‹ Tableu des guerres de le Révolution, de 1792-1815Chapitre 7 sur 79 · VU · texte numérisé non relu

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OPÉ&ATlUnS AUX PYKÛ.>KE«.

IiivftMon da Roussillon (du 1 5 avril au i5 mai^. — Combat du mns d'iiu (19 mai).— Combat sur la Didassoa (a 5 mai).— Défaite des Espagnols à Thutr (17 juillet). — Corabat de 8olcr (3o août).— ('.omhal de Salccs(i7 seplcinbro).^Coml)at de Thiiii' (la sepiembrvj.'^MouveDens josqu'en novcml>re.

L’Espagne ne pul nieltre sur pied que 43,ooo hommes : i5,ooo en Caialognc et 5ooo en Aragon sonsRirarilos; i .3,ooosurla Bidassoa corn* mandes par Caro. Aux Pyrénées- Orientales, Deflers, et dans les provinces Basques, Servan opposaient un pareil nombre de coinbattans.

Rlcardos commença l’attaque; les cantonnemens français étaient couverts parla place de Bcllegarde, le fort des Rains, ColliourcctPort-Vendres, et en seconde ligne par le cours du Tech. Eu outre 3ooo hommes détachés à droite au fond de la vallée de la Tet coupaient la route de l’Aragoii. Le général espagnol déboucha par le col du Porlcil entre Bcllegarde et le fort des Bains, puis il força le passage du pont de Cérct. I/.année républicaine surprise et rompue se retira en désordre sous Iccanon de Perpignan. Son général la rallia et lui fit prendre position au camp du mas d’Eu. Ricardos la tint en échec , tandis que scs troupes défilaient sur la rive gauche du Tech, et recevaient leur organisation définitive. Cette opération demanda plus d’un mois, au bout duquel reniicmi marcha à l’attaque des camps français. Deflers essaya de. l’arrêter en débordant sa gauche; Ricardos, sans tenir compte de celte manœuvre, porta la masse de ses forces adroite et enleva le mas d’Eii. Dès-lors l’armée républicaine SC replia au-delà de la Tct, abandonnant une partie de son artillerie.

Cette victoire permit aux Espagnols de mettre le siègedevant Bcllegarde et le fort des Bains qui se rendirent le mois suivant.

Sur la Bidassoa, quatre camps retranchés renfermaient les troupes françaises . Caro les fit attaquer à deux reprises différentes sans succès raar-

lii GULURES DE LA RÉVOLUIION.

quë; il resta dans ses limites, et jusqu’à la fui de la campagne oa se tint de part et d’autre eu observation.

Kicardos était plus actif: protégé par des forteresses qui assuraient sa base, il résolut de se rendre maître de la campagne. IjC midi soulevé par la journée du 3i mai avait été calmé, mais les dissidens étaient prêts à courir de nouveau aux armes et à faciliter la communication entre l’ennemi extérieur et les insurgés des bords de la Loire; l’anéantissement de l’armée républicaine eût produit, dans cette conjoncture, une diversion terrible. Ricardos manœuvra pour l’envelopper cl la détruire. Forte de 1 5,000 hommes, elle était rentrée dans les camps du mas d’Eu et de Thuir, il s’y porta à la tête de 20,000 hommes. Mais ses têtes de colonne se brisèrent contre les rctranchemens français, scs troupes lâchèrent pied et s’enfuirent jusqu’au Tech. Sa défaite assura la tranquillité du midi.

Les généraux républicains voulurent en tirer parti : Dagobert avec 3ooo hommes, sorti de la vallée de la Tel, fit irruption en Cerdagne et s’étendit au-delà des Pyrénées, menaçant à-la-fois Urgel et Campredon. Son but était de forcer Ricardos à repasser les monts. Mais celui-ci, loin d’être ému, conçut le projet do couper la’rctraitc de Dagobert, et de rejeter au-delà de la Tet le gros de l’armcc française.

Dans ce dessein, il fit enlever par son extrême gauche la place de Villefranchc, puis s’avançant en masse sur Solcr, il força le passage de la rivière, sépara en deux parties l’armée républicaine et les rejeta l’une à Perpignan , l’autre à Salccs, Toutefois il ue put se maintenir sur la Tet ; attaqué à Salces de front , et en flanc par une colonne sortie de Perpignan, il perdit scs positions et se retira dans le camp du mas d'Eu.

Dagobert commandait alors l’armée républicaine : vieux oflicicr plein de bravoure et de résolution , il marcha sur sou adversaire par les chemins de Thuir, de Bellcgardc et de Collioure. .Aux premiers coups de feu, sa gauche lâcha pied, et l’ennemi sc portant eu forces contre la droite, elle fut accablée. Le centre seul conduit par le général en chef, se maintenait victorieusement; mais Ricardos, libre de disposer contre lui de toute son armée, l'enveloppa, le tailla en pièces et força scs débris àabandon-ner le champ de bataille; les Esj)agiiols poussèrent jusqu’à la Tet, mais ils ne se hasardèrent point à la passer.

Bientôt, des renforts survenant, ils permirent aux Français de reprendre l’offensive; cependant ils ne purent encore délivrer leRoussillon. On reprit Villefranche, et en menaçant de tourner Ricardos, on le força de se concentrer dans le camp du Boulon. Là il sc maintint jusqu’à l’aunce suivante. On chercha vainement à l’attirer en menaçant Roses : les colonnes sorties dePort-Vendres pour celte expédition furent ramenées en désordre. Une seconde attaque par Cércl uc réussit pas mieux ; enfin un fort déta-

clieincnt s’ëtant glissë derrière sa droite entre Ârgelès et le camp, il sortit des lignes, I écrasa, le refoula jusqu’à Argelès ; puis, profitant du succès, il s’empara de Port-Vendres, de Collioure, et se trouva maître de toute la rive droite du Tech.

Suite de» opéralioos en Vendée. — Combat de Doué (; juin). — De Montreuil (8). — Priie de Sau-

■nur (9). — D'Angers (17) Combat de Nort (aS). — Attaque de Nantes (09).— Combat de Luçon

(18). — De Bressuire (3o). — De Cbàtillon (1 et S juillet). — Bataille de Vihiers (18 juillet) Reprise du Ponl-de Cé (a6).— Combat de Lu^on (3o). — Bataille de Lu^on (14 aoûi^. — Combat de - Cbantonnajr (3 septembre).

TiC contre-coup des déchircmens intérieurs qui se fit si long-temps sentir au nord et à l’est , n’eut pas moins d’effet en Vendée. Biron , nommé général en chef en même temps que Custines et Bcauharnais, ne fut pas plus heureux. Arrivé au quartier général de Rochelle il arrêta le projet d’envahir le Bocage par les roules d’Angers, Sauinur , Thouars et Niort, à la tête de quatre colonnes de 10,000 hommes chacune. On formait à Paris des bataillons de soldats tirés des armées du nord , et que l’on expédiait en poste sur Orléans etSaumur. On rassemblait dans le même but des bataillons composés de volontaires parisiens ; mais quelle que fût l’activité qui présidait à cette opération, on n'avait pas rassemblé la moitié des hommes que demandait Biron , lorsque les Vendéens attaquèrent.

Lcygonnier (3 à 4ooo hommes), ayant i-epassé le Thoué, et Salomon (4000), successeur de Quétineau, étant rentré dans Thouars, cesmouvemens leur avaient donné l’éveil. Le tocsin appela aux armes, sous les chefs de l’Anjou et du Poitou, 3o à 4o,ooo hommes. Ils replièrent d’abord Leygon nier qui avait pris position à Vihiers et Doué. A cette nouvelle. Salomon se porta à Montreuil pour disputer le passage du Thoué ; mais il y fut prévenu. Battu à Montreuil, il ne put même percer jusqu’à Saumur, et se retira à Niort par Thouars et Parthenay.

Lcygonnier et Salomon défaits , Saumur était abandonné à scs propres forces: 7 à 8000 hommes le défendaient , renfermés en majeure par-

lie dafts Iccanip rctrancho des buttes de Rournan quefravorseftt la roule de Doué; mais la retraite de Salomon avait laissé à découvert le cours de la Divc, et le désordre était tel au quartier général que le pont de Saint- Just n’était pas gardé. Cette circonstance n’échappa pas aux Vendéens qui tournèrent le camp de Bournan et débordèrent par la rive droite du Tliouc. Us se rendirent maîtres avec leur impétuosité ordinaire des faubourgs de Saumur et du pont qui les séparait du camp ; après quoi , ils dispersèrent le petit nombre de combattans qui défendaient encore la ville, cùils s’établirent. Cependant les troupes de Bournan firent d’inutiles efforts pour enlever le passage du Thoué et dégager Saumur. Elles finirent par se retirer à Brissac, puis à Angers ; le lendemain, le château se rendit.

I.«i victoire remportée par les insurgés était d’une importance extrême; ils désorganisaient l’armée qui devait les réduire, ils s’emparaient d’un matériel considérable et d’approvisionnemens de toute nature; enfin ils s’ouvraient la route de Paris. La difficulté était de tirer parti d’un si beau succès et de conserver l’armée réunie. Les chefs y réussirent pour un moment en nommant avec appareil un généralissime, et appelant pour remplir ce grade un peu vain, Calhelincau, Icscul d'entre eux que l’insurrection eût arraché aux travaux de la campagne. Après cette <x'rémonie,on marcha sur Angers qui fut occupé sans résistance. Mais on s’éloignait de la Loire; les insurgés demandaient à grands cris à rentrer dans le Bocage. Le nouveau généralissime put à peine gagner sur eux de les y ramener par Tuantes et do tenter un coup de main sur ce boulevard delà révolution. L'expédition était hasardeuse;, mais quels résultats eût amenés le succès! la communication établie entre la Bretagne, théâtre de la chouannerie et la Vendée en armes, le cours de la Loire déblayé, des ports ouverts à la marine anglaise, et laconsistanceque donneàun parti soulevé la possession d'une cité de 80,000 âmes.

Gharette, averti des projets de Calhelincau, se rapprocha de la Loire pour forcer l’entrée de la ville du coté du midi; pendant ce temps les autres chefs poursuivaient leur marche facile. Us entrèrent à Anceniset gagnèrent les portes de Nantes.

La fortune de la république avait voulu que Caudaux eût conservé le commandement auquel il avait été appelé dès le commencement des troubles. Ce général jouissait à Nantes de la considération que donnent le talent, la modération et l’intégrité. 5 à 6000 hommes de ligne composaient sa garnison, mais la garde nationale forte de 7 à 8000 hommes se prêtait avec dévoûment à ses dispositions; il avait couvert les approches de la ville par un camp aux abords de la Loire et par un bon poste retranché à Nort. Les insurgés sc portèrent d’abord à l’attaque de ect avant-poste dans le but de tourner le camp. Ce mouvement f

1 uy \jC

qui pouvait être décisif, leur devint funeste, grâce à la vigilance des officiers et à rintrepidite des soldats. Le détachement'de Nort (600) attaqué à 8 heures du soir , tint hon pendant toute la nuit dont les autres troupes profitèrent pour se replier dans l’enceinte de la ville. L’alarme y était grande; mais Canclaux ranima tous les courages et sa petite armée jura de vaincre ou de s’ensevelir sous les ruines de Nantes.

Jjc lendemain , l’action s’engagea sur tous les points : la garde nationale était opposée à Charette, et la ligne occupait, autour de la ville, les meilleures positions. Les assaillans trouvèrent partout une défense bien organisée. Cependant il s’emparèrent d’une partie des faubourgs et le combat fut poussé jusqu’aux portes de la ville. Là, on fit de part et d’autre des prodiges de valeur ; mais au fort de la mêlée Cathelineau tomba mortellement atteint , et dès ce moment l’ardeur des siens se ralentit ; ils ne tardèrent pas à se débander et à se disperser sur l’autre rive.

Sur ces entrefaites, les bataillons de Paris arrivèrent à Saumur. i4,ooo hommes, sous Ijaharolière et Santerre, rentrèrent dans cette ville qu’ils trouvèrent évacuée. Westermann , jeune et ardent général, amena dans Parthenay la légion germanique formée de 3ooo volontaires ou déserteurs étrangers. Enfin 17,000 hommes de gardes nationales du midi SC réuniront a Niort, et Biron , prêt à reprendre l’exécution de ses plans, SC rendit à Angers pour se concerter avec les généraux des divisions de la I.x>ire. Pendant son absence, la qplonnc de Lu(jon fut encore attaquée par les rassemblemetis de la Yendcc centrale, auxquels elle fit essuyer une déroule complète, et Westermann, impatient de se signaler, fit irruption dans le Bocage et pénétra l’épée à la main dans Bressuire cl Châtillon.Au sortir de cette dernière ville, assailli parla masse des insurgés qui rentraient de l’expédition de Nantes, il eut la douleur de voir sa légion détruite, et lui-même eut peine à s’échapper à la tête de sa cavalerie. Malgré cet échec, Biron se disposait à mettre en mouvement l’armée entière , lorsqu’il reçut sa destitution. Sa disgrâce laissa sans direction l'armée de la Vendée. Cependant Labarolière et Santerre sortis de Saumur, s’avancaient dans le Bocage, comptant sur la coopération des colonnes de NiorL Un léger avantage obtenu à Martigné le 1 5 les encouragea à continuer leur marche. Santerre parvint à Vihiers avec le gros do ses troupes, et sa colonne était engagée dans le long défilé qui conduit à Coron, lor»> que les insurgés, sortant du bois de Yihiers eu ordre do bataille, chargèrent avec fureur et laissèrent à peine aux républicains le temps de prendre leurs armes. Les rangs se rompent, on fuit au cri de sauve qui peut, et l’on cherche un abri sous les remparts de Saumur. aooo morts 3ooo prisonniers , 10 canons et tous les bagages restèrent sur le champ de bataille. A deux jours de là , Bonchamps s’empara du Pont-do-Cé. L’a-

larme gagna Saumur et Angers, mais les troupes réunies dans la seconde de CCS villes, sous les ordres de Travot, coururent au Pont-dc-Cé et le reprirent. Le temps delà moisson était arrivé : les insurgés nommèrent d’Elbée généralissime et abandonnèrent l’armée. Aussitôt leur dispersion, la colonne de Luoon (i 5oo), sous les ordres de Ttincq , trouva les chemins libres,enleva Pont-Charon et Chantonnay ou elle détruisit de grands appro* visionnemens. Lescure et d’Ëlbée levèrent contre elle ia,ooo hommes, qui la chassèrent de Chantonnay et la replièrent jusqu’à Lucon. Là, Tuncq se rangea en bataille ; les insurgés se précip itèrent sur lui avec leur dé* sordre et leur impétuosité habituels , mais il leur opposa un rempart de baïonnettes contre lequel ils se brisèrent. Chargés à leur tour, ils s’cn< luirent dans le plus grand désordre.

C’est alors que Rossignol fut nommé général en chef en remplacement de Biron. Ancien ouvrier des faubourgs, il s’était fait connaître par une ardeur révolutionnaire qui lui avait valu la faveur de la Montagne et de la Commune. Arrivé sur le théâtre de la guerre avec les bataillons de Paris , il avait d’abord excité par ses exagérations la colère de Westermann qui l’avait faitarrêlerj mais un ordre du gouvernement l’appela bientôt au rang suprême. La Commune manquait d’hommes d’action, elle voulait en former; elle essayait ses favoris dans l’espoir de rencontrer enfin un général qui réunît des talens militaires à un dévoûment aveugle; mais ses choix ne furent point heureux : Rossignol et ses lieutenans, Santerre et Ronsin , ne montrèrent aucune capacité. Le quartier général de Saumur ne sc signala que par des déclamations furieuses et des discussions qui eussent été funestes à la cause de la république, si la discorde n’eût point également tourmenté le camp des insurgés. I.«s désastres occasionés par cet état d’anarchie furent alternatifs , et les rencontres n’eurent point de caractère décisif. Après le combat de Luron, une flotte anglaise étant signalée, ou rrut à un puissant secours, et pour ouvrir un port à ces prétendus alliés, ou résolut l’attaque des Sables d’Olon ne. D’Elbéc leva 4o,ooo hommes pour cette expédition, à laquelle tous les chefs marquans vinrent prendre part. Cette masse s’avança vers Chantonnay et Pont-Charon. Arrivée à Luron, scs éclaireurs lui signalèrent l’ennemi et elle se déploya en ordre de bataille. Tuncq avait à la hâte appelé des , renforts; il opposait à l’attaque 5ooo fantassins et 4oo cavaliers. L’action s’engagea par la gauche des Vendéens que dirigeaient Charetteet Lcscurc. Ils chargèrent avec leur fureurordinaire etculbutèrent d’abord les républicains; mais Tuncq, pliant devant eux, démasqua une batterie d’arlillerie légère qui les prit d’écharpe, les écrasa et les mit en désordre. Alors la ligue entière s’avança la baïonnette en avant; ils n’attendirent pas le choc et SC débandèrent après avoir perdu Gooo hommes. Tuncq les fit pour-

suivre jusqu’au I.Æyon. Ce general, qui venait de porter à l’insurrection un coup si funeste, reçut, à la demande de Rossignol, sa destitution sur un champ de bataille qu'il avait deux fois illustré. I^s reprësentans en mission auprès de lui, s’élevèrentcontrcccttcignohleiiijustice, ctdonnèrentau général eu chef l’ordre de quitter l’armée. Mais la Convention cassa leur arrêt et maintint Rossignol dans son commandement. Tuncq s’éloigna, et son successeur, f>ecomte, fut presque anéanti par d’ElhéeàChantonnay, Pendant ce temps, Lescure dispersa à Thouars la levée en masse que le quartier général de Saumur avait ordonnée : mais d’Elbéc et I/escurc furent refoulés dans le Rocage, et la garnison de Mayence, survenant sur le théâtre de la guerre civile, donna une marche plus décidée aux évènemens.

Les Francis reprcoQcut lo.^itn.siTC sur la froDlière du Dord.— Marche de Iloucbard (5 septembre). Falaille de Hojid>coolo (6 7 et 8). — Prise du Quesnoy par les alliés (i i). — Hataille de Mcaiii(i.1). -- Combat de Courlray (i5). Déblucus de Maubcu;je.— Ralaillc de Waltignies (i5 cl |6 oelobre). — Moiiycmeos autour del.iilc (fin doclobre).

On touchaitau termedes désastres. Aprèsde terribles luttes , la Moulaavait ramené a l'unité l’action exécutive, et toutcslcs ressources dupays étaient enfin dirigées au profit de la défense commune.

Iloucbard, ancien aidc-de-canip de Custincs, fut nommé général en chef de l’armée du Nord; ses instructions lui prescrivirent de débloquer Dunkerque.

Malgré la faute des amiraux anglais qui n’attaquèrent point par mer, au moment où il arrivait devant la place, le duc d’York’cn poussait vivement le siège. Flanqué par la mer et les marais qui bordent la route de Fumes , couvert par 20,000 Hanovriens et Ilcssois postes sur l’Yser, et par 2 0,000 Hollandais, dont la ligne s’étendait jusqu’à Mcnin, il ne pensait point être troublé dans ses opérations.

Mais un nouvel élan animait les armées républicaines. Girnot venait

Lù GUERRES DE LA RÉVOLUTION,

d’entrer au comité de salut public. A la méthode systématique de la coalition, qui consistait à faire marcher une armée entière en avant d’un vaste front d’opérations aussi régulièrement aligné qu’un bataillon sur le champ de manoeuvre, il entrevit que l’on pouvait opposer une combinaison plus féconde en résultats. C’était de porter, contre un point du cordon ennemi, une masse de forces assez compacte pour le rompre et le contraindre à reformer en arrière son alignement.

Houchard en fit l’essai. Renforcé de ia,ooo hommes tirés des armées de l’est, il partit de Gaverelle et rallia , sous Lille, les troupes du camp de la Madeleine. Là, selon la routine du temps, il dirigea sur Roncq et Turcoing, contre les Hollandais, une fausse attaque pendant laquelle 3o à 4o,ooo hommes (4 divisions), par un à gauche, allèrent se concentrer de Cassel à Stcenvovordc.

Il disposa de la manière suivante ses colonnes d’attaque. La droite prit position à Vlaeineringhc et Rousbrugge pour rompre la communication entre les Hanovriens et les Hollandais; le centre s’élança par Rexpoede contre Freytag, et la gauche par Wormhout contre Wahnoden. Ces mouvemeus étaient bien concertés: ou abordait les lignes de siège, et l'on avait évité les Hollandais. Le combat s’engagea franchement contre Freytag; on enleva les avant-postes, on força le passage de l’Y.scr, on pénétra dans Re.\poëdc, dont on s’empara. Freytag, pris d’abord au dépourvu, rallia son monde et revint à la charge; rentré trop vivement à Rexpoede, il y fut fait prisonnier. Cependant Walmodeu, attaqué plus mollement, avait évacué Wormhout pour se replier sur son collègue. Il arriva de nuit à Rexpoede, oh le généi-al français n’avait laissé que trois bataillons. Celte troupe, assaillie à l’improvistc par une division entière, lâcha pied, sans brûler une amorce. Wahnoden dégagea Freylag, et tous deux prirent position dans les relranchcmens d’IIondschoote, De son coté, la gauche, au lieu de suivre Walmoden, trouvant libre 1a route de Dunkerque, poussa jusqu’à cette place.

Houchard ayant appelé, le lendemain, une division de sa droite, continua l’attaque sans succès; le feu des redoutes ennemies le contint jusqu’à la nuit. Cet échec avait ébranlé sa résolution, mais les injonctions des représentans le décidèrent à marcher encore une fois à l’assaut. Les coalisés t'u'aicnl leur force d’une ligne de redoutes dont le village de Hondschoote formait le centre; des haies, des plantations couvraient leur infanterie, que soutenaient des batteries épaulées. Depuis Jeinmapes, on n’avait point assailli d aussi formidables ouvrages. Ils furent vivement disputés; il fallut emporter corps à corps tous les avant-postes; enfin une charge de cavalerie avait déblayé la plaine, et Jourdan avait poussé la division du centre jusqu’aux palissades, lorsque l’on vit le drapeau ré-

CAMPAGNE DE 179S. ^i7

publlcaiu flotter sur le parapet. C’était celui d’une brigade sortie de Bci'gucs, composée en partie de volontaires connus sous le nom de gendarmes de Paris, et signalés par leur audace et leur esprit d’indiscipline. Arrivés au fort de l’action , ÿUr la droite de Freytag, ils s’étaient lancés tête baissée dans les premières redoutes ; leur exemple entraîna le reste de l’armée: on se précipita, ou força partout rennemi qui s’enfuit jusqu’à Fumes. Durant celte journée, York, contenu par une vigoureuse sortie des corps renfermés à Dunkerque, ne put se porter au secours de ses liculenans.

Ou était donc enfin victorieux! Victorieux à l’armée du Nord où, depuis Nccrwiudc, on avait essuyé désastre sur désastre. Mais on avait consumé trois jours pour déposter Freytag, qu’avec de meilleures dispositions on eût dû culbuter du premier choc. On pouvait réparer cette faute; il fallait s’cluiicer sur les pas des vaincus, les déborder à Fumes, prendre à dos le corps anglais et le forcer à déposer les armes. Houebard UC marcha point, et lorsque enfin il se présenta devant Fumes, York en avait déjà levé le siège; il avait déjà rallié les troupes battues, et il les conduisait à Nieuport, au-delà de i’Yser. Hue s’agissait plus de le poursuivre; c’était s’exposer, en pure perte, à livrer une seconde bataille. 11 valait mieux courir aux Hollandais et les prendre à revers. Houebard y songea, mais il mit trop de lenteur dans cette expédition qui, bien conduite, eût eu pour conséquence de forcer Cobourg à quitter les bords de la Sambre.

Le général en chef de la coalition, retranché dans la forêt de Mormal, assiégeait le Quesnoy, et, par une combinaison inverse de celle qui venait de réussir à Dunkerque , on avait cherché à secourir la place au moyen d’attaques décousues. Trois colonnes sorties de Maubeuge, Lmdrccics et Cambrai, se firent écraser par le corps de blocus, et le Quesnoy ayant capitulé, toutes les forces de Cobourg sc mirent en mouvement pour investir Maubeuge. Pendant ce temps, les Hollandais occupaient Ypres, W’erwick et Meniu, et Beaulieu, par Turcoing, Lanuoyet Cysoing les liait aux divisions du généralissime.

Houebard, après avoir enlevé Fumes à l’arrière-garde de Walmodeu, bombarde Ypros et ravitaillé Dunkerque, tomba avec 3o,ooo hommes sur le centre de cette ligne mince et étendue. 11 força, à Wcrwick, le passage de la Lys, et tandis que le camp de la Madeleine cliassait les impériaux dcLunnoyet de Turcoing, il poussa au prince d’ürauge qui s’était formé en ordre de bataille en avant de Menin. L'attaque fut si brusque, qu’il pénétra dans la ville pêle-mêle avec les ennemis à qui il fit perdre (\ooo hommes et canons.

C’était un heureux début, . et, par les mêmes motifs qu’on avait eus

ftS GUERRES DE U RÉVOLUTION.

de laisser York à Nicuport, on devait se borner à contenir au-delà de la Lys les Hollandais désorganisés, et se rabattre sans Iiésitation sur Beau* lieu; on l'eût culbute', et l’année entière, rentrant par Douai dans le camp de César, eût force Cobourg à cbàngcr ses dispositions. Mais Houchard, officier vieilli dans les grades subalternes, d’une bravoure personnelle à toute épreuve, manquait de décision et de génie; il se laissa aller h poursuivre le prince d’Orauge par la route de Courtray. Pendant ce temps, Beaulieu se concentra en avant de Tournay, puis il suivit, de l’autre côté de la Lys, les inouvcnicns de son adversaire, et, saisissant avec habileté l’occasion, il attaqua par le flanc, à la sortie de Courtray, sa division d’avant- garde. Rejetée eu désordre sur le corps de bataille, elle l'entraîna; tout s’enfuit, et l’on ne put reprendre les rangs que sous le canon de Lille , après avoir perdu de 3 à 4ooo hommes. Cette échauffourée, la manière indécise dont les opérations avaient été conduites, perdirent Houchard; il fut destitué, traduit au tribunal révolutionnaire et condamné à mort. Jourdan le remplaça et reçut aussitôt l’ordre de débloquer Maubeuge. Cobourg avait renfermé sous cette place deux divisions de l’armée des Ardennes , et il entourait d’un cordon de redoutes le camp et la ville.

aa à a3,ooo hommes, enfermés dans une petite place sans communication avec l’extérieur, devaient épuiser promptement leurs approvisionnemens, et l’ennemi espérait les réduire par la famine. Maîtie de Valenciennes, du Quesnoy et de la forêt de Mormal, il n’avait rien à craindre à la rive gauche de la Sambre; sur la rive droite, des rctranchemens défendus par 3o,ooo hommes coupaient les routes d’Avesnes, de Philippeville et de Landrecies , tandis que 35 à 4u,ooo hommes resserraient la place. confiance de Cobourg dans ses positions était telle, qu’il promettait de se faire républicain si l’on parvenait à le déposter.

Cependant les troupes de Maubeuge , eommandées par Ferrand et Chancel, ne se résignaient point sans combattre à déposer les armes: chaque jour, elles troublaient les travaux de blocus, et deux grandes sorties furent tentées lour-à-tour sur les deux rives de la Sambre; mais elles furent repoussées et déjà le manque de vivres et les maladies dévoraient les garnisons; déjà le découragement abattait les soldats; déjà les boulets assiégeans parvenaient jusqu’au centre de la ville , lorsque Jourdan déboucha d’Avesncs à la tête de 4o,ooo hommes.

A peine appelé à remplacer Houchard, Jourdan transporta dans le camp deGaverelle ses divisions découragées par l’échec de Menin. IjOCSqu’il les eut réorganisées, il marcha sur Maubeuge par Saint-Quentin et Guise, en appelant à .sa droite 5 à Gooo hommes de l’armée des Ardcm nés, campés sous le canon de Philippeville.

CAMPAGiVK DK 1793. /,9

Au sortir d’Avesncs, il repoussa l’avant-garde ennemie, et Cobourg sc prépara à soutenir la bataille dans ses positions retranchées. Son centre occupait le plateau de Wattignies, sa droite s’étendait depuis Douriers et Levai jusqu'à la Sambre. La gauche observait la route de Philippeville.

Les troupes républicaines étaient remplies d’ardeur. A peine déployées, Jourdan les lança contre les collines boisées où son adversaire les attendait couvert d’abattis, de redoutes et d’une formidable artillerie. L’attaque embrassait un demi-cercle de hauteurs comprises entre la Sambre et le village de Wattignies, tandis qu’une division détachée à droite, débouchait par Solre-Ic-Cbàteau pour rallier la colonne des Ardennes.

La chaussée d’Avesnesà Maubeuge, qu’il s’agissait de déblayer, traversait par leur milieu les lignes françaises. Le but du général en chef était d’aborder par ses deux extrémités les positions de Cobourg, et, lorsqu’il les aurait entamées de pénétrer par colonne, en masse, jusqu’au plateau de Douriers dont la possession lui eût livré le champ de bataille.

Ses deux ailesdebutèrent d’une manièrcbrillante. redoutes de Levai et des bords de la Sambre , ainsi que celles qui couvraient les approches de Wattignies furent enlevées à la baïonnette. Pendant ce temps, le centre, immobile à la jonction des routesd’Avesncsetde Solre-Ie-Château, se bornait à canonner Douriers, d’où lui répondaient les batteries de l’ennemi. Jourdan attendait pour le pousser en avant que le résultat des manœuvres de sesailes fût tout-à-fait prononcé; mais les soldais demandaient l'attaque, et Carnot, partageant leur impatience, décida le général en cbefà l'ordonner. i3,ooo hommes s’élancèrent dans le ravin qui séparait les deux armées; foudroyés par l’artillerie des impériaux, ils hésitèrent; mais l’exemple des généraux et des représentans les entraîna : ils franchirent le vallon , et déjà ils atteignaient les redoutes lorsque des renforts, tirés par Cobourg de l’extrême droite et du centre, leur opposèrent un front impénétrable et menacèrent leurs flancs. On sc décida à la retraite et l’on rentra dans ses positions, affaibli de 1 5oo hommes. La nuit mit hn à ce premier combat, t IjC lendemain Jourdan changea ses positions eu disposant sur sa droite

i ' son principal effort. Jugeant avec sagacité queDourlers avait été renforcé

( aux dépens de Wattignies, il saisit a4,ooo hommes pour brusquer l’atta-

t que sur ce dernier point. Il prescrivit au centre et à la gauche d’engager

ï une vive canonnade et de ne sc mettre en mouvement que si l’ennemi ve-

nait à dégarnir ses redoutes. Un brouillard épais favorisa ces apprêts qui Il échappèrent au général opposé. Lorsque l’artillerie française éclata sur

ÿ Douriers, Cobourg s’attendit à soutenir un second assaut. Mais il apprit tout-

it à-coup qu’une colonne formidable menaçait les hauteurs de Wattignies;

ÿ elle avait déjà deux fois été repoussée, mais si elle revenait à la charge ,

on n’avait plus le moyeu de lui résister. Cohourg se hâta d’y porler ses

réserves et une partie de sa droite. C’c'tait le moment attendu {>ar le centre et la gauche des républicains, ils enlevèrent toutes les positions que les impériaux alTaiblissaicnt, et déjà leur artillerie, en batterie sur les collines de Dourlers, canonnait à revers celles de Wattignies, dans le même temps que Jourdan, ramenant pour la troisième fois sa colonne, engageait dans le village un combat furieux. L’ennemi commençait à plier lorsqu’un incident, survenant à l’cxtr'cme droite, suspendit un moment la victoire. La gauche des impériaux avait réussi à se glisser entre la division des Ardennes et celle qui devait la rallier; elle avait défait la première et elle poussait la seconde eu désordre. Jourdan y courut, lui fit reprendre ses rangset l’olTeusive, puis revint donner un nouvel élan à l’attaque de Wattignies. Pris et repris trois fois, ce village resta enfin au pouvoir des républicains : partout ils furent maîtres du champ de bataille. L’cniirnii craignant de recommencer lo combat trop près des remparts de Maubeuge, profita de la nuit pour repasser la Sambre.

Pendant ces deux journcàîs les troupes du camp de Maubeuge dont on attendait une diversion décisive, prêtant l’oreille au bruit de la bataille deinaudèrcut à marcher à rennemi ; mais les généraux ne crurent point à leur délivrance et restèrent dans l’inaction.

Maubeuge était débloqué, Cobourg battait en retraite, et la victoire de Wattignies remportée sur des troupes supérieures en nombre, retranchées dans de fortes positions, plaçait Jourdan au premier rang des illustrations militaires. £llc ne produisit cependant pus les résultats que le comité prétendait en tirer. Il prescrivit au général victorieux de passer la Sarabra et de délivrer le territoire; mais des pluies abondantes rendirent cette opération impossible. D’ailleurs les évèuemcus de la gauche ne permettaient point encore de prendre déeidémeat l’offensive.

Prévoyant le mouvement de l’armée du nord sur Maubeuge, Cobourg avait appelé à lui le due d’York, et les camps de Lille et de Dunkerque avaient reçu l’ordre de profiter de son départ pour aller on avant; mais au lieu de se concentrer et de tomber sur un seul point, on se livre à des mouvemens décousus qui u’eurent aucun eflét. On assaillit à-la-foia Fumes, Ypres, Menin, Courtrai et Cysolng, et le retour d’York mit fin à CCS combats, Jourdan après avoir ravitaille les places de la Sambre fit rentrer l’armée dans le camp de Gaverelle, Cobourg put lancer des pai'* tis juscpi’uux portes de Cambrai et de Guise; mais bientôt ou prit des quartiers d'hiver et les opérations furent suspendues. Ces évènemens minèrent siu: la frontière du nord lu campagne de 1793.

GVMPAGi\E DE 1793.

SUITE DES Ol'ÉRATIO^S EN VENDÉE.

Ia's Maycnçois â NanlM (6 scpkmbre). — ÎA-iir marche au rg). — Kctraltc de Uossij;nol (14).— bataille dis Toifuu (ig). — (kimlial do Muotaigu (ai), — Retraite de CaocUo!^ (a4). — Bataille de (Â>ron(i9). — Combat do Saint'l'ulgont (aa).— Combat des Trei/e-Scpliers (6 octobrc).^Cooibat dekBullc-du*Moiiîii|.aux-Chèvrcs (y 11). — Marche gcoéralc en avant (14 oclohic). — l>alaille do la Tn^mblavc (1 5).— Occupation de Cbollel (16).— Bataille de Cbollet (17).— Le* Vendéens passeut laLoiro (18).

I..a garnison de Mayence arrivée en Vendée entra en opérations. Une longue discussion s’éleva d’abord sur la destination de ce puissant renfort. Devail-oii le réunir à Sauniur et renouveler la tentative jusque-là malheureuse d’attaquer de front l’insurrection en passant la Loire et le Tlioué? Valait-il mieux le concentrer à Nantes pour déboucher le long de l’Océan , de manière à traquer les rassemblcmens du Marais et de la Vendée centrale à les rabatti*e sur ceux delà Haute-Vendée et à les prendre tous entre deux feux au moyen du mouvement combiné des divisions de Sautnur? Ce dernier parti fut préféré; il offrait l'avantage de séparer de la mer les insurgés et de les acculer à la Loire ; mais il eût fallu que toute l’armée de Rennes se rapprochât du fleuve et leur en interdit le passage.

Les Mayeuçais firent donc leur jonction à Nantes avec la division dont Canclaux conservait toujours le commandement. Réduits par la marche et les maladies à environ 10,000, c’était moins l’appui du nombre que celui de l’expérience et d’une juste renommée qu’ils venaient présenter. Aubert du Bayet était leur chef, sous lui Vimeut et Beaupuy commandaient chacun une brigade, Haxo la réserve et Klebcr l’avantgarde. Beysser et Grouchy étaient les lieutenans de Canclaux qui prit le commandement en chef. Après avoir établi quelques postes de sûreté sui' la rive droite de la Loire, il concentra sa vaillante armée au-delà des ponts de Nantes, dans les camps des Naudicres et des Sorinières. Son

projet était de se déployer par la droite jusqu’à Cliallans, puis en pivotant sur la gauche de s’asseoir sur la Sévre Nantaise, tandis que les colonnes de Niort, de Luron et des Sables gagneraient concentriquement Mortagne, et que Rossignol déboucherait tout à-la-fois de Saumur, d’Ângers et de Thouars,

Beysser ouvrit la marche; sorti du camp des Naudièrrs il se fraya , l’épée à la main, laroutc deMachccoul, tandis que Klcber, tournant autour du lac de Grand-Lieu, se portait à Saint-Pljiliberl. Charctlcsc replia devant Beysser et, comme à l’ordinaire, concentra la défense à Légé. On manœuvra de manière à l’envelopper. Beysser s’avança eu demi-cercle par Machccoul, Cballans et Palluau; RIeber prit position à Saint- Etienne, et Canclaux déboucha sur I.«gé à la tête des brigades d’Aubert- Dubayet par la grande chaussée de Najites que ces mouvemens avaient dégagée. Cliarette, à la veille d’être entassé dans le vallon de la Boulogne, n’attendit point le choc, il se hâta dépasser la rivière et de se rendre à Montaigu. L’armée républicaine le suivit toujours dans le même ordre, appuyant sur son centre et débordant ses extrémités. Attaqué et battu à Montaigu, il continua à rétrograder et ne s’arrêta qu’à Tiffaugcs,cn deçà de la Sèvre. C’était sa dernière ligne de retraite et l’on pouvait s’attendre à un engagement décisif. Canclaux fit ses dispositions pour attaquer par les deux rives. Laissant Beysser à Montaigu, il porta les Mayençais à Clisson dans le but d’ouvrir par Vertou la communication avec sei réserves et de menacer le flanc droit de Charette. Mais ces combinaisons habiles, dont le succès jusque alors était si brillant, ne furent point secondées par les divisions de Saumur. Rossignol, effrayé du nombre des ennemis qui s’élevaient sur ses pas et de la déroute essuyée par Lecomte à Chantonnay, donna l’ordre à ses colonnes de rétrograder, et les chefs royalistes de la Haute-Vendée, libres de toute diversion, cédant aux instances de Charette, lui envoyèrent à Tiffauges un puissant renfort. Cependant Kleber marchait à lui. Arrivé devant Torfou avec ses aooo hommes d’avant-garde, il se trouva en présence de 4o,ooo hommes; il n’hésita pas à faire battre la charge; sa troupe héroïque enleva d’élan Torfou , position élevée qui commande la vallée de la Sèvre et oh il espérait se maintenir jusqu'à l’arrivée du corps de bataille. Mais ni Beysser ni les Mayençais ne parurent, et l’avant-garde resta seule aux prises avec une nuée d’ennemis. Après cinq heures d’un combat glorieux et sanglant, Kleber la voyant ébranlée fut enfin obligé d’ordonner la retraite. Elle se fit d’abord en bon ordre, puis rarlillcric s’embarrassant dans les chemins défoncés qui bordent la rivière, il fallut l’abandonner. Dès ce moment, les rangs se rompirent et l’on fuit jusqu’au ruisseau qui s’écoule entre Torfou et Boussay. C’était une ligue de ralliement, mais les Vendéens

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s’avançaient au pas de course et tout était perdu si ce dernier obstacle ne les arrêtait point. Klcber court à quelques hommes d'élite de Saônc' et-Loire commandés par leur chef de bataillon Chevardin. Il les place h la tête du pont et leur ordonne de se faire tuer jusqu'au dernier; ils obéissent, ils meurent et leur dévoûment, digne des temps antiques , donne à la troupe le temps de sc former de l'autre côté du ruisseau.

Dans le même instant les divisions du centre commencent à se déployer et les insurgés sc retirent à leur tour.

11 convenait alors à Canclaux de suspendre toute opération offensive ; et d’attendre la coopération de Rossignol; mais pendant qu’il déblayait la vallée inférieure de la Sèvre et que scs réserves débouchaient par Vertou, Charette et Lcscurc tombèrent à l'improvistc sur Beysscr qui se gardait mal et qui avait négligé de sc lier solidement par Boussay et Clissonavcc les Maycncais. Débordé par sa gauche, enveloppé dans Montaigu, surpris par des forces décuples, le général républicain fut mis en fuite; ses débris eurent peine à sc frayer par Remouillé l’entrée du camp des Sorinières , et cet échec obligea Canclaux à sc retirer à Naudières.

L’expédition était encore une fois manquée. Rossignol , ranimé par les premiers succès de Canclaux s’était remis en mouvement; mais Stofllet et \ Larochcjacquelin avaient conservé assez de monde pour lui tenir tête; sa colonne de droite, battue à Saint-Lambert, repassa la Loire, et la gauche conduite encore par Santerre dans le fatal dctllc de Coron , y fut assaillie et mise dans la plus complète déroute. Enfin les colonnes du midi heurtèrent à Saint-Fulgent, les bandes victorieuses de Lescure et Charette, et après un vif engagement elles se replièrent sur Luçon.

On ne renonça point au plan de Canclaux, mais il fut ainsi modifié: on résolut de déboucher du camp des Naudières par la grande route de La Rochelle; on évitait ainsi de concentrer toutes les bandes vendéennes. Arrivé à Montaigu, on devait faire face dans tous les sens à l’oineroi, puis obliquer à gauche jusqu’à Mortagne et Chollet. Cette dernière ville était aussi le but indiqué aux divisions de Saumur, qui, au lieu de se disséminer comme elles l’avaient fait jusqu’alors, devaient se rassembler à Rressuire, y rallier la colonne de Fontenay et pénétrer en masse par Châtillon ; enfin la colonne de Luçon devait marcher au-devant de Canclaux, puis obliquer à droite pour gagner Saint-Fulgent et les Herbiers, afin d’ouvrir la communication entre les armées de Saumur et de Nantes.

Cette combinaison parut propre à amener enfin au centre du Bocage la réunion de toutes les forces républicaines; le comité de salut public l’approuva et de peur de jeter tout le blâme des derniers evènemens sur Rossignol ou sur Canclaux il les éloigna tous les deux. Beysscr, Aubert-

Duliayet, Ronsia et Santerre furent au.ssi remplacés, et Lédielle, qui ii'a> vait point encore paru à l'armée, en fut nommé le général en chef. Cet |

homme était incapable et d’une bravoure suspecte; mais Ivlebcr don- j

liait l’impulsion aux Maycnr.ais, Marceau et Dard dirigeaient la colonne de Luçon; eiiGn Wesicrinanu, sous Clialbos, animait de son ardeur les divisions de Bressuire.

Canclaux était déjà en roarclic lorsqu’il reçut l’ordre do quitter l’ar- I

niée. Sorti du camp des Naudicrcs, il se porta sans obstacle à Montaigu et occupa Remouillé et Saint-Georges eu s’étendant du côté de Légé. Il contenait ainsi Chareltc et la Vendée centrale. Après quelques jours d’attente, voyant l’ennemi immobile, il donna l’ordre à K-leber d’éclaircr la vallée de la Sèvre. 4ooo Mayençais s’avancèrent sur Tiffauges et trouvèrent en position, à Saint-Symphoricn etTreizc-ScptierSjd’Elbéect Bonchamp à la tête de 3o,ooo hommes. Sans égard au nombre, Klcbcr les attaqua tète baissée; le eboe fut terrible. « Nous n’avons point de canon.s, murmurèrent quelques soldats. — Il faut reprendre ceux que nous avons laissés à Torfou,» s’écria le général. On enleva l’artillerie des insurgi^, on la tourna contre eux, ils se débandèrent et s’enfuirent au-delà de la Sèvre. Cependant Bard approchait de Saint-Fulgent, les colonnes parties de Saumur, Âirvault et la Cbataignerayc allaient se réunir à Bressuire et le plan de Canclaux promettait un succès décisif, grâce au concert inaccoutumé des généraux républicains. Les chefs vendéens étaient loin de mettre le même ensemble dans leurs operations. Cliarctte, sourd aux ordres de d’Elbée, évacua liégé pour s’emparer de Noirmoutiers. De leur côté Lescure et I^arocliejacqueliu étaient impuissans contre le mouvement qui menaçait Bressuire. Ce fut alors que Léchelle apparut au quai^ ticr-général de Montaigu, où il eut le bon esprit de ne rien changer aux dispositions de son prédécesseur. Tandis qu’il ordonnait une reconnaissance vers Légé et qu’après s’être assuré du départ de Charette, il s’apprêtait à marcher sur Tiffauges et Mortagne,Challx>s déboucha de Bressuire à la tête de ii,ooo hommes. Son avant-garde, sous Westermann, rencontra sur une hauteur qui domine Rorthais, connue sous le nom de Rulte-du-Mouliii-aux-Chèvrcs, les bandes de Lescure et Larochcjacquclin. Les attaquer, les culbuter, ce fut l’affaire d’un instant. Westermann poussa jusqu’à Châtillon qu’il trouva évacué; l’armée entière le suivit et il en sortit aussitôt à la tête de 5oo hommes pour éclairer la roule de Mortagne par laquelle s’étaient retirés les généraux battus. Mais ceux-ci renforcés inopinément par d’Elbée, qui pliait devant les Mayençais, revinrent à la charge. Westermann accablé par le nombre se rejette en désordre sur le gros de l’aimée, la peur se communique, Châtillon est abaudonné dans une extrême confusion. Les Vendéens ne s’y arrêtent

CAMPAGNE ÜE 1703.

pas, ils appuient à gauche pour manœuvrer sur le flanc flee fuyards et prolonger leur retraite. chaussée se trouve, ainsi dégarnie. Cette cip* constance permet à Chalbos de rallier sur la Buttc-du-Moulin*aux-Chèvres un millier d'hommes et de faire brusquement volte-face. I/ennemi déconcerté par cette attaque imprévue est à son tour saisi d’une terreur panique. Tout fuit, Westermann se jette sur les pas des vaincus rentre pêlü-mèlc avec eux dans Châtillon au milieu de la nuit et soutient jusqu’au jour une vive fusillade éclairée par l’incendie de la ville. A l’aube, le combat cessa, l’ennemi se relira confusément à Chollet , et Westermann se replia sur Chalbos qui retourna dans Bressuirc pour s’y réorganiser.

Ix)rsqu’ils scremirenten maix'he, les Mnyciirais s'établirent à Mortngne et la colonne de Luçon poussant pied à pied scs adversaires prit position eu avant de Mallièvre. Les trois colonnes républicaines étaient donc en ligne lorsque les Vendéens, veillant au plus pressé, se portèrent en masse au-devant des Mayençais et barrèrent la roule de Mortngne à Chollet en occupant Saint-Christophe et la Tretnblaye couverts par un ravin.

On marcha contre les positions, Kleber par Saint-Christophe, Baupuy par la chaussée de Chollet. I..a colonne de Luçon accourut pour prendre la droite et attaquer la Tromblayc; n’ayant point trouvé d’indication pour se rallier aux Mayençais , elle arriva la première sur le champ de bataille et se heurta contre les Vendéens de I.cscure. Un combat furieux s'engagea, Bard succomba et Marceau prenant le commandement se défctidit avec un admirable courage. En vain des nuées d’insurgés sc précipitèrent sur sa petite division qu’elles enveloppaient ; rien ne l’ébranla, l’ennemi se brisa contre des rangs bien serrés, Lcscurc fut blesse mortellement, enfin Beaupuy survint et déployant sa droite entre la route et la Tremblaye, assura de ce côté la victoire. Cependant Klelier n’avait pu empêcher les insurgés de déboucher de Saint-Christophe, ils le débordèrent et menacèrent de percer jusqu’à Mortagne; mais la gauche de Beaupuy restée disponible, les chargea en flanc et les dispersa sur tous les points; ils s’enfuireut en désordre pour s’entasser dans Chollet.

On les poursuivit avec une telle ardeur qu’arrivé sur la Moine, à peine put-on placer un bataillon à la garde du pont; mais loin de songer à revenir sur leurs pas, désespérant de sc reformera Chollet, ils se retirèrent jusqu’à Bcaupréau. Au jour, Kleber occupa Chollet, rangea les Mayençais et la brigade de Marceau en demi-cerclcliors de la ville, et pressa l’arrivée de Chalbos qui parut vers le soir avec 9 ou 10,000 hommes sur la rive gauche de la Moine ou il resta campé.

Après tant d’efforts on a donc concentré dans le Bocage une armée de ao à a5,ooo hommes; les évènemens sc presscjjt et devionnent déci-

sifs. Les Vendéens ont à Beaupreau 4o à 5o,noo combaltans , mais une foule d’babitans sans armes traînent avec eux leurs familles et leur mobilier, les entoure et les énerve; il est urgent de prendre une prompte détermination. Les chefs se décident à courir les chances d’une bataille et en même temps à se ménager une retraite au-delà de la Loire; cette résolution obligeant à diviser leurs forces, 4 ^ 5ooo hommes se portent à Saint-Florent pour se rendre maîtres du passage de Varades. Le reste, forme en trois colonnes, revint sur Chollet.

I..es républicains, pris au dépourvu, n’ont point eu le temps d’entrer tous en ligne ; Chalbos à la rive gauche de la Moine est témoin inactif du combat. Mais le choc désespéré de l’ennemi est soutenu par les intrépides Mayençais et par l’armée de Luçon si souvent victorieuse; enfin en l’absence du général en chef , c’est Klcber qui commande.

Les trois colonnes ennemies échouent. Celle de droite ne fait aucun progrès, celle de gauche met deux fois en désordre la droite des Mayençais; mais ceux-ci se rallient et restent maîtres de leurs positions. Au centre, l’action est plus sérieuse: on se prend corps à corps avec Marceau. Chalbos devait le renforcei^ mais, en débouchant de Chollet, aux premiers coups de feu, sa tête de colonne se débande et se rejette dans la ville où clic obstrue à-la-fois la retraite des combattans et l’arrivée de nouveaux renforts.

Le sort de la journée repose donc sur Marceau : s’il plie, l’armée acculée à la rivière, n’ayant plus le libre accès du pont, court le risque d’être anéantie; mais ce jeune général est à la hauteur de sa glorieuse tâche; secondé par Kleher et par le représentant du peuple. Merlin de Thionvillc, il communique à ses soldats l’ardeur qui l'anime. Ses dispositions habiles font le reste ; le centre des Vendéens, écrasé par son feu, ne tarde pas à fuir et à entraîner l’armée tout entière. Le généralissime d’Elbée et Bonchamp sont blessés morlcllemcnt.

Bcaupuy s’élance sur les pas des vaincus; Westcrniann , s’étant enfin frayé un chemin à travers Chollet, se joint à lui désespéré de n’avoir point eu part aux succès de la journée. Il s’avance jusqu'à Beaupreau où il pénètre sans résistance. IjOs Vendéens se hâtent de passer la Loire à Varades que leur détachement a emporté de vive force et à Ancenis qui n’est point défendu.

(LVMPAGNE DE 1793.

EXPÉDITIUN DES VENDÉER8 OUTBE LOIBE ET LECB SÉEAITB.

EaUille d’Enlraincsf 17 oclobn;). — Les Maycnçau à Angers (3a).— Marche des Vendéens (s S oclobre an lo novembre). — Attaque de Granville (i4 et i5). — ^Retraite par Avranches (i8) — Jonction des troupes républicaines (i6). — Combat dePontorson (17). — Marche de Westennann (ao-

ai) — Itataillc de Uol (sa) Attaque d’.Angers (3 et 4 décembre). — Passage du Loir (7).— Ba*

taille du Hans (la-i 3). — Les Vendéens sur la Loire(i6) — Bataille de Savcna^r (a3).

Lc-tlicâtrc de la guerre était changé : les insurges étaient sortis de ce labyrinthe où il était si difCcilc de les atteindre; mais leur nombre était formidable et il fallait pour les envelopper un ensemble de combinaisons auquel on ne put arriver qu’après de funestes essais.

a Jm colonne vendéenne (récit d’Obcniieim , officier du génie, fait « prisonnier parles insurgés) était composée d’environ 3o,ooo fantassins, a aoo cavaliers et environ 1 5,ooo personnes inutiles dont deux à trois a mille à cheval.

a L’artillerie se composait d’une pièce de douze , trois à quatre piè- « ces de huit; trente à quarante pièces de quatre, trente caissons et « deux forges; les blesses étaient conduits dans vingt charrettes. Deux a cents voitures transportaient des particuliers et leurs effets; aucune « ne paraissait employée à porter des choses utiles à l’armée, telles « que médicamens, vivres, etc., etc.

« Larocbcjacquelin avait été proclamé généralissime après le passage n de la looirc. StofHet était regardé comme major-général, une douzaine « d’individus figuraient comme cbc&, mois sans autorité réelle.

« On ne connaissait que deux divisions, encore n’étaient-ellcs qu’ia déalcs, les chefs ayant essayé en vain de les séparer ; ainsi point de K brigades, de bataillons, ni de compagnies. Ce défaut d’organisation « obligeait l’armée à marcher en masse; ainsi point de reconnaissances.

« point de de'laciiemens; de là, la dilTlcultc de la faire vivre et de l'ap- « provisionner; de là, encombrement dans les logemens, d’où rcsultè- « rcnt des maladies contagieuses, aggravées par la saison. En un mot, « ectle armée n’était plus qu’un sanglier qui , avant de périr , devait frois- « SCI- les chasseurs assez maladroits pour se trouver sur son passage. » liC premier soin des vainqueurs de Chollet fut de couvrir la Loire. Haxo resta en observation à Saint-Florent avec la réserve des Mayenejais. Le reste de l’armée, divisé en colonnes, se rendit à marehes forcées, Kléber à Nantes et Bcaupuy à Angers, pour mettre ces deux places à l’abri d’une surprise. ,

Ixs Vendéens SC concentrèrent d’abord à Aucenis comme pour attaquer Nantes, mais le sou venir de leur première expédition les arrêta, et séduits par des promesses inconsidérées qui leur faisait espérer la puissante coopération des habitans du Perche et du Maine, ils s’éloignèrent de la Loire et se rendirent à Laval parCondé et Cbàtcau-Gonthicr.

Cependant Kleber et Bcaupuy, débouchant de Nantes et Angers, firent leur jonction à Condé et se mirent à la poursuite de l’armée insurgiie qu’ils trouvèrent en position à Entrâmes. Westermann , avec son audace habituelle, chercha, à la tête de l’avant-garde, à la déposter, mai* il fut vivement repoussé. Toutefois les Vendéens étaieutdans la situation la plus critique: loin de se recruter, ils étaient accueillis avec effroi et ils entrevoyaient qu’ils ne tarderaient pas à être cernés. I^cs Mayençais à Château- Gonihicr et Villiers, interceptaient la roule d’Angei-s, la droitede l’année de Rennes arrivait à Craon et Gooo hommes, stationnés dans le Calvados et la Manche sous le nom d’armée des Côtes-dc-Cherbourg , se concentraient à Caen sous les ordres de Sépher poui' marcher sous Avrauclics.

Il convenait aux républicains de ne point tenter d’attaque sérieuse avant que ces forces ne fussent en communication. Mais Léchellc était par malheur au quartier-général , il voulut livrer bataille et scs dispositions furent aussi mauvaises que sa décision était inopportune.

L’ennemi était rangé en arrière d’Entrames sur le plateau de Crolx-dc- Bataille, au confluent de la Mayenne et de la Jouciinc; pour l’aborder, il fallait traverser ce dernier cours d’eau et avant tout celui de l’Ouelte.

Entre les deux ruisseaux, les Mayençais s’avancèrent en une seule colonnepar la chaussée. Bcaupuy en tête, puis Kleber, et après eux le général en chef avec Chalbos. Léchclle ne prescrivit aucune manœuvre, et lorsque selon l’ordre de marche, Bcaupuy sc présenta en colonne serrée au pont de la Jouenne, l’artillerie ennemie commença à l’ébranler ; une nuée de tirailleurs se jeta alors sur ses Bancs. Kleber s’apprêta à le soutenir en sc déployant des deux côtes de la route, comptant bien que Lé-

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cliclle commanderait à Clmlbos un pareil mouvement qui eût rétabli le combat. Alais l'indigne général abandonna lâchement le champ do bataille. Los soldats de Cbalbos suivirent cet exemple funeste, qui entraîna bientôt les Mayençais eux-mêmes. Tout fuit jusqu'à (Îliâleau-Gonlier oùles Vendéens pénétrèrent pêle-mêle avec les républicains. L’année ne s’arrêta qu'en arrière de l’Oudou à Lion d’Angers; sa désorganisation était telle que les généraux la firent rentrer à Angers pour la reformer.

Cepeiulant les Vendéens, menacés sur leurs flancs par la division de l’armé-e de Rennes qui occiqrait Craon, n'osèrent poiut suivre leur succès. Ils agitèrent plusieurs projets cl s’arrêtèrent à celui de se répandre dans le })ay$, de le soulever, de gagner les côtes de la Manche et de s’emparer d'un port de mer pour se mettre en communication avec les Anglais. Ils réirogadèrcnl donc jusqu'à Laval , après quoi ils occupèrent, en dispersant des gardes nationales à peine armées et quelques troupes de ligne, Mayenne, puis Fougères et Dol. Leur marche fut à peine contrariée, mais ils ne reçurent point de renforts. A Dol, leur indécision recommença, ils était bien près de Saint-Malo; mais ce n’étaient point une proie facile. Croyant rencontrer à Granville des fortifications moins redoutables, ils s’y dirigèrent en traversant Pontorson et Avranebes. Arrivés devant Granville , ils emportent avec fureur le faubourg, mais leur impétuosité échoue contre une place assez mal forlifié'e mais défendue par une bonne artillerie ; écrasés par le canon, ils se débandent et fuient d’une traite jusqu’à Avranebes. Sur ces entrefaites, quelques-uns de leurs chefs sont surpris , cherchant à s’embarquer. Le cri de trahison s’élève des rangs et la méfiance se joignant au découragement, cette masse déjà si informe, déjà si énervée par la présence des malades, des blessés et des non comhattans, devient sourde à la voix des généraux, elle n’obéit plus qu’à une seule impulsion qui l’entraîne tout entière. C’est le désir de repasser la Loire. Elle revient sur scs pas par les chemins déjà parcourus. Celte retraite commence au moment où la Rochejacquelin tentait par Villedieu un mouvement sur la Normandie, qu’il est contraint d’abandonner.

De leur côté, les coloiiucs républicaines étaient toutes en marche; Après la défaite d'Entrames, I^échcllc avait quitté le commandement et les ÎMayençais qui, scion les rapports des représentans, formaient lino armée dans rarmée avaient été amalgamés dans les autres divisions. Dcaupuy et Cbalbos étaient hors de combat. La réorganisation donna pour résultat : un corps léger que commandaient Westermann et Murigny , une avant-garde confiée à Marceau et deux divisions sous Muller et RIeber. Le tout présentait un effectif de iG,ooo hommes, que l’on porta d’.Vngcrs à Rennes parl.aval et Vitre pour l’incorporer à l’aC'*

mdc de Rennes dont Rossignol était général en chef. Ce dernier n’avait autour de lui que l\ à 5ooo hommes, et son lieutenant Tribout opérait avcc4ooo hommes qu’il avait amenés de Brest à Dinan.

Aussitôt la jonction opérée entre les troupes d’Angers et celles de Rennes, Rossignol les mit en mouvement par la route d’Antrain.Triboiit s’avança parcelle de Dol à Pontorson. Les coureurs de ïribout avaient déjà passé le pont aux Beaux, et Rossignol arrivait à Antrain quand on apprit la levée du siège de Granville.

Lemomentétait décisif. Rossignol se déploya parsadroitejusqu’à Fougères et si Tribout eût gardé le passage du Couesnon, et que Sépher eût poursuivi l’épée dans les reins l’armée fugitive, la lutte eut dèsdors été terminée. Le défaut de concert entre les généraux républicains ouvrit encore aux insurgés les issues qui leur étaient fermées. Stipher s’arrêta tout court à Coutanccs, et Tribout, au lieu de rester à la rive gauche du Couesnon , s’avança follement en plaine sur l’autre rive. Au-delà de Pontorson s’étend jusqu’à Saint-Légé un marais praticable seulement par la chaussée. Le défilé, long d’un quart de lieue, est d’une défense facile. Mais Tribout en était déjà sorti pour s’entasser dans Saint-T.égé avec sa troupe et un train considérable d’artillerie , lorsqu’il fut assailli par la masse des insurgés qui venaient d’évacuer Avrancbcs.

£n un clin-d’eeil, ses positions, son artillerie, lui furent enlevées; replié dans Pontorson , d’où il fut aussitôt déposté, il battit en retraite jusqu’à Dinan. IjCS Vendéens passèrent le Couesnon et ne s’arrêtèrent qu’à Dol.

Leur arrière-garde sortait à peine de Pontorson quand Westermann, qui avait éclairé leur marche, y fit son entrée par la route d’ Avrancbcs. Dans le même temps, on délibérait au quartier-général; Kleber proposait de se tenir sur la défensive , de retrancher Pontorson , Antrain et Dinan , de harceler l’ennemi au moyen de fortes colonnes mobiles et de le bloquer dans Dol, où il eût été infailliblement réduit. On applaudissait à ce sage projet, qu’on allait adopter, lorsqu’un avis de Westermann annonça que scs hussards avaient dépassé Pontorson , qu’ils avaient galopé jusqu’à Dol, que les insurgésy étaient dans la plus grande confusion, et que, pour son compte, certain de les anéantir, il va les attaquer. Cette nouvelle tourne toutes les têtes: on court aux armes pour soutenir par la route d’Antrain à Dol , le mouvement qui se faisait sur celle de Pontorson. Mais Westermann, après avoir obtenu quelque succès, avait été replié. C’était bien l’occasion de revenir au plan de Kleber s’il n’eût été déjà oublié. Ix;s representans ordonnent l’attaque par les deux roules, Westermann pénètre jusqu’à Dol , mais Larochcjacquclin le met dans le plus complet désordre ; après quoi il se rabat sur la colonne d’Antrain

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CAMPAGNE DE 1793. fit

que Stofllct contenait avec résolution. Attaquée à revers, elle se débantic, Kleber, Marceau, s’épuisent en vains efforts pour la raffermir; l’ennemi pénètre avec elle dans Ântrain qu’elle évacue, l'armée entière se retire à Rennes.

La trouée était faite; il s’agissait d’en profiter pour se porter rapidement sur la Loire et forcer le passage de ce fleuve; mais Tfantes, mais les ponts de Cé et de Sauinur étaient gardés, et des postes républicains surveillaient les deux rives. On risquait donc, pour forcer des ponts ou pour en établir, de perdre des moincns précieux pendant lesquels Rossignol pouvait accourir et livrer bataille avec tout l’avantage de la position. Ces réflexions et le souvenir de la facilité avec laquelle ils avaient pris Angers inspirèrent aux chefs un projet assez bien conçu , dont la fortune leur refusa la réussite.

Ce plan consistait à mettre entre eux et Rossignol la Sarthe et les murs d'Angers. Couverts de ces obstacles, on espérait gagner assez de temps pour enlever les ponts de Cé et rentrer enfin dans le Bocage. On traverse, à marches forcées. Fougères et Laval; on franchit la Sarthe à Sablé, le Loir, à Durtal; on touche enfin aux portes d’Angers; mais elles sont barricadées, il faut encore combattre. La résistance est opiniâtre, une journée se consume, et le lendemain, l’armée de Rossignol, débouchant de Chàtcaubriant , passe la Sarthe et dégage la ville. Les insurgés, au désespoir, se retirent d'abord à Rangé. Westermann sort d’Angers par la route de Saumur et s’interpose entre eux et la Loire.

Cependant la division de Cherbourg, sous Tilly, fit sa jonction avec Klcbcr et Muller, On forma de ces trois corps une armée indépendante do celle de Rennes. Marceau en reçut le commandement avec la mission de poursuivre à outrance les Vendéens. Déjà le mouvement de Weslermann avait décidé Larochejacquelin à repasser le Loir et à occuper I.a Flèche; mais il n’y entra pas sans combattre. La garnison du Mans, forte de 8 à 900 hommes, s’y étant portée, avait coupé les 'ponts. Elle lui en disputa le passage avec de l’artillerie. Pendant qu’il s’efforçait de les rétablir, Westermann lançait son avant-garde sur ses derrières; il fallait donc repousser la faible colonne du Mans et se mettre en sûreté au-delà du Loir. 11 y réussit enfin, acheva de détruire les ponts, força l’entrée du Mans et replia sur Alençon la petite troupe qui tentait de lui faire obstacle.

La nécessité de réparer les ponts du Loir retarda d’un jour rarmcc de Marceau. Larochejacquelin put respirer et donner quelques heures de repos à scs bandes exténuées par tant de marches pénibles. La seconde journée n’était pas écoulée quand Westerman parut avec sa cavalerie. Selon sa coutume, il commença l’attaque; les Vendéens lui opposèrent leur

élite qui le repoussa sur Muller. Ce général fut lui-mêmo ébranlé quand Tilly|entra en ligne et refoula l’ennemi dans la ville. Â ce moment, Mai^ ceau survint et ordonna de suspendre l'action. Westermann insista et finit par l’entraîner. La nuit était venue et les rues du Mans étaient barricadées, la cavalerie renversa tous les obstacles. A sa suite, Tilly pénétra jusqu’au centre de la ville; Marceau, avec la division Muller, le soutint eu appuyant à droite pour cou|K‘r aux insurgés les routes de Paris. Par ce mouvement, il laissait à vide la route de La Flèche; il donna avis de sa position à Kleber, qui était resté en arrière, et lui recommanda de hâter sa marche et de combler riulcrvallc. Cependant un feu rocurticr s’alluma dans la ville et s’entretint de part et d’autre, durant toute la nuit. Au jour, Kleber déboucha; c’était le moment d’une attaque générale, Marceau poussa toutes ses divisions en avant, les Vendéens furent écrasés, mais leur masse était déjà eu retraite sur Lavai. Ils attcignii'cnt cette ville dans la même jouruée, et, s’y arrêtant à peine, ils coururent à Craon , puis à Ancenis. Au moyen de cette marche rapide , ils ont devancé Marceau. La Loire, ce but de tant d'efforts, ce terme de tant de souffrances! la Loire coule à leiurs pieds; mais le poste républicain d’ Ancenis s’est replié à leur approche, après avoir détruit tous les moyens de passage. Us n’ont qu’une frêle embarcation, Stofilot et Larochejacquelin s’y jettent et traversent le fleuve dans le dessein de rassembler des bateaux sur l’autre rive. A peine ont-ils pris terre, que Westermann paraît sur les derrières. Un cri de douleur et d’effi'oi s’élève de cette masse consternée, elle prend l’épouvante; tout fuit sans chef, saus plans, sans projets. D’Aucenis, on gagne Nort; mais, dése.spérant d’entrer à Nantes, on pousse jusqu’à Blain; Marceau n’est pas moins actif; il chasse les insurgés de Ulaiu, passe, à leur suite, la rivière grossie par les pluies de la saison, et les attaque en avant de Saveuay. u

Bientôt il les entasse dans cette ville, où ils sont entourés et taillés en pièces. A peine un petit nombre s’échappe et réussit à se jeter au-delà de la Loiic. Ainsi se termine la grande insurrection de la Vendée.

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riN DES 01'ÉB.VTIO^S DAAS i.£S VOSGES.

Combati d« K&4«rr&)nult>ra («ri, *7, 58 novcnibn*),— Mnirb» ib^Hoehe (19 a ti dûct?mb>%).^Ciii»« bal Je WtKTÜi (33).— llalaillc de OciU>«Tg(35). — Déblpciis de bandau (aôJ.-^Quaiiiers d’imer.

Au bruit iln |;i prrte des lignes de Weissemboiirg, les repri'seulans) Saiiit-Just et J.eb.as, nccoururCiit chargés par le comité de salut public de réorganiser les années et de les confier à des capitaines capables de ramener la victoire.

Ils cboisii’ent dans les rangs de l’armée du Itbin celui qui devait les commander; c’était Picbcgni , depuis si fameux. Ixî général en chef de l’armée de la Moselle n’était pas destiné à une moindre renommée; c’etait Hoche qui, au siège de Dunkerrpie, avait mérité lu grade do général de brigade, et dont le comité avait discerné les taicns. Tous deux, jeunea et pleins d’ardeur, n’hésitèrent point à promettre de débloquer ].andau, au niomcot même où l'échafaud dressé à Strasbourg leur enseignait quel serait le prix d’une défaite, (i)

Pichegru, par une suite de combats ])artiels, resserra sur la Moder les impériaux qui, selon leur usage, s’y retranchèi’eiit, depuis Niederbronn jusqu’à Druzciilioim. Pendant ce temps, Honbe mit en niouvement l’armée de la Moselle pour la transporter au-delà des Vosges et percer jusqu’à la ville assiégée.

(Jes combinaisons sont dignes du plus vif intérêt; elles constatent un progrès dans la science; elles présentent le premier essai d'attaques concentriques sur un point licurcusemcnt choisi; art porté depuis si loin par un autre capitaine qui, alors aussi, commençait à se révéler à la France.

La chaîne des Vosges était l’obstacle à franchir. Elle est traversée par

(i) L'«tbal«uil éuit dressé pour punir le maire qui avait pronù de limr la ville.

les routes de Hombourg et de Deux>Ponts et par les déGlcs moins accessibles de Pimiascns et de Bitchc. Hoche, supposant ces passages garde's par l’armée prussienne tout entière, manœuvra pour les tourner à droite et descendre sur Landau par la rive gauche de la Queicli. Trois divisions, la réserve et la cavalerie, partant de Sarrelouis, Sarrebruck et Sarreguemines convergèrent sur Deux-Ponts par Blicscastel , et sur Ilombourg par Tliolcy. Mais par une de ces complications qui dérangent les plans les mieux conccrcertés , dans le même temps, Brunswick conduisait autour de Deux-Ponts le gros de son armée pour lui donner ses quartiers d’hiver. Hohcniohe seul était resté en observation à Pirmasens. Les Français, au lieu de combattre des détachemens, se heurtèrent donc contre une armée en marche. Ils culbutèrent , à Blicscastel, une division^ prussienne qui se rallia sur les hauteurs de Deux-Ponts; il fallait, pour la déposter, livrer un nouveau combat. Deux journées se perdirent, et ISrunswick, ayant reçu l’éveil, put ranger toutes ses forces en ordre de bataille à Kaisersiautern. C’était déjà un échec; cependant Hoche fit attaquer les positions ennemies dans l’espoir de les tourner par Otterberg et Otterbach et de les acculer aux Vosges; mais, après trois jours de combat, affaibli de 3ooo hommes, il ordonna la retraite que Brunswick n’essaya pas de troubler. Ce général commit la faute de regarder la campagne comme terminée et de prendre scs cantounemens autour de Kaiserslauteru. Hoche profita de sou inaction et en lira une leçon qu’il ne tarda pas de mettre à profit.

Les passages n’étaient plus surveillés entre Deux-Ponts et Bitche. H ne perdit pas un instant pour y pénétrer. Sa division de droite, 10,000 hommes , descendit de Bitchc par les gorges de Niederbronn et ouvrit sans obstacle la communication avec Pichegru. A peu de jours de là, l’armée entière s’engagea dans les mêmes défilés, flanquée par une division récemment arrivée des Ardennes, qui s’avançait par le chemin de Lenibachet observait Hohcniohe. Ces mouvcnicns, masqués par quelques démonstrations à Hornbach et Deux-Ponts, échappèrent à Brunswick, et les Français, débouchant sur la droite de Wurmser, le forcèrent à changer de front pour se replier dans une ligne de rctranchcmens élevée depuis Reichshoffen , jusqu’à Woerdt. Hoche fit enlever d’assaut cette position, tandis que Pichegru attaquait Haguenau et que la division des Ardennes débouchait de Lembach. Wurmser, assailli de front et pris à revers, se retira précipitamment sur la Laulcr, et les deux armées républicaines firent leur jonction à Suiz.

C’était beaucoup, mais la tâche que les deux généraux s’étaient prescrite n’était point accomplie. Il fallait rentrer dans les lignes redoutables que l’euncini avait tournées contre eux. Hoche sollicita des représeutans

et obtint le commandement en chef, en leur promettant une nouvelle victoire. Il fit aussitôt scs dispositions pour marcher à Wurmser et l’écraser, avant que Brunswick pût le secourir; mais les Prussiens étaient déjà sur la Lauter, et les coalisés s'ébranlaient aussi pour reprendre l’offensive.

Iæs quatre armées se rencontrèrent en .avant de la montagne du Geisberg et la bataille s’engagea du Rhin aux gorges do Bondcntiial. Ijcs républicains s’élancèrent au cri de: Landauoulamortl avec une impétuosité irrésistible: Lauterbourg et le Geisberg furent enlevés; la gauche tourna par Bondenthal les positions de Brunswick qui , pour assurer sa retraite, dut s’ouvrir, au prix d’un combat sanglant, le passage par Weissembourg et Bergzabern. Tout plia; les impériaux se hâtèrent de se mettre en sûreté au-delà du Rhin qu'ils passèrent a Philipsbourg, et les Prussiens, laissant en arrière sur leur droite des divisions qu’ils recueillirent à Ncustadt et Turckheim, prolongèrent leur retraite jusqu’à Mayence. Les vainqueurs rentrèrent d.ans Landau, prirent Frankcnthal et Wornis, s’emparèrent de magasins immenses, et culbutèrent l’arrière-garde de Brunswick à Oppenlieim, après quoi ils prirent leurs quartiers d’hiver sur le territoire conquis.

On avait presque sur tous les points préservé le territoire ; on conservait quelques conquêtes : on s’était préparé d’immenses moyens militaires que les circonstances avaient naturellement disposés à recevoir une organisation puissante.

La manière de combattre conduisit à la formation des diverses parties de l’armée. «On entamait, dit le général Foy, l’action avec des nuées de ti- « railleurs à pied et à cheval; lancés suivant une idée générale plutôt que « dirigés dans les détails des tnouvemens, ils harcelaient l’ennemi, échap- « paient à ses masses par leur vélocité , et à l’effet de son canon par leur « éparpillement. On les relevait afin que le feu ue languit pas, on les « renforçait pour les rendre plus efficaces.

« Il est rare qu’une armée ait ses flancs appuyés d’une manière inexpu- « gnable; d’ailleurs toutes les positions renferment en elles-mêmes, ou a dans l’arrangement des troupes qui les défendent, quelques lacunes « qui protègent l’assaillant; les tirailleurs s’y précipitaient par inspiration, « et l’inspiration ne manquait point dans un pareil temps et avec de paa reils soldats. Le défaut delà cuirasse une fois saisi, c’était à qui portea rait son effort. L’artillerie volaute accourait au galop et mitraillait a à brûle-pourpoint. Le corps de bataille s’ébranlait dans le sens de l'ima pulsion indiquée : l’infanterie eu colonne, car clic ii’avait pas de feu à a fairc;la cavalerie intercalée par régiment ou en escadron, afin d’être dis- « ponibleen toutet pour tout. «

Pendant la courte suspension des hostilités, à l’amalgame juaqu’alops irrégulier des bataillons de volontaires et des débris des anciens regimens, succéda la grande division de l’infanterie, en infanterie légère et infanterie de ligne ou de bataille. Ces armes furent elles-mêmes divisées en demi-brigades de trois bataillons chacune savoir : deux, b.ataillons de volontaires, et un bataillon de l'ancienne ligne. Une compagnie de canonniers fut attachée à chaque demi-brigade de bataille , et l’on forma neuf regimens d’artillerie légère pour être répartis dans tous les corps.

Le choix des ofTicicrs -généraux fut indiqué pour les attaques, toutes d’inspiration. Ceux qui avaient coinmeimé la guerre avaient depuis long-temps disparu delascènc, et l’inflexible comité de salut puldic fit expulser de l'armée ou conduire à l'écliafaud les nobles, les généraux inactifs et les généraux battus. Sa sévérité atteignit même les victorieux : Houchard fut guillotiné pour n'avoir pas recueilli les fruits de la bataille de llondscoote; Jourdan, mandé à la barre de la Convention vint rendre compte des suites de la journée de Watliguies. Le jeune libérateur de Landau, Hoebe, fut jeté en prison , coupable de trop d’énergie. Mais la sagacité des représentans découvrit dans tous les rangs ces talens élevés que révèlent les temps extraordinaires. I.a plupart des grandes illustrations qui ont porté si haut la gloire de nos armes, se signalèrent dès cette époque. Â l’année du uord. Moreau, Jourdan, Macdonald, Piebegru; à l’est, Uoche , Desaix, Gouvion-Saint-Cyr , Soult, Michaurl et Cliampionnet; au midi, Masséna, Dugominier, Moncey, Augei-cau, Périguon , Davoust; CD Vendée, Klcbcr et Marceau; euflu, à Toulon , celui qui devait éclipser toutes les renommées : Napoléon.

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