Tive-Live, XLIV
On pense bien que les gens importants de Rome ne se commettaient pas dans ces groupes en pleia air et qu'ils se gardaient d'aller discourir sur la politique au pied de la tribune; ils en parlaient chez eux, surtout dans les repas, qui étaient alors Toccasion ou le prétexte de toutes les réunions mondaines. Il y avait des gens qu'on n'invitait à dîner que parce qu'on les croyait bien renseignés. On nous les dépeint allant de maison en maison et racontant ce qu'ils savent, ou ce qu'ils inventent, au sujet des Parthes ou des Germains, l'éternel effroi de l'Empire ; ils n'ignorent rien, ils vous disent le nombre exact des hommes qui sont en armes sur les bords du Rhin ou du Danube ; puis, continuant à faire le tour du monde, ils s'occupent de l'état des récoltes en Egypte et en Afrique, ce qui intéressait beaucoup les Romains, qui tiraient de là leur subsistance*. Ce n'étaient pas les hommes seuls qui se piquaient d'avoir de bonnes informations; Juvénal a tracé le portrait de la femme nouvelliste, qui serait, nous dit-il, la plus insupportable de toutes, s'il n'y avait pas la femme savante 2. On pense bien que, dans ces réunions, il n'était pas seulement question des affaires extérieures, et qu'on devait y parler beaucoup, ou plutôt y médire, de ce qu'on savait du Palatin : aussi étaient-elles encore plus étroitement surveillées que les conciliabules du Forum. Du reste, on n'avait pas de peine à savoir ce qui s'y disait; il n'était pas besoin d'y introduire des espions de métier, il y en avait de volontaires, les meilleurs de tous, parce qu'on ne pouvait pas s'en méfier. Comme les délateurs étaient sûrs de la faveur du prince et qu'ils héritaient d'une partie des biens de ceux qu'ils avaient fait condamner, il ne manquait jamais de gens qui allaient redire les propos