Quint., X
peut s'en rendre compte que si Ton donne aux mots d'orateur et d'éloquence un sens plus large que celui qu'on leur attribue d'ordinaire. Sénèque le père fait remarquer que T'étude de l'art oratoire ne prépare pas seulement à parler en public et que c'est une sorte d'éducation générale qui mène à tout*. C'est ainsi qu'on est arrivé à entendre, par le mot eloquentia, non seulement la littérature en prose opposée à la poésie 2, mais toute la littérature en général *. Un homme éloquent n'est pas seulement celui qui parle bien, mais celui qui sait bien écrire. En ce sens, dire que l'histoire est une œuvre d'orateur n'est pas affirmer qu'il y faut employer les procédés de la rhétorique, mais que c'est une œuvre d'artiste, un travail littéraire, qui exige les mêmes qualités que les autres, qui demande qu'on ait un grand souci de la composition et qu'on ne néglige pas le style. — Ainsi entendue, que doit-on penser de l'opinion de Clcéron?,
De nos jours, beaucoup de bons esprits, préoccupés avant tout de l'exactitude, voudraient imposer à l'historien la rigueur des méthodes scientifiques, et lui conseillent volontiers d'imiter les procédés de Tillemont plutôt que ceux de Michelet. Il est certain pourtant qu'on ne fera jamais de l'histoire une science comme la physique ou la chimie. Même quand on la réduirait à n'être qu'une collection de ftiits, ce qui paraît à quelques personnes un moyen merveilleux de supprimer les causes d'arbitraire et d'erreur, ces faits ne ressemblent pas à ceux qu'un savant observe dans son laboratoire, et qu'il