NAPOL
roi de Prusse , prit scs cantoanemens entre le Mayn et la frontière suisse
Toutes ces forces, déduction faite de ce qui restait au siège des pla» ces sur le Rhin, préseu (aient un effectif de 4oo,ooo hommes, dont 8ü,0«)O hommes de cavalerie : 200,000 autres s’échelonnèrent , du Rliin à la Vistule, autour des forteresses où flottait encore le dra> peau français.
Les débris ramenés de Leipzig avaient été dévorés par la contagion; à peine restait* il à opposer au premier chou 60,000 hommes et 12,000 chevaux. Decaen , remplacé plus tard par Maison (12,000) rouvrait la route d’Anvers; Macdonald, était en position de Niinègue à Cologne (18 à 20,000); Marraont, était en présence de l’armée de Silésie
(18.000) ; enfin Victor ( 1 0,000) occupait l’Alsace depuis I.andau jiiscpi’à Huningue.
Trois corps de réserve: Mortier, avec la vieille garde, Ney, avec doux divisions de la jeune , Augercau , avec des délachcmens tirés d'Espagne cl du midi, se formaient à Namur, Nancy et Lyon. Enfin Napoléon de sa personne était à Paris où il organisait le peu de ressources que lut offrait la France, qui l’avait accueilli, muette, consternée, résolue à abandonner sa cause.
Malgré l’immensité de scs forces, la coalition hésita devant la huile frontière que la nature a assignée à l’empire français.
Rernadotte était à-peu-près hors de compte; lui qui aspirait au trône de Napoléon, on l’avait condamné, pour prix de sou intervention, à enlever à l’empire les conquêtes de ces armées républicaines où jadis il s’était signalé. L’invasion des anciennes provinces était confiée aux années de Bluchcr et de Schwarzenberg. Or, après le Rhin, ces deux généraux avaient à forcer les défilés des Vosges , la Sarre, la Moselle, la Meuse, la Haute-Marne, toutes lignes parallèles dont chacune pouvait être assez long-temps disputée pour que la France, se réveillant , se levât tout entière et fît respecter son territoire.
IjC succès demandait une grande promptitude d’exécution ; il fallait profiter de la stupeur générale et pénétrer au cœur des provinces avant qu’on en fut revenu. Mais les coalisés n’étaient plus scrupuleux sur les moyens; ils s’étaient habitués à déchirer traités et capitulations: ils violèrent la neutralité de la Suisse. Cet expédient leur assura une forte base en même temps qu’il leur permit de tourner, par leur droite, toutes les positions , de déconcerter le plan de défense indiqué par la situation des corps d’armée.
Dans la nuit du 20 au ai décembre iSi3, les colonnes autrichiennes de Schwarzenberg passèrent les ponts de Bâle et de Schallhausen et se
m GUERRES DE LA RÉVOLUTION.
concentrèrent à Solcure, d’où l’extrême gauche marcha sur Genève afiii de s’assurer la possession de la Suisse entière. Scs autres corps de* bouciièrent par Belfort, Raumc-lcs-Daines et Pontarlier sur Dijon , Bcsanroii et Lurc. Des détachemens masquèrent Belfort, Besançon, Auxonne.
Vinrent ensuite les Bavarois qui, au sortir de Bâle, investirent Huningue et s’avancèrent sur Strasbourg. Leur avant-garde entra dans Colmar, mais la cavalerie de Victor l’en fit sortir et la replia jusqu’à Ensisheim. Cependant le maréchal, n’espérant point tenir tête aux masses formidables qui pressaient son flanc droit , ne songea qu’à opérer sa retraite en bon ordre. Il concentra à Molsheim son faible corps d’armée et se retira au -delà des Vosges par Sainte-Marie-aux-Mines ; sa gauche évacua l’Alsace par Saverne et Château-Salins. En même temps les corps du prince royal de Wurtemberg et de Wittgenstein y pénétrèrent, le premier au-dessous de Bâle , le second en face d’Haguenau : ce dernier étendit sa droite jusqu’à Laulcrbourg pour communiquer avec l’armée de Silésie qui avait aussi passé le Rhin ; la gauche (Sacken), près de Manhciin; le centre (Langeron et York),àCaub; la droite (Sainl-PriesÇ, au-dessus de Coblentz. On débordait partout au moment où Marmont s’ébranlait pour prendre le commandement général et se rabattre, en remontant le Rhin, sur le flanc droit de Schwarzenberg. Son mouvetnciU ne put avoir lieu; ses colonnes, coupées dans leur marche, furent l’épilées sur la Sarre. Il avait cependant été imprimé a toute l’armée : Ney partit de Nancy pour occuper Epinal; Mortier courut de Namur à Langres ; Macdonald fut rappelé de Nimèguc sur la Marne.
La frontière se trouva ainsi dégarnie depuis Genève jusqu’à Gorcuin, Mais' l’effort des coalisés se porta d’abord à l’entrée du bassin de la Seine. Iæs Autrichiens occupèrent Dijon, Vesoul, Gray, pour arriver ensuite à l’Aube et à la Marne. D’autres colonnes , pour assurer leur flanc droit, s’avancèrent au-devant des maréchaux français: Gyulai , par Vesoul pour contenir Mortier; Wurtcmbei’g , par Remiremout à Epinal pour rencontrer Ney.
Ccpciulant de Wrède s’attacha aux pas de Victor, dont Wittgenslein tournait la gauche en gagnant par Ilagucnau , Lunéville. Enfin Bluchcr, appuyant à gauche, déborda la droite de Marmont, le rejeta d’abord sur Metz puis sur Verdun, laissa York autour des places de la Moselle , Saint-Priest dans le Luxembourg , pour appuyer l’invasion de la Belgique, et, traversant Saiut-Avold , Château-Salins, vint par Nancy et Toul , faire sa jonction avec la droite de Schwarzenberg. Les maréchaux disputèrent la sol français pied à pied et ne cédèrent
pas même au nombre. Mortier n’abandonna Langrcs à Gyulai (|ue lorsqu’il craignit d’être prévenu à Chaumont par le prinec de Wurtemberg ; de même Ncy n’cvaciia Epinal (pie quand de Wrède s’approrba de Charmes, venant de Rambcrvillers. Enfin le mouvcinenl de Bluclicr sur Château-Salins détermina seul Ney et Victor à sortir de Nancy pour se reformer derrière la Meuse. De Wrède, en débordant leur droite parla route de Joinville, les obligea à reculer encore: d’abord a Ligny , puis à Saint-Dizicr et Vilry, où ils sc réunirent à Marniont au moment où Wurtemberg et Gyulai venaient de rejeter Mortier au-delà de l’Aube.
oriaA.Tiuas sua l’avbe et la seiee.
Combatte SainUDizier (17 janvier). — Coml>al de Brienoe (19).— Bataille de la Rolliière février).— Combat de Rosoay (a). — Mouvemens autour de Troyes (5-6). — Napoléon à No^ B««>‘ (:)•
La guerre était portée dans le bassin de la Seine. La route de Bourgogne qui côtoie l’Yonne, celle de Suisse qui traverse Nogent, Troyes et Bar, celle d’Allemagne qui longe la Marne étaient ouvertes à l’irruptiou des deux principales armées coalisées. A leur marche victorieuse on n’opposait que des débris. Ces généraux, restes de la grande-armée, devaient succomber. Mais que leur résistance a été glorieuse! quelles traditions ils ont laissées! comme à chaque pas ils ont fait voir qu’on n’envahit pas impunément la France.
Us ont succombé mais leur sang n’a point été perdu pour la cause de la patrie, et les souvenirs de leur dernière campagne ne sont pas
moins imporlnns aux conseils des rois étrangers que ceux de leurs plus
brillantes expéditions.
Un corps d’environ aooo hommes, commandé par Alix à Auxerre, un faible détachement sous Moiithrun à Pont-sur-Yonne , une division de gardes nationales, en formation à Montereau, sous Paclhod ; en tout 7 h 8000 hommes, défendaient la vallée de rYoïinc.
Haute*Seine était gardée par Mortier , auquel s’était jointe la réserve de Paris (18 à 19,000). Le maréchal, après avoir vivement disputé le passage de Bar-sur-Aube , s’était retiré à Troyes en faisant hier sur Arcis la division Dufour (4000).
Les trois corps réunis de Ney (yooo), Marmont (9000) et Victor (ia,ooo), affaiblis des garnisons de l’Alsace et de la Lorraine, couvraient à Vilry la vallée de la Marne.
Macdonald était destiné d’abord à fermer les débouchés des Ardennes et à flanquer Maison; mais la nécessité de faire face au plus pressé l’avait aussi rappelé sur la Marne ; il ramenait par Mézières et Giâlons 9a 10,000 hommes. Le surplus de sou corps d’armée était resté dans les places de la Meuse. Sa retraite découvrait la rive gauche de l'Oise, mais Bernadotte était encore trop éloigné pour profiter de cette trouée, d’ailleurs fermée quoique incomplètement par la vieille enceinte de Soissons.
Telle était la situation générale quand Napoléon quitta Paris et se mit à la tête de l’année que renforcèrent yooo hommes de la garde , commandés par Oudinot. Son projet était de prendre en flagrant délit l’armée de Silésie, de l’attaquer par le flanc, dans la marche oblique qu’elle était obligée de faire pour opérer sa jonction avec la grande armée combinée et de la rejeter au-delà de la Moselle.
I.e succès de cette combinaison eût ramené les ennemis dans le bassin du Rhin; car Schwarzenherg, débordé par sa droite, eût évidemment reculé, et la vallée de la Saône, menacée par Lyon , ne lui présentant aucun point d’appui, il eût prolongé sa retraite jusqu’à la froutière suisse. Alors, l’armée française , s’appuyant aux forteresses de l’est , à la chaîne des Vosges et à une population encore dévouée , eût trouvé de grandes chances de réussite. Mais au moment où l’empereur rejoignit à Vitry les trois maréchaux, la marche concentrique des deux principales armées de la coalition , sur l’Aube et la Marne , s'était opérée sans grands obstacles ; il y avait de l’armée de Schwarzenberg en première ligne, Gyulai (a 1,000), Wurtemberg (i5,ooo) à Bar-sur-Aube et Colombey-lcs-deux-Eglises; de Wrède (45,ooo) près de Joinville; en seconde ligne, derrière de Wrède, Wittgenstein (a 5, 000) sur la route de Nancy à Joinville; CoUoredo (a6,ooo) sur celle de Dijon à IVoyes; les gardes
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et les rf'scrvc.s (35,ooo) en liera de Langrcs. L’armée tic Silésie avait en première ligne, sous le général Ulnclier , vers Vassy et Montiérender, Saeken (lO.ooo;, AIsnsief ('i)ooo) et i5,ooo liomincs de cavalerie; en seconde ligne Yoik (35,000) qui, après avoir été relevé autour des places du la îiloselle, se portait du liar-siir-Ornain à SaiiU-Dizier , lié aveu les corps préeéduiis par la division russe de Laiidskoi (Cooo) postée à Saiut-Dizicr pour raUeudre.
Le lendemain de son arrivée, l’empereur, au sortir de Vitry, aborda le point le plus dégarni de la ligne ennemie. Landskoi ne résista pas au eliou. Chassé de Sainl-Dizier trop brusquement pour rallier Blueber Ù Vassy, il se replia sur Joinville. On apprit alors l’état des choses: on sut que .Sucken et Ai.sulief prolongeaient leur marche sur Brienue; que Mortier avait pris position à Troyes; que, d’un autre côté, l’avant-garde de Macdonald avait relevé aux défilés de l’Argonne, Ricard (35oo du (i' corps) qui accourait <à Vitry pour se porter sur la Voire. Par le doiiT ble mouvement de Napoléon sur Saint-lJizier et de Blueber sur Brienne, l’armée de Silésie et l’armée française étaient l’une et l’autre coupées en deux parties. La colonne qu’on venait de porter de Vitry à Saint-Dizier pouvait tomber sur York, sur les corps en marche pour le rejoindre, les rejeter au-delà des places fortes. Mais ce succès, décisif si on l’eût obtenu sur l’armée de Silésie entière, ou la saisissant à son point de jonction avec ScluvarzcnbiTg , n’eût plus suffi pour imposer aux masses énormes concentrées sur l’Aube. Llles eussent continué à se porter en avant et l’on eût été définitivement séparé de Mortier. Il était donc nécessaire de recourir à d’autres combinaisons,
Napoléon n’hésita pas : il abandonna sa ligne d’opération, donna l’ordre <à Macdonald d’accourir à Clnilons, de tenir tète aux Prussiens d'York, de couvrir la retraite du grand parc; puis, masquant son mouvement en détachant Marmont sur les roules de Joinville et de Bar-sur- Ornain, il sc jeta avec Victor, Ncy, Oudinot, dans la traverse de Montiérender. .Son but était de gagner la chaussée de Brienne, desurprendre par le flanc les colonnes de Blueber, ou, au pis aller, de s'assurer du pont de JjCsmont, afin de rejoindre, par Piney, le corps de Mortier, et de s’opposer de front aux progrès de la grande armée ennemie. Pendant que son armée s’enfoncait dans la foret de Der, Landskoi rejoignit Blueber à Brienne par Doulevcnl et Soulaines, Saeken courut à Lésinent pour détruire le pont. York croyant Bar-sur-Ornain fortement occupé, fit un détour en remontant la Meuse pour gagner Saint-Dizier. Enfin Schwarzenberg, dans l’attente des coups que présageait la présence de l’empereur, donna ordre à de Wrède et à Wittgciistein de faire balte à Joinville pour couvrir la route de Chaumont. Lui-
692 GUEHHtS DE LA REVOLUTION.
même avec le mie de ses forces s’apprêta à défendre les avenues de
Bar-sur-Aubc.
Le jour suivant l’avant-garde française, en débouchant de Mai* zières, se heurta contre un corps de cavalerie soutenu d’une brigade d’infanterie. Elle les culbuta l’iin et l’autre et les rejeta sur Brienne où Alsuficf était en position et où Sacken venait d’être rappelé.
Le combat ne larda pas à devenir général; il fut long et disputé. EnGn à la nuit on réussit à pénétrer dans le château où Napoléon avait passé sa première jeunesse et dontla vue réveilla en lui bien des souvenirs. De là on se répandit dans la ville que l’ennemi défendait encore pied à pied et qu’il n’évacua qu’après l’avoir incendiée. Sa retraite s’opéra sur Trannes.
On s’était rapproché de Mortier, mais il fallait, pour le rejoindre, rétablir le pont de Lesmont. Il fallait en outre attendre le 6' corps. Le lendemain du combat , Napoléon sortit de Brienne et rangea en bataille de Dicn ville à Petitmesnil, avec les corps arrivant de Vitry, les divisions Ricard et Dufour qu’il avait trouvées sur la Voire et qu’il mit sous les ordres de Gérard. Durant cette journée Marmont , ayant fait halte à Vassy, pour rallier son airière-garde, fut attaqué par la tête du corps bavarois; mais il la tint en échec et, lorsque sa dernière division, qu’York avait vainement cherché à envelopper dans Saint* Dizier, fut venue le rejoindre, il se replia à Montiérender d’où il continua sa marche par Soulaines. Là il soutint encore un engagement avec la cavalerie de Wittgenstein qui se portait sur Sainl-Dizier, tandis que de Wrède par Doulcvent, Gyulai et Wurtemberg par Bar-sur-Aube se rapprochaient de Bluchcr.
Scs forces réunies, Napoléon voulut tenter le sort des armes. On passa à faire scs dispositions toute la journée du 3j et le lendemain on fut attaqué.
Gérard tenait la droite chargée de défendre le pont d’Unienvillc, Dicuville et la Rothière; Victor au centre, s’étendait de la Rothière à Chaumesnil, occupant la Gibrie; Marmont, à gauche, était en position au grand et au 'petit Morvillicrs; ayant ses avant-postes à La-Chaise; Ney et Oudinot étaient restés en réserve en arrière de Beugné.
Celte ligne, appuyée par sa droite à l’Aube, était couverte par les ruisseaux marécageux qui forment la Beuvronne et par la position avancée de la Gibrie, qui commande à-la-fois les deux déRlés.
Gyulai marcha contre la droite; Blucher, avec ses deux lieuteiians, contre le eentre; de Wrède contre la gauche; enfin le prince de
CAMPAGNE DE IRlA.
Wurtemberg fut ebarge d’enlever la Gibrie, afin d'e'lablirla communication entre les deux principales colonnes d'attaque.
Maigre l’infériorité du nombre, l’armée française soutint vigoureusement le choc, Gyulai et Bliicber ne firent aucun progrès. Cependant de Wrède s’empara de 1^-Cbaisc et le prince de Wurtemberg, ayant franchi le premier ruisseau, pénéira dans la Gibrie. Mais un nouvel effort rétablit de ce côté le combat. Victor repoussa les Wiirtcmbergeois et fut sur le point du les entasser en désordre dans la prairie marécageuse qui borde le monticule.
A ce moment les generaux coalisés , impatiens de la longue résistance de cette poignée d’hommes, renforcèrent le centre de trois divisions de la réserve, envoyèrent au secours de Wurtemberg une autre division et donnèrent ordre à de Wrède de mettre à profit l’amincisseincnt de Marmont qui s’était étendu jusqu’à Chnumesnil pour soutenir Victor, et de foncer sur Chaumesnil et la (îibrie.
I.C résultat de ces dispositions fut de rendre l’ciincmi mailrc de ces deux derniers villages et de la Rothière; dès-lois le champ de bataille, ouvert de toutes parts, n’était plus tenable. Napoli*on ordonna la retraite qu’il masqua au moyen d’une forte diversion sur le village de la Rothière.
Le gros de l’année se replia en bon ordre et passa le pont de Iæsmont, où Ney resta en arrière-garde. Marmont, pour donner le change sur la direction générale, s’arrêta en avant de la Voire.
La bataille de la Rothière quoique soutenue par des troupes à-peu-près épuiseés n’amena pas de déroute ; les Français avaient tenu tête à des forces quadruples, ils se retirèrent avec calme , et départ et d’autre les pertes en tués, blessés et prisonniers furent à-peu-près égales; toutefois considérée dans ses rapports avec les évèncmeiis généraux, cette journée porte un caractère décisif, elle fixa la guerre dans le bassin de la Seine et donna l’offensive aux coalisés.
Wurtemberg et de Wrède suivirent l’armée française par les routes de Lesmont et de Rosnay. A l’approche du premier, Ney, après avoir fait sauter le pont, se replia sur Piney. Marmont prévint l’autre à Rosnay où la Voire forme un îlot; on se mit à détruire le premier pont, mais avant que les poutrelles fussent enlevées un bataillon le franchit; on le chargea, on le prit, on le sabra. Cependant le corps bavarois s’étant formé, força le passage. On se rallia derrière le second bras où l’on se défendait victorieusement quand la cavalerie, débordant à gué la droite, il fallut plier. Bientôt de Wrède fut dirigé par Lesmont; Mai mont se mit en marche pour Arcis-sur-Aube.
T>es généraux ennemis avaient reconnu que l’année française était
en pleiae retraite par les deus rives de l’Auhc. Ixur coiiccntralion pour résister au premier choc de Napoléon, avait donc amené un plein succès. Il leur restait à manœuvrer de manière à précipiter les mouvemens et à profiter de leur ascendant pour pénétrer jus(|u'à Paris, où l’attitude des partis leur donnait rcsiiérance d’une réaction politique.
A ce moment York ayant dépassé Vitry, qu’il avait masqué par un détachement, marchait contre Macdonald. D'un autre côté, les cosaques de Platof, soutenus par une division d’infanterie, avaient replié le faible corps d'Alix ; do Joigny à Sens et, après une tentât' vc infructueuse sur cette dernière ville, ils s’étaieiil jetés entre l’Yonne et le Ixiing.
Les coalisés pressaient donc tout à-la-fois sur l’Aube et sur la Marne avec des masses énormes, et sur i’Yomic par de forts détacbcmeus, le centre et les extrémités de l’armée française dont l’alignement pas.sait par Sens, Troyes, Arcis et Châlons. Ils résolurent de déployer les forces qui s'étaient, si à propos, ra.ssemblées autour de Darsur-Aube et d’en disposer pour peser plus fortement encore sur les ailes, afin de déborder le centre, tout en le tenant en respect.
En conséquence Blucher partit de Bricnne pour gagner Cbâlons par Rosuay et Vésigneux, appuyer York, rallier les corps en marche de KIcist et de Laugeron , et écraser Macdonald. Yiltgcnslein , reprenant la droite de Schwarzenberg, sc mit à côtoyer la rive droite de fAube, précédé de sa cavalerie, qui, se postant, tour-à-tour devant Arcis et Plancy, replia Marmont d’Arcis à Méry-sur-Seinc. Enfin Schwarzenberg dirigea ses colonnes sur Troyes; (lyulai , de Wrède et Wurtemberg par la route de Piney; Cotloredo et les réserves par celle de Barsur-Aubc. Lorsqu’elles arrivèrent .sous les murs de la ville clics trouvèrent rarinéc française en position dans les nombreux villages qui l’entourent.
Au lieu d’attaquer selon l’ordre de marche, le généralissime prescrivit un mouvement sur sa gauche qu'il masqua au moyen d’une démonstration sur Saint-Parre-aux-Tcrtrcs. quartier général, les
gardes, les réserves, partie du corps de Colloredo pa.ssèrent la rivière à Bar-sur-Seine. De Wrède et Wurtemberg, soutenant la droite de Gjlloredo s’échelonnèrent par Monstiérarney et Vandœiivre. (iyulai s’étaldit à Gérodot; enfin Wittgcnslcin , passant l’Aube, prit position à Charmont. Par cette manœuvre, qui rentrait d’ailleuis dans l’exécution dn plan général, Schwarzenberg menaçait de tourner Troyes par la rive gauche de la Seine dans le même temps que les fortes co-
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C/UÜPAGNE UE ISlCi. m
lonnes, groupées sur la route de Bar>sur*Âube , marcheraient à une attaque de front<
Mais Napoléon avait résolu de rétrograder , encore; pour netre point troublé par l’aile gauche de son adversaire, il chargea Mortier de l’aborder vivement. Ijs maréchal la lit reculer jusqu’à Sainl-Parre-les-Yaudes. Alors l’évacuation de Troyes s’effectua par la grande route de Nogent, couverte par les doubles attaques de Mortier sur les deux rives de la Seine. Le lendemain l’armée arriva à Nogent. Victor, renforcé de la réserve de Paris, prit position dans cette ville. Oudiuot s’étendit par Bray, Provins et Montereau. Les deux maréchaux, Alix à Sens, Monlbrun à Fontainebleau , Pajol à Melun , eurent pour mission de contenir Schwarzenberg. Napoléon prit avec lui Marmout (6000), Ney ( 5ooo ) et Mortier ( 65oo ) pour en disposer d’une manière imprévue.
Dans la même journée Schwarzenberg entra dans Troyes; après quoi il déploya son armée en éventail pour déborder l’aile droite de l’armée française. Eu première ligne , Wittgenstein poussa jusqu’au confluent de la Seine et de l’Aube; de Wrùde suivit les deux routes de Nogent et celle de Trainel; Wurtemberg se dirigea sur Sens. En seconde ligne Gyulai , Collorcdo et partie des réserves s’avancèrent pour soutenir Wurtemberg et la gauche de de Wrède.
tiPÉRATIOXS SUR LA aTARSE.
Combat de CblIons-sur-Manie (4 férrier). — Retraite de Macdonald (du S au 9]. — Cumbat de la Ferlé-sous-Jouarre (9). — Combat de Cbampaabert (10). — Bataille de Moiitmirail (11) — Combat de CbateOii-TlMiTj (ii). — Combat do Vtiieham{ia(i4)^ — Priae de SoiaioiH par lea coatiada ( 1 4), — Priae deReiffla(i7).
Pendant que Blucher remontait transversalement aux bords de la Marne, Macdonald |>oussé par York se replia dans Châlous. 11 tint
GUERRES DE LA REVOLUTION, dans la vieille enceinte de celte ville, assez long-temps pour assurer l’écoulement des convois ; puis les magistrats ayant obtenu une courte suspension d’armes, il se mit en retraite sur Epernay où le rejoignit la garnison de Vitry qui venait de se heurter à Bussy- l’Estrée contre la tête des colonnes qui arrivaient de Brienuc. York s’attacha aux pas de Macdonald. L’année de Silésie entière manoeuvrait donc sur la Marne; mais au-dessous de Châions les routes carrossables sont toutes sur la rive gauche. Il résultait de là qu’au moment où Napoléon retenait Scliwarzenherg dans l’angle formé par l’Yonne et la Seine , Blucher s’aventurait dans celui que font la Seine et la Marne. Les difficultés d’une contrée boisée, marécageuse, stérile, l’obligeaient à allonger ses colonnes de marche. Son flanc gauche n’était couvert que par le ruisseau du Petit-Morin et était exposé au choc de l’armée de la Seine qui, pour l’atteindre n’avait qu’à faire une marche oblique en arrière.
En abandonnant Troyes, en repassant la Seine à Nogent, en cédant le terrain à Schwarzenberg, on se trouvait donc préparé, par la disposition des lieux, à un mouvement offensif contre l’armée de Silésie. 11 fallait, à la vérité, s’engager dans des chemins de traverse que la saison rendait presque impraticables; mais Napoléon savait ce que pouvait sa présence et il n’hésita pas à lancer Marmont suivi de Ney, puis de Mortier , au travers des défilés de la forêt de Traconne à la recherche du feld-marcchal prussien. Arrivé à Sézanne, on apprend que les coureurs de Marmont ont échangé sur les bords du Petit-Morin quelques coups de sabre avec des postes russes appartenant au corps d’Alsusief; on apprend que Macdonald a poursuivi sa retraite en se portant d’Epernay à Château-Thierry, serré de près par York, menace d’être débordé par Sacken.
En effet Sacken marchait à grands pas, par la roule de Montmirail, pour prévenir à la Ferté-sous-Jouarre le maréchal qui réussit toutefois à le devancer. Attaqué au débouché de cette ville par l’avantgarde russe, il la contint, sc mit en sûreté derrière la Marne, et fit sauter le pont de Trilport d’où il gagna Meaux.
Ainsi Sacken était à la Ferté-sous-Jouarre et dans le même temps York était entré à Château-Thierry, Alsusief avait fait halte à Champaubert; enhn Blucher n’avait pas dépassé Vertus. Ces corps étaient disposés de la manière la plus favorable au succès du plan de Napoléon. Ils étaient échelonnés à une grande distance les uns des autres et le plus faible était celui qu’on allait d’abord rencontrer.
On n’avait plus que quatre lieues à franchir, mais Marmont après avoir fait quelques pas en avant, avait été arrêté par le mauvais état
MORT/EK(Édouard-AiloIphe-Casiujii-Joscph),
i r.,„|.r.i. i:6S. - I « , p.rW, |, ,a jüill.l .KIS.
Bataille de Hoatmirail ( IS| i ).
le
des chemias. L’empereur ordonna de surmonter I obstacle. A sa voix les habitans accoururent, on doubla les attelages, et le lendemain, tandis que Mortier, à Sézanne, couvrait la route de Fère-Champenoise, Marmont, soutenu par Ney, tomba sur Alsusief (5ooo). Celui-ci lui fit face , couvert par des bois et par les marais de Pont-saint-Prix. Mais on enleva d’élan les bols de Baye, on enfonça le corps russe, on le déborda à droite et à gauche, et pendant qu’il se formait en arrière de Baunay , on atteignit des deux côtés la chaussée. I..orsqu’on l'aborda pour la seconde fois , il fiit encore culbuté et il se mit en carrés dans le dessein de gagner Champaubert; il y parvint, poussé par le corps de bataille, croyant pouvoir encore faire balte et recommencer le feu. Ce fut alors qu’il aperçut à sa droite un corps de cavalerie; <à sa gauche, au-dessus du village, une division d'infanterie et qu’il se vit contraint de se jeter dans la traverse d’Epernay. Près de Lacaure il changea de direction, espérant déborder à son tour l’aile droite de Napoléon et ressaisir la chaussée d’Etoges ; mais une brigade de cuirassiers, ayant éclairé sa manrcuvre, le chargea par le flanc, le mit en désordre; enfin l’infanterie le prévint au débouché de la route et acheva sa défaite. Ce corps fut presque entièrement détruit. Alsusief resta prisonnier.
Dans cette même journée, Blucher, frappé de surprise en apprenant l’arrivée de Napoléon à Sézanne, conçut le projet de l’y retenir au moyen d’une marche latérale, puis de l’envelopper en faisant converger contre lui tous scs corps. 11 expédia à Sacken et York l’ordre de se réunir à Montmirail, et lui-même se porta à Fère-Cbampenoise. Mais la présence de Mortier contre qui se heurtèrent ses coureurs, mais la dispersion d’Alsusief, déjouèrent ses desseins. La communication était rompue avec son aile droite, il ne pouvait plus la rallier qu’en retournant à Bergères, qu’en déblayant la route de Champaubert Pendant qu’il perdait son temps à cette contre-marche. Napoléon, appelant Mortier à Montmirail, courut au-devant de Sacken et d'York et laissa en observation à Eloges, Marmont avec une division d'infanterie et uu corps de cavalerie.
L’avant-garde était déjà en position en avant de Montmirail, lorsque les Russes, revenant de la Ferté-sous-Jouarre, commencèrent à déboucher de Vieux-Maisons. A mesure qu’ils se déployèrent à droite et à gauche de l’Epine-au-Bois, la ligne se forma de Marchais au Morin. A celte vue Sacken prit la résolution d’attaquer en débordant la gauche de manière à rabattre l’armée entière sur les baïonncttca d’York. Napoléon saisit cette disposition et en profita pour s’opposer A la jonction des deux généraux adverses. Mortier venait de lui amc>
Qer uoe division de la vieille garde; il la plaea, cotame une muraille, à cheval sur la roule de Château-Thierry, puis il refusa sa gauche, ren» força sa droite, épiant le moment de la déployer offensivement, et fit voltiger sa cavalerie sur le flanc gaucho de SacLen pour l’inquiéter sur sa communication avec les Prussiens.
Ainsi le général russe fut en même temps attiré d’un côté dans le vallon du Morin, par les progrès apparens de sa droite, et obligé d’étendre sa gauche sur le plateau, de peur de la laisser déborder. Bientôt il fut entraîné à dégarnir le centre au profil des ailes. El après avoir nettoyé le vallon du Morin, il engagea la mêlée devant Marchais, dernier appui de la ligne française.
C’est le moment que Napoléon attend , il fait passer à droite et h gauche de la ferme des Grcucaux l’élite de sa garde, qui débouche au pos de charge, sur le centre qu’on avait vu peu-à-peu s'affaiblir. Ces vétérans qui, depuis tant d’années, restaient immobiles au fort des batailles, maintenant que le malheur des temps les rendait immédiatement nécessaires, portaient avec eux l’épouvante; ils firent au milieu des Russes une large trouée et les menèrent battant jusqu’à l’Epinc au- Buis où ils s’établirent. La gauche de Sacken perdit contenance et se jeta à travers champs sur la route de Château-Thierry. Pendant ce temps sa droite prit et reprit trois fois Marchais, que définitivement elle occupa, croyant avoir assuré la victoire. Elle fut promptement détrompée. Napoléon , renforçant do deux bataillons de vieille garde les troupes qu’elle venait de pousser, leur ordonna de retourner à la charge. A l’approche de ces bataillons commandés l’un par le maréolial Lefebvre, l'autre par le comte Bertrand, les Français s’élancèrent transportés d’ardeur. Marchais fut enlevé pour la dernière fois et les Russes chassés pied à pied jusqu’à Pomesonne, 1.», tandis qu’ils s’efforçaient de tenir ferme, une division de cavalerie, qui se rabattait sur eux, de l’Epinc-au- Bois, les atteignit à revers, les rompit, les mit en déroule dans la direction de Vieux-Maisons.
Cependant York survint Foutenellç au moment même ou la gauche de Sacken vidait précipitamment le champ de bataille. Dans l’ospoir de dégager la droite de sou collègue, |e général prussieu porta sur Montmiruil neuf bataillons. Mais Moitier était là qui les culbuta ; ils se re- (oriiièreiU et tenlèreut une seconde attaque; rompus plus rudement encore ils le jetèrent en désordre dans Fonlcuellc, qui leur resta néanmoins, et devant lequel le maréclial prit position,
Le lendemain Napoléon reçut le renfort d’un corps de cavalerie que Maixluuald lui envoya de la Ferté-sous-Jouarre, Il le laissa à Y'ieux- Maisons avec une division de la garde. Une autre division resta dans
Moiittnirail prête à soutenir au besoin le détachement de Marraont. Ces dispositions prises, Napoléon se retourna contre York. Les Prui» siens étaient gravement compromis : Sackon derrière eux, gagnait conr fusément la Marne, il fallait tenir bon, pour le laisser s'écouler et l’on avait à craindre d’être devancé par Alacdonald à Clidteau-Tliicrry. L’an niée française, en deux colonnes, par Viffort et Montfauoon, les poussa d'abord pied à pied, puis les déposta brusquement des Caquerets; à ce nioinent Ney se détacha à droite, avec quatre divisions de cavalerie et s’élança au galop sur Blcsmes pour couper la route d’Ëpernay. York ne songea plus alors qu’à [lasser eu toute bâte le pont de Chateaui Tiiicrry. Couvert par une brigade couronnant les hauteurs de Neale il commença le défilé ; mais cette troupe fut abordée si vivement qu’on l'entassa en désordre à l’entrée du pont; après avoir inutilement tenté de former quelques bataillons , il prit le parti de l’in* ceudier et de laisser prendre prisonniers plusieurs milliers d’hommei qui n’opposaient plus aux charges de la cavalerie que leur masse inerte.
Cependant Macdonald ne dépassa point la Ferté>sous-Jouarre. Dans sa inarebe il jeta à travers champs à Crouy un détachement prussien qui éclairait la rive droite et qui rejoignit, àOulcIiy, les deux généraux bat* tus. Ceux-ci se séparèrent poursuivis par Mortier; Sacken se porta k l'ère en Tardeiiois; York à Fismes.
Des cinq corps dont se composait l’armée de Silésie, celui du centre était anéanti; ceux de la tête désorganisés, rejetés au-delà de la Marnef restait l’arrière - garde composée des corps de Kleist , d’une partie de celui de I.augeron et commandée par le général en clief en peN sonne.
Bluchcr .ayant attendu à Bergères l'effet de la jonction de ses deujt lieutenuns, imagina enfin qu’elle avait été contrariée, et se mit en mouvement pour les dégager. Marmont recula en bon ordre k travers la forêt d’Llogcs; arrivé à Fromentières il appela l’aide de Napoléon.
L’empereur accourut , ébranla les corps qu’il avait échelonnés sur U route de .Monlmirail , pressa la marche d’une division récammont entrée en ligne qu’Oudinot, voyant Schwarnenbcrg étendre sa droite a\ait envoyée de Provins à Sézanne, et donna l’ordre de reprendra l’aitaque à Marmont dont la retraite s’était prolongée jusqu’à Vaucbamps.
I.a direction que prenait le maréchal indiquait assez que les Français étaient encore maîtres de Moutmiruil, mais Blucher était loin de croire que celte poignée d’hommes sc fût coinplèt'-mient débarrassée de Sackaa
et d’York; Il s’obstina donc à poursuivre Marmont ne doutant pas de le prendre enfin entre deux feux. Son avant-garde avait dépassé Vaucliamps et le corps de bataille Janvilliers quand la nouvelle attitude de Marmont ne lui laissa plus de doute sur la présence de l’empereur.
Il se dispose aussitôt à se retirer à son tour en se formant en carrés. L’infanterie court à lui par la grande route, Grouchy prend la cavalerie, se porte à Lécliellc et de là en droite ligne à Janvilliers où il tombe sur son flanc au moment où b mêlée s’engage sur son front. Il est rompu, toutefois fl réussit à se reformer et à se replier jusqu’à Champaubert sous le feu d’une violente canonnade. Cependant Groudiy le déborde encore, le charge en flanc et se rend maître de la chaussée. Attaqués en même temps de front, à droite, à gauche, les carrés sont rompus, la confusion devient extrême. Néanmoins Blucher s’ouvre le passage et cherche, à la faveur de la nuit, à faire halte à Etoges. Mais Marmont ne le laisse point respirer, malgré l’obscurité il enlève ce village et force les alliés à rétrograder jusqu'à Bergères.
Dans cette courte expédition , Napoléon , en se jetant tête baissée avec aG,ooo hommes au centre de l’armée de Silésie, forte alors de 80,000 combatlans, détruisit le tiers de cette armée et la coupa en deux tronçons, que séparèrent la Marne et les villes de Reims et de Châlons. Ce succès, comparable aux plus belles journées de la grande campagne d’Italie, eût assuré l’anéantissement de Blucher si les circonstances ne fussent point venues de tous points à son secours. D’abord Napoléon, rappelé sur la Seine par les progrès de Schwarzenberg, fut obligé île lâcher prise, et a5,ooo hommes de l’armée du nord entrèrent inopinément en ligne.
Bernadette, sûr de contenir l’armée qui défendait la Belgique, disposa des corps de Winzingerode et Voronzof pour communiquer, par la vallée de l’Oise , avec le général prussien. Ils tournèrent la droite de blaison, s’emparèrent sans coup-férir, de la forteresse d’Avesncs et vinrent prendre position à Laon. De là ils marchèrent sur Soissons, qu’ils enlevèrent au moment même où Napoléon remportait la victoire de Vaucliamps et où Mortier s’apprêtait à déboucher d’Oulchy pour achever d’écraser les débris de Sacken et d’York. I.«ur intervention changea au-delà de la Marne la face des affaires. La route de Paris n’élant plus couverte que par la garnison de Soissons, qui s’était réfugiée à Compiègne , Mortier abandonna la poursuite des licutenans de Blucher pour se porter à Viilers-Cottercts. Winzingerode , plus empressé de réparer les désastres de l’armée de Silésie que de batailler, enleva Reims
dont l’cDCcintc démantelœ n était défendue que par la garde nationale. Sacken, York, vinrent se reformer dans cette grande ville, après quoi ils se rendirent à Châlons pendant que Winzingcrode sc portait à £pernay pour observer Mortier qui , après avoir repris Soissons , venait de s'établir à Château-Thierry.
Blucher fut donc tout à-la-fois dégagé de la poursuite de Mortier et, de l’autre côté de la Marne, d’abord de celle de Napoléon, puis de celle de Marmont qui était resté devant lui et que fit rétrograder aussi le déploiement de la grande armée combinée.
SUITE DES opiaSTioas sur l.v seike.
Coml>at de Nogent(to xi février). — Prise de Pray par les coalisés (ii),— De Sexis (xa).— ComLa de Culerelles (i3). — Relraile des Français sur TTères (i4~i5). — Napoléon marche sur la Seine (i6).— Combat de Mormans (17). — Bataille dcMoniercau (18).— Marche sur Troyes (ig-ao-ai). '•—Combat de Méry^ur^Seioe (aa).— Reprise de Troyes (a J).
Les colonnes de Schwarzenberg passèrent aisément la Seine. D’abord Witigenstein jeta un pont sur l’Aube à Baudemoiit. Mais il n’y plaça qu’une division et il ramena le reste de scs forces sur Nogent où il replia la gauche de Victor. A ce moment la droite et le centre de Wrède occupaient Gelanne et Saint-Martin de Bosnay , tandis que sa gauche marchait sur Bray. Victor se mit en bataille autour de Nogent ; puis iuformé de l’établissement du pont de Baudemont il se hâta de repasser la Seine et de s’emparer des défilés de la forêt de Sordun. Sa retraite fut couverte par des démonstratious à la Chapellc-Saint-Aubin qui continrent l’ennemi jusqu’à la nuit, et il laissa dans la ville uu détaehement de
1300 hommes J chargé de garder ia position jusqu’à l’extrémité. Cette troupe, commandée dès les premiers coups de feu par le colonel Voirol, l’acquitta glorieusement do sa mission. Elle arrêta pendant deux jours entiers près de 3o.ouo hommes; puis , lorsqu’à la nouvelle de la surprise de Bray elle fut contrainte à évacuer Nogent, elle réussit encore à faire ■auter lo pont et à braver la colère de l’ennemi.
Dans le même temps les Wurtembergeois forcèrent à Sens le faible corps d’Âilix qui ne montra pas moins d’opiniâtreté, et qui se retira par la rive gauche de l’Yonne, au-delà de Pont où Wurtemberg poussa son avant-garde.
Sur ces entrefaites Scbwarzenbcrg, ayant appris l’issue du combat de Champaubert, suspendit le déploiement de sa gauche et ordonna un mouvement général à droite dans le but de s’interposer entre Victor et Napoléon.
Wittgenstein passa la Seine à Pont , occupa Villenoxe-la-Grande et se mit en devoirde tourner la forêt de Sordun. Il fut soutenu par une partie des réserv»» nui se porta à Méry-sur-Seinc , et dont une division (Diebitch) fut envoyée à Sézanne, d’où elle eut ordre de |)ousscr jusqu’à Montmirail. De Wrède passa avec tout le corps Austro- Bavarois, le pont de Bray, relevé dans cette ville par le prince de Wurtemberg. Gyulai , une division de Colloredo (llardegg) et Bianchi (de la réserve), restèrent seuls sur rYonne.
Le mouvement de Wittgenstein surLéclielle contraignit Victor àquitter la position de Sordun et à se replier à Provins après un léger engagement d’arrière-garde. Oudinot, réduit à trois brigades par le départ d’une de ses divisions pour .Sézanne , se porta à Donneinarie pour faire face à de Wrède; Victor lui envoya de Provins la réserve de Paris et se retira lui-même à Nangis.
Au sortir de Bray, de Wrède voulut à-la*fois marcher sur Provins et Dounemaric, sa droite parvint à Everly lorsque sa gauche, se heurtant à Cuterelles , contre Oudinot , fut obligée de reculer. Mais bientôt renforcés ellô reprit l’attaque, jeta dans Luiseluincs une division pour s’opposera la jonction du niarécdial et de la réserve de Paris, qu’on voyait déboucher deParoy. Oudinot essaya vainement ircnlcver le village. La réserve de Paris cependant empêcha rciiucini de le dépasser et donna au maréchal le temps de gagner Donneinarie où elle se retira après lui.
Uès-lors Allix, Patchod et Pajol, qui s’étaicut réunis à jMonton;au, ne pouvant plus y tenir, firent sauter lo pont de l’Yonne; puis, se couvrant du bois de Valence, ils s’arrêtèrent au Châtelet. La rive gauche de la Seine étant lout-à-fait libre llardegg et Bianchi s’étendirent “jusqu’à Fontainebleau , poussant devant eux le faible détaehemeiit de
CAMPAGNE DElSlli. 503
Montbrun. Gyulai s'établit à Monlereau où Wurtemberg vint le re^ joindre.
Paris était sérieusement menacé. L’empereur avait confié sa défense à un conseil qui craignit que les masses échelonnées sur la rive gauche delà Seine ne fussent destinées à tourner Oudinot et Victor, par Melun ou Corbeil. On donna aux maréchaux l’ordre de reculer jusqu’aux bords de l’Yèrcs où ils prirent position ; ils furent bientôt renforcés par Macdonald que l’empereur envoya de Meaux à Brie-Comlc-Robert , pendant que lui-méme courait en finir avec Blucher. L’armée s’étendit alors do Villcneuve-Saint-Georges à Rosoy, occupant Guignes et Morinans. De l’autre côté de la Seine une division de jeune garde (Char pentier) et une division de dragons, arrivant d’Espagne (Trcilliard), barrèrent la route d’Essonne.
Ce fut alors que Blucher, écrasé à Vauchamps, se retira sur Chiions observé par Marmont qui le poursuivit jusqu’à Thibie. A celte même époque, Augereau se déployait menaçant dans la vallée de la Saône. Ces évèneraens firent hésiter Sclnvarzcnberg qui suspendit son mouvement agressif.
Cependant Napoléon accourait impatient de dégager Paris , où l’alarme était grande. En traversant Montinirail , son extrême arrière-garde ayant eu un engagement avec Diebitch, il donna l’ordre à Marmont de se rapprocher do Chiteau-Thierry. Le maréchal tourna Montmlrail, aborda la division ennemie, la replia sur Sézanne et se mit à cheval sur les routes de la Ferté-sous-Jouarre et Chdteau-
A gauche de Diebitch (9000), Wittgenstein (a4)OOo) s’était avancé de Provins à Nangis; l'avant-garde (6000 sous Pahleii) à Léiang et Beauvoir. De Wrède (a 5, 000) occupait Donnemarie lié par une division à Bailly avec Wittgenstein et par une autre division à Villcncuvele-Comte avec Wurtemberg (a5,ooo) qui ayant passé la Seine à Montereau, poussait des partis jusqu’aux portes de Melun. Sur l’autre rive, Bianchi fôooo) tenait Moret; Hardegg (5ooo), Fontainebleau. Gyulai avait commencé à rétrograder. Enfin Schwarzenberg avec le reste de ses forces était entre la Seine et l’Yonne.
La grande armée combinée, divisée par ces deux cours d’eau en trois parties inégales, donnait prise sur elle; et Montereau par où l’on pouvait prendre l'initiative sur tous les points pouvait devenir le nœud d’une de ces manœuvres fécondes dont on avait tant d’exemples. Aussi lorsque l’empereur eut traversé rapidement Meaux et Chaulncs, lorsqu’il eut rejoint à Guignes ses lieutenans, il eut hâte de pous-
scr CD avant, animé de l’espoir de mettre à proGt la séparation des forces alliées.
Plus de 60,000 comhattans s’ébranlèrent. Le gros de l’armée par la route de Nangis; Pajol et Paclliod, par celle de Melun à Montercau. Sur l’autre rive où il avait relevé Treilliard et Cliarpenticr, rappelés par l’empereur, Allis déboucha de Melun sur Fontainebleau.
A Nangis, Victor formant tête de colonne, devait tourner à droite et saisir lirusqueinciit Montereau, soutenu par Gérard et la garde; Rlacdonald, et Oudinot avaient ordre de menacer l’uu Donnemaric, l’autre Provins.
Au sortir de Guignes, Victor se trouva en présence de l’ennemi. C’était Pablen qui, suiv.mt les dispositions du généralissime, battait déjà en retraite. A la vue du déploiement de l’armée française, l’officier russe se rouvrant d’un rideau de tirailleurs mit l’infanterie en carré;, la flanqua par la cavalerie et précipita sa marche. On l’atteignit, on déborda scs ailes et l’artillerie de la garde, accourant au grand trot, foudroya le corps de bataille. Au fîrand-Puy le feu des batteries démolit les carrés en niêiiic temps que la cavalerie, succombant sous des charges réitérées, se dispersa à travers champs, l’infanterie déposa les armes. '
Victor n’avait plus qu’à poursuivre; mais la route était hérissée d'obstacles. \ Bailly il se heurta contre une division bavaroise qu’il dispersa, partie sur Dounemarie, partie sur Valjouan. Vers ce dernier village scs débris rallièrent celle qui occupait Villeneuve-le-Comte et il fallut combattre encore. On manœuvra de manière à envelopper l’eiinemi; mais une charge de cavalerie sur .sa gauche, qui devait intercepter la route de Donnemaric, ayant manqué, les Bavarois se replièrent sur cette ville.
Cependant ces incidens avaient retardé le maréchal. Il était nuit lorsqu’il arriva à Salins où il fit halle, n’espérant plus pénétrer jusqu’à Montereau qu’il était si important d’occuper d’emhlée.
Dans celte même journée, Oudinot parvint à la Maison-Rouge, sans que Witlgenstein eût cherché à lui tenir tête. Macdonald poussa jusqu’à mi-chcinin de Nangis à Provins. Pajol replia sur Valence les postes wurtembergeois; Alli.x reprit l’ontaiucbleau; enfin Marmont pour rentrer dans le mouvement général et déblayer le vallon du grand Morin, se porta à Réveillon, l.c soir rextremo droite de l’ennemi occupait Sézanne; Wittgenstein était en position à Sordun; de Wrède rcpas.sail le pont do Bray; Wurtcml>crg se disposait à défendre Montereau;
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Hardegg et Biancbi s’efTorçaient de dépasser Fossard , nœud des routes de Fontainebleau et de Montereau.
Le lendemain il fallut enlever de vive force celte dernière ville qu’on s’était flatté de surprendre ; Victor à gaiicbc, Pajol à droite, commencèrent l’attaque. Wurtemberg, couvert d’un côté par le ravin de Forges, de l’autre par sa cavalerie, les contint d’abord tous deux. Le maréchal pénétra après quelques efforts à Villaron; mais il ne put s’y maintenir, et l’on se disputait encore le passage du ruisseau quand Gérard , entrant en ligne, prit la direction des mouvemeus. Il leur avait déjà donné plus d’ensemble lorsque Napoléon survint avec la garde. Au bruit de son canon, Wurtemberg ne songea plus qu’à descendre en bon ordre le coteau escarpé qui longe la Seine. C’était une opération difficile. La présence de l’empereur avait donné l’élan. Pajol enleva le faubourg de Paris et prit à revers les lignes qui se repliaient. Elles commencèrent à se rompre et avant de leur laisser le temps de se reconnaître, on emporta les ponts , on s’établit assez fortement au confluent des deux rivières pour couper, du corps de bataille, les troupes qui occupaient la ville et celles qui restaient encore sur la rive droite de la Seine. Pendant ce temps l’artillerie de la garde, du sommet du plateau, écrasait de mitraille la masse des fuyards , il leur fut impossible de se rallier. Le prince se retira à Basocbcs affaibli de 6000 hommes.
C’était une belle victoire, mais elleétait incomplète; Biancbi et Hardegg s’échappaient par Pont-sur- Yonne, de Wrède avait pu contenir Macdonald à Bray , Wittgenstein avait le loisir de repasser la Seine en bon ordre, et Scbwarzenbcrg celui de se rapprocher pas à pas de Troyes où on avait eu dessein de l’acculer brusquement.
Napoléon éclata en reproches pleins d’amertume; il signala dans son bulletin des fautes trop ordinaires, et il donna à Gérard le commandement du corps de Victor qu’il blâma vivement de n’avoir pu dépasser Salins; puis touché des instances du maréchal, il mit sous ses ordres deux divisions de jeune garde récemment entrées en ligue.
Macdonald et Oudinot se rapproclièrcnt de Montereau où Napoléon réorganisa l’arnice pour livrer bataille, non plus comme il s’y était attendu, à des adversaires déroutes par ses marches habiles, mais à un ennemi qui avait tout le temps de se disposer à le recevoir en lui opposant des forces plus que doubles.
Il forma quatre colonnes auxquelles il assigna pour but la plaine de Troyes et qui se mirent en mouvement : Gérard (8000) par Sens; Macdonald (1 1,000) par ïraincl; la garde sous Ney et Victor (aa,ooo) par Nogent et Saiut-Marlin-de-Bosnay ; enfin Oudinot (aa,ooo), par Nogent et Châtres. A l’extrême droite, Allix nettoya la vallée du Loing
et chassa les cosaques de Nemours ; à gauche, Marmont occupa Sézânne d’où il éclaira le cours de l’Aube.
Cependant Schwarzenberg concentra autour de Troyes près de 1 40,000 hommes. Ijors<|uc les trois colonnes.de gauche arrivèrent sur le plateau d’où l’on descend à cette ville par Echeminc, Orvillers et Saint-Georges , elles aperçurent les lignes austro-russes échelonnées on avant et en arrière de Troyes sur les deux rives de la Seine. Au môme moment une nouvelle masse dont l’attitude semblait menaçante fut si* gnaléc sur le flanc gauclie de l’armée à Méry-sur-Scine.
Napoléon, surpris do l’apparition de cet ennemi inattendu, ordonna de le reconnaître. On courut au pont de Méry; on l’attaqua vivement, on l’emporta malgré les flammes qui commençaient à l’embraser; malgré la plus opiniâtre résistance on passa sur l’autre rive, on allait s’établir l’épée à la main dans la ville lorsque le feu s’y communiquant força de l’abandonner; on se replia sur la rive gauche, après avoir achevé la des* truction du pont, et l’armée eut le douloureux spectacle d’une ville fran* çaisc dévorée par l’incendie.
Ce combat acharné révéla la présence de l’armée de Silésie. C’était elle en effet qui , après s’ôtro rapidement réorganisée secondée par des cvèiiemens inespérés revenait sur la Tlaute-Seine forto de4o.ooO hommes.
Il y avait donc auprès de Troyes 180,000 coalisés contre 63, 000 Français; mais la rivière les séparait en deux colonnes à-peu-ptès égales; Napoléon résolut d’attaquer celle de la rive gauche avant de laisser à üluclier le temps de se reconnaître. Il pressa l’arrivée de Gé* rard et la réunion de toutes ses forces. Cependant Schwarzenberg inquiet des progrès d’Augercau sur sa ligne de retraite, voulait éviter la bataille; couvert par le corps wurtembergeois, il évacua Troyes pour SC replier sur Uar-sur-Aube et sur Ber-sur-Scine.
L’armée rentra dans Troyes, Oudinot, Gérard et Macdonald s’élancè* rcnl à la poursuite des Austro-Ilusses. Ney gagna Arcis-sur*Aube pour observer le général prussien.
ROUVSLLBS OPÉnATIO^IS SUR lA HAK.AE RT l’aISHE.
PaiMRT tîc TAulie par Blurlier (a.5 fcvrifr). — Passig«* de la Manu* (a8). — Corabat de Gué-à-Trèilie (aS). — Combat sur rOui-cf| (i*^ raai*s}.— Napoléon à la Fcrlc-sous-Jouarre (a). — Prise do Sois- 5011* par tes Russes (.7). — Attaque de Soi<sons par les Franeais (t). — Prise de Reims par les Frourais (5) —Passage de l’Aifline (6). — Combat de (.'raonelle.s (0).— Ikilaillj? de Craoue (7).— De Lauu (g-xo).— tJoraiial de Rt:Iuj»(f3),
Bluclier, iTKîconicnt de Ki circonspection du généralissime , refusa de suivre son mouvement et prit le parti d’opérer séparément, de se porter une secontlc fois sur la Marne. Après avoir expédie à Winzingerode l’ordre de retourner li Reims et de s’assurer do la ligne de l’Oise qui, en cas de revers, devait lui servir de retraite, il jeta trois ponts sur l’Auhe qu’il passa à Anglure, Baudemont et Granges. Le lendemain son avant-garde replia sur Sézanne les éclaireurs de Marmout. Le maréchal se retira d’abord à la Fcrté-Gaucher puis à la Ferté-sous-Jouarro où Mortier le rejoignit arrivant de ChàU'au-Tliierry.
A la Fcrto-Gauclicr Blucher se divisa : Klcist et York tournant à droite s'attachèrent ailx pas de Marmont pour le retenir à la Ferté-sous- Jouavre. Sacken et Latigeron continuèrent à se porter en avant jusqu’à Nantcuil où ils se séparèrent, le premier dans l’espérance de saisir le pont de Trilport , le second pour enlever celui de Meaux. Leur projet fut déjoué, les maréchaux avaient pris l’avance et Sacken trouva le pont (le Trilport détruit et Mortier en (losiliuii .sur l’autre rive. Langeron commençait à défiler lorsque la première brigade de Marmont survenant culbuta sa tète de colonne et incendia le pont.
Blucher u’ayanl pu surprendre les corps français renonça à les attaquer de front sans être assuré sur scs derrières contre .un niouvc-
ment (le Napoléon. Il rappela les deux généraux russes, jeta un pont à Samcron, laissa sur la rive gauche York et transporta au-delà de la Marne le reste de son armée. C’était une manœuvre bien hasardée, il s’exposait à perdre sa ligne d’operation , mais il comptait, pour lui ouvrir la roule du nord sur Winzingerode renforcé maintenant par Buiow qui, après s’être emparé de La Fèrc, avait pris position à Soissons. Il espérait d’ailleurs avoir bon marché des i8 à ao,ooo Français qu’il allait attaquer à revers en tournant leur gauche. Ses trois corps coururent à l’Ourcq. KIcist passa sans obstacle le pont de Lizy, déjà scs avant-postes étaient au-delà de la Thérouanne quand Mortier, leur faisant face, les rejeta sur la rive gauche de ce ruisseau. Kleist se mit en bataille, mais les deux maréchaux étaient réunis. Ils débouchèrent par Gué-à- Trème, débordèrent le général prussien sur la route de Lizy et le menèrent battant jusqu’à Fulaines.
Cet échec déconcerta Blucher: dominé par la crainte de Napoléon, il fit repasser la Marne à York, détruisit le pont et abandonna définitivement la route de Châlons sans être assuré de celle de Soissons; mais il donna l’ordre à Winzingerode et Bulow de marcher en toute hâte sur cette dernière ville, en même temps qu’il disposa une attaque générale contre les deux maréchaux.
Les quatre corps marchèrent sur l’Ourcq : Sacken pour se borner à une démonstration à Lizy, Rleist, York et Langeron pour forcer le passage à Neufchelles , Crouy, Gesvres; déborder la gauche des Français et s’asseoir victorieux sur la chaussée de Soissons. Toutes ces colonnes trouvèrent les ponts rompus , partout les deux maréchaux étaient en mesure et la journée se passa en tentatives infructueuses.
Le lendemain Kleist prit plus haut son point de départ, il passa tout entier par Fulaines pour attaquer Neufchelles, les autres corps allaient seconder son mouvement quand Napoléon parut sur la Marne avec Ncy, Victor et deux corps de cavalerie (aa,ooo).
A peine informé de la marche de Blucher, Napoléon s’était élancé par la traverse d’IIerbisse à Sézaiine puis à la Ferté-Gaucher et enfin à la E’erté-sous-Jouarre. Les chemins détrempés par la pluie avaient ralenti ses pas, il ne trouva plus d’ennemis sur la livc gauche, et ne doutant point de la prompte retraite de son adversaire, il envoya Victor s’assurer de Château-Thierry où lui-même résolut de se rendre par la FertésouS'Jouarre dont il se hâta de rétablir le pont.
Ainsi Blucher, sans ligne de retraite, était embourbé dans des chemins vicinaux entre l’Ourcq et la Marne, au moment où e canon de Napoléon lui annonça que l’offensive ne lui appartenait plus. A tout évènement il fallait se replier sur Soissons , il y courut en deux co-
lonncs qui gagnèrent Oulcliy par Ancicnville et Neuilly-Saint-Froiit. Kleist se retira péniblement et ne repassa point sans perte le pont de Fulaines poursuivi par les deux maréchaux qui poussèrent jusqu’à Mareiiil.
Cependant aussitôt que le passage de la Marne fut praticable , Napoléon se concentra à Château-Thierry. Son but était de côtoyer Bluchcr par la route de Fismes, de le déborder, de le prévenir aux bords de l’Aisne et de le faire suivre, l’épée dans les reins, par Marmont et Mortier qui traversèrent la Ferté-Milon , culbutèrent à Ncuilly-Saint- Front l’arrière - garde ennemie, et reprirent à Oulchy la chaussée de Soissons.
Rien de plus critique que la situation de l’armée de Silésie; acculée à l’Aisne, débordée par sa droite, séparée des corps de l’armée du Nord, elle allait être obligée de soutenir la bataille avec tout le désavantage d’une mauvaise position et à forces à-peu-près égales. Mais la fortune n’était point lasso de favoriser la coalition. I..a gelée raffermit subite* ment les chemins défoncés où Blucher eût dû perdre son matériel , et dans la journée même où se préparaient les mouvemens décisifs qui devaient l’entasser sous les remparts de Soissons, Bulow et Winzingerode réunis, attaquèrent cette ville parla rive droite de l’Aisne. Le général qui la commandait, malgré le bruit croissant de la canonnade, malgré le désespoir de sa troupe, se rendit par capitulatiôn.
Cette même forteresse qui devait arrêter l’armée en retraite lui servit de tête de pont pour se mettre en sûreté au-delà de la rivière et pour présenter une barrière inexpugnable aux assaillans. L’heureux fcld-maréchal, désormais à la tête do ioo,ooo hommes, maître du cours de l’Aisne pouvait à son gré contenir les Français ou reprendre l’offensive.
Un cri de découragement s’éleva dans l’armée. Napoléon seul ne désespéra point de la campagne; il lit paraître les décrets de Fismes qui appelaient la nation aux armes, et il prépara scs 4o,ooo hommes à enlever une position qui permettait aux ennemis de s’attacher à ses pas s’il était forcé de se rabattre encore une fois sur la Seine.
L’état des affaires de ce côté laissait quelques jours pour manoeuvrer contre les Russo-Prussiens. Ceux-ci étaient rangés , en première ligne , de Soissons à Vailly. Sacken (i5,ooo), de Vailly à Béry-au-Bac ; Winzingerode (33,ooo) avec des avant-postes à Braisne; en seconde ligne le reste de l’armée à Crouy, Vullery , Nanteuil et Chavignon. Napoléon ne pouvait songer à les forcer de front; mais dans quelle position son génie manque-t-il de trouver des ressources ? En transportant sa ligne d’opération sur la route de Reims à Laon quelques marches en arrière
suiTiront à le ramoner sur le ilanc droit de l’armëe de Bohême, si Scliwarzenherg devient trop pressant , et il n'a qu'un pas à faire en avant pour tourner la gauche de liluchcr pour la forcer d’évacuer Soissons en menaçant de le prévenir à Laon.
L’exécution do celte i)clle et simple comhinaison était délicate, il fallait éviter de 80 démasquer par un inoiiveincnt général, il fallait se débarrasser des éclaireurs que Winzingerode avait placés à Uraisne, il fallait dégager Reims ([ui était encore occupé par l’ennemi.
Napoléon poui vut à tout. Il prescrivit à Mortier et Marmont une forte démonstration contre .Soissons; ei» iiicinc temps deux détachemens furent chargés d’enlever au pas de course Braisuc et Reims.
Ix*s deux maréchaux échouèrent devant Soissons, mais Grouchy dchlaya l'espace entre l’Aisne et la Vesle et Corbineaii , passant cette dernière rivière a Sainl-Rrice , coupa à la Ncuvilleltc la route de I..aon, se rabattit sur Reims, enveloppa la garnison russe et lui fit déposer la armes.
Rluchcr prit complètement le change, il crut recevoir une attaque directe, il crut reconnaître qu’on voulait foreci l’Aisiie à Vailly. Scs colonnes se rapprochèrent de ce bourg et s’échclounèreut à gauche par Ostcl, Braye, Cerny; à droite par T'ilaiii , l’argny cl l’-Aiige-Gardien. Pendant qu’elles op('raienl leur mouvement , Napoléon lança son avantgarde sur Béry-au-Rac. Elle s'empara dupont, mais ce n’était pas assez , il était indispensable de saisir le nœud des routes de I.Aoa et du chemin de traverse qui les réunit à celle de Soissons. Toute l’armée presse le pas : Ney , Victor, la cavalerie passent l’.Aisne; Marmont, Mortier SC licâlent d’arriver <à Béry-au-Bac ne laissant devant Soissons qu’un iàihie détachement.
Bluclier appuya promptement à gauche, mais comme il s’était laissé surprendre, il se laissa devancer. Sa tète de colonne parut sur les hauteurs de Craone au moment où Ney , débouchant do Corbeny par le flanc gauche, so porta à Bouconvillc et Craonellc, Lesavaul-poslescunemis ne tinrent pas devant la garde, ils furent culbutés, rejetés au-delà du ravin qui longe les villages d’Ailles et de Vassogne. Tout était eu émoi dans l’armée coalisée. Kleisl , Langeron coururent par Chevrigny au défilé de l'etieux; A^ork, Bulow se dirigèrent sur Laon et, pour couvrir leur marclu; (a3,ooo), Wiiizingerodc se rangea s œ le ravin d’Ailles, la gauche appuyé aux collines qui commandent la vallée de la Lelte, souteiiiie on seconde ligne par Sai ken qui prit position à Bray.
On se mit en mesure de les dépostrr, d’ouvrir le chemin de l’Auge- Gardien de manière à tourner Soissons et à envelopper Ijaoii. Ney et Victor reçurent ordre d’engager le combat.
campagne de 1814. £11
Au premier choc les Russes Crent bonne contenance, et par trop d'impatience Ney leur donna prise sur lui. Sans attendre son collègue il sortit en deux colonnes du bois de Saint-Martin où il s’était établi la veille, et sc mit à gravir le coteau d’ Ailles dans l’espérance d’enlever d’emblée ce village, de déborder l’ennemi par sa gauche et de décider, d’un seul coup, de la journée. Accueilli par une terrible fusillade, il fut repoussé. Alors la cavalerie chercha à déboucher du ravin pour le charger à fond: mais la droite de Victor se portant à Vaucler, mais l’artillerie de la garde se mettant en batterie au centre et s’opposant au déploiement delà cavalerie ennemie, rétablirent le combat. Cependant le centre, la gauche de Victor, la cavalerie et une division de Mortier entrèrent successivement en ligne et firent tourner la chance. L’extrême gauche pénétra dans Ouche, Mortier força le débouché du grand chemin au moment où, par un nouvel effort, Ncy se logeait dans Ailles. Woronzof fut trop rudement rompu pour pouvoir sc reformer, il entraîna Sacken dans sa déroule. Ney l’atteignit vers Bray, le coupa en deux et rejeta sa gauche au-delà de la Letle. Le reste s’appuyant sur Sacken , s’arrêta à l’Ange-Cardicn où il rallia la garnison de Soissons. L’armée victorieuse prit position d'Ostel à Filain.
Telle fut la bataille de Graonc, bataille sanglante qui coûta aux cnnemis 5ooo hommes, et aux Français ^ooo soldats d’élite, Victor, blessé grièvement, quitta l’armée et fut remplacé par Charpentier. La reprise de Soissons fut le pri.x de la victoire. Maintenant le cours de l’Aisne pouvait contenir l’armée de Silésie , mais Schwarzenberg ii’avait encore passé ni la Seine, ni l’Yonne. Sa lenteur fit naître de nouvelles combinaisons. Si, avant de retourner à lui, l’on s’empare de la montagne de Laoq, si une victoire signalée livre cette position qui barre les routes du nord, Blucher hors de combat, rejeté du champ d’opérations doit être ensuite tenu en échec assez long-temps pour donner le loisir de tenter une manœuvre décisive contre l’armée de Bohême.
L’attaque de Laon fut résolue. Napoléon conduisit par la route do Soissons les corps de Ncy, Mortier et Cliarpeiitier; IMarmont s’avança par la route de Reims.
Blucher était ainsi rangé: Bulow, au centre, occupait la ville et les villages de Sémilly et d’Ardon; Langeron, Sacken, Winzingerode s’étendaient à droite au-delà de la Neuville; Kleist, York, formaient deux iU gnes entre Vaux et Athies, De forts détachemens occupaient Etouvcllc et Fétieux où les chaussées resseri’ées, Tune par un bois impraticable, l’autre par un vaste marais, forment deux longs défilés.
Contre une armée triple de la sienne et si bien postée, Napoléon essaya d’alwrd une surprise. Il fit tourner, pendant la nuit, au travers
de Chavellois le marais d’ÉtouvcIle, par son ofBcier d’ordonnance Goiirgaud, à qui il prescrivit de s’emparer brusquement de ce dernier village. Lorsque le temps présumé de sa marelic fut écoulé , Ney fonça inopinément par la chaussée : les postes ennemis culbutés lui abandonnèrent Etouvelle; mais Gourgaud, qui eût dû leur fermer l’issue du déGlé, s’était égaré dans l’obscurité. Ils s’échappèrent; ils allèrent porter l’alarme parmi le gros de l’armée qui se mit en bataille. Aussi lorsque la cavalerie, débouchant à toute bride pai'ila trouée que Ney venait de faire, dans l’espoir d’enlever d’élan la montagne sur laquelle s’appuyait Bluclier, celui-ci était sous les armes.
Toutefois cette tentative d’un coup de main n’était point la seule combinaison de l’empereur. Elle servait même à masquer son véritable dessein. La montagne de Laon se termine, au nord , par un coteau à pic, au pied duquel la route de Flandre et celle de Reims se croisent dans Vaux. L’occupation de ce gros village par la colonne que Marinent amenait deCorbeny, n’eût donc laissé à Bluclier de retraite que par Ij.1 Fère, et il eût été obligé ou de s’y replier, en évacuant le champ de bataille, ou de porter son effort contre Marinent et de s’exposer aux coups de la colonne commandée par l’empereur qui, dans l’un ou l’autre cas, se fût mis en posse.ssion de Laon. C’était donc par la droite que l’action devait s’engager; mais Marmont ne parut point et ce retard funeste força Napoléon à prendre l'initiative, de peur d’être lui-même rejeté au-delà d’Etouvelle. Il fit occuper Séinilly et Ardon par Mortier et Ney qui s’y établirent vivement. Il était temps; Bluclier se préparait h déborder sur tous les points, et l’on n’échappa à une attaque générale qu’en lui disputant, avec une rare opiniâtreté, ces deux villages qui masquaient le débouché de son centre. Lorsqu’il s’en rendit maître, en même temps qu’il cherchait à tourner la gauche par Clacy, Charpentier entrant en ligne donna une nouvelle vigueur à la défense , il s’empara de Clacy ; Mortier reprit Ardon et les masses de l’ennemi furent admirablement contenues. Enfin Marmont ayant forcé le défilé de Fétieux se déploya dans la plaine , en s’appuyant aux tertres boisés qui s’élèvent à droite de la route. Son intervention pouvait tout changer, il aborda York avec ardeur, le culbuta et s’empara d’Alhies. On touchait à ce village de Vaux dont la pos.session eût encore été décisive. Mais la nuit qui approchait suspendit le combat , mais le projet de Napoléon était dévoilé, et Bluclier ayant pu sonder la profondeur des colonnes françaises, loin de dégarnir son centre qui était trop engagé, fit passer de sa droite, où Charpentier était sur la défensive, à sa gauche où la querelle devait se vider, les corps de Langeron et de Sacken, Ainsi appuyé, York, au moment où le feu avait partout cessé, crut pouvoir
hasarder une attaque de nuit; il tomba sur les bivouacs de Marniont, les surprit, les mit dans un desordre complet, les poussa comme un troupeau jusqu’à Fétieux où quelques cbasscurs de la garde coniracnccmit à lui tenir tête et arrêtèrent sa poursuite; le inaréclial ne put se rallier qu’à Corbeny.
A la pointe du jour Napoléon fut informé de <'e désastre comme il se disposait à recommencer l’attaque. Jamais peut-être sa situation n’avait été plus périlleuse; la droite de sa colonne était débordée; il n’avait plus de retraite que par le défdé d’Etouvelle, où il courait le ri.sque d’être acculé dans toutes les directions. Il échappa à cet extrême danger par de vigoureuses démonstrations d’offensive. Alortier et Ncy s’élancèrent sur Laon en même temps que Cbarpenticr continua à défendre victorieusement Clacy. Le feld-inarécbal craignant de perdre la clef de ses positions, arrêta ses deux ailes pour reporter son effort au centre où il fut long-temps tenu en échec. Enfin Napoléon, après s’être assuré qu’aucun mouvement ne menaçait de l’envelopper, donna le signal de la retraite. A la nuit l’armée , affaiblie de 45oo hommes, franchit le fatal défilé et se replia à Soissons. Marmont se rendit à Fismes.
Dans l’attente de nouveaux évènemens, de tous points on fit balte. Bluchcr étendit scs cantonncniens sur la rive droite de l’Aisne jusqu’à La Fèrect Noyon; ses postes poussèrent jusqu’aux portes de Compiègne. D’un autre côté Schwarzenberg ne passa point la Seine et Napoléon s’arrêta sur l’Aisne et la Vesle. Ce fut un étonnant spectacle que celui de l’armée française, réduiteà moins dcGo,ooo hommes, disséminés de Soissons aux bords de l’Yonne, imposant à deux armées victorieuses, fortes chacune d’environ 1 20,000 hommes, et les tenant en suspens à ses extrémités. Sur ces entrefaites un corps récemment entré en ligne fit cesser toutes les hésitations. Sainl-Pricst, après avoir long-temps séjourne dans le Luxembourg, se porta enfin, en défilant devant les passages de l’Argonne, gardés par la population en armes, à Vitry-lc-Français. lii, il .se renforça d’une brigade prussienne, puis il se mit en marche pour Reims, à la tête de 1 5,000 hommes. 11 menaçait cette ville depuis plusieurs jours et se laissait intimider par sa brave garde nationale, que soutenaient une poignée d’infanterie et un détachement de cavalerie, manœuvrant hors de scs murs, lorsqu’il prit la malencontreuse résolution de l’enlever de vive force au moment même où Napoléon était à portée de lui faire payer cher sa témérité.
11 prit ou dispersa la garnison , il s’établit dans la ville et mit à che ■ val, sur la route de Soissons , la brigade prussienne dont les postes occupèrent Gueux et Ronay. A peine informé d’un incident qui ouvrait la
communicalion entre les deux armées ennemies et le séparait de la Haute* Marne, Napoléon fil battre le rappel et courut écraser Saint-Priest. Il l’aborda dans Tincjucux , il l’accula, déjà meurtri, aux murs de Reims et le jKiussa hors de la ville sur la route de l.aon. A la Ncuvillettc la Iclc de colonne des alliés, se croyant hors de péril, fut encore bnisquement chargée par la cavalerie qui, pendant le combat, avait rétabli le pont de .Saiiit-lîricc pour se porter à toute bride sur leur ligne de retraite. Ce dernier choc mit le comble à leur déroute , le général avait déjà succombé, le corps d’armée fut entièrement dispersé.
I>c qu.irtier général s’établit à Reims. Mortier à Soissons , Marmont à Réry-au-Bac, furent opposés à Blucher; Ncy occupa Châlons; Vincent, avec un détachement d’infanterie et do cavalerie, prit position à Jiperiiay. Les postes ennemis échelonnés sur la Marne, se renfermèrent dans Vitry, et l'armée française reçut le renfort, bien précieux, d’une division de Gooo hommes tirée des places des Ardennes.
FIS DES ÜFÉBVTIOSS SUIt LA SEISB ET l’aL'BE.
Coinliat lie T^ar**ui'-Aiil)C (17 février).— Cuiulial Je I.'iubrcs&el (3 mars), — de U Seine par IfA ronllsés (i4)- — Omibal «U; l.échclU- (ifi).— Marche de Napoléon (17 à ip). — lialaille d’Aic»^ snr-AiifM* (ao-ai).
Au .sortir de Troyes, les corps français commandés en chef par Macdonald, poussèrent jusqu’à l’Aube. Sclnvarzenbcrg disposa d’une partie de scs forces pour contenir Augereau, puis il fit volte-face. Oudinot était alors en position à Aillevillc, Arsonval et Doleucourt, sa cavalerie et son artillerie n’avaient pas cncoi-e passé la rivière; Gérard occupait Rar, et Macdonald s’étendait deClairvaux à la Fcrlé-sur-Aube. tcmlvcrg et Gyulai (4a,ooo) sc déployèrent devant et' dernier niaré-
CAMPAGNE DE 181û. filS
chai; de|Wrî*tle (39,000) marcha contre|Gérai'd, WitlgcnstciD(3 1,ooo)conlrc ÜLuliiiot. Celui-ci était chargé de tourner l’extrême gauche des Français, de leur enlever le pont de Doicneourt sa seule retraite, de rejeter l’aile gauche sur le centre et de les acculer l’un et l’autre aux murs de Bar. Il fallait toute la fermeté de troupes éprouvées pour résister à une attaque imprévue, soutenue de moyens sr formidables. Malgré le désavantage de la position, malgré l’absence de leur artillerie, elles repoussèrent toutes les charges de l’ennemi et réussirent h passer r.Aube en bon ordre. Ija retraite générale s’opéra sur Troyes; cependant IMacdonald n’évacua Bar-sur-Seine qu’à la suite d’un vif engagement.
Oudinot, arrivé le premier sous les murs de Troyes, se rangea autour de la ville et laissa en arrière-garde, à Bourenton et Laubressel, Gérard qui fut attaqué à-la-fois par Wittgenstein et de Wrède, Gérard cédant à des forces si supérieures, se retira à Saint-Parre-aux-TcrtrcsetMacdonald survenant parla rive gauche de la Seine, ordonna d’évacuer la ville. On recula pied à pied jusqu’à Nogent et Bray; Allix ne quitta pas Auxerre, et les coalisés, se déployant dans le même ordre que précédemment, prirent leurs quartiers entre la Seine et l’Yonne sans chercher à forcer le passage de CCS deux rivières.
Ils restèrent immobiles pendant dix jours, au bout desquels Schwarzenherg , présumant que Saint-Priest, eu s’établissant solidement à Reims, interdirait à Napoléon le retour sur Epernay et Châlons, ordonna un mouvement contre la gaucho de Macdonald dans le but de dégager la route de Sézanne et d’éclairer celle de Château-Thierry,
^Vitlgpnstein passa l’Aidie et la Seine à .\nglure et Pont; après quoi, il replia de Villenoxc-la-Grande les avant-postes français, et déboucha ])ar Cliàlantre sur Saint-Martin de Chenestron, tournant ainsi la forêt de Sordun dont il faisait cependant observer l’entrée directe. Il engagea à Léchcllc un combat avec le corps d’üudinot qui resta maître de la position. Néanmoins Macdonald , de peur d'être débordé, lit un changement de front en arrière sur sa droite en passant par Montereau, Donnemarie et la Maison-Rouge. La cavalerie, pour flanquer l’aile gauche, occupa en masse Rouilly et Cucharmois.
Slais Schwarzenherg apprit en ce moment la déroute de Saint-Priest et rarrivée de Ney et de Vincent à Châlons cl Epernay.il ne douta |îoint que Napoléon n’eût dessein de manœuvrer sur son flanc droit, et il rappela toutes ses forces pour les échelonner sur l’Auhc et les opposer, groupées d’une manière compacte, aux têtes des colonnes dont il pressentait le retour. Quelques postes restèrent sur la Seine et rYonne et de forts partis furent jetés sur toutes les avenues de la vallée de la Marne.
Sa circonspection , celle de Bluchcr qui, au bruit du combat de Reims, croyant voir l’empereur tomber au milieu de scs canton iiemcns , se concentra de nouveau autour de Laon , précipitèrent le dcnoûment de la campagne.
Napoléon crut saisir le moment où l’année de Silésie perdait son temps en dispo.sitions défensives, pour surprendre Sclnvarzenbcrg en se rabaltantsurlaSeine.il évacua Reims par la route d’Epernay, conbant à Marmont et Mortier le soin d’observer l’armée de Silésie. I/irsqu’il eut réuni sur la Manie cette troupe d’élite qu’il portait de rune à l’autre armée ennemie et qui se trouvait alors réduite à 16,000 hommes, il la lit avancer sur Arcis et sur Plancy ; lui-même prit cette dernière direction pour être plus à portée de Macdonald. Pendant qu’il cliercbait le eoté vulnérable de son adversaire, celui-ci ralliait ses avantpostes et continuait à se replier par sa droite. Aussi lorsque l’avant-garde fut parvenue au pont de Plancy, elle le trouva à peine gardé par quelques cosaques qui s’enfuirent à Pouan; elle passa, sans coup-férir, celui de Méry; enfin elle pénétra jusqu’à la route de Nogent à Troyes où elle vit disparaître, vers cette dernière ville, l’extrême arrière-garde de l’ennemi. On s’élança sur scs traces sans pouvoir l’atteindre, on ne lui prit qu’un équipage de pont.
C’était un cruel mécompte. Schwarzenberg éludait une attaque de flanc, et il était douteux que désormais il donnât prise en laissant des intervalles entre ses colonnes. Napoléon cependant résolut de tenter encore la fortune, il laissa des détacbemens à Méry, à Plancy, il appela à lui Macdonald et il sc mit à remonter la rive droite de l’Aube pour côtoyer la marche du généralissime, et épier et châtier un faux mouvement.
Macdonald commença à déboucher, la gauche en tête, de Villeno.xela-Grande sur Plancy. Au même moment Schwarzenberg, croyant que l’armée entière se déployait par ce dernier bourg à la suite de l’avantgarde, opérait une contre-marche générale dans le but de la rejeter au-delà de l’Aube. Ses quatre corps étaient rangés de Troyes à Lesmont; ils convergèrent sur Plancy , la droite en longeant l’Aube (de Wrède) , la gauche par le chemin de Premierfait (Wurtemberg et Gyulai), le centre par des chemins intermédiaires (^Rajewski remplaçant Wittgenstein soutenu par les gardes et réserves).
Le mouvement élaità peine commencé lorsque Napoléon parut à .Arcissur-Aube. Scs éclaireurs lui signalèrent l’ennemi. Au-dessus de la ville, sur la rive gauche de l’Aube, on apercevait une masse d’infanterie vers Saint-Nabor et Ortillon, et la route de Troyes était couverte de cavalerie légère. Etait-ce l’arrière-garde de Schwarzenberg qui faisait voltc-
face pour masquer et assurer sa retraite ? C’est c<î que l’on s’empressa (le reconnaître. Ney, la cavalerie, passèrent l’Aube, pour prendre position aux grand et petit Torcy et sur la chaussée de Troyes ; mais les troupes ennemies marchaient en sens inverse de celui tju’on avait pu supposer. C'claient de Wrède et la cavalerie de ^Yittgcustein qui reveiiaicut sur leurs pas. Schwarzenherg ne balança pas à ordonner de culbuter les corps qui se jetaient inopinément au centre de scs opérations.
La cavalerie française fut d'abord ramenée jusqu’aux maisons d’ArcîSj mais l’infanterie de la garde continuant à défiler rétablit le combat et lui rendit scs premières positions. Cependant de Wrède épuisa ses efforts devant le grand et le petit Torcy; écrasé par le feu de Ney il ne revint à la charge que soutenu par les gardes et réserves; malgré ce puissant renfort, le maréchal ne put être entamé, l’acti(ui se prolongea très avant dans la nuit; enfin les assaillans renoncèrent à s’emparer du champ de bataille.
Pendant ([ue l’aile droite et partie du centre de Scliwarzenberg , étaient si vigoureusement repoussée, l’aile gauche ne rencontra sur le chemin de Plancy qu’une brigade de cavalerie de la garde qui venait d’évacuer Mcry pour se rendre à travers pays à Arcis. A la vue de l’ennemi cette brave troupe se mit en bataille à Règes résolue à se faire jour.
Mais on manœuvra pour l’envelopper en débordant sa gauche et elle fu obligée de rebrousser chemin.
Ces évènemens indiquaient assez que l’armée française, qu’on allait chercher à Plancy, était réellement échelonnée le long de l’Aube, que la tête de colonne venait do déboucher d’Arcis et que l’arrière-garde en était encore loin. Iæ généralissime était donc eu mesure d’opposer tou- »
tes scs forces à une partie de celles de Napoléon. Il saisit l’occasion , il rappela sa gauche, rangea plus de 100,000 hommes en demi-cercle par Orlillon, Chaudrey, Mesgnil-la-Comtesse , Nosay et prit enfin la détermination de frapper un coup décisif.
L’armée française, en effet, formait encore une ligne allongée : l’arrière-garde n’avait point dépassé Conllans, Oudinot seul approchait d’.Arcis et au point du jour Napoléon, n’avait que 3o,ooo hommes à déployer autour d’Arcis.
Lorsque aux premiers coups de feu il eut reconnu qu’il avait en présence une armée entière, il ne combattit plus que pour éviter d’engager la mêlée et pour assurer la retraite. Il y réussit eu dépit de longs et puissans efforts. L’aile droite en définitive contint l’ennemi, cl l’on passa, sans désordre mais non sans perte, les ponts de l’Aube qui furent incendiés.
OPÉBA.TIOWS EPiTRE LA SEIBB ET LA MARRE.
Passage de l’Aisne par Blucliei (x8).— Reprise de Reims par les coalisée (ao).— Naj>o)con à Vilry (la), — Jonction des coalisés (a3), — Leur marche sur Paris (a3).— Ralaillc de Fèro-Cliatnpcooisc (aS).— Combat do Claye et de Villeparisis (aS), — Bataille de Paris (3o).
L’armëe française avait échoue contre Schwarzenberg à Arcis, comme à Laon contre Blucher. Celte comhinaison qui la portait tour-à-tour sur le» deux grandes masses ennemies était désormais épuisée, mais elle avait produit un résultat dont il était encore temps de tirer des conséquences décisives. Blucher avait perdu sa ligne d’opération et se trouvait séparé des Austro-Russes par un vaste intervalle dans lequel tous les corps français étaient libres de leurs mouvemens. Deux partis se présentaient. Rétrograder sous Paris pour y courir la chance d’une dernière bataille; marcher en avant, attirer Schwarzenberg , dont les manoeuvres dénotaient le dessein de ne point laisser déborder sa droite, soulever les braves populations de l’Est et reporter la guerre sur les derrières de l’ennemi.
Ce fut à cette dernière détermination que l’empereur s’arrêta. Politiquement, l’évènement l'a condamnée; militairement, deux circoiislaiiccs funestes en eussent rendu le succès douteux; l’cchcc éprouvé par lui devant Vitry et les faux mouvemens do l’aile gauche commandée par Marmont.
Ce maréchal, attaqué h Béry-au-Bac et Ponlavairc, après la dernière évacuation de Reims , défentlil vigoureusement ces deux débouchés de l'Aisne; mais l’ennemi ayant été clierchcr iin passage à Asfeld tourna sa droite et le força de se retirer «à l'ismes, .Sa retraite enlr.'iiiia celle de Mortier qui , sur 'on ordre, était acroiirn de Soissons à Reims pour te soutenir.
L’armée de Silésie déborda sur lui en se déployant sur la Vesle. Il hésita sur le point à défendre: Reims couvrait Cliùlons et Epernay; Eisnics couvrait Château-Thierry. Faute d’uue décision rapide, Marmont compromit les deux positions. Il renvoya Mortier à Reims dont Winzingerode le chassa, et lui-même fut repoussé par Klcist et York.
Au moment où par l’occupation de Reims la communication était ouverte entre Blucher et Schwarzenberg, Marmont reçut l’ordre de rejoindre IVmpereur qui marchait sur Vilry. Ce fut alors qu’il dut vivement regretter de n’avoir point pris pour ligne d’opération la route de Reims à Châlons. 11 était dans la nécessité de faire un long détour et de s’exposer à rencontrer bien des obstacles pour exécuter ce qui lui eût été si facile s’il eût mieux compris que son premier soin devait être d’assurer sa jonction avec le centre et l’aile droite de l’armée. Il gagna en deux colonnes Château-Thierry, là il apprit que Vincent, chassé d'Epernay , s’était péniblement retiré à travers bois. Il fallait donc pousser jusqu’à Montmirail pour trouver une route qui ne fût point encore interceptée.
De son côté Napoléon se porta devant Vitry et fit sommer la place ; mais une nombreuse garnison se mit en défense et le temps manquant pour s’en rendre maître, il fallut renoncer à occuper une position qui eût affermi l’armée sur la ligne d'opération de Blucher, en même temps qu’elle eût contenu Schwarzenberg sur la rive gauche de la Marne. Celui-ci accourant sur les pas des Français, trouva une tête de pont qu’ils n’avaient pu enlever, et qui facilitait sa jonction avec l’armée de Silésie. L’empereur, coupé définitivement de Marmont etMortier n’avait plus qu’à continuer son mouvement sur la droite de Schwarzenberg, il fit occuper Saint-Dizier et Doulevent. Mais à ce moment, les coalisés encouragés par leurs affidés prirent la résolution décisive de marcher sur Paris.
Déjà Winzingerode était établi à Epernay; Sacken, Langeron, Woronzof se rendirent à Châlons pour passer la Marne. York, Kleist débouchèrent de Château -Thierry sur Montmirail. L’armée de Silésie allait donc s’échelonner sur cette même route où elle avait manqué d’être anéantie. Maintenant un simple à-droite devait la porter sans obstacle sous les murs de Paris. Bulow seul était resté autour de Soissons. Ce n’éf.'ùt pas tout : .Schwarzenberg disposa son armée en deux colonnes pour les lancer par les chemins de Cosie et de .Soinmepuis ; Wiiizingcrode, détaché sur les derrières eut la mission cfobserver les mouvcinens de Napoléon.
Cependant Marmont et Mortier continuant leur marche donnèrent
GUERRES DE LA RÉVOLUTION, au milieu des masses de l’ennemi, ils manœuvraient sur la Soude pour gagner Vitry par Cosle, dans le même temps (jue les corps de Schwarzen- Ijcrg cheminaient en sens inverse et que ceux dclîluchcrallaient saisir sur plusieurs points la chaussée de Montmirail. Us n’etaient point les seuls exposés à des coups acenbians. L’arrlcre-garde de Macdonald (Pacthod /(ooo'i, n’ayant pu se rendre à Arcis avant que Schwarzenberg eût commencé à défiler, s’était repliée à Sézanneoù se trouvait aussi une division d’escorte Amey i8oo) qui, après s’être égarée en cherchant à conduire le grand parc à Sommepuis, songeait à le mettre sous la protection des deux maréchaux. Sur la nouvelle qu’ils avaient quitté Montmirail où Vincent seul était resté, Pacthod et Amey s’étaient mis eu marche par Champaubert et Ilcrgères.
I\I.armont ne tarda pas à se heurter contre la cavalerie de la colonne de droite de Sehwarzenherg; tandis cpi’il s’efforcait de l’arrêter en tête, les co.saqucs tournant sa gauche, le séparèrent de Mortier. Il fidlut plier, les «leux corps gagnèrent péniblement Sommesous. Il se reformèrent en arrière de ce bourg, s’appuyant à Chapela; ne et Montepreux; mais la seconde colonne austro-russe ayant alors dépassé Mailly, détacha sa cavalerie cpii les chargea derrière Montepreux et les rompit de nouveau. Pai-eilie manœuvre les déposta par deux reprises de Fère-r.liampenoise et de Linihes; «mfiii, la nuit, ils parvinrent à tenir ferme entre Sézanncct Allenient. Cependant Pacthod et ,\mcy étant arrivés à Villeseueux furent assaillis par la cavalerie de Langeron qui côtoyait la Soude attirée par le bruit du combat. Ce n’était pas assez : la cavalerie de Sacken accourut sur li'urs derrières, les força de quitter la roule, de se retirer à travers champs, d’abord .à Clamange puis, à Eeury-le-Repos d’où ilscspéraicnt gagner Fèrc, mais un nouveau délachemcnt , sorti au galop dcDcrgères, leur en avait déjà barré le chemin.
Li's deux g('’iiéraux ne perdirent point courage, ils entendaient le canon de Marniont dans la direction d’AlIcment et, en se jetant dans le vallon du Petit-Mot iu , ils comptaient encore rallier le maréchal. Vain espoir! Comme iis s’avancaient, formés en carrés, bravant les efforts des escadrons qui les enveloppaient, la cavalerie de réserve de Schwarzenberg atteignit Père et s’élança contre eux. Ils avaient déjà traversé Aulnay. Haïmes, ils touchaient au grand Droussy lorsqu’une masse de 12,000 chevaux les entoura et les cribla de mitraille. Il ripostèrent par un feu terrible; on les .somma do déposer les armes, mais ils puisèrent de nouvelles forces dans l’excès de leur infortune, et préférèrent arroser de leur sang le sol sacré de la patrie. Les deux divisions succombèrent avec gloire, non sans faire essuyer aux eitnemis d’énormes pertes. A peine un petit nombre parviut-il à rejoindre Vincent «pii, lui-même.
pliait devant l’avant-garde de Rieist et d’York et se retirait de Montmirail à Rebais.
Au point du jour, Marmont partit d’AlIement ; mais d’autres difficultés étaient survenues. Il y avait à Sézatiiie un millier d’hommes que Compans venait d’amener ilc Paris; cette troupe qui avait semblé suffisante pour assurer la retraite avait été dépostée par la cavalerie de Kleist et d'York. On était donc complètement investi ; il fallut se frayer le passage, ce que l’on fit bravement; après quoi l’on prit à Mœurs quelques heures de repos. Cependant les deux généraux prussiens s’étaient rendus directement de Montmirail à la Ferté-Gaucher, d’où Compans et Vincent avaient été repliés sur Coulominicrs. C’était encore un combat à livrer. Mortier essaya d’enlever la position pendant que Marmont faisait face vers Esternay à l’avant-gardc des colonnes qui le poursuivaient. Le premier éprouvant trop de résistance, l’un et l’autre se retirèrent par Provins à Nangis.
Les coalisés avaient le champ libre, Napoléon s’était placé volontairement sur leurs derrières. journée désastreuse de Fère-Champenoise avait jeté hors de leur chemin les débris de Mortier et Marmont. Compans seul se trouvait devant eux avec une poignée d’hommes qui sc recrutait de quelques gardes nationaux.
CiC général était le même qui, 1 8 mois auparavant, enlevait les redoutes de Schwardino et le redan de Semeuowskoi. Ses habiles dispositions sauvèrent Paris d’une occupation par surprise , en donnant le temps aux deux maréchaux de passer la Marne à Charenton et de se déployer en avant de l’cnceintc du nord.
Pour éviter l’encombrement et laisser à Schwarzeuberg la route de Couloramiers, Blucher, appuyant à droite, se transporta sur celle de la Ferté-sous-Jouarre. Sa tête de colonne fut arrêtée à Saint-Jean-les-deux- Jumeaux, par Vincent qui, après un assez long engagement, recula jusqu’à Trilport et incendia le pont.
Le lendemain, l’ennemi rétablit le passage, et Compans évacua Meaux pour prendre position à Claye où il reçut quelques renforts. Attaqué et forcé, il se reforma vers Monsaigle, où il se maintint plus long-temps; mais enfin débordé par sa gauche, il replia sa ligne à Villeparisis où il soutint avantageusement le combat jusqu’à la fin du jour. A la nuit il traversa la forêt et fit halte à Bondy.
IjC lendemain, pour le soutenir, les dépôts de la garde s’avancèrent jusqu’à Pantin; mais, au lieu d’ouvrir le feu, l’armée de Silésie prit le chemin de Villepinte à Aulnay et marcha sur le Bourget; toutes les troupes alors se replièrent sur Paris. Blucher continua à s’étendre par la droite pour s’ap^niycr à la Seine; il fut relevé sur la route de
Bondy par le corps de Witlgenslcin ; les gardes et les réserves commandées par Barclay de Tolly formèrent le centre de i’att.'uiue. A gauche, Wurtemberg et Gvulai se disposèrent à passer la Marne à Lagny, afin de gagner Cliarenton et de compléter au nord l'investissement de Paris.
Dans cette même journée, Mortier et Marmont, aprè.s s’être séparés à Nangis et réunis à Brie-(àamte-Robert , dcbouclièrent par le bois de Vincenueset prirent position le premier sous Montmartre, le second aux prés Saint-Gervais , Bellcvillc, Bagnolet et Charonne.
D’un autre côté , Napoléon arriva à Troyes avec la cavalerie de la garde. Après avoir chassé de Doulevtmt un corps austro-russe , il était revenu sur ses pas pour battre Winzingerode à Saint-Dizier. C’est là qu’il reconnut la grande manœuvre des coalisés et qu’il se détermina à se porter au secours de Paris.
Le 3o mars i8i4, Paris fut menacé par trois colonnes fortes ensemble de i4o,ooo hommes.
Mortier opposa à l’aile droite 1 0,000 hommes ; Marmont au centre
1 1.000 hommes. Pour contenir i’uilc gauche, il n’y avait que le fort de Yincennes que liait aux murs du faubourg Saint-Antoine une batterie djj 28 pièces servie par les élèves de l’école Polytechnique; un tambour en palissades couvrait le pont de Charenton , défendu par les élèves de l’école vétérinaire d’.Vlfort. Des tirailleurs de la garde nationale s’étaient répandus sur tout le front d’attaque et le maréclial Moncey avait réuni en avant de la barrière de Clieby des détachemens des diverses légions.
Ces forces montaient à peine à a5,ooo hommes, elles soutinrent honorablement le choc; mais avant le milieu de la journée la plupart des positions étant enlevées , on ouvrit des négociations qui se terminèrent par une convention en vertu de laquelle les trou|)Cs durent se retirer à Fontainebleau , avec tout le matéi iel qu'elles pourraient enlever jusqu’au lendemain à six heures du matin.
Pendant le combat , l'empereur après avoir marché militairement jusqu’à Villeneuve-l’Archcvêque monta dans une chaisse de poste accourant à Paris où sa présence eût fuit surgir 5o,ooo hommes. Il ai^ riva trop tard ; à quelques lieues au-delà d’iissoiie il rencontra la tête de colonne en marche sur la route d'ilulie. Il lui restait la ressource de coucentrer à Fontainebleau les 20,000 hommes qui évacuaient Paris et les
30.000 qu’il ramenait de la llaute-Seine, puis d’offrir la bataille sous les murs de la capitale. Peut-être l’ennemi ne se fùt-il point hasardé à combattre, adosse à une immense ville dont la colère eût pu l’anéantir; mais lesévènemeus politiques doniinèrc.’itles combinaisons de la guerre. IjC sénat prononça la déchéance de Napoléon , Marmont prit parti pour une fraction d’assemblée nui délibérait sous les baïonnettes étrangères. U
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CAMPAGNE DE IClft.
livra son corps d’armée dont la mission était de défendre la ligne de l’Essone, donnant ainsi le signal d’une défection <jui devint bientôt si générale, que rempereur se vit forcé d’abdiquer.
Ix>rsque l’année se fut dispersée, les coalisés oublièrent leurs promesses, le sénat fut chassé et par une simple déclaration, un |)rince, qu’on s’élait vajité d’appeler librement au trône, replaça la France sous l’empire du droit public consacré par le traité de Wcstpbalic, invoqué par les déclarations de Mantoue, de Piluitz et par le manifeste du duc Brunswick.
OreHATIUMS EK BELUIljt'Ë.
Oci Uj.iiliuo de Brcda j'ar K^salliéi(9décemi»rc iS |3). — Al(af|Uo de celle p’ace par les Français (ao). — Défense d*Anvers (i î janvier février). — Retrailc des corps français (fin de janvier). — Reron-
iiai^ncc de Maubou^c.— Combat d»? Vieux-Condé (a4 février).^AlUq<ie de Maubcuge(a3 mars).— Combat de Courlray (3i).*~Ailai|Ui: du üvTj;;-op>ZiK>iu (9 mars).
Decaen , avec une poignée d’bomines , rejeté par Bulow , en deçà de la Meuse, futduusta nécessité de dégarnir les premières places du Drab.ant- Ilollandais et de laisser les Prussiens prendre possession de Breda , Oer- Iruj'denberg, Willemstad. Ceux-ci, assurés de riuiliative, s’arrêtèrent pour attendre Wiuzingerode.
La mission des deux corps de l’armée du nord était d’envahir la Belgique et d’ouvrir, par Maubeiige, la communication avec l’armce de Silésie; mais rintervenlion d’un corps anglais, débarqué à Willemstad, dans le dessein de capturer ou d’incendier la flotte renfermée dans les bassins d’Anvers, compliqua leurs opérations.
G'pcnd.aiit Napoléon remplaça Decaen par Maison , lui fit passer deux
faibles divisions de la jeune garde et lui prescrivit de ressaisir le débouclic de Drcda. On se porta sous cette forteresse, mais elle tint bon et les moyens manquant pour faire un siège régulier, on sc replia sur la Dyle et l’Escaut. Bulow, à son tour, prit roffetisivc; pendant que sa cavalerie menaçant I»uvain y attirait le général français , le gros de l’armée courut à Anvers qu’il espérait surprendre; mais il ne put porter ses feux jusqu’aux remparts; à deux reprises il éprouva de la part de la place une résistance inattendue qui le força de rappeler ses colonnes à Bréda.
Sur ces entrefaites Macdonald et Mortier, dont la présence sur la Meu.sc lui imposait une grande circonspection , partirent pour la Marne. Winzingerode, arriva de Dusseldorf à Liège, dès-lors il entra franchement en campagne.
Maison perdit à Liège son appui sur la Meuse et resserra sa ligne d’Anvers à Louvain; puis Winzingerode, se portant à Namur, pour pénétrer par Avesnes en Picardie, il pivota sur sa gauche et replia l’aile droiteà Valenciennes. Bientôt il survint un troisième corps ennemi (a5,ooo) commandé par le duc de Saxe-Weymar. Le poids de cette nouvelle masse disloqua l’armée: la gauche fut renfermée dans Anvers qui était vivement attaqué, la droite et le centre se coni'entrèrcnt sous les murs de Lille. Bulow gagna lentement Laou et Lafère, le duc de Weymar, borna ses soins à protéger le siège d’Anvers et à tâcher, en s’emparant de Maubeuge, d’assurer la ligne d’opération de ses deux collègues. Il fit d’abord reconnaître cette place, en même temps qu’un détachement marcha sur Condé pour ob.server les mouvemens de Maison. Celui-ci cherchait à renouer la communication avec sa gauche; le corps saxon se heurta, près de Condé, contre une de ses colonnes, fut culbuté et donna l’éveil au général en chef qui ajourna ses projets sur Maubeuge pourse jeter à Dendermonde sur la route que les Français voulaient ouvrir. Lorsqu’il les eut vu reculer devant lui, il revint à l’attaque de la place qu’il convoitait. Ap rès bien des hésitations, ses troupes occupèrent Tcoplaccment du célèbre camp de 1 793. Les vieilles redoutes alors si long-temps disputées n’étaient plus gardées; la ville renfermait à peine 1000 hommes de garnison, commandés par le colonel d’artillerie Schouler. Les Saxons en possession de hauteurs qui commandent la forteresse crurent en avoir bon marché, ils dressèrent trois batteries et commencèrent un feu roulant. Les canonniers de la garde nationale ripostèrent bravement à l’ennemi, démontèrent ses pièces, firent sauter ses munitions et l’intimidèrent au point qu’eà la nuit il battit en retraite sur Mons.
Maison mit la circonstance à profit : il déboucha sur Gnnd, rallia sa gauche et inspira des inquiétudes sur Bruxelles. I^c duc de Saxe se hâta d’amener scs forces à Alost , et Maison, plus soucieux de ravitailler
Maubeuge que de batailler avec lui rebroussa chemin, écrasa une division qui manœuvrait sur Courtray, pour inquiéter sa retraite, après quoi il sc dirigea vers Valenciennes. Les choses en étaient là lorsque les évènemens de Paris amenèrent une suspension d’armes.
Pendant ce temps Carnot défendit vigoureusement Anvers. Gorcum, après avoir soutenu un long siège, ouvrit ses portes, et Berg-op-Zoom fut le théâtre d’un de ces l)rillans faits d’armes qui ont paré d’un dernier et vif éclat l’époque de nos revers.
Le général anglais Graham assiégeait Berg-op-Zoom , que défendait Bizanct avec une garnison réduite à 3700 hommes. L’afluiblissement de la troupe, les dispositions des habitans lui inspirèrent le dessein de surprendre la place. A l’entrée de la nuit il forme quatre colonnes de 1000 hommes chacune et à l’aide d’une fausse attaque qui attira la garnison, il réussit à les jeter dans la partie de l’enceinte qui avoisine le port. Mais ce succès apparent se transforme promptement en une honteuse défaite. Au jour les Français forment trois colonnes , déblaient le rempart, s'assurent de la porte par laquelle les assiégeans peuvent se retirer et les criblent de mitraille. Ceux-ci, confians dans leur nombre , résistent d’abord, mais deux de leurs generaux, mais près de aooo des leurs succombent , le reste dépose les armes.
OPÉKATIOXS SUR LE RnOSE.
Prise de Gencre par les coalisés (»o dcccrohrc i8i3). — lnra.sion de U Savoie (fin de dccembre).— Prise de fiourg (ai jauvici). — Mouvenieus autour de Lyon (fin de janvier).'— Occupalion de Ciiilons-sur'Saoue (4 féMÎer). — Français rcprennenl ruffensive (17 févrierJ.^Combats ü Ai* (a3). — A Annecy (a4). — Soii.s Genève (i5 37). — Prise du fort de l'EcIusc (14 mars)^ — Occupation de Lons^le-Saulnier Retraite d’Augercau (dit 5 au 9 mars), — Combat de
Lioiooest (ïo).^ETacualion de Lyon (ai).
L’extrême gauclie de la grande armée combinée, commandée par Bubna (ia,ooo) prit sans coup-férir Genève, d’où elle déboucha par les
deux rives du Rliône. Celle irruplion imprévue eut des conséquences fàclieuses pour la défense du midi. Dessnix , Marchand , qu’on avait cliargés d’organiser les levées de la Savoie el de ITsère, avaient à peine réuni quelques cadres cl les corps donl l’armée d’Augereau devail se composer n’étaienl poinl encore en ligne. Les colonnes autrichiennes envahirent la Savoie, occupèrent Bourg malgré la résistance des habitans et pou-ssèrent par la droite just|u’à J^yon. Buhnn hésita devant celle ville populeuse où il y avait au plus 3ooo soldats. Après trois jours de vaincs manœuvres , sur la nouvelle que des renforts étaient survenus, il battit en retraite, puis, tandis que sa gauche cherchait, sans y réussir, à pénétrer dans l’Isère par le fort Barreaux, il répandit la droite entre le Rhône et la Saône, força l’entrée de Chàlons qui lui fut bravement disputée par les hahitans avec aoo hommes de la ligne et établit des postes à Mâcon et Villefranchc.
Cependant les troupes françaises arrivèrent à la fde de Toulon, de Nîmes, de la Catalogne. Augercau eut sous ses ordres aa,ooo hommes outre les gardes nationales qui formèrent les garnisons. Il en mit 5ooo à la disposition de Marchand et Dessaix pour rentrer en Savoie, puis à la tête de 1 7,000 hommes , il déboucha en deux colonnes sur Mâcon et Bourg.
Le détachement de la rive gauche du Rhône obtint de brillans succès. Il déposta rennerni de IMontinélianl, d'Aix, d’Annecy, il poussa jusqu’aux portes de Genève; il contraignit, à la suite d'un brillant combat, les ennemis à s’y renfermer. Celte place dont la possession ciit permis de soulever la Savoie, la Suisse méridionale, de saper la base si déloyalement acquise par la coalition ^ lût sans doute tombée au pouvoir du maréchal s’il eût marché avec la décision , l’ardeur de scs belles années. Mais au lieu de s’attacher aux pas de Bubna, de l'anéantir sous les murs de Genève, d’appeler aux armes les fidèles Vaudois, après avoir fait enlever le fort de l’Ecluse, il lâcha prise pour porter son armée à Lons-lc-Saulnier dans le dessein de disperser les corps qui bloquaient les places du Doubs. Funeste exemple de ce que peut une seule faute! A Genève, Augereau prenait à revers par leur extrémité les lignes de Schwarzenberg , et en menaçant Bâle, il le forçait peut-être à reculer jusqu’au Rhiu. A Lons-lc-Saulnier il se trouva trop à portée des masses du généralissime, 60,000 hommes s’en détachèrent commandés par le prince de Hessc-llombourg. Ils le replièrent de poste en poste, le battirent à Limonest en avant de Lyon, le forcèrent d’évacuer cette ville, de se retirer sur l'Isère où ils allaient l’attaquer encore lorsque les hostilités furent suspendues. Ainsi fut perdue pour le salut de la France 1a grande diversion que l'empereur avait préparée !
CAMPAGNE DE I81ü.
O^ÉRATI0^■S EK ITALIE.
Défection de Murat (Gu de janvier),— Bataille du Mincio (8 février).— Combats de Borghetto et Salo (ic>-{4). — Passage du Taro.
Comme Eugène se disposait à disputer à 60,000 Autrichiens, maintenant commandes par Bcllcgardc, la célèbre ligne de rAdige,unedivision allemande, soutenue par les 34,000 Napolitains de Murat, s’avançait en remontant la rive droite du Pô pendant que les Anglais débarques en Toscane, côtoyaient la mer pour attaquer Gênes. Il fallut renoncer à ces positions si connues, il fallut prendre pour pivot de la défense Mantouc, par où l’on pouvait, selon l’urgence, manœuvrer soit dans les états Vénitiens, soit dans les Légations. Bellcgarde fut le plus prompt à provoquer la bataille. Il passa les ponts de Vérone, il fit tourner par sa droite le lac de Garda et la Rocca d’Anfo , il forma scs colonnes pour forcer le Mincio à Pozzolo, à Borgbctto, à Monzambano. A son approche Eugène sortit de Mantouc par les deux rives et l’action s’engagea ; chaque armée coupant la rivière qui les séparait l’une et l’autre en deux parties de forces inégales. Les Français remportèrent dans CCS plaines , tant de fois illustrées, une dernière et stérile victoire. Ils enlevèrent à l’aile gauche ennemie Pozzolo, ils détruisirent le pont; ils poussèrent sur Valcggio si vivement que Bcllegarde se hâta pour les contenir de rappeler les troupes qui tenaient la rive droite. Enfin après une longue lutte, le feld-maréchal se retira à Villa-Franca affaibli d’une perte de 5ooo tues et blessés et 3üoo prisonniers. Deux jours après il essaya sans succès de déboucher du pont de Borghetto; enfin sa droite, qui s’était emparée de Salo, en fut chassée et rejetée dans les montagnes.
Après ces e'checs , Bcllegarde , en proie à des fièvres épidémiques se tint immobile et laissa au roi de Naples le soin de déposter le vice-roi. Celui-ci fît passer au-delà du Pô, avec 20,000 hommes, Grenier qui prit position sur le Taro, mais il n y eut de ce côté que des escarmouches. Murat n’agit avec vigueur et ne força le passage du Taro qu’au moment où l’abdication de l’empereur étant connue , on convint d’une suspension d’armes. A la même époque les Anglais, après avoir livré dans la rivière du Levant une suite de légers combats, étaient parvenus sous les murs de Gênes.