‹ TaciteChapitre 45 sur 138 · Ann.t · texte numérisé non relu

Ann.t

comme si on devait Fentendre. 11 débite des pensées brillantes, des phrases cadencées, plus faites pour le public que pour lui-même : < La mort est le sort de tous les hommes ; ce qui met entre eux quelque difîérence, c*est qu'elle soit suivie de l'oubli ou de la gloire. S'il faut également périr, qu'on soit innocent ou coupable, il y a plus de courage à mériter son destin ^ » C'est un monologue aussi, et du même caractère, que Tacite prête à Vespasien, lorsqu'il hésite à prendre l'empire et qu'il calcule les dangers auxquels il va s'exposer ^. Assurément les raisons que se donnent les deux personnages sont à leur place, on peut supposer qu'elles leur sont venues à l'esprit ; mais qui les a entendus les exprimer 1 qui pouvait les entendre ? Tacite leur met dans la bouche non pas les paroles qu'ils ont réellement tenues, mais celles qu'ils ont dû tenir ; il a remplacé la vérité par la vraisemblance, ce qui, d'après Aristote, est un pur procédé de rhétorique.

Il y a donc de la rhétorique dans Tacite : on ne peut le nier. C'est avant tout une nature d'orateur ; il a le verbe sonore, le geste ample, le goût du pathétique et des grands effets ; il use volontiers de pensées brillantes, il aime c ces mots qui surfont les choses ». Nous venons de voir qu'on trouve quelquefois de la rhétorique dans ses récits ; naturellement, il y en a davantage dans les discours que, suivant l'habitude de son temps, il prête à ses personnages ; elle était là mieux à sa place.

Si l'on blftme les historiens anciens d'avoir introduit dans leurs ouvrages des discours de ce genre, c'est à Tacite surtout que le reproche doit s'adresser, car il était celui de tous qui pouvait le plus aisément ne pas le faire. Tite-Live ne possédait pas de discours authentique

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