‹ Tableu des guerres de le Révolution, de 1792-1815Chapitre 6 sur 79 · DES · texte numérisé non relu

DES

SITUATION DB l’eVROPE. APPHÊT.S DE LA GUERRE. DÉCLARATION DE HANTOUE. FUITE ET arrestation DE LOUIS XVI. .ACCEPTATION DE LA CONSTITUTION. CONVENTION DE PILNITZ.

Déclaration de guerre (au avi ilV — Tentalivc d'invasion en Belgique (avril et niai}.

La guerre de la révolution n’a point d’exemple dans lliistoire du monde. Jamais grande nation attaquée dans son existence ne s’est défendue avec autant d’énergie, et n’a réagi si puissamment sur ses agresseurs. Jamais aussi question sociale, plus nettement posée, plus propre à e.xalter les âmes , n’a été débattue les armes à la main. L’assemblée des états généraux avait proclamé que, dans la constitution de l’état, elle voulait substituer le droit au privilège. C’était une de ces renovations sur lesquelles la force prononce en dernier ressort ; car, pour ceux qui en jouissent, le privilège est le droit, et ils le défendent jusqu’à l’extrémité. J..a cour de Louis XVI appela des projets de réforme, d’abord à l’armée et aux corporations intérieures, dont l’appui lui échappa; puis enfin aux souverains étrangers non moins irrités qu’elle contre le nouveau dogme politique; mais, outre des motifs particuliers à chacun d’eux, la difficulté des négociations, l’espoir de détruire des semences d’agitation,

qui pouvaient ne point jeter de profondes racines, retardèrent longtemps les hostilités déclarées.

Depuis l’établissement d’un système européen , le temps n’avait point cess»: d’apporter de graves modifications aux élémens d’équilibre qu’oa avait alors combinés. En première ligue, la France était entourée d’états que leur organisation politique, leur épuisement ou leur importance secondaire, appelaient à céder il son ascendant ; la Hollande, où les armes prussiennes venaient de changer la nature du pouvoir exécutif; les principautés d’Allemagne et la Belgique, pays de fermentation, soumis à l’empire, mais sympathiques avec la révolution, champ de bataille, où la victoire devait lui donner des alliés; la Suisse, aux mœurs démocratiques, aux institutions oligarchiques, neutre par les traités et trop passionnée pour rester indifférente à la querelle; l’Italie frémissant sous le joug; enfin l’Espagne, vieux débris, saus poids réel, et ne comptant plus que comme diversion. Ce n’était point de là que devait partir le signal. Mais plus loin, à ce groupe d’états qui tendaient vaguement à graviter vers la Frunce, était opposée l’ullianco du Nord, cimentée par le partage de la Pologne. L’Autriche, la Prusse et la Russie, solidaires dans une spoliation qu’elles avaient résolu de rendre complète, étaient forcément coalisées contre les principes de justice et de droit universels proclamés |>ar l’assemblée; cependant leurs projets sur la Pologne paralysaient en partie lein-s forces, et chacune d’elles avaient ses causes de préoccupation. La Prusse et l’Autriche : l’agitation des esprits en Hollande, en Belgique et sur les bords du Rhin; la Russie: la guerre avec l'empire ottoman.

Hors de la sphère d’activité des trois grandes puissances, le Danemark restait neutre; mais la Suède prenait l’avance, et son roi, Gustave, réclaiTiait l’houncur de diriger la couliliou. Enfin le cabinet britannique, contenu par la presse et l’opinion du pays, ne pouvait qu’encourager eu secret les dispositions que les souverains absolus manifestaient hautement.

Telle était la siluatiou générale en Europe : on se préparait à la guerre, et l’on chciThait à temporiser. Mais il y a, dans la vie des peuples, des crises dont la marche dépasse rapidement les prévisions vulgaires. Tandis que la diplomatie mettait en jeu toutes les ressources de sa science, l’assemblée poursuivait sans hésitation son œuvix;, et détruisait de fond en comble l’ancien édifice social. Ses décrets, accueillis avec culhousiasme par le plus grand iionibrc de citoyens, excitaient aussi des dissidences de plus eu plus profondes. L’émigration devint assez puissante pour obtenir la déclaration de Mautoue , qui promettait à Louis XVT d* le rétablir dans la plénitude de scs droits. Ce malheureux monarque

fît alors une tentative qui précipita le cours des evènemens. Il s’évada do Paris, espéraut gagner la frontière de l’est, et s’entourer d’uu coi-ps d’ar» mée assez imposant pour dicter des lois à l’assemblée. Arrêté à Varciiues, il fut ramené prisonnier dans son palais et ne tarda pas à accepter la Constitution contre laquelle ses affiliés, à l’extérieur, n’avaient point cessé de protester.

A cet acte, l’£uropc fit opposition en publiant la convention de Piluitz, dont voici le texte : « L’empereur d’Allemagne et le roi de Prusse «ont résolu d’employer leurs forces réunies à celles des autres souve- « rains, si, toutefois, d’autres princes veulent y coopérer avec eux, pour « mettre le roi de France en étal d’établir en parfaite liberté, le fonde- « ment d'un gouvernement monarchique, également conforme aux droits « des souverains et au bonheur des Français. En même temps ils don- « ucront des ordres pour que leurs troupes se tiennent prêtes à luar- « cher. J) Mais à chaque démonstration que la contre-révolution hasardait, lu France répondait par une mesure énergique, d’où l’on eût pu pressentir l’ardeur de la lutte. La fuite de I^uis XVI avait manifesté l’extrême fermeté de l’assemblée et du peuple de Paris. La déclaration de Pilnitz provoqua la première levée de ces bataillons de gardes nationales qui, plus tard, tinrent tête aux armées les mieux organisées du continent.

D’un autre côté, l’émigration continuait systématiquement. Les corps d’officiers désertaient , entraînant des compagnies entières; ils formèrent enfin une petite armée. I.«urs chefs représentaient aux souverains étrangers la France fatiguée de scs longues agitations, sans finances , sans soldats, aspirant à l’invasion, que les masses regarderaient comme un retour à l'ordre, et que des milices ignorantes ne pourraient empêcher. Ces raisons spécieuses encourageaient la coalition, et lorsque le gouvernement constitutionnel lui demanda de dissoudre les rassemblemens d’émigrés qui menaçaient la frontière, pour toute réponse, elle activa scs armcmeiis.

Ce fut alors que la France se résolut à prendre l’initiative, en dé-clarant la guerre à l’Antrichc. Le moment était heureusement choisi : Gustave venait de périr victime d’un assassinat, et sa mort changeait la politique de la Suède. Un nouveau ministère vouait riispagnn à la paix ; le Danemark, la Suisse, l’Angleterre et 1a Ilollnudn se déclaraient neutres. Restaient donc pour auxiliaires à l’Autriche, la Prusse, l’Empire et le Piémont, qui n’étaient pas encore prêts à entrer en ligne, et la Russie, trop occupée des Turcs pour se déployer jusqu’au midi de l’Europe.

Le ministère français avait levé quatre armées. Au ni'di, Montesquiou

ÜUP.RRES DE LA RÉVOUITION.

(/(O à 5o,ooo) observait les Alpes et les Pyréiu<s; à l’est, Lucknor (4O1OO0) défendait le cours du Khin; et Lafayeltc (5o,ooo) l’espace entre les Vosges et la Sambre; enfin, Rochamhcau (/|0,ooo) occupait la Flandre.

Ces deux derniers généraux reçurent l’ordre do commencer les hostilités par l’invasion de la Belgique, en débouchant de Lille, Valenciennes et Givel. Mais l’époque des grands succès n’était point venue, et l’organisation des armées était loin de s’y prêter. En l'état militaire de

la France comprenait 106 régimens d’infanterie, 3o de cavalerie, y d’artillerie. L’effectif nominal s’élevait à environ 1 8a, 000 hommes; mais plusieurs années de paix l’avaient réduit à moins de 1 5o,ooo.

I. e plus grand nombre des olTiciers d’infanterie et de cavalerie ayant émigré, leurs grades étaient remplis par les sous-officiers généralement bien exercés aux manœuvres pratiques; mais étrangers à la théorie de la guerre. Plusieurs corps étaient entièrement disloqués, et le matériel avait été malheureusement négligé. Quant au moral , l’armée avait partagé l’entraînement du peuple en faveur de la révolution. L’avancement rapide des sous-oflîcicrs et des officiers roturiers, avait ajouté à l’exaltation qu’augmentaient chaque jour l’arrivée des volontaires et des corps francs conduits à la frontière par des officiers de leur choix. En résumé, l’ensemble était passionné, mais inhabile; les gardes nationales transportant au camp des habitudes de clubs , n’observaient aucune discipline, elles énervaient au contraire celle de la troupe de ligne. Enfin la plupart des généraux étant attachés à la cour n’avaient point la confiance du soldat.

J. cs traditions glorieuses du règne de Louis XIV étaient d’ailleurs perdues. Pendant le xviiT siècle, aucune de ces renommées ([ui saisissent ne s’était élevée en France, tandis que le dernier roi de Prusse et les feld-maréchaux autrichiens qui l’avaient combattu, semblaient avoir fixé la science de la guerre.

L’invasion de la Belgique, tentée deux fois, trompa les espérances que l’on avait conçues. Loin d’être accueillies par les populations insurgées, les colonnes françaises se heurtèrent contre des troupes réglées qui les culbutèrent; le désordre se mit dans les rangs, ou se cx’ut trahi, on s’enfuit jusqu’à la frontière au cri de saiwe qui peut. lArmce n’était point encore propre aux grandes opérations; il fallait que son éducation se fît sous le feu, dans des combats de chaque jour. Les généraux français se tinrent de ce moment sur la défensive. Lafayette réunit sous ses ordres les armées du Nord et des Ardennes , qui s’étendaient de la nier à la Meuse, dans les places fortes et dans les camps de Maulde, de Maubeuge et de Sedan. Llickner commanda, sous le nom Cü armée du centre,

Digilizedby^Godglc

. les troupes cantonnées depuis Metz jusqu’à Iluningiic; de leur côté, les impériaux, attendant rentrée en ligue de leurs alliés, se bornèrent à rester en observation.

ISVASIOX »E LA FRASCE (aOUT). RÉVOlUTIOX A PARIS (10). PRISE DE LOKGWY (2S). MARCUE SUR VERDUS (2S .AD 30).

MquTement de l’avanl-pardc de Dumourier (3i). — Occupalion des défilés (4 scplembre). — Capilula^ lion de Verdun (a septembre). -^Anaqiic des défilés (6 au lo;. — Combat de la Croi.\*aux*ltois(i4)« — Evacuation du camp de Grandpré. — Bataille de Valmy (ao). ~ Retraite des coalisés (3o $cp« tciubre au x3 octobre).

Deux mois d'inaction, durant lesquels les causes intérieures d’irritation ne manquèrent point, portèrent à rextreme l’exaspération du peuple de Paris; on projeta d’arracher au monarque la direction d’une guerre, dont on attendait d’immenses résultats et qui commençait malheureusement. La cour s’appuyait sur les autorités nées de la constitution que Lafayctle offrait de seconder; mais la minorité de l’assemblée, si célèbre sous le nom de Gironde, mais les clubs, mais les sections de Paris, faisaient hautement les apprêts d’un combat à mort. Au fort de cette crise, les coalisés mirent toutes leurs troupes en mouvement. Leur plan, inspiré par l’idée qu’ils s’étaient faite de la situation des partis et des dispositions de la troupe, consistait à faire une démonstration en Flandre, à masquer les débouchés de l’Alsace et do la Lorraine, et à concentrer 100,000 hommes entre la Moselle et la Meuse, pour pénétrer par Verdun dans la vallée de la ülarne en séparant Luckner de Lafayette. En un mot, ils tentaient un coup de main contre des soldats dont on leur promettait la fuite ou la défection , et contre un pays où leur présenee pouvait être le signal d’une réaction politique. Ils crurent la provoquer par des déclarations menaçantes, et leur généralissime, le duc de lîrunswlck, publia son célèbre manifeste qui ne fit qu’ajouter à l’exaltation des esprits.

6 CrERRES DE LA REVOLUTIO.N.

A la ilroitc des coalisés, le prince Albert de Saxe (a5,ooo hommes), s’approcha de la frontière du Nord; au centre, le roi de Prusse, l’clecteur de Hesse et les princes émigrés, poussèrent au-delà du lUiin par Mayence et Cohlentz 64,600 hommes, pour rallier dans le laixcmhourg 1 5,000 Autrichiens amenés du Drabant par le comte de Clerfayt, se ranger sous le commandement du généralissime, prendre ou bloquer les petites places de Longwy, Monlmédv, Verdun, et forcer le passage de la Meuse. Enfin, à gauche, le prince de IIohenlohe-Kirchbery, passa le Rhin à Gegmersheim, avec 17,700 impériaux et émigrés, dans le but de bloquer Landau et de menacer l’Alsace.

Pendant que cette attaque formidable dirigée par des généraux formés à l’école du grand l'rédéric, conduisant les soldats les mieux disciplinés de l’Europe, se déployait contre des milices agitées par le mauvais succès, la méfiance et les passions du moment; la conjuration tramée contre le gouvernement royal éclata. Les sections nommèrent une asscmblé-c insurrectionnelle, qui, sous le nom de Commune de Paris, s’empara de tous les pouvoirs, ordonna l’assaut des Tuileries, fit le monarque prisonnier et dispersa la majorité du eorps législatif, dont les débris n'agircut plus jusqu'à leur dissolution que d’accord avec elle ou sous sou inllueiicc. Cette catastrophe ajouta pour un instant à l’iucertitudc des armées. Lafayette essaya de faire marcher sur Paris les troupes du camp de Sedan ; mais cette vainc tentative l’obligea de quitter la France, et bientôt le pouvoir, né de l’insurrection, rallia toutes les volontés par le sentiment du danger toujours croissant de la patrie.

Du 8 au 10, Hohenlolic commença riuvcstisscmcnt de Laudau, après avoir rejeté sur la Eautern , l’aile gauche de l’armée du Rhin qu’on venait de séparer encore une fois de celle de Moselle. Le iq, Brunswick ayant opéré sa jonction avec Clerfayt, força le camp de Fontoy, et replia Luckner sous le canon do Metz. Le ao, il investit Longwy qu’il fit bombarder les deux jours suivans, et qui capitula le u3. Le a8 il se porta sur l’Orne, et prit position à Eslain et Bricy, dans le but d’interdire à Luckner, en menaçant son flanc droit, la route de Metz à Paris. Enfin le 3o, tandis que Clerfayt occupait Stenay, il couronna sur les deux rives de la Meuse, les hauteurs de Verdun. Dans le même temps, la droite de Ilolicnlohe et un détachement de Clerfayt, bloquèrent, sans obstacle, Thionvillc et Montmédy.

Ces désastreuses nouvelli's survenant d’heure en heure au milieu d’un peuple exalté par sa victoire sur le trône, loin de produire l’effet que s’étalent promis les coalisés, remplirent lésâmes d’un sombre enthousiasme. ].c conseil de la commune, au son du tocsin et du canon d’alarme, convoqua au (31iamp-dc-Mars les patriotes de Paris et tk*

dcparlcmcns voisins. On y courut en foule; pendant plusieurs jours des niilliers d’hoinuics partirent pour le camp qui se formait à Soissons. La plupart dédièrent en armes dans la salle du corps législatif, et jurèrent de vaincre ou de mourir. Cependant les rues et les places publiques, retentissjiicnt des bruits d’une ville de guerre, de chants patriotiques et d’impréeations contre les lâches ou les traîtres qui venaient de livrer Longwy.

« .Aujourd’hui, s’écria le plus éloquent des membres de l’assemblée “ (Vh’rgnaud, a septembre), anjourd'lmi, les vrais dangers de la patrie « sont connus, nous ne craignons plus l'ien; le plan des ennemis est de a marcher sur Paris en laissant derrière eux les places fortes et nos « armées. Cette marche les perdra si Paris exécute ses grands projets. B Quand ces hordes étrangères avanceront, nos armées, qui ne sont O point assez fortes pour les attaquer, le seront assez pour les suivre, les « harceler, leur couper les communications avec les années extérieuiTS, « et ai à un point déterminé nous leur présentons tout-à-coiip un front a redoutable, si la brave armée parisienne les prend en tête, lorsque a elles seront cernées par nos bataillons qui les auront suivies, c’est alors « qu’elles seront dévorées par celle len'e qu’elles auront profanée par 0 leur marche sacrilège. »

Les mesures militaires semblent dictées par ces inspirations. Tandis que Luckner restait à Metz; Rellcrmann à la tête de ao à 25,ooo hommes tirés des armées du Rhin et de la Moselle, longeant le flanc gauche des ennemis, se transporta par Toul sur les bords de la Marne ^ dans le but de seconder les opérations de Dumouriez. Ce dernier général avait été appelé à remplacer Lafayettc : lié pendant la session de l’assemblée législative avec les girondins, son audace, son esprit fécond en ressources les avaient séduits, et ils l’avaient désigné comme riioinmc le plus propre à commander l’armée sur laquelle reposaient les destinées de la révolution; outre les garnisons elle se composait au momeut de son départ de Paris de a5,oooMiommes cantonnés autour de Sedan, et de 1 8 à 20,000 hommes campés à Maubeuge et à Maulde. Les troupes de Sedan abandonnées par Lafayette avaient déjà commencé un mouvement rétrograde, lorsque Dumouriez les fit rentrer dans leurs positions (a5 août). Il convoqua aussitôt un conseil de guerre où l’on émit l’avis unanime de se replier par Reims et Châlons-sur-Marne. C’était la règle: un cours d’eau était forcé et l’on se repliait sur le cours d’eau suivant. Jjo général en chef recueillit les voix en silence et congédia l’assemblée; il avait étudié le terrain que l’on proposait si facilement de céder à l invasion; il savait que l’espace entre les deux rivières présente des positions où sa jeune armée pouvait braver l’ennemi.

Pour passer de la vallée de la Meuse dans le bassin de la Marne, on traverse une chaîne de hauteurs dont le versant occidental depuis Sedan jusqu’à Passavant est singulièrement accidenté; ce sont de vastes forêts coupées par deux rivières: l’Aire et l’Aisne; ce sont des fondrières, des collines, des étangs et des ruisseaux marécageux. L’Argonne, tel est le nom de cette contrée, illustrée la première dans la longue suite de tant de faits d’armes; l’Argonne est impénétrable hors des routes tracées partant de Sedan, Stenay, Dun et Verdun pour aboutir aux défilés du Chênc-Populcux , de la Croix-aux-Bois, de Grandpré et des Islcttes qui livrent l’entrée des plaines stériles de la Champagne.

C’est là que Dumouricz prit la glorieuse résolution de concentrer la défense. Négligeant avec raison l’attaque du prince de Saxc-Tcschen , il appela à marches forcées de Maiibeuge et de Maiilde, Dubousquet et Beurnonvillü qui durent former sa gauche; lui-même fit ses dispositions pour se porter à droite, s’emparer des défilés et sc mettre en communication avec Kcllcrmann. C>cttc opération n’était point sans difficultés; Clerfayt avait jeté en avant de Stenay , une forte avant-garde au-delà do la Meuse. Evacuer Sedan cl gagner la forêt par la lisière de l’ouest, c’était l’attirer sur scs pas et peut-être lui livrer les passages dont l’occupation était décisive. Dumouricz prit le parti de l’intimider par une forte démonstration en remontant hardiment le cours de la Meuse. Dillon avec 6000 hommes tomba vigoureusement sur l’avant-garde autrichienne, et selon les prévisions du général en chef Clerfayt, se hâta de la replier et de prendre position sur la rive droite. L’armée française proGtant du moment, s’enfonça dans la forêt par Busancy, d’où Dillon (yooo) gagna Clermont et les Islettcs en laissant à Varennes la brigade de Miranda (3ooo). Dumouricz, de sa personne , s’établit avec 1 5,000 hommes à Grandpré au confluent de l’Aisne et de l’Aire. 11 prescrivit à Dubouquet, dont l’arrivée à Rhetel lui était .signalée, de sc rendre au Chêne-Populeux , et fit occuper la Croix-aux-Bois.

Au moyen de cette marche habile, l’armée du nord sc trouvait en possession de tous les défilés; mais il était trop tard pour sauver Verdun. Dominée de toutes parts, bombardée pendant deux jours, celte ville capitula malgré les instances désespérées du commandant de j)lacc Beaurepairc , qui se donna la mort pour ne point traiter avec rennemi. La garnison (3,6oo hommes) en sortit avec les honneurs de la guerre; elle était déjà postée aux Islettcs lorsque Dillon s’y présenta. Dès-lors Dujnouriez s’attendit de jour en jour à se trouver aux prises avec la masse des forces ennemies; mais affermi dans ses positions qu’il comparait aux Thermopylcs, il ne tint pas compte de son infériorité numérique, et il nhésila pas à soutenir le choc. Cependant Brunswick s’avançait avec

C^yUPAGNE DE 1792.

«lenteur. La résistance de Landau, de Thionville, deMontmedj, l'atlilude de ses adversaire.s et l’ardeur des bat.iilIons de volontaires à les renforcer peuvent expliquer sa circonspection. Trois jours après l’occupation de Verdun, il commença à reconnaître les postes de Dumouriez, L’avant-garde de Dillon fut chassée de Clermont, mais sa division se maintint victorieusement à la Clialade et aux Islcttes; Miranda défendit avec le même succès Varennes. Enfin le général en chef repoussa de Grandprc les colonnes prussiennes.

... Brunswick jugeant les positions françaises inexpugnables de front, laissa les Hessois à Clermont en présence de Dillon , et se mit en marche pour tourner Diimouricz par sa gaucherie rabattre sur Kellcrmann et les jeter l’un et l’autre au-delà de la Marne. Un incident imprévu lui abrégea le chemin. Le combat du 9 ayant paru à Dumouricz préluder à une action générale , il s’était bâté de rappeler à lui les troupes de la Croix-aux-Bois, où il n’avait laissé qu’uu faible poste à la garde de retranchemens inachevés. Ce mouvement venait de s’opérer ( 1 3 août) au moment même où l’avant-garde de Clcrfayt sondait par Busancy la profondeur de la forêt. I^s impériaux surpris de trouver un défilé si mal défendu s’en emparèrent sans obstacle. Dumouricz ne perdit pas un instant pour y porter la brigade Chazot. Le combat s’engagea vivement et l’ennemi se retira très maltraité. Mais Clairfayt s’avançait avec son corps d’armée; Chazot accablé par le nombre fut rejeté en désordre sur Vouziers; Dubouquet coupé de Grandpré évacua le Chêne-Populeux; l’un et l’autre continuèrent à rétrograder par Sompy et Suippe.

Ix!s plaines de Reims et de Châlons étaient donc ouvertes à la grande armée coalisée. Dumouricz séparé de sa gauche ne pouvait plus défendre Grandpré sans s’exposer à y être enveloppé. Quel parti lui restait-11 à prendre ? Rallier à Ch.îlons Dubouquet , Beurnonville et Kcllermann, et manœuvrer en se couvrant du cours peu profond de la Marne, c’était rentrer dans le plan routinier de son conseil de guerre qu’il avait repoussé il y avait à peine quinze jours; c’était renoncer bien promptement à son opinion. Tenir bon et rester obstinément dans l’Argonnc, était un de ces traits hardis qui appartiennent au génie. Grandpré est forcé, mais la Chalade, mais les Islcttes, mais Sainte-Menehould, entourés d’étangs et de prairies fangeuses, présentent un camp d’une assiette non moins respectable. C’est là, c’est à cheval sur la ligne d’opérations des coalisés qu’il appelle de Châlons Beurnonville ( 1 0,000) et des environs de Vitry Rellermann (2 5 à 3o,ooo). Reims et Châlons sont couverts par Dubouquet et les troupes de Soissons, et d’ailleurs il n’est point présumable que Brunswick se porte en avant sans tenter d’ouvrir la communication avec ses magasins.

lo GLTRRE5 DE LA REVOLUTION.

Ces dispositions arrêtées , l’arniéc pendant la nuit du i/( au i5 évacua* le camp de Grandpré, et parvint sans obstacle à Autry oîi clic so mil en bataille la droite à l’Aisne; les bagages ayant achevé clcdélÜer, on continua à remonter le cours de la rivière.

On cheminait d'un pas mal assuré. Tout le monde sait combien il fuit de sang-froid pour reculer à portée du canon ennemi. Pour des troupes noviees , c’était une rude épreuve ; elles étaient ;i chaque instant prêtes à cédera une terreur panique. Vers le milieu du jour, une charge de i5oo hussards lancés contre l’arrière-garde , faillit tout perdre; on se débanda , on fil entendre le terrible sam-e qui peut. Ce]icndant on revint de celte première surprise, les généraux réussirent a reformer les rangs; au soir, nouvelle alarme, nouveaux efforts pour se raffei-mir. Enfin le lendemain (i6), on prit position dans le camp de Sainte-Mcnehould en s’adossant à Dillon et en faisant face de tous côtés à l’ennemi. Pendant que l’on couronnait les hauteurs, Ikurnonvillc arrivait par la route de Clifdons. Trompé par quelques fuyards que l’échauflburée de la veille avait jetés dans scs rangs, il crut reconnaître les prussiens et se mit en retraite, mais Dumouriez se hâta de le détromper; et le i8 , il vint prendre la gauche du camp. Dans la même journée, l’armce coalisée, s'avançant le long de l’Aisne, vient camper au nord de In Hionne. La partie semblait gagnée; les émigres triomphans rappcllaieiit leurs prédictions qu’ils croyaient accomplies, et les soldats de Frédéric sclaissaient persuader que de vils ramas d’artisans s’étaient dispersés devant eux. l.Æur joie fut au comble lorsqu’ils surent que les Français n’avaient point quitté l’Argonnc. Brunswick lui-même ne douta point do les avoir entraînés dans un piège où ils allaient se perdre ; en effet , il n’avait qu’à tourner tête de colonne à gauche pour se porter sur la route de Châlons et les envelopper, tandis qu’à sa droite, l’espace paraissait ouvert ju.squ’à Paris. Sur ces entref^aites, Kellerniann débouchant de Vitry s’établit deconfîanceonavantde l’Auvo. Sesmouvemens à peine apercusscmblèrent aux ennemis un commencement de retraite, cl ils se déc idèrent à attaquer.

Tandis rjifils s’ébranlaient, Kellerniann ayant reconnu que sa position était hasardée, s’apprêtait à repasser l’Auve, mais leur apparition le força de chercher un champ de bataille, et il s’avança courageusement à leur rencontre.

Le camp de Dumouriez entouré de trois côtés par f.Aisnc, la Bionne et l’Auve, était couvert du côté de Châlons par une chaîne de collines qui s’élève en demi-cercle entre les deux rui.sseaiix au milieu de prairies inarikageuscs, et dont le point culminant est marqué par le moulin de Valmy à un quart de lieue du plateau de la Lune, Kellermanu s’arrêta sur ces hauteurs^

^ L’ennemi ayant pour but d’acculer Dumouricz n l’Aisne et de lui interdire la retraite sur Cliâlons, laissa quelques postes aux bords de la fiionne, tourna ce cours d’eau, déploya deux lignes sur le plateau de la Lune, et s’étendit en crochet par sa droite jusqu’à üizancourt. lls’apprélait ainsi à marcher sur Sainte-AIenehould.

Pendant ce temps, les corps français s’échelonnèrent de la manière suivante. En première ligne, Kellermann à droite et à gauche du tertre de Vahny où iH pièces se mirent en batterie; en deuxième ligne, à michemin de Snintc-Mcnchould , Bcurnonville avec iG bataillons; à droite sur les hauteurs en avant de Maffrecourt, Siengel; à gauche en face de Gizancourt, la division Chazot. Enfin le général en chef sur les collines qui bordent l’Aisne, la cavalerie au-delà de l’Auve.

On allait donc, pour la première fois se heurter en bataille rangée. D’un côté, le nombre, la tactique et la confiance du succès; de l’autre, une grande ardeur, mais tous les dangers de l'inexpérience et l’extrême mobilité qui caractérise des soldats mal aguerris; les bataillons de Kcllcrmann qui fui'ent seuls engagés, soutinrent glorieusement l’éprouve.

Un brouillard épais avait dérobé les apprêts des deux armées. Le canon de Valmy ouvrant le fou , apprit aux Prussiens qu’on acceptait le combat. Tant que dura l’obscurité, ils se bornèrent à riposter avec 58 pièces. A lo heures, le brouillard s’étant dissipé, ils reconnurent que les divisions françaises étaient parfaitement flanquées, et qu’il s’agissait d'une affaire générale ; mais ils espéraient que leurs batteries allaient promptement ouvrir une large brèche. Eu effet, leur feu mieux dirigé ne tarda pas à entamer l’infanterie; un aide-de-camp de Kellermann tué à scs côtés , le général lui-même renversé de cheval , enfin l’explosion de deux caissons d’artillerie , niirent en alarme la première ligne ; il y eut un instant ou tout plia. Brunswick l’attendait pour brusquer l’attaque.

Il forma son infanterie entrois colonnes, et leur donna ordre d’enlever le tertre de Vahny. Quelques heures encore , et le sort de la campagne allait être fixé.

Kellermann comprend que la crise est décisive; il court à scs soldats les rallie; se hâte d’opposer à chaque colonne d’attaque , une profonde colonne d'un bataillon de front. Lorsque l’ordre est rétabli, il parcourt les rangs et dit: « Camarades, ne tirez pas avant que l’ennemi ait gravi la hauteur, il faut l’en précipiter à la baïonnette », puis plaçant son chapeau sur la pointe de son épée, il l’agile au cri de vive la nation ! C’est à ce cri de la patrie en péril , <[ue des milliers de volontaires viennent de quitter leurs foyers ; honteux d’un moment de faiblesse, ils le répètent pleins d’enthousiasme. On so serre , on brûle de se prendre corps à edrps avec les ossaillaus. Ceux-ci , frappes de la fermeté d« leurs

la GUERRES DE LA RÉVOLUTION.

adversaires, de l’à- propos de leurs dispositions et de la contenance guerrière de leurs chefs, s’avancent déjà ébranlés.

Cependant l’artillerie les accable d’un feu ten’iblej la mitraille les arrête et ils se replient sans attaquer. JjC canon continua le combat jusqu’à la fia du jour. Alors, les Prussiens renouvelèrent leur tentative sans plus de succès ; à 7 heures le feu cessa. 8 à goo hommes avaient péri de part et d’autre, mais l’armée ennemie avait perdu sa confiance et les Français se livraient à l’exaltation d’une première victoire.

Pendant la nuit , Kcllcrmann exécuta le mouvement que la bataille avait interrompu : il passa l’Auve et se rangea sur les hauteurs à gauche de Gizancourt, couvrant la route de Vitry, et menaçant le flanc droit de Urunswick. Celui-ci, qui se préparait à recommencer le combat ne l’a pas plus tôt aperçu dans cette position inattendue, qu’il arrête ses masses et entre dans ses quartiers.

Les généraux coalisés, enfermes entre les 60,000 hommes de Dumouricz et a8,ooo rassemblés autour de Chûlons, ne pouvaient plus se promettre de forcer le camp de Sainte-Menehould. Le but de l’expédition était manqué; la saison devenait mauvaise, et les troupes, séparées de leurs approvisionnemeiis, étaient accablées par la faim et les maladies. L’armée du Rhin se disposait à saisir les passages de ce fieuve. Le roi de Prusse entra en conférence, et s'engagea à évacuer la Champagne à condition que sa retraite ne serait point troublée. Il se mit en marche les premiers jours d’octobre sur Verdun pour regagner le Rhin par Trêves et Coblentz. CIcrfayt retourna en Belgique par Ârlon et Nainur.

Diversion des ilutriclücns sur la froolière du nord. Siège de Lille (du 99 scpicinbre au

8 octobre).

Le succès de Dumouriez était complet; sur tous les autres points, la fortune secondait les efforts de la France.

En Flandre, le prince de Saxe replia, sans résistance, dans les places,

CLVMPAGNE DE 1792. «

les 8 à 9000 hommes laissés dans les camps par le général eu chef. Apres avoir menacé divers points, il arriva devant Lille; 7 à 8000 hommes s'y trouvaient renfermes: c’était insuffisant, mais les impériaux 'n’étaient point assez nombreux pour entreprendre un siège régulier. Ils se bornèrent à élever des batleries et à intimider la ville par un feu violent. Lille déploya une constance admirable; bombardée sans relâche, pendant plus de dix jours, elle perdit ^00 maisons; mais tandis que l’incendie la dévorait, ses habitans défendaient les remparts, et l’ennemi, vaincu par leur opiniâtreté, abandonna ses travaux. Il préparait une tentative sur Valenciennes, quand Labourdonnaye, à la tête des troupes rassemblées à l’intérieur , et Beurnonville , survenant avec la gauche de Dumouriez, et manœuvrant de manière à lui couper la retraite, le forcèrent à repasser précipitamment la frontière.

OfiératiouA de Cusliiics sur le Rliiu. — Prises de Spire (3i septembre), de Worms (i 5 octobre), de MayeDce(2a)y de Francfort (a3).

Custines fit mieux encore. Taudis que le prince d’IIohenlohe divisait scs forces pour observer I..andau , assiéger Thionville et prendre part à l’invasion de la Champagne, Custines, méditant un coup de main sur la base des opérations de l’ennemi, réunit sous son commandement ao,ooo hommes de l’armée du Rhin, dont Biron était général en chef. Débouchant de Landau , il culbuta le détachement assiégeant, enleva , au pas de course, Spire, Frankeuthal et Worms, et se mit en marche pour ^ Mayence. Cette forteresse, boulevard du nord de l’ÂHcmagne, lui ouvrit ses portes, à la grande stupeur des princes coalisés. Maître de continuer une guerre offensive sur l’une ou sur l’autre rive du Rhin, il se laissa entraîner à l’espoir de révolutionner les provinces germaniques d’outre- Rhin; il mit garnison dans Francfort et s’étendit entre le Mein et la Lahn.

ik

Opcraltoos de* armées dllaUe. — luvasion do la Sivoye (rfi septembre). — Conquête de Nice (19).

De son côte, rarniéc du Midi (t) entra en opérations par la complète de Nice et de la Savoye. Le roi de Sardaigne ayant accédé à la coalition, Montesqiiiou reçut l’ordre d’attaquer. Il chargea Anselme de passer le Var, à la tête 8 à 10,000 hoimiics et de prendre Nice. Lui-iiicine, avec ao,ooo hommes, se mit en mesure d’envahir la Savoye. Ces deux, contrées, situées sur le versant occidental des ,\lpcs, sont destinées "Jiar la nature à faire partie de l’empire français. I.a première s’élève en amphithéâtre, depuis la mer jusqu’au sommet des monts; elle donne l’entrée du Piémont par les cols de Tende, de Tinestre, de l’Argciitière et de Harbaeana. Plusieurs torrens: la Iloya, la Vesuhia, la Tiuca eu descendent, et le Var marque la frontière. La seconde appartient au bassin du Rhône; trois passages du Piémont la traversent, déhouchaut, l’un du Mont-Cenis, les deux autres du petit Sainl-l!crnard , pour se déployer, en éventail, dans les vais de Maurienne, de la Tarentaise et de l’Àrve. Ces deux derniers communiquent entre eux par le cours de l’.\rly. Ou peut donc pénétrer en Piémont, en mancciivrant, soit sur le Rhône, soit sur l’Isère. Cette dernière base est cependant préférable, puisqu’elle mène aux trois défiles; mais il paraissait important d’attaquer par la vallée du Rhône; Chambéry était en fermentation, et il était urgent de se porter promptement sous les murs de Genève pour occuper cette place ou la contraindre à la neutralité.

Montesquiou profita de ces circonstances pour jeter dans l’incertitude ses adversaires qui lui opposaient à peine i5,ooo hommes. 11 attira le gros de leurs forces par une démonstration au pont de Beauvoisin; puis, partant rapidement du fort Barreau, il passa par Montinéliant , coupa la ligne ennemie et pénétra sans combat à Chambéry. Son entrée fut le signal d’une révolution qui réunit la Savoie à la France. Les délachemens piémontais, dispersés dans les vallées, se hâtèrent de regagner les passages; le général français les lit poursuivre, les rejeta au-delà des

(i) Voir U carte, n° 2.

le

CAMPAGNE DE 1792. là

monts, marcha sur Genève et la força à renvoyer la garnison bernoise, qu’elle avait reçue dans ses murs. En même temps, Anselme marcha au Var. Le comte de Saint-André avait rangé i a,ooo hommes sur la rive gauche de ce fleuve; mais les Français maîtres de la mer, menaçant de le prendre à revers, il se replia, à l’approche d’Anselme, dans une ligne parallèle à la chaîne des Alpes, comprenant les positions de Sospello, Saorgio, Belveder et Lantosca. Rien no s’opposa au passage du Var» à la prise de Nice et de Villefranche, et, selon le vœu des habitans, la réunion de ces villes à la France fut décrétée.

Invasion d« la Belgique par lesFr&oraU.— Ralatlle de Jemmapes (6novemUro).-~OccupaUon dt Jtruielles (i A)-— Prise de Naraur (aa)i Je Liège (09); d'AivIa-Chapellc (17 déccwlire).

Le jour même où le canon de Yalmy arrêtait l’invasion, la convention nationale, convoquée par le gouvernement insurrectionnel du lo août, pour constituer la France, ouvrit ses séances. La majorité se rangea d'abord sous le drapeau des Girondins, et ce grand évènement n’eut aucune influence immédiate sur les affaires de la guerre. Rellcrmann, ayant definilivcment reçu le connnandement de rarinéc de la Moselle, lui rendit, autour de Metz, les canlouncmeus qu’elle occupait au coiuinenccmeut des hostilités.

Selon ses conventions avec Brunswick, Dumouriez ne le poursuivit pas. Toute l’arméü suivit le mouvement indiqué par Beurnouvillect se porta sur sa gauche, marchant à la conquête de la Belgique, depuis si longtemps convoitée. L’empereur Joseph II avait fait démanteler la frontière de cet te province où il n’existe point de position militaire et oîi l’on ne peut se maintenir quen gagnant des batailles. 4o>ooo hommes sous Beaulieu , Latour, Albert de Saxcet Clcrfayt la défendaient et couvraient à-la-fois les débouchés de Namur, de Mons et deTournay. Près de j 00,000 hommes s’avancèrent contre eux. Valence (i 5 à ao,ooo) à la tête de /’armèedcs Ardennes, Labourdoun.ayc hl\cc celle du iVo/ï/(t 8,000) manœuvrèrent, le premier sur la Meuse, l’autre sur l’Escaut de manière à dé-

border les ailes de l’ennemi, et Dumouriez conduisit à l’attaque du centre Varmèedela Belgique (4o à 5o,ooo).

A défaut de forteresse, les généraux autrichiens s’étaient attachés à rendre Mons inabordable. Cette ville est située sur une hauteur au confluent de la Ilayue et de la Trouille, petite rivière dont le bassin du côté du midi est encaissé par un plateau où s’élèvent , séparés par de courtes distances, le faubourg de la porte de Maubeuge (dit Berthaumont) et les villages deCuesmeset de Jemmapes. Celte position était devenue un camp retranché; i4 redoutes garnies d’une artillerie formidable en formaient l’enceinte, a 5,000 hommes d’élite sous Beaulieu, Albert de Saxe et Clerfayt y étaient renfermés, et des travaux pratiqués dans chaque village jusqu’à la frontière, en défendaient les approches.

Les divisions de Dumouricz commandées parle duc de Chartres, Miranda, Ferrand, Bcurnonvillc , Dampierre et d’Harville s’y portèrent en deux colonnes par Valenciennes et Maubeuge pendant qu’un détachement à gauche débouchait de Condé pour surveiller Tournay.

Les marches et contre-marches à travers l’Argonne, les escarmouches du camp deGrandpré, la rencontre de Valmy, avaient donné aux Français de l’aplomb dans la défense; restait à faire l’épreuve d’une bataille offensive. Dumouriez après voir replié les avant-postes des impériaux ordonna l’attaque du camp. L’armée se forma parallèlement aux deux villages, à 3ooo toises des rctraucheinens , appuyant ses extrémités aux routes de Valenciennes et de Maubeuge. Beurnoiiville et Dampierre marchèrent sur Cuesmes, Ferrand sur Jemmapes par Quarignon , et le duc de Chartres sur le plateau entre les deux villages; d’Harville, détaché à droite, était chargé de contenir Beaulieu dans le faubouj'g de Berthaumont.

Après une courte canonnade , Beurnonville força la première ligne de redoutes, et Ferrand enleva Quaregnon ; mais le feu des batteries de Cuesmes arrête le premier, et la cavalerie ennemie chargeant à propos, le met en desordre; le second , en traversant un étroit vallon pour arriver à Jemmapes, laisse en arrière son artillerie embarrassée par la nature du terrain et toute sa colonne hésite.

Dumouricz surveillait ce début avec anxiété; il avait pris beaucoup sur lui , en attaquant de front des ouvrages qu’il était maître de tourner en portant son effort contre Berthaumont; une prompteel brillante victoire pouvait seule le justifier: son'aide-de-camp Thouvenotcourt à Ferrand, le ranime; ils tournent ensemble Jemmapes par la gauche et parviennent à y pénétrer .à la baïonnette, à la tête de six bataillons.

De l’autre côte Dampierre saisit une colonne de grenadiers, enlève deux redoutes, rallie Beurnonville et rétablit le combat. C’était le moment

d’engager, à fond, le centre qui jusque-là n’avalt abordé que les abatis extérieurs; Dumouriez le pousse en avant; tout s’ébranle, mais d’abord avec trop d’impétuosité; quelques bataillons, emportés par leur ardeur, ayant donne prise, la cavalerie autrichienne tombe sur eux et les dispense. Dans le même temps , l’artillerie des redoutes couvrant de mitraille le reste de la ligne, ralentit sa marche; bientôt le désordre s’y met, on se trouble, on tourbillonne: déj.à les divers corps se mêlent, quand le duc de Chartres se jette au milieu des troupes éparses, les rallie, les forme sous le nom de bataillon de JemmajKS en une imposante colonne, et leur montrant les hauteurs, leur ordonne de les emporter. Rien ne résiste plus à leur élan, les redoutes tombeut en leur pouvoir; Beurnonville achève de se rendre maître de Cuesmes, et les impériaux se hâtent de se replier au-delà de Mons.

11 était deux heures, et la bataille était gagnée sans que d’IIarville eût donné. La perte s’élevait de chaque côté à tt5oo tués et blessés, et I 5oo prisonniers. Cette victoire, dont l’effet eu France et en Europe fut prodigieux, livra à l’armée française les provinces autrichiennes. I.c lendemain Dumouriez fit, dans Mons, une entrée triomphante.

Le reste de la campagne n’est plus qu’une promenade militaire. Latour (8ooo hommes) se replia sur Anvers. Labourdonnaye entra surses pas dans Tournay, puis marcha sur Gand et Bruges. Valence, retardé d’abord par un détachement sur Longvvy, parvint à Nivelles, et servit à précipiter la retraite des impériaux sur Bruxelles, où Dumouriez fit son entrée le i4 novembre à la suite d’une affaire d’avant-garde à Anderlecht.

Clerfayt ayant pris le commandement en chef, se retira d’abord sur Maünes; mais la reddition d’Anvers rendit ce mouvement inutile; tandis que Latour gagnait Ruremondc, lui-même prit position à Louvain où Dumouriez le suivit après avoir fait occuper Malines.

Les trois corps français se portèrent en trois colonnes sur la Meuse: Valence de Nivelles à Namur; Dumouriez par Louvain, et Miranda, successeur de Labourdonnaye, à travers Turnhout et Hammond.

Dans ce mouvement de rotation, Valence ayant à parcourir la moindre distance, devait arriver le premier sur la Meuse , et y servir d’appui au reste de l’armée. Clerfayt tenta de lui faire obstacle; il envoya dans ce but, de Louvain à Namur, le corps de Beaulieu ; mais Dumouriez renforça son lieutenant, Beaulieu fut repoussé sur Liège, Namur occupé et ses châteaux investis. Cependant Dumouriez atteignit et culbuta les impériaux à Tirlemont, puis il les mena battant jusqu’à Liège , dont il se rendit maître après un vif combat , et où les habilaus l’accueillirent en libérateur. Miranda parvint sans obstacle à Ru* remonde.

IR r.n-RRES DE LA REVOLUTION.

Cicrfayt rclrograda jusqu’à l’Erft, après avoir dètacliô à gauclio licaulicu qu’il envoya daii.s l’èlcclorat de Trêves, pour contribuer à « ontenir Beiirnouvillc , appelé réccinincnt au coiniiiandeniept de l’armée de la Muselle. L’armée française passa la Meuse, occupa Aix-Ia- Chapclle, Verviers et Spa, et plaça ses avant-postes sur les bords de la Jloër.

Là, Duinouriez s’arrêta: faut-il l’aceuscr d-’avoir manqué d’audace? A-t-il été maître de poursuivre Cicrfayt jusqu’au Rhin, on exposant son liane droit aux alta(|ues des forces réunies à Trêves? La situation des autres armées, lui pernietlail-elle de hasarder une nouvelle bataille? Oui sans doute, et s’il ne repoussa pas les Autriebiens sur la rive droite du fleuve, on ne peut attribuer cette faute qu’à l’euivrement de ses premiers succès.

kUitts sur le l;hin, — Pitn^icns reprcnucnl rrancfoil (a Cu«iines se

retire ilevaiil cu\ (a décembre). — Les AiitritliieusIiaUcol Beuruün%illc à Pellin^cn (i5 dccemhrc).

Les avantages remportés parCustincs ne furent qu’éphéinêrcs. Au moment môme où scs troupes se répandaient sur la rive droite du Mein , les Prussiens repassaient le Rhin à Coblentz. Il battit leur avant-garde à liimbourg le 9 novembre; mais lorsqu’ils se furent concentrés il plia sous le faix, leru abandonna Francfort, repassa le pont de Mayence, se lai.ssa resserrer dans la place, et fut réduit à la défensive. Les Prussiens assiégèrent Kœnigstein et se disposèrent à franchir le lieuve à Rlieinfels.

Rcllermnii long-temps contenu par le prince de Hohcnlohe fut remplacé dans le commandement de l’armée de la Moselle par Beurnonville qui fit sur l’électorat de Trêves une tentative infructueuse, il dirigea ses colonnes d’attaque par les deux rives de la Sarre ; mais ayant échoué

le

G.VM PAGNE DE 179î. 19

(levant les hauteurs de Pellingen, il se borna à occuper l'espace entre la Sarre et la Moselle.

La campagne de 179a fut donc terminée; les armées du NorJet de l'Est formaient une ligue courbe passant par Juliers, Thionville et Mayence. J.a droite des coalisés était retranchée derrière l’Erft, leur centre occupait fortement l'électorat de Trêves, et leur gauche avait resserré Ciistines sur le Rhin: toutes les positions des Français étaient indécises , la Meuse cessait d’étre un appui , si le stathouder livrait Maëstriclità la coalition. Cusiines était à la veille de se voir renfermédans Mayence par le passage des Prussiens à Rheiufcis, tandis que les ennemis en déployant leur centre et renforçant leurs ailes , avaient la chance de prendre une prompte revanche et de ramener rapidement leure vainqueurs à la frontière.

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BEPniSE DES nOSTILITÉS DVBS LE BOHIl. I.NVXSIOX DO BRSBAKT-HÛLESRDAIS PAK LES FKAAÇAIS (17 FÉVRIER AU >l\Hs). UÉUEOCU3 DE MAESTRICHT PAR LES AUTRI- CIIIEAS (P' AU G mars).

Comlut iiir la GeHc (lO). — Balailli! tic Nerwiudc (i8).— Comlj»! de Louvain (n el i3 mars).— Itclralle de l'arriiée franeaive (a5 au 3o mars). — Fuite de Uuinuurie/. (4 avril).

Tx>rs (le la reprise des liosliliu's au mois de février 1793, le théâtre de la guerre embrassait toutes les froiitière.s, et à l'intérieur les pouvoirs avaient perdu celte unité que leur avait moinentaiiéincnt donnée l’insurrection du 10 août. La république avait été proclamée et la Gironde cherchait à profiter de son ascendant sur la majorité de la Convention pour soustraire l’action exécutive, à la tutelle des clubs et de la commune de Paris; mais ni la commune, ni les clubs, ni la minorité de la Convention qui prit le nom de la Montagne , n’étaient disposés à se dessaisir du pouvoir qu’ils tenaient des circonstances, avant d’avoir assuré le salut de l'Eiat. Ils aspiraient'au contraire à imprimer au mouvement révolutionnaire la direction unique que réclamaient les besoins du moment. La dictature était hautement invoquée, et le seul moyen d’échapper à cette terrible nécessité des républiques en péril , était d’écraser partout l’ennemi.

Malgré l’éclat des premières victoires, malgré la levée de 3oo,ooo lioinincs décrétée en février 1793, les forces étaient loin d’être égales, l.’exérulion de TjOuis XVI avait soulevé l’Espagne, rAnglclcrre, la Hollande et l’Italie, On mssemblait à i.a hâle des nnuées aux Pyré-

CAMPAGNE DE 179r.. 51

nces-Oricntales et sur la Bidassoa pour contenir l’Èspagne; à Rennes, à La Rocbelle et dans le Calvados pour surveiller l’Angleterre. On renforçait les corps du comte de Nice et de la Savoie, et l’on était obligé d’abandonner à eux-mêmes les généraux qui avaient conduit au nord et à l’est la campagne précédente. Deux d’entre eux, Custines et Dumouriez, s’étaient élevés à une grande renommée, le premier par la prise de Mayence et son excursion en Allemagne; le second, par l’admirable défense de i’Argonne et la conquête de la Belgique; mais ils étaient l’un et l’autre étrangers aux passions de l’époque. Custines n'avait point de caractère politique , et Dumouriez était lié avec lesGirondins , moins par conviction que par un sentiment commun de répugnance contre leurs adversaires. Son dévoûment à la révolution n’était pas sans limites, et les 'dissentimens de l’intérieur l’agitaient d’une préoccupation cbagriuu qui le disposait au découragement.

Les positions militaires d’ailleurs , déjà mal assurées , étaient maintenant périlleuses. Par Trêves, Coblentz et Luxembourg, Cusline “était menacé à revers, et Dumouriez par Maëstricht et les places du Brabant- Hollandais. Ce dernier cependant, avec sa promptitude babituelle, conçut un projet audacieux dont la réussite eût assuré ses opérations , en appuyant son flanc gauche et en faisant diversion sur la droite des coalisés. C’était de porter la révolution en Hollande et de rendre au peuple l’autorité souveraine dont les armées prussiennes avaient investi le stathouder. L’armée active s’élevait à ^5 ou 80,000 hommes. H rangea 60,000 hommes entre la Meuse et la Roër sous Valence qui occupa Liège et Namur, et sous Miranda à qui il prescrivit d’assiéger vivement Maëstricht. Puis, à la tête des i5 à 20,000 Iiommcs qui lui restaient, il fit irruption dans le Brabanl-Hollanijuis. Cette province, situé^c entre ri:!iscaut et la Meuse , est couverte de forteresses , qui formeut , avec les nombreux cours d’eau dont elle est sillonnée, la principale défense du pays. Le général français les attaqua toutes à-la-fois. Elles étaient pourvues de garnisons aussi nombreuses que les détachemens qui se présentaient devant leurs portes; mais la population excitée par un comité insurrccteur réuni à Anvers, était partout menaçante, et les gouverneurs trompés par le nombre des assaillans que Dumouriez avait habilement dissimulé, se rendirent, pour la plupart aux premiers coups de canon. Breda, Gertruydenberg , le fort Klundcrt capitulent. Williemstadt et Bergopzooin ne promettent pas une plus longue résistance, et déjà les Français préparent une flottille pour passer la Basse-Meuse et pénétrer au cœur de la Hollande, lorsqu’on apprend que les impériaux viennent de prendre victorieusement l’offensive.

lyCiir année, forte de 70,000 hommes, s’avança conduite par le

prince de Saze-Cobourg , l’une des rcnoniinées militaires de l’Europe ; sous lui commandaient l’archiduc Charles, le prince de Wurtemberg, les comtes de Latour et de Clcrfayt. Tombant à l’improviste sur les cantonneincns franrais des bords de la Roër , cite enleva ceux d’Aldenhoven et d’Eschewciler , occupa Aix-la-CbnpcIlc et poussa en désordre sur la Meuse les divisions de Dumouriez. Celui-ci avait manque d'occasions pour apprécier ses lieutenaiis; c’est à Miranda , Péruvien , porté aux premiers grades par son exaltation politique, qu’il avait cru pouvoir confier le siège de Maëstricht; mais cet étranger n’avait déployé dans la conduite d’une operation capitale ni talent, ni activité. Au bruit de la marche de Cobourg, il manqua tout-à-fait de résolution, et loin de défendre le passage de la Meuse, en concentrant les troupes devant la place, il se hâta de lever le siège et de se retirer à Tongres.

Ce mouvement compromit tout. Latour attaquant la gauche à Ruremonde, elle se relira par un long détour à Diest puis à Tirlemont.Deux divisions de la droite, cantonnées à Verviers et Spa , ne trouvèrent de retraite que sur Namur. Enfin Valence ne put prétendre à se maintenir à Liège sans s’exposer à être cerné. 11 évacua cette ville pour rejoindre Miranda. Opendant les impériaux débouchaient sur tous les points, et leur tête de colonne précéda à Tongres son arrière-garde, forte de a6 bataillons; il fit -volte-face, et réussit à la dégager. Les débris de l’armée fran^-aise parvinrent enfin à se réorganiser à Saint-Trond.

Mais en six jours on avait perdu plusieurs inillici-s de prisonniers, d’immenses magasins, une partie du matériel, les passages de la Meuse et a5 lieues de terrain. L’effet moral de ce malheureux début, fut plus désastreux encore; la désertion se mit dans les rangs, et 10,000 volontaires quittèrent l’armée. Dumouriez seul pouvait ramener la confiance; mais à la veille de réussir dans ses projets sur la Hollande, il avait peine à les abandonner. Il encouragea Valence et Miranda , il leur donne l’assurance que le soulèvement des Bataves arrêtera Cobourg; quinze jours encore, et cette grande diversion sera complète. Mais, ni Valence ni Miranda ne réussirent à ralentir le mouvement de retraite; on se replia sur Tirleniout puis enfin à Louvain où le général en chef est obligé de reprendre le commandement.

A peine de retour, il prend des dispositions offensives , l’extrême gauche rentre dans Diest pour maintenir la communication avec l’armée de Hollande. I.’a-vant-gardc reprend Tirlemont l’épée à la main. Cha.ssée de cette ville, clic s’en empare de nouveau soutenue par l’armée entière. Les impériaux négligeant, dans leur retraite, les liautcurs qui séparent les deux Geotes, Dumouriez s'y établit et s’y maintient malgré le* efforts de l’ennemi pour le déposler» C’était uu succès : la troupe

reprit courage, et le général ue perdit pas un instant pour en tirer parti; une bataille gagnée , l’eût reporté sur la Meuse.

Pour déblayer la chaussée de Liège, il fallait franchir la petite Geete et culbuter l'ennemi des hauteurs opposées, assez vivement pour ne point lui laisser la faculté de se rallier à Saint-Trond.

Cobourg gardait les passages de la rivière, et sa gauche était retranchée dans les villages de Nrerwindeet d’Oberwinde entre lesquels s’élève un monticule qui lus domine et (|uc Ton nomme la tombe de Mittclwindè. Cette position, signalée par lus anciennes guerres, était la clef du champ de bataille; une fois emportée, la plaine de J^nduu ne présentait plus d’obstacle où l’on pût se reformer. C’est là que Dumouricz porta le fort de l’attaque. Valence fut chargé de déboucher d’Heylisscm et de g’en emparer en débordant la ligne cnnetnie. r.e rentre, sous le duc de Chartres, devait le soutenir, et Miranda avec la gauche, avait ordre de se borner à occuper les débouchés de Ix;au et d’Orsinaol.

A 9 heures du matin, l’armée s’ébranla en huit colonnes; on passa la Geetu et bientôt Valence aborda l’ennemi. Deux fois son infanterie s’élança sur les rctrancheiuens , deux fois elle fut repoussée: enlin une charge de cavalerie lui frayant un chemin sanglant, elle s’y précipita; les impériaux plièrent et abandonnèrent le village d’Überwindc. Alors un combat furieux, où s’engagèrent successivement la droite et le centre des Français et toute l’armée ennemie, s’ouvrit sur le mamelon et dans le village de Neenvindo, pris et repris trois fois; ils restèrent à la nuit au pouvoir des impériaux. Cependant Miranda n’ayant meme pu remplir la tâche passive qui lui était imposée, avait lâché pied et s’était i-eplié en désordre à Tirlemont. Son impéritie livrait à Cobourg la trouée d’Orsinael, et s’il eût été moins préoccupé de l’attaque de î^eerwinde, il eût pu, en débouchant par la chaussée, rendre très périlleuse la situation de Dumouricz. Celui-ci mit à profit la nuit pour prévenir un immense désastre. Rallier les divisions éparses de Miranda, les renforcer d’une partie du centre, les rétablir sur la petite Geete, ivîpasser cetie rivière et reprendre les positions qu’on occupait avant la bataille : telles furent les opérations qui employèrent la journée du i g et qui se firent avec un aplomb remarquable. Mais l’effet moral produit par un moment de succès était détruit; la désertion se mil de nouveau dans l’armée déjà affaiblie par la perte de ^ à 8ooo tués, blessés ou prisonniers, et il devint impossible d’arrêter la retraite qui s’opéra sur tous les points. Iæ détachement de Diest prit poste à Malines pour lier le corps principal à l’armée d’Anvers. T.a division Neuilly se retira par Jodoigne afin d’occuper Nivelles etMoat-Sainl-Jean, et de couper la route de Charleroi à Bruxelles. D’IIarvillc défendait Namur, unique appui de l’armée sur la Meuse; enfin Du-

aa GüIRRES DE LA RÉVOLUTION.

inoui'iez sc chargeait de conserver Louvain. Mais pendant que scs troupes se disloquaient pour couvrir à>la-fois toutes les avenues de Bruxelles, Beaulieu détaché de l'électorat de Trêves, marchait à l'attaque de Namur, et Gibourg comptant sur sa coopération, s'avançait en deux redoutables colonnes contre Malincs et Louvain. Devant cette dernière ville, Dumouriez contint pendant quarante-huit heures la colonne que le général ennemi conduisait en personne; mais enfin craignant d’être tourné par la seconde, il continua à rétrograder, traversa Bruxelles et s’établit à Alh. Neuilly se replia sur Mons, Pendant ce temps, Beaulieu chassa de Narour d’Harville qui se réfugia sous les murs de Givet. Neuilly dont la droite était découverte , regagna la frontière. D’un autre côté, l'armée de Hollande après s’être réunie à Anvers, quitta cette ville en remontant précipitamment l'Escaut et la Lys. Dumouricz entraîné fut contraint de sc retirer à Condé.

Ces évènemens et les désastres des autres armées détruisaient le crédit de la Gironde. Déjà les premiers bataillons de la levée de 3oo,ooo hommes avaient réclamé des garanties contre les ennemis intérieurs, et la Montagne avait obtenu l’établissement d’un tribunal révolutionnaire. Les afliliés des clubs remplissaient les administrations des armées, et les sentimens de Dumouriez n’avaient point échappé à leur inquiète surveillance. Trois envoyés des .sociétés populaires se rendirent à son quartier général; il les admit et ne craignit pas d’éclater en leur présence : «

< république, s’écria-t-il, c’est un vain mot; j’y ai cru trois jours. Depuis s Jemmapes j’ai regretté tous les succès que j’ai obtenus pour une aussi « mauvaise cause. Il n’y a qu’un moyen de sauver la patrie; c’est deré- « tablir la constitution de 1^91 et un roi. »

cis étaient, en effet, les desseins de Dumouriez; il les avait communiqués aux générau.x étrangers, et dans ses conférences secrètes avec Mack, chef d’état-major de Cobourg, il avait proposé de marcher sur Paris et de renverser la Convention pendant que l’année coalisée ivsterail à la frontière, couverte par quelques places fortes qu’il lui promettait pour garantie. La témérité de s?s explications attira dans son camp le ministre de la guerre iiuuruonvillc et ([unlrc députés de l’assemblée, qui lui notifièrent avec sa destitution, l’ordre de sc rendre à Paris. Il r. y avait plus à reculer; il fit arrêter le ministre et les commissaires, et tenta de soulever l’armée. Mais sa popularité tenait au but qu’on lui supposait, elle s’évanouit lorsqu’il se dévoila; forcé de s’exiler, il alla demander un asile sous les tentes de reuncini.

OPÉa*TIO>S DES PKESSIE;<3 sur lE RHI5,

Comlial de SIromherg (17 mars).— Prise de Bingen (>7). — Rclrailc de Cusiinea dans les lignes de

Weissembourg (3o).

Custines n’était pas plus heureux ; range avec [\o à 5o,ooo hommes dans le coude que forme le Rhin au-dessus de Bingen, son front couvert par Mayence et ses extrémités appuyant au fleuve, il fut assailli à gauche par Brunswick, à droite, par une nouvelle armée impériale commandée par Wurmser et concentrée à Manhcim, total 80,000 hommes. I^es Prussiens ayant jeté un pont à Rheinfcls, l’action s’engagea sur les bords de la Nahe. Stromberg pris et repris restait enfin aux français, lorsque Holicnlohe ayant donné le change à Lignivillc, alors général en chef de l’armée de la Moselle, traversa la Nahe et occupa Meissenheim. Cette diversion favorisa l’attaque des Prussiens qui forcèrent toutes les positions et s’emparèrent de Bingen.

Custines détaché du Rhin par sa gauche et menace à revers par Holicnlohe, se retira d’abord à Alzey, où il essaya de tenir ferme pour rallier les troupes renfermées dans Mayence et reprendre l’offensive; mais déjà les Prussiens, débouchant de Bingen, s’étaient portés sur cette place où ils refoulèrent les divisions qui manœuvraient pour en sortir. En même temps Wurmser menaçait le pont de Manheim. Custines perdit donc à-la-fois, l’espoir de rassembler son armée et de couvrir Mayence, et de peur d’être lui-même enveloppé, il se réfugia précipitamment sous le canon de Landau.

A peine un mois s’était écoulé depuis l’ouverture de la campagne et les deux armées principales entamées par les combats, réduites par la désertion étaient rentrées sur la frontière. Le territoire ne fut un moment préservé que par une courte trêve, obtenue au nord, moyennant la cession de la citadelle d’Anvers et des places du Brabant-Hollandais, et par la résolution que prit le roi de Prusse de ne point s’avancer en ,\lsacc avant d’avoir emporté Mayence.

1>SI'RRF,CTU)> DE L.V VEMJÉE (10 HVRs). PRISE DE CHOLLET {Ut). DE >'OIR-

MUUTIER (18).

Combat %ur le Lay (i9).^PromIère CY|u'ditton eu Veudée. — Marcbe de Houlard (dii7 au a J aviil), — Cnmlial de Sainl-l*i«Tre de Cliemülè (ti).— Reirailc des VeuJéc*ns. — KiprUe de Clioilel (i3 à 17).— Combat des Aubiers (i 8). — Retraite de Berruyer (19 avril au3 mai). — Marcbc de Beyvser îlin d’avi il).— Prise de Ihouars (5 mai). — Première l>ataillc de Fontenay (j6) — Deuxieme bataille de Foutuiiay (aâ).

Co n’etait p.is tout: 40j00o Ausli'O-.Siirdcs s’.Tppi'êtaient à tli’sceudrc des Alpes eu Savoie et dans le comte de Nice. /p,ooo Espagnols so réunissaient au pied des Pyrénées; et à rinléricur, imc forinidal)le iiisiu rection éclatait :i quatre-vingts lieues de P.iris.

Près (le remlioucluire de la Loire se trouve une contrée singulière qui faisait partie de iWnjoit, du Poitou et du comté Nantais, et, depuis la nouvelle division de la Eraiiec, des déparlemcns de la I.oirc-Infcricurc, de Maiiic-cl-Loire, de la Vendée cl des Deux-Sèvres; on l’appelait le Roccage, et la guerre civile lui a laissé le nom de Vendée, (i)

Un labyrinthe de collines entourées de rivières qui versent leurs eaux dans ce fleuve ou directement dans la mer; des plateaux incultes, couverts de genêts d’une riche végétation ; des pâturages, plantés d’arbres, bordés de liaies vives et de barrières, forment ce pays à pari. Circonsciit par le Tbouc, la T.oirc, la mer jtisqu’.a Saint-Gilles et un arc de cercle qui rejoindrait le Tlioué en passant par la Chalaigueraye, à peine avait-il quelques points de contact avec les provinces voisines. Une seule route, celle de Nantes à la Rochelle existait au moment de l’insurrection. Celle deSauniurà la Roebo-sur-yon (Rourbon-Vendée) était tracée, mais inacliev(*e; les autres communications n’citaient que de mauvais chemins de traverse, sombres défilés, bordés de haies épaisses qui les recouvraient en voûte.

Là, vivait une population iiombreiise éloignée de plusieurs centaines d’années de la Franco du xviii” siècle; elle s’était nrrêlcc à ce degré de

(r) Voir la troméme carte»

civilisation que scs mœurs naïves feraient sans doute regretter, si l’histoire de tous les temps ne les montrait inséparables du plus aveugle fanatisme. Les Vendéens avaient été sueccssiveincnt exaltés par toutes sortes de cireonslanccs contre les progrès de la révolution. I.eur foi vive et simple s'était révoltée contre la constitution civile du clergé. Pes relations cordiales avec les seigneurs de paroisse, les associaient au ressentiment de la noblesse; enfîn loin de partager rentraîneinent général en faveur des réformes politiques, ils s’en étaient effrayés d’abord , puis irrités à mesure qu’elles atteignaient les objets de leurs affcctioiis. Dès long-temps on pouvait les regarder comme le premier instrument d’une réaction intérieure, et les partisans de l’ancien régime n’avaient rien négligé depuis quatre ans pour les préparer à la révolte. Cependant vingt-et-une villes ou bourga|les disséminées dans le pays, ayant pris parti pour les assemblées, avaient jusqu’alors rendu impossible un niouvcment général; il fallait que quelque provocation nouvelle déterminât l’explosion. La levée des 3ou,ooo hommes alluma l’incendie, qui s'étendit en un moment d’une exti'émité à l’autre d’un pays aussi propre à la guerre civile, tant par sa configuratiiin topographique que par les dispositions des habitans. Dans toutes les communes on se refusa au tirage, le tocsin appela les miliciens aux armes et deux grands rasseinblemens se formèrent, l'un dans la Haute-Vendée vers Saint-b’lorent, l’autre dans la Basse-Vendée à Ciiallans. Cathelineau , voiturier des environs de Bcaupréau, Stofilet, garde-chasse de Manlcvrier , se mirent à la tète des insurgés de Saint- Florent; ils ne tardèrent pas à être secondés par Bonchamps et d’Elbée, anciens officiers subalternes. Bientôt 3o,ooo hommes sous leurs ordres occupèrent Saint-Florent, Jallais, Chemillé et enfin Chollet. Les détacheincns des garnisons de Rennes et de la Rochelle cantonnés dans le Bocage, furent désarmés, et abandonnèrent à l’insurrection de l’artillerie et des munitions.

D’un autre côté, le rassemblement de Challans, commandé par Cliarette, s’empara dcMachecoul, du Pornic et de l’île de Noirraoutiers. Ces succès entraînèrent la Vendée centrale; il ne l’esta plus aux autorités républicaines que la haute vallée du Layou et celle du Thoué.

Vcrtcuil et Labourdonnaye commandaient à cette époque les divisions territoriales. Le premier mit en mouvement une colonne de 5oo hommes pour dégager la route de La Rochelle à Nantes et ouvrir la communication avec son collègue. Elle pénétra par Lnçon jusqu’à Chantonnay; mais à chaque pas le nombre des assaillans augmentait, et ne résista point à la lacti(|ue qui fit long-temps le succès des insurgés. Ils se glissaient eu silence le long des haies qui bordent toutes les routes, et quand ils avaient enveloppé les colonnes républicaines, ils poussaient de grands

cris, el faisaient fou h bout portant en tête, en queue et sur les flancs. Des troupes aguerries pouvaient seules tenir à ce genre d’attaque.

L'impossibilité d’ouvrir la communication entre A'^erteuil et I.abourdonnayedécida legouveruementàcoiificr au général Berruyer le commandement des troupes rassemblées' sur la I.oire. 3ooo hommes de troupes réglées et i i,ooo gardes nationaux levés à la b.âlc , étaient répartis depuis Ancenis jusqu’à Bressuire, sous fes ordres des généraux Duboux, Ix;ygonnier, Quélineau et Gauvilliers. Pour une battue, ces ressources pouvaient suffire: elles étaient insignifiantes contre l’insurrection dont au reste on ne connaissait pas encore la portée. A tout hasard , Berruyer donna l’ordre de pénétrer par toutes les routes; son attaque fut secondée par Canclaux qui déboucha avec 3ooo hommes de, Nantes, et par Dayat, Clialhoz et Boulard de l’armée de La Rochelle qui débouchèrent par les Sables, Chantonnay et la tiliataignerayc avec 5aoo hommes.

Boulard commença le mouvement: sorti des sables d’Olonnc, il déblaya la vallée de l’Auzancc, s’établit, l’épée à la main, à Saint-Gilles et à Ghallans, et repoussa les insurgés jusqu’à Garnache. La côte étaildégagée et il s’apprêtait à reprendre l’île de Noirmoutiers: mais au bruit de .ses pas, la Vendée centrale .se leva en mas.se. Iæs chefs de Royrand et Sapinaud à la tète de 1 2,000 hommes , tinrent en échec Chalboz à la Chalaigneraye et Dayat à Chantonnay. I.a position importante des Sables étant compromise , Boulard arrêta sa marche ju.squ’alors heureuse et revint prendre poste à la Motte-Achard.

D’un autre côte, Berruyer s’avançait en cinq colonnes dans la haute Vendée. Celle qu’il conduisait en personne (1 .ooo) partie de Saint-Lambert arriva en même temps que Duhoux (looo'l venant de la Samclière devant Saint-Picrre-de-Chemillé. Un vif combat livra aux républicains le village jusqu’à 1'égli.so dont les insurgés étaient encore maîtres à l’entrée de la nuit. Cette résistance et l'incertitude du succès des autres colonnes engagèrent le général en chef à se replier à Saint-Lambert. Mais scs lientenans avaient partout n-ussi. Gauvilliers (i5oo) avait passé la Ix»ire cl était entré dans Saint-Florent. I,evgonnier (5ooo) s’était emparé de Coron à la suite d’un violent engagement, et Quétincau avait sans obstacle pris position aux Aubiers avec Sooo hommes.

Les chefs vendéens menacés sur leurs flancs, év.acuèrent Chollet et se retirèrent découragés au-delà de la Sèvre Nantaise. Berruyer reprit sa marchcoffensivc, fit à Nuaillé sa jonction avec I.eygounier, et tandis que Gauvilliers entrait dans Beaupréau, il délivra Chollet.

Tout allait bien en apparence; pour frapper au cœur les rassemblemens qui fléchissaient, on n’avait plus qu’à pousser jusqu’à la Sèvre; mais le terrain manquait sous les pas des colonnes républicaines. A l’appro-

chc de Quétineau, les communes qui entourent Châtillon se soulevèrent; elles mirent à leur tête , le jeune Larochcjacqueliu qui leur Et cette uoble harangueen les menant au combattu Si j’avance, suivez-moi; si je recule tuez-moi; si je succombe, vengez-moi. » ia,ooo paysans tombèrent avec fureur sur le cantonnement des Aubiers; les troupes entraînées par ce choc imprévu s’enfuirent jusqu’à Bressuire.

Après ce brillant succès, Larochejacquelin courut aux autres chefs réunis à Tiffauge , il leur porta les armes et les munitions dont il venait de s’emparer et les décida à reprendre l’attaque. Animés par ses discours et son exemple, ils marchent sur Chollet et l’enlèvent; ils dispersent à Yihiers la colonne de Leygonnier et rejettent au-delà de la Loire et du Thoué Berruyer et ses lieuteiians. Enfin un nouveau chef, Lescure, insurge les environs de Bressuire, entre de vive force dans la ville et chasse ()uétineau j usqu’à Thouars.

A l'ouest, Beysscr était sorti de Nantes et avait ouvert la communication avec Boulard. L’apparition d’une flottille française leur avait facilité la reprise de Noirmoutiers, et ils étaient aux prises avec Charetle autour de Légé, lorsque la nouvelle des désastres de Berruyer les fit rentrer dans leurs positions.

A la suite de ces succès, la Vendée reçut unesortc d’organisation militaire et politique. La première, seule, est de notre sujet. Charette conserva le cominandemcut du Marais; il pouvait rassembler 1 5 àao,ooo hommes, et il avait à contenir les troupes républicaines des Sables et de Nantes.

Üe Royrand et Sapinaud, avec 12 ou t5,ooo hommes, occupaient Montaigu et couvraient la grande route de Nantes à l.a Bochelle; ia grande armée vatholuiuc , ou année d' ^InjoUy sous Cathclineau, .Stofllet, Bunchamps et d'Elhée, observait les rives de la Loire et les débouchés d’Angers et de Sauniur; enfin l’armée du Poitou, commandée par Lescure et Larochejncqucliii, interceptait les avenues de Poitiers et de Niort : cc-s deux derniers corps s’élevèrent un moment jusqu'à Go, 000 hommes.

Toutes les dispositions étaient défensives, car le but des insurgés était de SC soustraire au.x décrets de la Convention et d’interdire l’accès de leur pays. Les chefs avaient d’autres vues, mais les moyens matériels man- (jliaient, et leur influence ne s’étendait pas jusqu’à transformer en corps d’invasion des milices informes, dont le premier mobile était l’amour de leurs foyers. Dès qu’une expédition était terminée, il n’était possible de rien retenir' autour du drapeau, que des cadres incomplets; mais dès qu’une attaque était signalée, le tocsin appelait aux armes les combattans qui accouraient en foule aux lieux de rendez-vous.

Toutefois, les victoires de Vihiers, des Aubiers et de Bressuire avaient imprimé un clan dont on profita pour charger à fond les colonnes répu-

blicatnes. Toutes les bandes de l’Anjou et du Poitou se ruèrent par genlon etBressuirc, à la poursuite de Quétineau; celui-ci avait rangé ses 3 à hommes sur le Tiiotié, s'appuyant à la vieille enceinte de Tbouars.il opposa d’abord une vive. résistance; mais les assaillans, au nombre de 3o à 4o,ooo, exaltés par leurs succès et par l’exemple de leurs chefs , s’élancèrent dans la rivière et gravirent à l’autre rive. Déjà, ils escaladaient les imiraillcs de la ville, quand on capitula.

Maîtres de Tliouars, les Vendéens n’avaient plus, pour dégager le Bocage, qu’à détruire les brig.ides de CbalbozetDayat,(jui se maiutenaieat à la Cbataignerayc, fortes de 6000 boinnics. On se rabattit sur elles, on les poussa jusqu’à Fontenay, et comme elles se rangeaient en bataille ,on n’hésita pas à les attaquer. Mais, pour la première fois , on combattait en plaine; la seule taelique que l’on connût n’était plus applicable et , malgré l’immense supériorité du nombre, l’armée insurgée, chargée en flanc et à dos par une cavalerie exercée, éprouva une déroute complète; elle fuit, laissant quelques centaines de morts et abandonnant scs bagages et son artillerie.

Les chefs la rallièrent à Partbenay, n’eurent point de peine à la faire revenir de sa surprise, à la ramener à la charge, irritée de sa défaite et résolue à se venger. Le plus grand nombre manquaient de munitions : en voilà, disaient les officiers, montrant leurs adversaires. On se précipite, on enlève l’artillerie, on culbute en un moment la colonne républicaine, qui fuit jusqu’à Niort. Les Vendéens trouvèrent à Fontenay d’immenses ressources. Us prirent sur le champ de bataille pièces de canon; mais, après leur victoire, ils se dispersèrent, et les généraux se rendirent à Cfaâtillon, qui devint le centre de leur administration.

Suilc des operations sur ?« frontière du Nord. — Combat de Qulévrain (3o atriI).-^Dc Raismes (8 mai). — De Roncq (a3}.-~Combats tTAnziii et Marly (a4-‘aG). — Prise de Furm*$ CapituU-

lioo de Condé (co juilletj.^Dc Valencianoes (a8).— Attaque du camp de César (7 et 8 août).— Combat de Lisuellcs (18 aaùt).-»B(ocus de Dunkerque (On d'août).

. Cependant les Anglais, les Ilanovriens et les Hollandais, sous le

prince d’Orangc et le duc d’York, étaient entrés en ligne. Mais les chefs de la coalition, réunis à Anvere, avaient perdu près d’un mois à concerter leur plan de campagne et le partage des provinces qu’ils projetaient d’enlever à la France. Leur circonspection laissa respirer le gouvernement partout assailli, et donna le temps d’organiser les nouvelles levées. Elle tenait à diverses causes; sur le Rliin, la Prusse, préoccupée du dernier partage de la Pologne, ne put renforcer ses années et se borna au siège de Mayence, dont elle comnien^'a l’investissement par l’occupation de Landstuhl , Kaisersiautern, Nciistadt et Spire; au nord, Cobourg fut chargé du principal effort : rexpériencc de l’aiinré précédente avait montré combien il est périlleux de s’aventurer en France, à moins de s’appuyet sur une forte base; or, la frontière belge était ouverte, et celle du département du Nord, hérissée de forteresses; il était donc t'enduit à débuter par une guerre de sièges.

Son armée se déploya en un vaste cordon , de la mer à la Moselle. A droite , les Hollandais et le duc d’York (5 1 ,8oo hommes) se rangèrent entre Fumes et Courtray, pour menacer Lille et prendre Dunkerque, prix de l’intervention eflective des troupes anglaises.'Au centre. Cobourg (70,000 hommes), se liant avec la droite parle corps prussien de Knobelsdorf, campé à Tournay, pénétra dans l’angle formé par la Sambrect l’Escaut, afiud’ouvrir la route de Paris par Valenciennes , Landrecies et Guise , et de s’emparer, pour servir de base à l’invasion, des places de Condé, Valenciennes, Lequesnoy, Landi-ccies et Maubeuge. Ënbn, à gauche, Beaulieu (i5 à ao,ooo) occupa Namur et le Luxembourg pour surveiller les Ardennes.

A CCS forces immenses, la Convention n’opposait, outre les garnisons des places et la faible armée des Ardennes, que 40,000 hommes réunis, depuis la fuite de Dumouriez, sous le commandement de Dampierre et répartis dans les camps de Cassel, de la Madeleine, de Famars et de Maubeuge; mais les renforts arrivaient de toutes parts.

Cobourg entra en opération par l’investissement de Condé. Il prit position sur la Scarpe , puis à Raismes et à Quiévrain , de manière à contenir à-la-fois les camps sous Lille et Valenciennes.

Dampierre tenta deux fois de secourir la ville assiégée. Il sortit de Famars et marcha sur Quiévrain, tandis que Lamarlière, débouchant de IJIle, attaquait Saint-Amand. I.’action s'engagea d’abord avec vigueur} mais les impériaux défendirent victorieusement Quiévrain , et les généraux français furent contraints à rentrer dans leurs camps, affaiblis de la perle de aooo hommes.

Le résultat de la seconde affaire fut plus funeste. Lamarlière et Dampierre entreprirent d’ouvrir entre eux 1a communication par la route de

Valenciennes à Lille; le premier pénétra dans Saint- Ainand, le second . emporia Baismes; mais, au-delà de ce village, il ne put forcer les impériaux retranciiés dans les bois. En dirigeant l'allaquc, il reçut une blessure mortelle et scs soldats regagnèrent en désordre leur camp. I>amarlière fut encore une fois forcé de se replier sur Lille. On avait perdu a5oo hommes.

Ces deux combats et l’inaction de la gaudie des Français indiquaient assez leur faiblesse. Cobourg s’enliardit à pousser en avant. Occuper Lamarlière par une fausse attaque sur Lille, placer York à la rive droite de la Scarpe , enlever tour-à-tour les faubourgs de Valenciennes, investir cette place et faire reculer les troupes du camp de Famars , telles furent ses dispositions et elles réussirent.

I>e prince d’Orange et Ruobelsdorf débouchèrent de Mcnin et Tournay, livrèrent à Lamarlière, vers Roncq et Turcoing, un combat qu’il ' soutint glorieusement, mais sans résultat; pendant ce temps, York vint se poster entre la Scarpe et Valenciennes; alors Cobourg put disposer de toutes scs forces pour chasser les troupes républicaines, d’abord d’Ânzin, puis de Marly. Le camp de Famars, dominé de tous points, n’étant plus tenable, l'armée commandée provisoirement par I.amarche se retira dans le camp de César, entre Bouchain et Cambrai.

On était réduit à chercher des positions défensives; Cobourg, maître d’assiéger h-la-fois Valenciennes et Condé, chargea le duc d’York d’ouvrir la tranchée devant la première de ces villes, et Clerfayt de bloquer étroitement la seconde. Lui-même s’établit à Baismes, occupant les rives de la Scarpe et de l’Escaut, et tenant ainsi en respect Lamarche et I^amnrlièrc,

A peu de jours de là, ces revers reçurent une faible compensation parla prise dcFurnes,dont s'emparèrent les troupes ducamp deCasscl, encouragées par le départ duduc d’York à prendre l’offensive. Mais, partout ailleurs , des coups accablans ébranlaient sans relâche la république naissante.

Ce fut alors que la révolution du 3i mai renversa /a Gironde et fit passer le pouvoir entre les mains de la Montagne. Le parti vainqueur n’avait point encore de représentans dans les premici's grades de l’année, et il fut obligé de confier le commandement à des généraux déjà illustrés. Depuis la défection de Dumouricz, Custines était au premier rang; il fut appelé à l’armée du Nord. Mais il n’existait point d’unité de vues entre ce général et les hommes exaltés que le mouvement populaire avait placés à la tête des affaires. Les ressources lui manquèrent, et il ne trouva point dans ses passions ces inspirations qui en tiennent lieu. 11 resta immobile à son quartier général de Cambrai, pendant que Condé était bloqué et que le canon anglais battait çn brèche Valenciennes.

gle

Ces deux places succombèrent. Condc capitula lorsque sa garnison (4ooo) eut épuise' toutes scs subsistances. Valenciennes , apres sept semaines de tranchée ouverte, après l'incendie de scs églises, de l’arsenal , de 5 à 600 maisons, après avoir fait essuyer à l'cunenii une perte de i5 à ao, 000 hommes, se rendit au duc d’York, et la garnison, réduite à 7000 hommes, fut libre de rentrer en France, à la condition de ne point combattre avant un an les armées coalisées.

Avant de se séparer, les forces que le siège avait réunies firent l'essai d’un coup de main sur le camp de César et sur Cambrai. Le camp, assis au coullucnt de l’Escaut et du canal de la Sensée, renfermait 18 à ao,ooo hommes et le quartier général de K.ilmaine, qui remplaçait provisoirement Custines destitué.

Enlever à-la-fois le général en chef et le plus fort noyau de troupes tenant la campagne, c’était frapper au cœur l’armée républicaine encore accablée du poids de scs désastres, c’était s’ouvrir la route de Paris.

Le duc d’York tourna Cambrai pour prcndi’e le camp à revers, pendant que Cobourg remontait les deux rives de l’Escaut pour attaquer de front et par la droite. Celte manœuvre était bien conçue; mais elle s’exécuta mal ; on laissa à Kilmainc le temps de se reconnaître. Aux pre- . miers coups de feu, il évacua ses positions, et, à la suite d’un l^er engagement d’arrière-garde, à Marquion , il mit entre ses adversaires et lui, d’abord la Sensée , puis la Scarpe , et il plaça son camp à Gavcrelle, entre Arras et Douai.

Cette retraite habile le reportait sur les derrières dc.s ennemis. Le poursuivre, c’était s’aventurer dans le labyrinlhe de places dont le nord est hérissé. Marcher sur Paris, en masquant à-la-fois Cambrai , Bouchain, Arras et l’armée , c’était un de ces moiivemens hardis qui , depuis , ont réussi , mais dont le secret n’était pas encore révélé. Les impériaux se bornèrent à insulter les places de la Sommeet à faire autour de Cambrai un simulacre de siège à l’appui d’une sommation qui ne produisit point d’effet. Après quoi ils se concentrèrent au nombre deprès de 100,000 à Bavay et commencèrent l’investissement du Quesnoy. Le duc d’Y^ork se dirigea sur Menin par Marchiennes.

Quelques changemens furent apportés dans les dispositions des coalisés. Les impériaux de Beaulieu et d’Alvinzy passèrent à la droite et remplacèrent Knobelsdorf rappelé à l’armée de Brunswick. Le duc d’York se trouva dès-lorsà la tête deprès de Go, 000 hommes.

L'armée française, forte de 70 à 80,000 hommes était ainsi répartie ; la droite gardait laSambre et sc liait par le camp de Maubeuge à l’armée des Ardennes (ao à25,ooo) ; le centre occupait le camp de Gavei'elle,

les places de Douai , Cambra! et Bouchain; la gauche s’était maintenue à Casscl , à Gyvelde et au camp de la Madeleine sous Lille.

York tourna lentement autour de celte dernière ville , espérant dérober sa marche aux généraux fram^ais et surprendre Dunkerque. Il laissa Beaulieu à Cysoing pour maintenir ses communications avec Cobourg. Arrivé à Menin, il fit attaquer par le prince d’Orange le camp de la Madeleine. Un vif combat s’engagea et livra aux Hollandais le village de I/mselles et les hameaux qui en dépendent. Ces démonstrations indiquaient le projet d’investir Lille. Cependant Alvinzy, par Ypres et Furnes pour attaquer Gyvelde, et York par Poperingbe , pour tourner le camp de Casscl, s’avancaient sur Dunkerque ; mais les troupes de Gyvelde et de Cassel ne prirent point le change: à l’arrivée des ennemis, clics étaient déjà sous le canon do la place, dont toutefois elles ne purent empêcher l’investissement. I..a tranchée s’ouvrit sous la protection des corps hessois et hanovriens de Freytag et Walmodcn qui prirent position sur l’Yscr à Wormhoutet Rcxpoëdc,

Suite des opt'raliûns siii* Ip Rhin cl dans tes Vosges.—Omipa(ion d’Arlon (9 juin).— >D'l?omhour^» Deux-Ponts (19-99/ — Capitulation de |fay«nee (99 Juillet). — Blocus de Laodau.^Perle de Pir* luasens (t*' septembre). — De Boodentlial (to).— Combats de Pirmasens et Bondentbal (i9-i4). — Perle des ligiiesde Weissembourg (i3 octobre).

Bcauharnais avait été nommé général en chefdcl’arméedu Rhin en remplacement de Custi lies. Sou premier soin fut de faire quelques démonstrations pour troubler le siège de Mayence. Il commença à donner à Dclaagc, qui commandait l’armée de la Moselle, l’ordre de s’emparer d’Arlon , espérant attirer dans le Luxembourg Brunswick ouWurmser, et profiter de cette division pour pénétrer dans le Palatinat. Arlon fut occupé , mais ni Wurmserni Brunswick ne s’en émurent. Beaulieu se détacha de la Meuse pour reprendre la position perdue et le mouvement de Bcauharnais eut

pour srul résultat ilc le rendre maître d’Hombourg, et de renouer, par Pirmasens et Deux-Ponts, la communication interrompue entre les armées du Rliin et de la Moselle : il fallut renoncer à dégager Mayence.

Cette grande forteresse, défendue par une garnison de 2 3,000 hommes, fut d’abord investie par le feld-marcclial prussien Kaikreutb , soutenu par Brunswick et Wurmser qui contenaient les armées du Rhin et de la Moselle. Le corps de siège fut successivement porté jusqu’à 70,000 hommes commandés par le roi de Prusse en personne; alors la tranchée s’ouvrit. Des prodiges de valeur et de constance signalèrent la défense: les généraux Doyré, Meunier , Kleber, Aubert-Dubayet et les représentans Rewbell et Merlin (deïhionville)s’immortalisèrcnl eu la dirigeant. Un tiers des maisons écrasé, les magasins incendiés, la garnison en proie à la plus horrible famine ne décidèrent point à capituler. Enfin les deux conventionnels perdant tout espoir d’être secourus, entrèrent en négociation dans le but de disposer le roi de Prusse à la paix par la reddition d’une place qu’il avait juré de reprendre. La capitulation fut signée le aa , la garnison réduite à 1 7,000 hommes sortit avec les honneurs de la guerre; elle s’était seulement engagée à ne point combattre avant un an» les armées coalisées; on la transporta en Vendée, et le roi, avec la majeure partie du corps de siège se rendit en Pologne.

Après la prise de Mayence, Beauharnais fut rappelé et les coalisés se disposèreni à bloquer Landau. Cette opération présentait de sérieuses difficultés; la place est située au pied du versant oriental des Vosges sur la Qucich, torrent quis’en échappe et court en ligne droite au Rhin; elle est ainsi protégea par ce grand fleuve et par les aspérités de cette chaîne de monlagiies; ce n’est pas tout ,1a Sarre en côtoie le revers occidental. Or l’armée du Rhin bordant la Qucich, et l’année de la Moselle, la Sarre il suffisait d’un corps posté sur la crête des Vosges à Ilornbach et Pirmasens, pour lier toutes les forces républic|iincs et faciliter les manœuvres quelles exécuteraient sur les deux versans des Vosges. Pour atteindre Landau, il fallait donc se ranger en potence, contenir l’année de la Moselle et faire reculer cclledu Rhin. Mais après la Queich, on trouve la Lauter, puis la Moder, puis la Zorn toutes lignes parallèles fortifiées par l’art et la nature.

Les coalisés disposèrent ainsi leurs forces: l’armée de Brunswick, celte armée qui devait l’année précédente pénétrer jusqu’à Paris, s’établit sur le versant occidental; le prince dellohcniohc prit position au sommet de la chaîne, Wurmser se déployadansla plaine entre les montagnes et le Rhin.

Leurs premières manœuvres eurent pour effet de replier sur Hornbach le corps des Vosges, ctde les mettre en possession de Pirmasens. Dès-lors, l’armée du Rhin, débordée sur la rive gauche de la Queich, se renferma

Sf, GUERRES DE LA REVOLUTION.

dans les célèbres lignes de Weissembonrg. Mais au moyen des camps de Boiidenihal et dcNotbwcïIcr, elle dominait l’espace énlrc la Lauteret la Queicb, et elle s'opposait à un investissement complet de Landau. Le pre> micr soin deWurniser fut de s’emparer de cette clef du système défensif, et cette fois la trahison le seconda : /|O0o impériaux , engagés dans les défilés des Vosges, seprésenlèrcnt devant les camps français. D’Arlande, qui commandait le camp de Notliweïler, passa dans leurs rângs, et leur ' , indiquant les points vulnérables des positions qu’il avait juré de défendre, il y entra à leur tète. Les généraux républicains indignés, accoururent pour recouvrer leurs retranebemens, mais ils furent repoussés. Â deux jours de là, les deux armées concertèrent une attaque simultanée contre Pirmasens et Bondenihal. La gauche de l’armée du Rhin , soutenue par une démonstration de toute la ligne, rentra dans le camp de Nothweï- 1er; mais l’armée de la Moselle échoua devant les escarpemens de Pirmasens. Ecrasée d’abord par une artillerie formidable, elle revint obstinément à la charge et ne vida le champ de bataille qu’après avoir perdu 3 à i\ooo hommes.

# Après leur victoire, les généraux ennemis bloquèrent Landau, sans pouvoir l’assiéger. Leurs forces réunies suffisaient à peine à contenir dans leurs positions les deux armées françaises qui communiquaient par Lcmbach, Bitche , et Hornbach. Après de longues hésitations , et avoir tenté sans succès de faire diversion au midi de l’Alsace, en jetant quelques troupes sur la rive gauche du Rhin , ils se décidèrent à attaquer les lignes de Weissembourg. /p,ooo hommes les défendaient soutenus par a5,ooo hommes campés sur la Sarre. On venait d’imaginer de mettre toutes ces forces sous un même commandement, et on en avait investi Carlen , officier jusqu’alors inconnu, dont le nom ne fit qu’apparaître pour être signalé par une défaite.

Brunswick commença par mettre eu mouvement sa droite vers Hombourg et Deux-Ponts. Lorsqu’il eut attiré l’attention de l’armée de la Moselle, il déboucha de Pirmasens avec 10,000 hommes, poussant sur Bitche le corps des Vosges; puis s’élançant dans l’intervalle qu’il venait d’ouvrir, il descendit les monts entre Bitche et Lembach et se jeta en arrière de la gauche des lignes. Dans le même temps, le prince de Waldeck, lieutenant de Wurmser, ayant surpris pendant la nuit le passage du Rhin, s’empara de la ville de Selz et donna au feld-maréchal le signal ^ d’une attaque générale. Les impériaux se ruèrent avec impétuosité sur les rclranchemens, et un combat acharné s’engagea sur tous les points; mais la défense manquait d’ensemble, et malgré l’échec de Waldeck qui fut rejeté au-delà du Rhin, l’euiicmi força les lignes à Saint-Rerai et h Lau- Irrbourg; enfin l’apparition de Rnniswick derrière la gauche, entraîna la

retraite de l’armde française; elle essaya de s’arrêter sur la Moder, mais Wurmser la poursuivit jusqu’à la Zorn ou elle se reforma, tandis que les Prussiens clicrchcrcut vainement à s’emparer de Bitclic par surprise afîu de mieux couvrir leurs quartiers d’hiver.

SUITE DES OPÉaSTIOSS SUB LA IBOSTIBBE d’iTAUE.

ComUaU dans le comté de Nice (avril, juin).->Sicgc de Lyon (S oDÙO.’^lnvasion de la Savoie (t 4 août). — Occupalton de Toulon par rennemi (a8).— -Combat d’Epierre (lo septembre),— De Gi- IcUe (j8 octobre).— Prise de Lyon (5 ociobrc).— De Toulon (i8 octobre)*

La Savoie, ddfenduc par l’armée dcsAlpessousKellerinann, resta longtemps intacte. Dans le comte de Nice, on sc disputa la position de Sospello qui finit par tomber au pouvoir de l’armée d’Italie commandée alors par Brunet ; on se disputa ensuite le camp de Saorgio que les républicains attaquèrent sans succès les 8 et i a juin.

Lorsque les grandes villes du midi curent pris parti pour la Gironde, les coalisés se montrèrent plus menaçans. Les rasscmblcmens insurgés de * la rive gauche du Rhône furent aisément dispersés. MaisLyoïi se révolta et commença à soutenir un siège de déplorable mémoire, mais Toulon SC livra aux Anglais. Ces appuis intérieurs encouragèrent les armées ennemies à déboucher de leurs lignes.

Dès les premiers jours d’août le marquis de IMonlfcrral, l’un des fils du roi, s’était posté avec a5,ooo hommes à l’entrée des cols du Mont- Cenis et du petit Saint-Bernard; aussitôt qu’il sut que l’armée des Alpes marchait sur Lyon, il donna l’ordre de sa porter en avant, et il envahit les trois grandes vallées de la Savoie ; mais avant que scs colonnes eussent opéré leur jonction, Kellermann accourut de Lyon , et , avec 12,000 gardes nationaux réunis à la hâte, occupa, de Conflans à Grcsy,

l’espace où elles clevaleot se réunir. Montferrat , arrivé avec le centre à Mouticrs, trouvant Ginflans fortement défendu , se jeta par le col de la Madeleine sur sa gauche, qui avait dépassé Saint-Jean. Il espérait ainsi déhorder la droite de son adversaire; mais Kellermann le prévint en se lançant hardiment sur les rives de l’Arcq. A Epierre, il offrit la bataille qui s’engagea vivement au fond de la vallée. La victoire fut promptement décidée : une batterie française, hissée à bras sur des rochers à |

peine accessibles, jeta inopinément l'épouvante dans les rangs piémon- i

tais. Ils se rompirent et se replièrent, la gauche à Saint-Michel , le centre dans la Tarentaise où Kellermann le poursuivit. Battu à Moutiers chassé ,

de Saint-Maurice, il repassa le Saint-Bernard; les deux autres colonnes j

n’eurent plus qu’à suivre son mouvement et à se retirer au-delà des '

monts.

Dans le comte de Nice, le cabinet de Vienne fournit aux Piémontais une division auxiliaire et un général en chef. De Vins. Ainsi renforcés, ils firent une sortie généraledcs lignes de Saorgio. Ij'armée franç.aise, comm.indéc par Dugommier, évacua Bclvederet Vesubia. Les impériaux suivirent rouvcrturcetse portèrent sur l’Estcron pour tourner par Icurgauchc les positions de Dugommier. Mais, au lieu de se concentrer pour cette nianreuvre, ils ne réunirent que 4ooo hommes, et Dugommier, qui sentait les conséquences d’un succès, se porta en forces à Gilette, lesattcnditet les repoussa sur tous les points. Les coalisés n’ayant pu saisir l’offensive, le siège des deux villes françaises ne fut point troublé. Lyon fut enlevé par l’effort réuni de l’armée des Alpes et des levées en masse de l’Auvergne; Toulon fut repris aux Anglais par un trait de génie qui décelait un grand capitaine. I>e commandant d’artillerie du siège. Napoléon Bonaparte prit sur lui de démontrer aux généraux et aux représentans , qu’il fallait négliger la ville et monter à l’assaut du fort du petit Gibraltar, d’où l’on domine la rade et d’où l’on pouvait incendier les vaisseaux en- ^neinis. On l’écouta, faveur bien rare! on le crut, lui le moindreen âge, en réputation, en dignité. On pénétra dans le fort durant une nuit orageuse, et la fuite précipitée de l’enncnii justifia scs prévisons et lui valut le grade de général de brigade.

CAMPAGNE DE 17a6.

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