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CHAPITRE II

LA CONCEPTION DB L.>HiaTOIRE PANS TACITE

Les lois de l'histoire dans Gicéron. — Peut-on dire, comme lui, qu'elle est « une œuvre d'orateur »? — Ce qu'a de vrai cette définition. — Danger qu'elle peut offrir.

Quand Tacite commença d'écrire, Rome avait déjà produit de grands historiens, que tout le monde admirait et qu'il était bien difficile de ne pas imiter. Leur eî^emple faisait loi, et un homme comme lui, si attaché au passé, si respectueux des anciennes traditions, devait être, en principe, moins teuté qu'un autre de s'y soustraire. Je crois donc que, si Ton veut savoir de quelle manière il a conçu l'histoire, on doit chercher d'abord à connaître comment on la concevait avant lui.

C'est Gicéron qui nous l'apprendra. Il a tracé à plusieurs reprises les règles du genre historique, et les historiens qui l'ont suivi s'y sont conformés. Voici comment il fut amené à s'occuper de cette question. Vers la seconde moitié de sa vie, lorsqu'il composa le De Oraiore, il se faisait peu d'illusions sur la situation de la

République. On n'avait pas besoin d'une grande perspicacité pour voir que la parole perdait tous les jours de son importance et que bientôt les difficultés ne seraient plus tranchées que par la force. Du reste il avait alors prononcé la plupart de ses plus beaux discours, et, de ce côté, il ne pouvait guère ajouter à sa gloire. Il songeait donc à se renouveler, et cherchait à quel genre il pourrait un jour appliquer son talent flexible pour conserver son autorité sur le public éclairé. Plus tard, quand le moment qu'il prévoyait de prendre un parti fut arrivé, quand Téloquence lui fut tout à fait interdite et qu'il lui fallut se porter vers d'autres études, il se décida pour la philosophie; mais auparavant il semblait pencher vers l'histoire. Il éprouvait pour elle une très vive sympathie : < Elle est, disait-il dans un passage célèbre, la contemporaine des siècles, le flambeau de la vérité, l'âme du souvenir, la maîtresse de la vie *. » Il se rendait compte aussi qu'elle convient tout à fait au génie pratique des Romains, et même il lui était facile de voir que le caractère de leur gouvernement leur faisait une nécessité de la cultiver. Personne n'a mieux prouvé que la constitution romaine n'est pas un produit de métaphysique politique, sorti d'un seul jet des conceptions d'un sage, comme celle de plusieurs cités grecques; qu'elle est l'œuvre du temps et des hommes; qu'elle s'est formée lentement d'elle-même, par la lutte de forces opposées, qui se sont accommodées l'une à l'autre, ne pouvant se détruire, et que, par conséquent, l'histoire est indispensable pour comprendre à quelle occasion et de quelle manière les éléments divers dont elle se compose sont entrés dans l'ensemble et la place qu'ils s'y sont faite. Un autre motif qui le pousse à se tourner vers l'histoire, c'est qu'il trouve que, malgré l'impor-

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