XI
l'étude de la sagesse il retira, ce qui est très rare, la mesure dans la sagesse même *. > En regardant de près ce passage curieux, on y trouve exprimés, avec une finesse et une discrétion remarquables, tous les reproches que Tacite adresse à la philosophie. On voit d*abord qu'il ne mettait pas la modération et la mesure parmi les vertus qu'elle inspire à ses adeptes. Ce n'est pas qu'ils lui semblent, comme à tant d'autres, des mécontents incorrigibles; il ne prend pas à son compte la phrase qu'il prête à un détaleur à propos du stoïcisme : c Cette secte ne produit que des ambitieux et des brouillons* ». Mais il pense que l'habitude de partir de principes inflexibles et d'en tirer des conclusions rigoureuses peut communiquer à l'esprit quelque chose de raide, de cassant, qui l'entraine à des imprudences inutiles. 11 admire, mais -il n'approuve pas, ceux qui risquent leur vie sans profit pour personne '. Ces témérités qu'ils commettent viennent souvent de leur vanité : c'est encore un reproche qu'il leur fait. Ils sont trop fiers de leur renom de science et de vertu et veulent trop le ménager*; ils s'applaudissent volontiers eux-mêmes et ne dédaignent pas les applaudissements des autres, t II y avait des gens, dit-il, qui reprochaient à Helvidius de tenir trop à faire parler de lui, mais la gloire est la dernière passion à laquelle renonce un sage'. > De tout cela, il tire la conséquence qu'il ne faut prendre la philosophie qu'à petite dose; si on la pousse trop loin, t elle est contraire au Romain et au sénateur >. On peut en