne le séparait, à sa droite, de Hœrtel, à sa gauche, de Wittgenstein qui pouvaient renforcer ses rangs et opposer aux Fran-
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C\MPAGN£ DE 1812.
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çais une masse assez compacte pour les arrêter jitsfju’au déploiement do Kulusof sur leurs derrières.
Mais rcmpereur était Là, au centre des opérations; il n’y eut plus qu’une impulsion , (ju’une volonté, et ses ordres sauvèrent encore une fois l’armée.
Il prescrivit à Oudinot de sc concentrer à Bobr, puis de marcher sur Borisof: à Victor de déboucher par Czercia sur le canal et d’inquiéter la ligikv. ae retraite de Wittgenstciu. Pour la première fois, l’imprévu qui joue un si grand rôle dans 1rs affaires de la guerre, et qui, depuis l’ouverture de cette fatale campagne, avait constamment favorisé l’ennemi; l’imprévu appuya ces dispositions. L’amiral avait en vain étendu ses ailes pour rallier Hœrtel et Wittgenstein ; ni l'un ni l’autre ne s’empressèrent de le seconder. I.c premier, qui jusqu’alors s’était borné à quelques mouvemens insignidans vers Glusk et Logiezin , s’obstinait à rester dans les limites de son commandement qui ne dépassait point Bobruisk. Le second , peu soucieux de se mettre sous les ordres de son collègue , objecta la présence de Victor pour rester sur la rive gauche de la Bérésina. Tschichagof soutint donc seul le premier choc d’Oudinot qui replia dans Borisof son avant-garde, le chassa de la ville et le repoussa au-delà de la rivière si rudement qu’il se hâta de détruire le pont. A la vigueur de ces coups, l’amiral comprit que l’armée entière approchait , il se concentra sur l’autre rive pour couvrir la route de Minsk et s’opposer au rétablissement du pont. Sur ces entrefaites , Victor livra à Wittgenstciu vers Tchasnitzi , un combat sanglant et indécis , dont l’effet fut d’attirer sur lui toutes les forces du général russe et de l’éloigner de Borisof.
Il y eut donc entre les deux corps ennemis un intervalle de i a à 1 5 lieues dans lequel on venait de découvrir que la Bérésina était guéable. Cette rivière large et fangeuse était à peine dégelée lorsque Corbineau, détaché du corps bavarois, avec sa brigade de cavalerie légère, dans le but d’ouvrir la communication avec Oudinot, donna au milieu de l’extrême gauche de Tschichagof, et n’évita une perle certaine qu’en passant un gué durant la nuit du ai au au novembre entre Weselowo et Studianka.
On saisit avec le plus vif empressement cette indication si précieuse. On reconnut l’autre rive, elle était libre d’ennemis. Aussitôt, les troupes du génie, les pontonniers, les marins de la garde se mirent à l’œuvre. Ils démolirent le village tristement célèbre de Studianka. Avec les poutres, les planchers, le fer des maisons dépécées, ils se hâtèrent de construire deux ponts. Ces braves gens, dirigés par le général Éblé, plongés
jusqu’à la ceinture dans l’eau qui charriait de nouveau d’énormes glaçons , exécutèrent leurs travaux avec leur habileté si connue.
Le temps pressait : Kutusof débordait de tous côtés. 11 avait passé le Borysthèiie h Kopy.s, et les délachcmeus qu’il avait faits sur sa gauche , occupant Sienno allaient forcer Victor de reculer devant Wiltgenstein.
Cependant Oudinot appuya sur sa droite, et les corps, arrivant du Boryslhène, le relevèrent tour-à-tour au pont de Rorisof en faisant de grandes démonstrations pour entretenir l’erreur de l’amiral.
Le 26, au matin, Dembrowski passa le premier en radeaux. Peu d’heures après, Oudinot défila sur les ponts. Il était temps: une division russe approchait ; on la culbuta, l’on prit position, la gauche à la rivière, pour faire face à l’amiral. Ncy, la jeune garde passèrent ensuite et, à 4 heures, le matériel commença à rouler sur le pont de chevalets. Dans la soirée, Victor fut signalé à peu de distance de Borisof. Iji nuit vint; nuit d’anxiété, le froid reprenait son intensité première, les Russes recevaient des renforts par la rive droite, et, de l’autre côté, Kutusof, W'ittgenstein pouvaient à chaque instant paraître.
Dès l'aube, le défilé continua : l’on n’eut durant toute la journée aucune nouvelle de l’ennemi. Le vice-roi , Davout, la vieille garde, l’empereur passèrent , et Victor, laissant une de scs divisions dans Borisof, les releva sur les hauteurs de Studianka.
Tout faisait pressentir une bataille pour le lendemain. En effet, Wittgenstein arriva pendant la nuit sur les pas de Victor par la route de Baron et, pointant sur Borisof, il surprit, au sortir de la ville, la dernière division française; qui s’était égarée, comme elle se portail aux ponts. Elle se défendit vaillamment, mais enfin le nombre l’emporta , les Russes eurent la joie, pour la pi-emière fois depuis le commencement de la retraite, de saisir l’épée d’un général de division.
Ce désastre fut le prélude du combat. A peine Borisof évacué , l’amiral y rentra et se mit en communication avec Wittgenstein. D’un autre côté, Kutusof, ayant passé la Bérésina à Usza, ils concertèrent une attaque générale par les deux rives, résolus de réparer leur inaction de la veille et d’anéantir l’armée française.
Jamais position ne fut plus critique. Davout et Eugène avaient prolongé leur marche jusqu’à Zeinbin pour s’assurer de la route de Wilna et ils étaient séparés, par une vaste fondrière, de l’empereur qui avait entre lui et Victor, la Bérésina.
La tâche des généraux russes était de rompre à-ka-fois les 10,000 hommes de Victor et les deux lignes formées par Oudinot , Ney et la garde, fortes environ de 3o,ooo baïonnettes. De ce côté, Tschicbagof
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avait aussi 3o,ooo liommcs. Mais Kutiisof, étant à sa portée , il pouvait ï-evcnir à la cliargc avec des troupes fraîches. Witigenstein avait à remplir une mission plus facile. Avec 3o,ooo soldats victorieux, il semblait devoir, du premier choc, écraser une poignée d’hommes embaiTasscc parla foule des non-coinbatlans. Tous deux attaquèrent avec impétuosité: mais quels prodiges de valeur s’accomplirent dans cette journée suprême ! Ncy, Oudinot, Victor, ces héros, tant de fois illustrés, surpassèrent leurs plus brillans exploits. On vit l’amiral épuiser, tour-à-lour, ses réserves, les renforts qu’il recevait de Kutusof, et plier enfin tout meurtri, sous le poids d’une charge générale. Ou vit aussi Wiltgenstein reculer. Vainement son artillerie nombreuse foudroya-t-ellc à-la-fois les troupes et la masse des hommes désarmés : ni son feu , ni les scènes de désordre et de désespoir qui se passaient derrière eux, n’ébranlèrent les braves soldats du g* corps à qui resta la victoire. Ce fut de ce côté que le colonel des cuirassiers. Dubois, avec 3oo chevaux exténués, rompit, sabra , désarma un carré de 7000 fantassins et mérita d’être nommé général par un décret daté du champ de bataille.
Les Russes, stupéfaits de tant de vaillance, lâchèrent prise après avoir perdu plus de 10,000 hommes. Pendant la nuit, Victor franchit la Bérésina , puis l’armée entière se replia au-delà des marais de Zembin , tandis que l’on préparait la destruction des trois ponts qui le traversent et de ceux qu’on avait si heureusement construits.
Il ne restait plus sur la rive gauche qu’une faible arrière-garde, outre la foule des 1 a à 1 5,ono non-combattans. Les horreurs du bivouac de Sludianka ont été assez décrites. On sait que ces infortunés, dont la démoralisation était poussée jusqu’au vertige, refusèrent de marcher pendant la nuit. Menaces, prières , violences, rien ne put les émouvoir. Ils avaient des vivres et du fou, ils avaient besoin de nourriture et de repos, il fut impossible de les arracher au sommeil do mort dont le réveil fut si terrible.
Au jour, lorsque l’arrière-garde se fraya sur leurs corps un passage sanglant, lorsque les sapeurs s’approchèrent prêts à embraser les ponts, tous SC précipitèrent saisis d’une tardive rage. Combien trouvèrent la mort durant cette funeste lutte ! Mais bientôt l’heure fatale sonna , les flammes dévorèrent les ponts. Il y eut alors un cri prolongé de détresse et des angoisses dont l’âme a hâte de se détourner.
Helas! les vainqueurs de la Bérésina ne furent pas plus heureux. Ils avaient sauvé l’honneur des armes , ils avaient gagné deux journées de marche sur l’ennemi retardé par la rupture des ponts, mais l’hiver les assaillit plus rigoureux que jamais, dans leur affreux dénûment; ils ne résistèrent pas à scs atteintes. Le 3 décembre, le thermomètre descendit
à ao degrés et dans les quatre jours sulvans jusqu'à aG. La plupart des corps achevèrent de se désorganiser.
Le 5, le quartier général étant à Smorgoui , Napoléon réunit ses lieutenans et leur annoni;a le dessein de se rendre à Paris. Il remit le commau* dement au roi de Naples, lui prescrivit de rallier l’armée sur le Niémen, puis, à l’entrée de la nuit, il partit pour Wilna. Quatorze jours après, il était aux Tuileries , ranimait les fidélités ébranlées et commençait les ap< prêts d’une nouvelle campagne.
Murat fut impuissant à répondre à la confiance de l’empereur. Le froid et le désordre allaient croissant : 10,000 hommes sortis de Wilna pour raffermir l’armée, furent presque tous moissonnés en une seule nuit. Les ressources amoncelées dans cette ville échappèrent encore. On y ar« riva pêle-mêle, affamé , il fut impossible de régler les distributions. On pilla , on détruisit les magasins ; puis, à l’approche des Russes , on prit l’épouvante.
Ils arrivaient en trois colonnes : Wittgenstein par la rive droite de la Wilia, l’amiral par la route de Borisof, Kutusof par celle d’Usza. Les deux premiers parurent en même temps autour de Wilna, et, aux premiers houras des cosaques, tout s’enfuit : les uns sur Olita, les autres sur Kowno. Murat porta le quartier général à Rœnigsberg. Ney seul, à la tête de l’arrière-garde, conserva sa noble contenance, il fit le coup de fusil dans les rues de Wilna et se retira toujours en combattant jusqu’à Kowno. On abandonna 10,000 traîneurs qui furent impitoyablement massacrés. Ce fut le dernier exploit des Russes, le froid les força de s’arrêter à peine moins maltraités que l’armée française.
Wittgenstein conserva toutefois assez de nerf pour se porter, par Rossiena , sur le flanc de l’extrême gauche qui , depuis long-temps , était en dehors des mouvemens généraux. Macdonald, après être resté sur la Dwina pendant la retraite, se rapprochait enfin du Niémen. Arrivé avec la division française à Pikuponen , il se heurta contre l’avant-garde russe, la culbuta, poussa jusqu’à Tilsit d’où il dut encore chasser quelques cosaques, et fit halle pour attendre les deux divisions prus.siennes. Mais il apprit bientôt que leur général, York, ayant rencontré Wittgensteiu à Traurogen , avait traité avec lui et lui livrait son corps d’armée.
Cette défection mit le comble aux désastres des Français , elle les força d’évacuer Tilsit, Rœnigsberg et de se retirer sur la Vistule. Murat jeta environ 100,000 hommes, y compris les Autrichiens, dans les places depuis Varsovie jusqu’à Dantzig, puis il porta le quartier général à Posen et laissa le commandement au vice-roi qui réunit autour de lui ia,ooo combattans , faible noyau de l’armée active.
3a5>ooo hommes avaient passé le Niémen au mois de juin. 5o,ooo environ des 9* et 11" corps avaient rejoint dans le cours de la campagne. Déduction faite des Autrichiens et des Prussiens, il en restait à peine 90,000. Si l’on retranche ces mêmes auxiliaires (5o,ooo), des 375,000 hommes entrés en ligne, on arrive pour expression des pertes en morts et prisonniers dans la marche en avant et durant la retraite , au nombre effrayant de s35,ooo hommes !
VIN DVS OPÉa.\.TIOXS EM ESPAGNE.
Pungt do Tag«(i5 leptembre). — Siège de Burgoa (tg sepleinbre). — lefèe du liège (11 octobre}. — Puugede I« Tormès (10 ooTcmbre). — Relnite des(Uié*(ig).
L’armée du centre et celle d’.Andalousie ayant opéré leur jonction dans le royaume de Valence, le roi Joseph reprit aussitôt l’offensive et se porta dans le bassin du Tage. £n a5 jours on atteignit Aranjuez qu’occupait l’aile droite de Wellington commandée par Hill. Ce général ne ût point de résistance, il se replia obliquement sur la Sierrade-Guadarama. Les Français passèrent le Tage, rétablirent Joseph dans sa capitale et se mirent à la poursuite des alliés. Cependant les Anglais ne désespérant pas de se rendre maîtres de Burgos, se concentrèrent aux environs de cette ville; son château enlevé , ils se flat-
taient de rejeter les débris de l'armée de Portugal au-delà des Pyrénées; les corps d’Andalousie, de Valence, de Catalogne n’avaient plus qu’à gagner précipitamment Perpignan ; la Péninsule entière était délivrée. Mais ce château tint bon : l’immortcllo résistance de Dubreton mit encore une (ois en question la fortune du général anglais. Pendant 35 jours, 1800 Français renfermés dans un vieux donjon revêtu d’une double ligne de redoutes, bravèrent l’effort de 3o,ooo hommes. Quatre mines, cin(i assauts, des privations cruelles , rien ne les émut, et ils curent la joie de voir les assiégeans lâcher prise, chassés par les mouvemens combinés de Souhain et de Soult.
I.C premier, ayant rallié les deux divisions de la jeune garde et réorganisé l’armée , arriva sous Burgos, comme les Anglais effectuaient leur retraite. Il les poursuivit, l’épé-e dans les reins, en débordant leur gauche et les mena battant jusqu’à Tordcsillasoù il fit halte pour préparer sa jonction avec les armées du midi et du centre. Celles-ci, cependant, s’attachant aux p.as de Ilill, traversèrent rapidement Valdemoro , Puente- Tosamo , Arevallo , se mirent en communication avec Souham par IMedina-dcl-Campo , et jetèrent des avant-postes jusqu’à la Tormès, où elles reconnurent l’ennemi eu position sur la rive droite , depuis Alba jusqu'à Salamanque. Soidt combina l’attaque générale de manière à le tourner par la droite et à engager l'action sur le champ de bataille des Arapiles. Souham se porta sur Alba, les deux autres colonnes, appuyant à gauche, surprirent le passage de la rivière, au-dessus de cette ville.
Ce mouvement échappa au général ennemi. Les trois armées défilèrent sans opposition sur la rive gauche et se déployèrent par la gauche , comme l’avait faitMarraont, dans le dessein d’intercepter la route de Ciudad- Rodrigo. Ces dispositions, prises au milieu d’un brouillard épais, consumèrent presque toute la journée. Vers le soir, on allait commencer le feu lorsque éclata un violent orage qui condamna les Français à l’inaction et dont les Anglais profitèrent pour s’éloigner. On les poursuivit pendant trois jours sans pouvoir les contraindre à faire volte-face, et le seul fruit de ces marches habiles fut quelques milliers de prisonniers , outre une quantité considérable de bagages. Les alliés regagnèrent leur camp entre l’Agueda et la Coa, puis, de part et d'autre, on se répandit dans ses quartiers d’hiver.
Après le départ de Joseph , les Français resserrèrent leurs positions dans le royaume de Valence, occupèrent fortement San-F’elippe et se tinrent sur la défensive. Les Anglais crurent mettre la circonstance à profit pour s’emparer de Dénia; ils jetèrent sur la côte, près de cette ville, laoo hommes qui s’avancèrent jusqu’aux remparts et sommèrent»
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le commandant français. Celui-ci, loin de s’en émouvoir, sortit hardiment de la place et repoussa les assaillans jusqu’à leurs vaisseaux.
Cette escarmouche irrita le maréchal , il prit trois divisions et les porta sous Alicantepour offrir la bataille. I^s alliés ne l’acceptèrent point et les Français rentrèrent dans leurs cantonnemens après quelques engagemens de cavalerie où l’avantage fut constamment de leur côté.
En Catalogne le reste de la campagne de i8ia se passa presque tout en escarmouches; mais l’armée espagnole s’étant encore rassemblée à Vieil , on y marcha , on la rejeta sur Mont-Serrat , on lui enleva cette position formidable, on rétablit la ligne de défense sur le Llobrcgat, de Martorcll à Barcelone.
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BETBAITB DO VlCB-*OI.
Défeclion de» Prussiens (6 fcnier). — Combat de Kalish (i3). — Départ de Poaen (s»).— Eracuatioa de Berlin (3 au 4 mars). — De Hambourg ( 1 8). — De Dresde (a ;). — Combet de HoBckeni (5 arril]. — Rcloor sur la haute Soale (y).
Les armées russes restèrent sur la Passarge et le Bug. La ligne de la Vistulc était donc intacte et l'on n’avait perdu que quelques lieues de terrain. Cependant l’empereur ne se fit point illusion sur l’étendue de U blessure qu’avait reçue sa puissance : il pressentit que l’Europe entière allait lui écliapper, si des armées formidables ne remplaçaient pas rapidement celle qui venait d’être détruite.
En effet , l’cxeniple donné par York avait ébranlé le sol où il fallait se défendre. L’opposition sourde qui s’agitait depuis cinq ans, voyait enfin l’occasion d’éclater , et de tous points la nation allemande se disposait à profiter des désastres des Français pour les rejeter hors de son territoire. Malgré le désaveu du roi de Prusse, la défection de son général obtint l'approbation des masses et le gouvernement fut entraîné à l’imiter. Les détachemens qui traversaient les villes du Brandebourg
CAMPAGNE DE 1813. 46i>
pour renforcer le vice-roi, assistèrent à la formation des milices qu’ils devaient bientôt combattre. Ce fut au cri de liberté que les peuples d’outre-Rliin aiguisèrent'leurs armes, et ce mot de ralliement contre la domination impériale retentit jusqu’au sein de la France , où il trouva plus d’un écho.
Cette explosion était toute naturelle en Allemagne : occupée militairement , contrainte dans ses relations commerciales, dans scs habitudes , elle avait le droit de crier à l’oppression, quelles que fussent pour l’avenir les conséquences desévènemeusdont elle souffrait. Maiscomment la France vit-elle sans émotion s’écrouler l’édifice de sa grandeur? Comment cette nation énergique, si prompte à se soulever contre l’étranger, vit-elle avec indifférence les coalisés s’avancer pas à pas duNiémenaux bords de la Seine?
Nous avons indiqué comment les questions de réformation intérieure furent Iransformws en question de guerre, comment le gouvernement né de la révolution fut amené à la forme dictatoriale , comment Napoléon fut investi de ce pouvoir suprême , identique dans son origine avec les voeux de tout un peuple. Mais toute dictature est essentiellement périssable. Plus ses succès ont d’éclat, plus elle inspire de sécurité aux croyances, aux idées qu’elle défend, plus la nécessité devient problématique; puis de nouvelles générations surviennent qui la prennent en haine à l’égal du despotisme, sans examiner si elle n’a pas été instituée pour sauver la liberté. Toute dictature aussi tend à se perpétuer. Il n’es^ pas de notre sujet de rechercher si le génie de Napoléon s’est élevé au dessus de la loi commune, ou s’il ne s’était point habitué à considérer comme absolues les formes auxquelles il avait été entraîné à façonner la société.
Quoi qu’il en soit, depuis plusieurs années, des hommes que la postérité jugera peut-être sévèrement, mais sur qui les contemporains ont été divisés, préparaient sa chute, secondés par l’impatience des jeunes générations. L’Europe épiait cette disposition des esprits : elle entrevit avec joie l’occasion de séparer enfin les armées, de la masse nationale. Elle renonça en apparence aux desseins qu’elle n’avait pas craint de divulguer dans ses déclarations de 1791 et dans le manifeste du duc de Brunswick. Elle eut l’habileté d’aller chercher dans l’exil un illustre général de la république, pour le montrei- à ses anciens frères d’armes comme gage d’une transaction. Elle applaudit à la constitution démocratique des Cortès, elle se prit d’une grande tendresse pour la France, pour les libertés françaises; on eut dit que 89 était passé dans le camp de Pilnitz. Enfin , elle réduisit ses prétentions au renversement de Napoléon, de l’ennemi commun. La fortune se déclara pour elle ; les soldats périrent, les citoyens acceptèrent de l’étranger leur prétendu affranchissement, et les
grands corps de l’état livrèrent aux coalisés Paris et la personne de i
l’empereur. |
Malgré les immenses perles de la grande-armee, les Russes étaient linrs d’état de rien entreprendre. L’hiver ne les avait point ménagés, cl il leur restait à peine, en première ligne, 5o,ooo comhatlans. Si l’expédition eût eu pour mobile non la volonté d’un conquérant, mais une réaction unanime des peuples eiviliséssur lesenvahisseinens delà barbarie, on eût conservé l'initiative, et ils eussent été impuissans à couvrir leur seconde i
capitale. Le temps n’était pas encore venu. i
Il y avait déjà à Posen 3o,ooo baïonnettes; les renforts arrivaient de toutes parts. L’année d’Lspagne fournissait sa vieille cavalerie, les divisions stationnées en lllyrie traversaient leXyrol, le sénat décrétait, outre de nouvelles levées , la mobilisation de loo cohortes de la garde nationale, imposante réserve qu’on avait mise sur pied à l’ouverture de la campagne précédente. Toutes ces forces eussent atteint la Vislule, si l’infidélité des alliés n’eût livré aux Russes les deux premières lignes de défense du vice-roi.
Le général prussien Bulow ouvrit ses rangs à Wiiigenstein qui , ayant passé la Vistulc au-dessus de Dantzig, se porta sur le Ras-Oder. Dans les même temps, l’Aulrichc fil une déclaration de neutralité année, et Schwarzeiiberg , après avoir remis Varsovie à i5ou ao,ooo Russes, conrluisit à Cracovic ses 3o,ooo hommes, il entraîna le corps polonais qu’il obligea de traverser sans armes la Gallicie, pour regagner le llaut-Odcr.
Reynier se replia sur Ralisch , d’où il fut déposté à la suite d’un vif et glorieux engagement. Les Russes débordèrent alors li's tleiix flancs du vicc-i-oi qui fut obligé d’ordonner la retraite. Ses colonnes, dénuées de cavalerie, gagnèrent péuibluinenl la Spréeet cherchèrent ;i tenir hou^: le corps principal à Rœpenick, le centre à Lubben, la droite à Bautzen.
Mais Wittgenstein ayant passti l'Oder entre Francfort et Custrin , continua à côtoyer rextrêine gauche et se présenta aux portes de Berlin , où il fut accueilli en libérateur. L’année française abaiulonna celte capitale et la Spréc pour se former eu arrière de rulbe. Le vicc-roi s’établit à Wittenberg et rallia lescorps de Lauristou ! 5', 1 5uoo) Victor (u', 5ooo’) Davout 'T"ao,ooo') qui s’organisaient de Magdeburg à Dresde. Tout le fleuve était défendu; deux délachemcns, sous Joseph Morand et Carra Sainl-Cyr occupaient la Poméranie et llandjourg. On n’avait évacué ni les pl.accs de roder , ni celles de la Vislule et le premier succès jiouvait reporter l’armée au cœur de la Pologne.
Cependant le roi de Prusse avait signé avec le czar un traité d’alliance offensive et défensive quiniettaità la disposition dudernier près de ioo,ooo hommes. On forma deux armées actives ; l’une de 53,ooo hommes sou*
GOfVION^AINT-CYR (Louis),
• Totil le tSavril 1764- — Cênéralencbef de r»rm^d» Portng»! eo iBoi,— • de l’erBiêe Je Niplw ea iHo5. ~ Cnaimandaot en rlief du 6* et du io*rorp«del« Orande*armée en de Fraoee en iRrv. — Deux fois mioUtre de la gnerre toai la Re«lanra(ioo. >— Mnriea t8)o>
Bataille de Breide (l8t3).
Witlgnistoin , York et Bulow ; l’autre, de /|5,ooo sous Bluclicr et Winzingerode. On masqua les forteresses avec 60,000 hommes, et l’on |)oiissa en avant dans l’espérance de dissoudre la confédération du Rhin. I^s cosaques de ïettenborn (10,000) inondèrent le Bas-Elhc, déblayèrent la Poméranie , enlevèrent Hambourg, isolèrent le Danemark qui momentanément se déclara neutre, et frayèrent le chemin au coiitingeii» suédois que Bernadolte avait promis. Les armées régulières prirent pour but commun la .Sa.vc, dont le souverain , ébranlé par leurs menaces, avait déjà refusé aux troupes françaises l’entrée des places de Kœnigstein et de Torgau. Elles s’y portèrent : celles de Blucher, en débouchant sur Dresde, Meissen et Torgau; celles de Wittgenstein , sur Wittenberg après avoir placé un corps d’observation devant Magdeburg.
Tx’s Français évacuèrent Dresde qui fut immédiatement occupé par les coalisés. Eugène ne tenait plus à l’Elbe que par Magdeburg, mais eu pivotant habilement sur celte forteresse, il arrêta l'élan des vainqueurs et il tint en suspens la cour de Dresde, dont la défection eût ramené la guerre sur le Rhin.
Pendant que Davout courait au Bas-EIbc, prenait position à Brunswick et se mettait en communication avec Carra- Saint-Cyr et Morand pour couvrir le Weser, Eugène se rangea sur les bords escarpés de la Saale en étendant sa gauche de Bernburg à Werden; puis, lorsqu’il eut vu Wittgenstein passer l’Elbe et marcher sur Leipzig, il saisit la droite cl le ecnlre, déboucha résolument de Magdeburg, culbuta le corps d’observation et parut menacer Berlin. Wittgenstein , justement surpris de voir les Français reprendre si promptement l’offensive, SC hâta de revenir sur ses pas pour se déployer en bataille à Moeckern à cheval sur la route du Brandeburg. Après un vif engagement Eugène, dont le but était rempli , rentra dans la place et se tint prêt à remonter le cours de la Saale. Il y fut bientôt rappelé; Blucher maître de Dresde, lança des coureurs sur la roule de Francfort, Leipzig fut occupé. Enfin , l’aile gauche de Wittgenstein s’empara de Halle et de Meischurg. Ce général, lui- même, entra dans Dessau et resserra Wit-