‹ TaciteChapitre 13 sur 138 · liist,, IV · texte numérisé non relu

liist,, IV

permettre sans danger l'étude à celui qui ne se sent pas le courage d'aborder la vie politique ou qui n'en veut pas prendre la peine, car Tacite est bien près de penser comme Quintilien, t que beaucoup s'affublent de ce beau nom de philosophe pour dissimuler leur paresse * >. Mais l'homme d'action, qui se destine aux fonctions publiques, qui entrera un jour dans le Sénat, doit se tenir loin d'une science qui n'est bonne qu'à faire des méditatifs et des contemplatifs. Le vrai Romain ne connaît pas les distinctions de Sénèque entre l'homme et le citoyen. Sa cité le réclame tout entier; il se doit tout à son service. Ainsi Tacite revenait à la conception un peu étroite et jalouse que les vieux Romains se faisaient du patriotisme, et c'est la principale raison pour laquelle il se méfie de la philosophie.

Tacite dans les sociétés mondaines de Rome. — Ce qu'était le monde à cette époque. — Changement qu'y amène le règne de Vespasien. — Façon dont Tacite parle des femmes et les dépeint. — Les idées générales dans Tacite.

L'éducation ne se fait pas toute à l'école, les maîtres la commencent, mais elle se complète dans les sociétés qu'on fréquente et par les personnes qu'on y rencontre. On ne peut pas douter que Tacite n'ait vécu à Rome dans ce qu'on appelle le monde. Il n'y était pas étranger par sa naissance, et l'éclat de ses débuts devait l'y faire rechercher.

11 est difficile, à cette distance, d'y entrer avec lui et

1. Hist., ly, 5 : norif ut plerique quo nomine magnifico segne otium velavet.

de savoir ce qui s'y passait. Par leur nature mêine, ces réunions échappent un peu au public, et elles avaient alors des raisons particulières de se cacher. Elles étaient suspectes au pouvoir; c'est là que très souvent il allait prendre ses victimes. Il soupçonnait que les gens distingués dont elles se composaient ne l'aimaient guère, qu'ils y parlaient librement, quand ils se croyaient entre amis, et répétaient volontiers les bons mots et les vers malins qu'on avait faits contre le prince. Si, par malheur, on avait laissé entrer quelque délateur inconnu, ou seulement quelque indiscret, qui ne savait pas tenir sa langue, ces plaisanteries étaient punies comme des crimes d'État. La société charmante, qui, au début du règne de Claude, s'était formée autour des nièces de l'empereur, les trois filles de Germanicus, et dont Sénèque paraît avoir été l'âme, fut dissipée au bout d'un an, par la mort ou par l'exil, parce qu'elle était suspecte à Messaline. Du reste, ces terribles exemples ne décourageaient personne. Sous l'œil même des délateurs, le lendemain de quelque exécution retentissante, les réunions dispersées se reformaient. Le plaisir de se voir, de causer ensemble, faisait braver tous les dangers, de même que, dans les prisons de la Terreur, on reprenait les conversations et les intrigues interrompues, à quelques pas de la guillotine. Thraséa était déféré au Sénat, on le savait perdu ; cependant, un cercle d'hommes et de femmes du grand monde s'était rendu, comme à l'ordinaire, dans ses jardins, et l'on y discutait des questions philosophiques, jusqu'au moment où le questeur vint apporter au maître de la maison l'ordre de mourir ^ Dans un passage très curieux de ses Annales, Tacite nous renseigne sur la façon dont vivait la haute société de son temps '. Il constate d'abord que c'est vers l'avè-

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