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LA CONCEPTION DE L flISTOIRE DANS TACITE. 87
sive dans le tableau, si sobre pourtant, que Suétone fait de César, au moment où il va passer le Rubicon * ? 11 le représente qui, en s'adressant à la cohorte qui le suit, < ne peut s'empêcher de pleurer et de déchirer ses vêtements >. La grande scène de Lepida, qui, pour se sauver d'une accusation capitale, se rend au théâtre pendant qu'on donnait des jeux c accompagnée de femmes du plus haut rang ; et là, invoquant avec des cris lamentables, le nom de ses ancêtres, excite une émotion si profonde que les spectateurs, fondant en larmes, chargent son accusateur d'invectives ^ », paraît moins extraordinaire quand on se rappelle ce qui se passait tous les jours dans les tribunaux, où les avocats, pour toucher les. juges, faisaient comparaître les petits enfants en larmes, exhibaient leurs clients en costume de deuil, couverts de poussière, et, s'ils avaient été soldats, à la péroraison, déchiraient leurs tuniques, pour montrer leurs blessures. On doit évidemment tenir compte de ces habitudes et de ce tempérament, quand on lit Tacite. Il se peut que ce qui nous choque, ce qu'avec une nature plus posée , moins prompte aux expansions bruyantes, nous trouvons exagéré et déclamatoire, soit pris sur la plus exacte réalité. J'avoue pourtant qu'il y a, dans quelques-unes de ses narrations les plus célèbres, des passages qu'il est difficile de défendre. Il a parfois cédé au goût de son temps qu'il partageait lui-même, et donné au récit un tour un peu trop dramatique. On rencontre chez lui des monologues véritables qui ne seraient pas déplacés dans une pièce de théâtre. Par exemple, Othon, quand l'adoption de Pison lui ôte tout espoir de régner, se parle à lui-même pour se donner des raisons de conspirer contre Galba, et il se parle