Hiat., II
devant lui. Il le croyait facilement sur parole, et, si le récit lui paraissait vraisemblable, il était disposé à le regarder comme vrai. C'étaient là, il faut le reconnaître, ' des dispositions fâcheuses, et dont beaucoup d'historiens ont dû abuser.
En revanche, il y avait des qualités dont on ne les dispensait pas volontiers, et qui, au besoin, tenaient lieu des autres. Naturellement, ce sont celles sur lesquelles Cicéron insiste le plus. Pour expliquer comment il se fait que les premiers qui ont écrit l'histoire à Rome aient si mal réussi, al nous dit qu'ils étaient des chroniqueurs plutôt que des historiens. Ils ignoraient l'art de présenter la vérité d'une manière agréable, ou, pour parler comme lui, ils racontaient les faits, mais ne savaient pas les embellir, narratores rerum, non ornatores. C'est que l'éloquence seule < orne et embellit » ce qu'elle touche, et, par malheur, ils n'étaient pas éloquents. Il résume donc sa pensée dans une phrase expressive qu'on lui a beaucoup reprochée : « L'histoire, dit-il, est avant tout une œuvre d'orateur, opus oratorium maxime^, »
Avant de juger l'opinion de Cicéron, il faut la comprendre. Voulait-il dire, comme on le suppose généralement, que le genre oratoire et le genre historique sont la même chose? Je ne le crois pas. Il les a nettement distingués ailleurs *, et son disciple Quintilien exprime le sentiment du maître quand il recommande à ses élèves de lire les historiens, mais de ne pas les imiter, c car presque tout ce qui est un mérite chez eux devient un défaut chez un orateur ^ ». Quelle peut donc être véritablement la pensée de Cicéron? Il me semble qu'on ne