‹ TaciteChapitre 17 sur 138 · Pline, Epist., V · texte numérisé non relu

Pline, Epist., V

des élégies et des épopées. Je ne crois pas qu'il y ait une autre époque, où Ton ait autant aimé la littérature ; Sénèque même trouve qu'on l'aime trop et qu'on en pousse le goût jusqu'à la manie : litterarum intemperantia laboramas *. C'était en somme une société fort agréable, qui n'avait plus l'éclat et le grand air de celle des premiers temps de l'Empire, mais où l'on trouvait encore, avec une existence moins large et des manières plus simples, beaucoup d'élégance et d'esprit.

Voilà le monde dans lequel il faut nous figurer Tacite, pendant la paix des belles années de Vespasien et de Titus, au moment de ses premiers succès oratoires, à cet âge heureux qui, suivant l'expression d'Aristote, n'a pas été encore humilié par la vie, et où le présent s'éclaire de toutes les espérances de l'avenir. On est tenté de penser, — et je crois qu'on ne se trompe pas, — qu'il y devait bien tenir sa place. C'était certainement un homme d'esprit; on le sent, dans ses ouvrages, malgré la gravité qu'il s'impose. Il s'y trouve des traits mordants, de fines plaisanteries, des délicatesses charmantes d'expression, des récits d'autant plus piquants qu'ils veulent moins le paraître, et dans lesquels la malice ne se découvre que par un mot au passage et se laisse deviner sans se faire voir. Telle est, par exemple, l'histoire bouffonne de ce fou, qui, convaincu, sur la foi d'un songe, qu'il sait la place où Didon a caché ses trésors, vient les offrir à Néron, et la sotte confiance du prince, qui, comptant sur l'argent qu'on lui promet, commence par dépenser celui qui lui reste; t en sorte, dit finement Tacite, que l'attente de la fortune devint une des causes de la misère publique * > ; et la mésaventure de ce pauvre philosophe qui s'avisa de prêcher la paix à deux armées qui allaient se battre, et qui aurait

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