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Les Romains avaient un très juste sentiment du mérite de leurs historiens. Quintilien, dans la revue rapide qu'il a faite des écrivains de son pays, affirme qu'il y a trois genres littéraires dans lesquels ils soutiennent la comparaison avec ceux de la Grèce. « La satire, dit-il, nous appartient tout entière.... Dans Télégie, nous sommes leurs rivaux.... Nos historiens ne sont pas au-dessous des leurs *. »
Remarquons que, lorsque Quintilien s'exprimait ainsi, il ne connaissait pas les ouvrages de Tacite, c'est-à-dire du plus grand d'entre eux. De son temps, on disputait pour savoir lequel était le premier, de Salluste ou de Tite-Live. Les classiques préféraient Tite-Live, qui les charmait par le flot abondant et pur de son éloquence. La nouvelle école était séduite par les touches vigoureuses et la profondeur de Salluste, et Martial, qui aimait à formuler dans r'es
1. Salira Iota nostra est.., elegia Grspcos provocamus... non hUtoria cessent Grœcis,,,, Inst. oral., X, 1.
vers bien frappés les opinions de son temps, n'hésitait pas à dire :
Crispus romana primus in historia.
Aujourd'hui nous mettons Tacite au-dessus des deux autres; il a môme ce privilège, dans le déclin des études classiques, d'avoir conservé toute sa popularité. Non seulement on le lit encore, quoiqu'on ne lise plus guère les auteurs anciens, mais parler de lui est presque une raison de se faire lire. Je n'ai pas la prétention, en ces quelques pages, d'épuiser ce qu'on en pourrait dire. J'insisterai sur quelques questions qu'on a beaucoup agitées, en Allemagne et chez nous, à propos de la manière dont il a conçu l'histoire et sur sa façon de juger les événements et les hommes.
Je demande la permission de joindre à ce travail sur Tacite quelques études publiées à diverses époques, et qui peuvent aider à le mieux comprendre.